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Profs d'Histoire lycée Claude Lebois
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16 janvier 2009

le prénom Aloïs

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le prénom Aloïs


message

Bonjour, Félicitations pour votre site vivant et documenté. Je vous écris pour une raison plutôt inhabituelle : J'attends un garçon que je souhaiterais prénommer AloYs, prénom médiéval, fréquent en Allemagne où il est orthographié Alois, porté par des personnalités illustres (politique, neurologue...) Je crains malheureusement qu'en France l'unique Alois connu ne soit le nazi tristement célèbre. Mais à quel point est-il connu ? Avant de commettre une bourde, je souhaiterais savoir si la personne d'Alois Brunner est évoquée au lycée dans le cadre des cours d'histoire. Par avance merci ! Candice
16/01/09 - 16:41


réponse

Rassurez-vous. Le nom d'Aloïs Brunner n'est qu'exceptionnellement évoqué dans les cours d'histoire au lycée.
Un professeur d'histoire vous encouragera dans le choix d'Aloïs dont la forme allemande dès le haut Moyen Âge fut répandue avec Chlodoweg qui donna Clovis puis Louis. Aloïs est donc à la naissance de la monarchie française...!

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On pourrait aussi mobiliser en l'honneur du prénom Aloïs : le poète Aloysius Bertrand (1807-1841) ; l'orientaliste tchèque Aloïs Musil (1868-1944) ; le grand théoricien et historien de l'économie, Joseph Aloïs Schumpeter (1883-1950) ; le peintre tchèque Aloïs Bilek (1887-1960).

Michel Renard


Aloysius Bertrand, 1807-1841

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Aloïs Musil, 1868-1944

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Aloïs Musil à l'âge de trente ans

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Joseph Aloïs Schumpeter (1883-1950)

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à gauche, l'économiste Joseph Aloïs Schumpeter

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Aloïs Bilek, 1887-1960

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17 juin 2008

corrigé Bac Histoire juin 2008 - série S

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corrigé du Baccalauréat Histoire

série S épreuve du 17 juin 2008

sujet III - étude d'un ensemble documentaire


*** message en cours de rédaction


sujet

La colonisation et le système colonial français entre le milieu du XIXe siècle et la fin des années 1930 : quelles caractéristiques ?

Liste des documents :

document 1 : Jules Ferry et la politique coloniale française
document 2 : L'empire colonial français entre les deux guerres (1919-1939)
document 3 : Le commerce entre la France et son empire colonial
document 4 : Affiche du PCF en réaction à la célébration du centenaire de la conquête de l'Algérie
document 5 : Maurice Viollette explique son projet de loi dans la presse

première partie

Analysez l'ensemble documentaire en répondant aux question suivants :

1. Quels sont les arguments de Jules Ferry pour défendre la politique coloniale de la France à l'époque (document 1) ?
2. À l'aide du document 2, présentez et expliquez la diversité des modes d'administration de l'empire colonial français en 1939.
3. À partir des documents 3 et 4, présentez la dimension économique de la colonisation.
4. Quelle politique défend Maurice Viollette et pour quelles raisons (document 5) ?
5. Quelles attitudes différentes envers les peuples colonisés apparaissent* dans les documents 1, 4 et 5.

deuxième partie

À l'aide des réponses aux questions, des informations contenues dans les documents et de vos connaissances, rédigez une réponse organisée au sujet :

La colonisation et le système colonial français entre le milieu du XIXe siècle et la fin des années 1930 : quelles caractéristiques ?

* Il aurait fallu, pour respecter la tournure interrogative, écrire : ... apparaissent-elles (...!) MR


documents

document 1 : Jules Ferry et la politique coloniale française

Il y a, je crois, quelque intérêt à résumer et à condenser, sous forme d'arguments, les principes, les mobiles, les intérêts divers qui justifient la politique d'expansion coloniale. (...) Je disais qu'on pouvait rattacher ce système à trois ordres d'idées : à des idées économiques, à des idées de civilisation de la plus haute portée et à des idées d'ordre politique et patriotique.

Sur le terrain économique, je me suis permis de placer devant vous, en les appuyant de quelques chiffres, les considérations qui justifient la politique d'expansion coloniale au point de vue de ce besoin de plus en plus impérieusement senti par les populations industrielles de l'Europe et particulièrement de notre riche et laborieux pays de France, le besoin de débouchés. (...)

Messieurs, il y a un second point, un second ordre d’idées que je dois également aborder, le plus rapidement possible, croyez-le bien : c'est le côté humanitaire et civilisateur de la question.* Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures...* Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. (...)

Un troisième, plus délicat, plus grave, et sur lequel je vous demande la permission de m'expliquer en toute franchise. C’est le côté politique de la question.* Il faut que notre pays se mette en mesure de faire ce que font tous les autres, et, puisque la politique d'expansion coloniale est le mobile général qui emporte à l'heure qu'il est toutes les puissances européennes, il faut qu'il en prenne son parti, autrement il arrivera... Oh ! pas à nous qui ne verrons pas ces choses, mais à  nos fils et à nos petits-fils ! il arrivera ce qui est advenu à d’autres nations qui ont joué un très grand rôle il y a trois siècles, et qui se trouvent aujourd'hui, quelque puissantes, quelque grandes qu'elles aient été, descendues au troisième ou au quatrième rang.* 

Quand vous direz à vos électeurs : «Voilà ce que nous avons voulu faire» soyez tranquilles, vos électeurs vous entendront, et le pays sera avec vous, car la France n’a jamais tenu rigueur à ceux qui ont voulu sa grandeur matérielle, morale et intellectuelle.

Discours prononcé par Jules Ferry (1), à la Chambre des députés, le 28 juillet 1885.

(1) Jules Ferry (1832-1893) a été président du Conseil et ministre des affaires étrangères de 1883 à mars 1885.

* coupure dans le texte non mentionnée comme telle dans cet extrait (MR)


document 2 : L'empire colonial français entre les deux guerres (1919-1939)

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[cliquer sur l'image pour l'agrandir]


document 3 : Le commerce entre la France et son empire colonial

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[cliquer sur l'image pour l'agrandir] cf. livre de Jacques Marseille, p. 54-55


document 4 : Affiche du PCF en réaction à la célébration du centenaire de la conquête de l'Algérie

affiche_PCF_et_CGTU
source : affiche du Parti communiste et de la CGTU
(Confédération générale du travail unifiée), 1930


document 5 : Maurice Viollette explique son projet de loi dans la presse

En 1937, Maurice Viollette, ancien gouverneur général d'Algérie, ministre du Front populaire, présente un projet de loi sur l'Algérie. Il propose d'accorder le droit de vote à un nombre restreint de musulmans appartenant à l'élite francisée. Face à l'opposition des colons d'Algérie, Maurice Viollette explique son projet dans la presse nationale.

(...) À la vérité,  les colons ont exprimé des idées bien inquiétantes : elles valent l'attention de tous les hommes de bonne foi et de tous les bons Français. "Nous avons, disent-ils en gros, la souveraineté en Algérie ; nous ne voulons pas la partager, nous voulons la conserver pour nous seuls. Des concessions ont du être consenties au Sénégal, parce que les Européens sont peu nombreux dans cette colonie. Mais, par contre, en Algérie, où nous sommes 800 000, nous sommes en nombre suffisant pour n'accepter personne à côté de nous."
Le problème est très bien posé, il y a une catégorie ethnique qui ne veut pas avoir à discuter avec d'autres le pouvoir que le fait de la colonisation lui a remis. Donc, il est bien entendu que, quel que soit le nombre des indigènes, sept millions, dix millions, quinze millions, ils resteront éternellement, et comme par le décret de je ne sais quelle divinité raciale, les sujets des 800 000 Européens devenus 2 millions ou 1-200-000.
Je dis clairement que je considère un tel langage comme absolument fou.
D'abord, comment prétendre tenir sous la loi formidable du nombre ? Comment espérer continuer à rabaisser ces générations qui, d'année en année se grossissent de plus d'intellectuels, de grands industriels, de grands commerçants, d'ouvriers conscients (…)-?

source : extrait du journal Paris-Soir, 7 mars 1937

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Jules Ferry en 1883



propositions pour un corrigé


Analyse de l'ensemble documentaire

question 1 (doc. 1)
- Ce discours célèbre [déjà évoqué l'année dernière - dans des conditions contestables - comme sujet de Bac en série S...!] a été prononcé alors que Jules Ferry n'est plus au gouvernement mais seulement député. Il a pour enjeu la question de savoir si il faut approuver on non les propositions budgétaires du gouvernement : ouverture d'un crédit extraordinaire pour les dépenses occasionnées par les événements de Madagascar. C'est l'occasion pour Jules Ferry de défendre ses options de politique coloniale, lui qui a été renversé quelques mois plus tôt au sujet de la politique française au Tonkin (affaire du "désastre" de Lang-Son, mars 1885). Comme le remarque l'historien Henri Brunschwig : "Ce fut la première fois qu'il rassembla ses arguments en un corps de doctrine" (Mythes et réalités de l'impérialisme colonial français, 1871-1914, 1960, p. 73). Ici, quelques courts extraits - dont les coupures ne sont pas toujours mentionnées - sont retenus pour résumer la globalité de la pensée du député.

Jules Ferry, chef du gouvernement en 1880-1881 et en 1883-1885, fut l'homme qui relança l'expansion coloniale avec la conquête de la Tunisie, de l'Annam et du Tonkin, avec les opérations au Congo ou à Madagascar... Il justifie sa politique après coup dans un contexte marqué par l'opposition de l'extrême-gauche (Clemenceau), de la droite monarchiste (de Baudry d'Asson) et du bonapartisme (Paul de Cassagnac).

L'orateur utilise trois types d'arguments : économique, humanitaire, politique. L'argument économique se réduit en fait à sa dimension commerciale par l'évocation des débouchés que la métropole, selon Ferry, ne peut offrir au développement de son économie. L'argument humanitaire est énoncé dans les termes de l'époque qui, de façon presque unanime, qualifiait de "races supérieures" les peuples ayant atteint un haut niveau de maîtrise technologique et de puissance économique et militaire, et donc de "races inférieures" les peuples n'ayant pas atteint ce niveau. Ce vocabulaire ne véhiculait alors aucun mépris ni infériorisation "racistes", en tout cas pas dans le sens que le XXe siècle a donné à ces termes avec les crimes nazis. Enfin, l'argument politique appelle à prendre sa place dans la concurrence qui oppose les grandes puissances. La France, vaincue de 1870, ne doit pas renoncer à une politique de présence dans le monde car elle reste un grand pays.


question 2 (doc. 2)
- Le planisphère indiquant la présence coloniale française dans l'entre-deux-guerres distingue les territoires colonisés selon leur statut politique à l'égard de la métropole. La dépendance coloniale a, en effet, revêtu plusieurs formes administratives.
Les colonies proprement dites couvrent le plus grand nombre de situations, en Algérie, en Afrique noire (A.O.F. et A.E.F.), à Madagascar, dans les établissements du Pacifique et de l'Océan Indien. La France y exerce un pouvoir politique direct représenté par les prérogatives d'un gouverneur, d'une administration, d'une police et d'une armée.
Les protectorats qualifient les pays qui ont conservé une administration propre et un souverain mais dont l'activité est subordonnée au contrôle d'un résident général (exemple, Lyautey au Maroc). La puissance protectrice a, seule, la responsabilité de la politique étrangère, des forces militaires et des questions financières.
Les mandats résultent des traités d'après la Première Guerre mondiale qui confient aux vainqueurs de l'Allemagne et de l'empire Ottoman le soin d'administrer, "vers l'auto-détermination", leurs anciennes colonies (mandat de type B sur le Togo et le Cameroun) ou possessions (mandat de type A au Liban et en Syrie). Au Proche-Orient, la France était représentée par un Haut-Commissaire, en Afrique par un Commissaire de la République. Dans ce dernier territoire, le pouvoir de la France tendit vers l'attitude coloniale directe.
Ces variations de statut proviennent de contextes historiques très différents (1830 ou 1848 pour l'Algérie, 1912 pour le Maroc...), de traditions locales dissemblables (l'Indochine n'est pas l'Afrique en regard de l'administration "étatique"), de configurations internationales changeantes (les mandats sont liés aux préoccupations du président américain Wilson pour le "principe des nationalités" qui contrebalancent la tradition coloniale européenne).


question 3 (doc. 3 et 4)10322687_p
- Le tableau du commerce entre la France et son empire colonial distingue-:
a) l'offre de matières premières et de produits agricoles en provenance des colonies (importations françaises) ;
b) la part de l'empire comme client de l'industrie française (exportations).
Il ressort de sa lecture que l'empire était tout à la fois un réservoir de matières premières agricoles et un débouché pour des branches essentielles de l'économie métropolitaine, à une époque où les colonies deviennent le premier partenaire commercial de la France. L'apport des colonies à la prospérité française semble décisif et le "gagnant" est désigné comme étant la "domination française".
Or, on ne saurait juger de la dimension économique de la colonisation à partir de ce seul tableau (ni, a fortiori, en y ajoutant l'affiche caricaturale du PCF et de la CGTU). En effet, dans le livre dont ces chiffres sont tirés, l'auteur met en garde : "Pour apprécier la fonction du débouché colonial, le simple commentaire des pourcentages des ventes dans l'empire ne suffit pas. Il peut même se révéler particulièrement illusoire dans la mesure où une croissance quantitative peut très bien entretenir en l'état une structure industrielle peu compétitive. La fonction du débouché colonial ne peut se mesurer à l'aune des tonnages exportés mais plutôt au type de secteur dont il permet la survie" (Jacques Marseille, Empire colonial et capitalisme français, Points-Seuil, 1984, p. 84).
Ainsi donc, l'usage partiel de tableaux statistiques fait dire à l'auteur le contraire des thèses qu'il a présentées dans son livre.


à suivre...

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Daniel_Lefeuvre







commentaire de Daniel Lefeuvre,

spécialiste de l'histoire économique coloniale

Le tableau tiré du livre de Jacques Marseille, et proposé au Bac en série "S" cette année, pose un délicat problème d'interprétation qui n'était pas à la portée des élèves.
En premier lieu, il indique, pour différents produits importés ou exportés, la part de l'empire, à une date donnée.
Mais, ces pourcentages ne disent rien des quantités effectivement importées ou exportées. Or, la formidable croissance du "partenaire colonial" qui s'amorce à la fin des années 1920, ne traduit pas une croissance des volumes commercialisés, mais l'effondrement des échanges avec les pays étrangers lié, dans un premier temps à la stabilisation monétaire opérée par Poincaré, puis aux effets de la dépression mondiale.

La croissance française des années 1920 s'est appuyée sur un formidable dynamisme des exportations : en 1925, la France exporte 18,9 % de son PIB, soit plus qu'en 1990. Le secteur automobile exporte, à cette date, 34 % de sa production, la métallurgie 40 %.

Principalement tournées vers les pays étrangers, ces exportations reposaient, en bonne part, sur la faiblesse du Franc par rapport à la livre et au dollar. Mais cet avantage disparaît avec la politique de stabilisation mise en oeuvre en 1928 par Poincaré. Après la dévaluation de juin 1928, l'amélioration du taux de change du F freine la pénétration des produits français sur les marchés étrangers. Dès ce moment, les exportations stagnent puis elles refluent en 1929.

La dépression des années 1930 et les politiques autarciques mises en oeuvre par les différents pays (dévaluations de la Livre et du dollar, taxes sur les produits de luxe, etc.) touchent particulièrement les secteurs exportateurs de l'industrie et de l'agro-industrie française, particulièrement présents dans les secteurs pénalisés.

En revanche, les exportations à destination de l'empire - intégré dans l'espace douanier français - sont relativement épargnées. Cependant, et contrairement à ce qu'une lecture superficielle des données du tableau pourrait laisser croire, en quantité, elles n'augmentent pas de manière considérable, voire même elles diminuent pour certaines branches d'activité.

Exportations vers l'empire de tissus de coton, en milliers de tonnes :

1929        41,13
1930        34,04
1931        28,98
1932        29,29
1933        35,40
1934        34,87
1935        35,68
1936        37,22
1937        35,42
1938        43,54


Si la part de l'empire augmente considérablement dans ce secteur, c'est d'abord parce que les exportations vers l'étranger se sont, dans le même temps effondrées.

Ainsi, en 1929, la branche exportait 26,09 milliers de tonnes de tissus vers l'étranger et 41,13 vers l'empire. Celui-ci représentait donc 61,18 % des exportations totales. En 1932, avec seulement 29,29 milliers de tonnes (soit un recul de 29 % par rapport à 1929), sa part dans le total des exportations s'élève à 75,21 % parce qu'à destination de l'étranger les exportations sont tombées à 9,65 milliers de tonnes.

Les pourcentages présentés dans le tableau sont, d'autre part, calculés à partir de la valeur des produits échangés.

Or les prix avec l'empire sont beaucoup plus stables, alors qu'avec l'étranger, les prix sont à la baisse, d'où, deuxième facteur de renforcement du poids relatif de l'empire. Si l'on prend à nouveau l'exemple des cotonnades, on constate que le prix de vente à l'étranger a baissé, au cours des années de crise, de 25 %, alors qu'il ne reculait que de 15 % avec les colonies. En 1938, le quintal de produit chimique est vendu 146 F à l'étranger et 195 F aux colonies, les outils respectivement 298 F et 390 F.

La croissance des échanges avec l'empire est également liée à un choix politique : celui de "l'autarchisme". La France a limité les importations en provenance des pays étrangers (café, cacao, caoutchouc, arachides, etc.) pour favoriser l'écoulement des produits de ses colonies. Non pas, comme on pourrait le croire pour s'alimenter à meilleur compte, mais pour solvabiliser les marchés coloniaux afin qu'ils puissent absorber une partie des productions industrielles métropolitaines. 

Ainsi, le prix de l'hectolitre de vin algérien introduit en France baisse-t-il de 2 % entre 1930 à 1933 quand, au cours de la même période celui des vins espagnols recule de 26 %, les premiers coûtant 58 % plus chers que ceux de la péninsule ibérique. Ainsi, si les produits exportés aux colonies le sont à des prix plus élevés que vers les pays étrangers, en contrepartie la France achète les productions de ses colonies à des prix supérieurs aux cours mondiaux.

D'ailleurs, les termes de l'échange marchandises ont, au cours de ces années, évolué en faveur des colonies : mesuré par rapport à une base 100 pour la moyenne des années 1924/1938, l'indice de l'échange marchandises de l'Algérie passe de 56,6 en 1924 à 116,5 en 1938. À la différence de nombreux pays, les colonies françaises non seulement n'ont pas été contraintes de diminuer leurs importations de produits manufacturés ou agro-alimentaires, mais elles ont généralement pu les augmenter, comme l'illustre l'exemple algérien :

- les achats de sucres bruts ou raffinés par la colonie passent de 733 639 quintaux en 1929 à 757 522 quintaux en 1936 ; les importations d'huiles d'arachide de 224 064 quintaux à 286 778 quintaux ; celles de tissus de coton qui tombent de 174 354 q en 1929 à 117 325 q en 1931 remontent à 127 857 q en 1936 ; celles de café s'élèvent de 119 730 q à 154 627 q entre 1929 et 1936, etc.

Autrement dit, la croissance des liens avec les colonies ne signifie pas un pillage de leurs ressources, qui auraient été acquises à bon marché. Au cours de ces années, le repli impérial a contribué à amortir les effets économiques et sociaux de la crise aussi bien en métropole que dans les colonies.

Mais, telles qu'elles étaient fournies, les données statistiques ne permettaient pas au candidat de le montrer. La plupart d'entre eux sont donc probablement restés à un niveau d'interprétation correspondant aux lieux communs pleins de bons sentiments qui circulent sur cette question.

On aurait pu espérer que sur un sujet qui revient pour la deuxième fois consécutive, le choix des documents soit effectué de manière plus judicieuse.

Daniel Lefeuvre
professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris VIII / Saint-Denis
auteur de Chère Algérie, la France et sa colonie, 1830-1962, rééd. Flammarion, 2005
et de Pour en finir avec la repentance coloniale, rééd. en poche Flammarion/Champs, 2008

9782082105019FS


















_________________________________________________________



question 4 (doc. 5)
- Maurice Viollette (1870-1960) est un homme de gauche, républicain-socialiste. Il s'oppose, de bonneMaurice_Viollette_1936 heure, aux expéditions coloniales (Madagascar, 1898). De 1925 à 1927 (Cartel des gauches en France), il est gouverneur général en Algérie. Mais il ne peut imposer aux colons les réformes souhaitées par la gauche. En 1931, il écrit L'Algérie vivra-t-elle ? et plaide pour une accélération des réformes en vue d'une assimilation des "indigènes" : "allons-nous en faire des révoltés ou des Français ?" (p. 472). En 1936 [photo ci-contre], il devient ministre d'État dans le gouvernement du Front populaire (Léon Blum). C'est dans ce contexte qu'est discuté, au début de l'année 1937, le projet de loi Blum-Viollette qui prévoit l'octroi de la citoyenneté française à environ 25 000 indigènes algériens sans qu'ils perdent le bénéfice du statut personnel (ils restent régis par le droit musulman pour ce qui concerne la famille, le mariage et l'héritage). Les Européens d'Algérie (improprement appelés tous "colons"...) sont hostiles à cette perspective de crainte que la "souveraineté française" ne soit entamée ; les nationalistes algériens regroupés derrière Messali Hadj sont aussi contre ce projet considéré comme une manoeuvre du colonialisme.
Dans l'extrait de l'article tiré du journal Paris-Soir, Viollette s'en prend prioritairement aux "Européens" d'Algérie attachés à un privilège relevant, selon lui, d'une "divinité raciale". Ce sont eux qui ont organisé les pressions contre le projet Blum-Viollette : en janvier 1937, 300 maires des communes algériennes (contre 2...) ont rejeté ce texte. À côté de l'argument de justice humaine, Viollette pressent que cette inégalité politique ne peut tenir longtemps encore au vu de l'évolution démographique et économico-sociale.


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question 5 (doc. 1, 4 et 5)
- Jules Ferry apparaît comme le théoricien de l'expansion coloniale au nom d'intérêts économiques, stratégiques et "civilisateurs". Maurice Viollette est un "indigénophile" : il n'est pas anti-colonialiste mais défend l'idée que l'avenir de l'Algérie coloniale nécessite de profondes réformes dans le sens de l'assimilation des "indigènes" aux droits des Français. Le Parti communiste est anti-colonialiste ; sa propagande présente la colonisation comme une domination féroce engendrant la misère des "uns" (les indigènes algériens) et la richesse des "autres" (les Européens...?), tableau évidemment simplificateur.


à finir...

Michel Renard
professeur d'histoire au lycée Claude Lebois
Saint-Chamond (Loire) - contact

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coloniser, civiliser...

on aurait pu interroger sur le

sens des mots à une date donnée

Daniel LETOUZEY
professeur d'histoire


Vus de loin, les sujets du bac 2008 sont excellents.
A corriger les copies réelles, le point de vue est davantage nuancé.

- 3 préalables :
. Ce qui suit porte sur la conception du sujet, pas sur la notation des copies.
. Seul le ministre sait ce qu'il adviendra de l'HG dans le lycée réformé.
Les observations suivantes visent seulement à explorer la "marge de
progression" des concepteurs, à partir de notre expérience, celle de la conception des
sujets de bac blanc.
. L'harmonisation est source de débats très vifs en SES. Pas chez les
historiens.

Pour ceux qui échappent à la correction en lycée :
- L'ensemble documentaire sur le système colonial, en S
http://lyce1.free.fr/forum/viewtopic.php?p=1125
ou
http://profshistoirelcl.canalblog.com/archives/2008/06/17/9606343.html

2 propositions de correction :
Louis Brun : http://jacobhistgeo.over-blog.com/
Michel Renard :
http://profshistoirelcl.canalblog.com/archives/2008/06/17/9606343.html

Il y a aussi France-examen mais c'est 0,86 euros le corrigé…


1 - La forme de l'épreuve

"dans les documents"
doc 1 : Jules Ferry et la politique coloniale
doc 5 : Maurice Viollette explique son projet de loi dans la presse

question 1 - quels sont les arguments ... [ "à l'époque"]
question 4 - quelle politique défend Maurice Viollette et pour quelles raisons ?

Le traitement différent de Ferry et de Viollette ne semble pas intentionnel,
mais d'après une conceptrice de sujet, il semble dû aux consignes en vigueur
sur la progression du questionnement.

Dans une copie réelle, "quels sont les arguments",
cela encourage le simple copier-coller.
Le texte de Ferry mérite sans doute mieux, même un jour de bac.

Dans une autre conception de l'histoire, on aurait pu interroger
sur le sens des mots (coloniser, civiliser) à une date donnée,
et sur l'évolution de ce sens…
(sur les "races inférieures", cf Carole Reynaud Paligot qui a été l'invitée
d'Emmanuel et de Jeanneney pour son ouvrage La République raciale - PUF
http://www.puf.com/wiki/Auteur:Carole_Reynaud_Paligot
http://www.puf.com/wiki/Autres_Collections:La_R%C3%A9publique_raciale


2 - le choix des documents

Le tableau statistique est une bonne étude de cas.
Pourquoi une telle litanie de pourcentages avec 1 décimale,
quand il manque l'essentiel : le total, en valeur absolue !

Lire l'analyse de Daniel Lefeuvre sur les chiffres extraits de Jacques
Marseille.
http://profshistoirelcl.canalblog.com/archives/2008/06/17/9606343.html

Viollette parle "d'indigènes" à propos des Algériens.
Le concepteur du sujet parle, dans son chapeau, de "musulmans"...

La question du point de vue est récurrente.
Le dernier sujet de documents sur la Guerre d'indépendance algérienne
ne donnait qu'un seul point de vue : celui des Français.

- Pourquoi, année après année, des dossiers  qui font l'impasse
sur le point de vue des colonisés ?
(il existe des textes sur le travail forcé vu par des Africains…)


3 - La nature de l'épreuve

Depuis 20 ans, plusieurs versions de l'épreuve sur documents ont été tentées
(commentaire composé, tableau…). Aucune n'a donné satisfaction,
ni dans la justesse de la notation, ni dans l'évaluation du travail mené
dans l'année en classe.

4 - La conception des programmes

Lors du débat sur le contenu des programmes de terminale,
celui de Term S avait été vanté pour la rupture avec l'ordre chronologique,
colonisation en 1ere, décolonisation en Term.
Or sur quel aspect porte le sujet de cette année ?
Sur le programme de 1ere ES-L, avec des élèves de Term S qui ont d'autres
urgences que celle de réviser leur histoire de 1ere S.

** Rappel : en 2007, Ferrry n'existait qu'à travers le discours de … Clémenceau...
http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2007/06/13/5297508.html

** Bac de français : "Un roman doit-il chercher à faire oublier
au lecteur que ses personnages sont fictifs?"

http://www.liberation.fr/actualite/societe/333682.FR.php

Daniel Letouzey
professeur au lycée Marie Curie à Vire (Calvados)

Histoire et interactivité : http://clioweb.free.fr
Les Clionautes, l'association : www.clionautes.org
H-Francais, la liste : http://www.h-net.org/%7Efrancais/



- retour à l'accueil

14 octobre 2007

lire ou ne pas lire la lettre de Guy Môquet ? (controverse)

Diapositive1



lire ou ne pas lire

la lettre de Guy Môquet ?

controverse


Diapositive1


Réponse à 4 professeurs d'Histoire

du lycée de Rive-de-Gier

qui refusent de lire la lettre de Guy Môquet

Position des professeurs d'histoire-géographie [du lycée Georges Brassens à Rive-de-Gier] au sujet de la lecture de la lettre de Guy Môquet
1 - La mémoire de la période de l'occupation en France s'est élaborée avec difficulté ; ce n'est que récemment que cette mémoire peut être qualifiée de sereine et objective.
Nous ne souhaitons pas par cette "commémoration" retomber dans la vision gaulliste ou communiste de l'immédiat après-guerre qui exalte une France unanimement résistante.
Le discours de Jacques Chirac du 16 juillet 1995 nous paraît plus objectif qui parle de "la France, droite…fidèle à ses traditions" mais qui reconnaît que "la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français".

Réponse – Que la journée du 22 octobre soit appelée "commémoration" ne doit pas faire oublier que nous sommes avant tout des transmetteurs d'un savoir critique. Le degré d'évolution de telle ou telle mémoire ne saurait être un argument autorisant ou prohibant la délivrance d'une information historique à son sujet. Il n'y a ni à craindre les conceptions gaulliste et communiste d'immédiat après-guerre ni à préférer telle intervention présidentielle d'il y a douze ans. Toutes sont à contextualiser et à expliquer. Ainsi, la vision d'une France unanimement résistante existe dans le discours gaullien ("Paris libéré avec l'appui et le concours de la France tout entière", Hôtel de Ville, 25 août 1944), mais elle n'épuise pas le jugement du chef de la France libre. Dans les Mémoires de guerre, De Gaulle évoque, pour l'été 1944, les "divisions de la nation", les "fractions du peuple français"… Par ailleurs, la liste des Compagnons de la Libération, élaborée et close par le Général, ne comprend que 1038 noms. On est loin d'une France tout entière résistante… De toute façon, personne ne nous demande de propager un discours plutôt qu'un autre. Nous sommes maîtres du contenu historique à transmettre aux élèves. Il n'y a donc là aucun motif d'un refus de lecture de la lettre de Guy Môquet.

2 - La complexité de la période de l'occupation mérite donc des développements importants qui ne peuvent être expliqués en dehors du contexte. Or, ce contexte est étudié en fin de classe de 1ère et c'est à ce moment là que nous jugeons pertinent de lire cette lettre, avec d'autres témoignages.

Réponse – Quelle période n'est-elle pas "complexe"…? L'Occupation l'est tout autant que les causes de la Première Guerre mondiale, la montée des fascismes ou les raisons et modalités de la Guerre froide… Sur toutes ces questions, les lycéens ne partent pas de rien. Ils ont abordé ces thèmes en classe de 3e au collège. Par ailleurs, comme tout le monde, ils ont entendu parler de la lettre de Guy Môquet – jamais elle n'a été autant évoquée…- et les médias leur en rappelleront l'actualité le 22 octobre. Toute une conjoncture suscitant chez les élèves curiosité et attention propices à une exploitation pédagogique. Il serait superficiel de la reporter par fidélité rigide à l'agencement d'un programme.

Le précédent de la commémoration du 10 mai – choisie pareillement par un Président de la République -, "journée de mémoire de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions" au cours de laquelle il fallait lire en classe un texte choisi parmi des auteurs tels que Bernardin de Saint-Pierre, Condorcet, Alejo Carpentier, Senghor ou Césaire…, n'a pas occasionné les mêmes désapprobations… Et pourtant, la dimension réflexive et critique passait au second plan puisqu'il était dit qu'il "ne s’agit pas à proprement parler d’une action de nature pédagogique ni didactique (…) mais d’un moment de fraternité dans le souvenir des longues et terribles “nuits sans nom” et “sans lune” qui furent celles des esclaves" (B.O. du 16 avril 2006). Je ne connais pas de pétitions dénonciatrices ni de refus de lire ces textes. Pourquoi une telle réaction à propos de Guy Môquet ?

3 - Le choix de Guy Môquet se discute également.
Ce jeune homme de 17 ans n'a pas été exécuté en raison de son engagement net face à l'occupant, mais en tant qu'otage, choisi car communiste et surtout fils d'un député communiste alors interné en Algérie.
Arrêté à un moment (octobre 1940) où le PC lutte contre Vichy, mais non contre l'occupant nazi (pacte germano-soviétique), il est exécuté (octobre 41) à un moment où le PC s'est engagé massivement dans la Résistance (après l'invasion de l'URSS).
Voilà pourquoi nous ne souhaitons pas lire la lettre de Guy Môquet le 22 octobre 2007.
Les professeurs d'histoire-géographie du lycée Georges Brassens
G.Gentric - Th.Georget - J.Parizot - B.Charvet

Réponse – Il est léger de dire qu'à l'automne 1940, "le PC lutte contre Vichy mais non contre l'occupant nazi". À cette époque, "le" PC n'existe pas comme entité homogène et centralisée. Son appareil est désarticulé par la dissolution et par la répression, les militants dispersés, idéologiquement désorientés. Ce qui reste de direction – Jacques Duclos - a poussé à fond la logique du pacte germano-soviétique : demande de reparution légale de l'Humanité auprès des autorités nazies en juin 1940, appels à fraterniser avec les soldats allemands, absence de dénonciation du nazisme…

Mais - et c'est cela qui importe pour interpréter l'attitude du Guy Môquet, - d'autres communistes, y compris des responsables, ont agi, immédiatement après la défaite, sur une ligne à la fois anti-vichyste et anti-nazie. Charles Tillon, responsable régional à Bordeaux, appelle dès le 17 juin 1940 à la lutte contre Vichy et "contre le fascisme hitlérien". Auguste Havez en Bretagne, Georges Guingoin en Haute-Vienne, Auguste Lecoeur dans le Nord, également.

Guy Môquet distribue, certes, des tracts qui "dénoncent mollement l'occupation étrangère" (voir le livre de Pierre-Louis Basse, Guy Môquet, une enfance fusillée, Stock, rééd. 2007, p. 43), mais, avec deux camarades, il échappe aussi à une patrouille de soldats allemands durant l'été 1940 après avoir écrit sur le mur de leur caserne, boulevard Bessières : "Hitler… c'est la guerre" (cf. Pierre-Louis Basse, p. 89).

On ne peut inférer de la ligne officielle du PCF, énoncée par une direction dogmatique et coupée des militants, l'état d'esprit de ces derniers qui combinait le désarroi créé par le pacte germano-soviétique, l'opposition à la répression gouvernementale (celle de Daladier puis celle de Vichy) et la fidélité à l'antifascisme des années 1930. Guy Môquet a bien été résistant. Et il a été fusillé à 17 ans. Je lirai sa dernière lettre.

Michel Renard, professeur d'histoire
lycée Claude Lebois de Saint-Chamond



couverture





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24 août 2007

Guy Môquet, une enfance fusillée (un livre de Pierre-Louis Basse)

Guy_M_quet_enfance_fusill_e_couv




Guy Môquet, une enfance fusillée

un livre de Pierre-Louis BASSE


présentation du livre en 4e de couverture

Guy_M_quet_enfance_fusill_e_couv«Je vivais où vécut Guy, ce voyou merveilleux. Nous avions le souci de ne jamais prendre la chose écrite à la légère. Guy ou les poètes les plus déterminés faisaient dans mon esprit le même voyage. La liberté ou la mort.
“Dix-sept ans et demi, ma vie a été courte, je n’ai aucun regret si ce n’est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine…” Prenant le temps de vivre et de lire, nous savions bien qu’aucun quidam ne viendrait nous klaxonner sur notre chaise. C’était septembre. Je retrouvai Jules-Ferry, la place de Clichy, après un nouveau passage dans la carrière. Tous ces risques, tous ces secrets, et cette énergie de la victoire contre les salauds, abandonnés dans la terre rouge de la sablière. Toutes ces aventures, ces soirées à faire trembler les familles, les cinémas, les marchés ; il avait mouillé la chemise, Guy, pour que nous puissions l’ouvrir, notre gueule. Qui s’en souviendrait ?»

Guy Môquet a été fusillé le 22 octobre 1941 au camp de Châteaubriant, avec vingt-six autres camarades,Pierre_Louis_Basse_portrait héros discrets de la Résistance. Pierre-Louis Basse, qui a publié plusieurs récits, Ma Ligne 13, Séville 82, et Ma chambre au triangle d’or (Stock), est né à quelques dizaines de kilomètres de la carrière des fusillés. Toute son enfance fut hantée par le souvenir de la tragédie du 22 octobre 1941. Lettres, photos, souvenirs personnels témoignent enfin de ce lien secret et bouleversant qui l’attache depuis l’enfance à ce jeune homme assassiné.


Guy_M_quet_enfance_fusill_e_couv

- Pierre-Louis Basse, Guy Môquet, une enfance fusillée, Stock, 2000, rééd. juin 2007.

- le site de Pierre-Louis Basse : ses interviews au sujet du livre sur Guy Môquet


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27 février 2019

les morts pour la France du lycée Claude Lebois : étude synthétique

Saint-Chamond, École pratique, vers 1905

 

 

les morts pour la France du lycée Claude Lebois :

étude synthétique

 

travail en cours

 

Après les itinéraires individuels, il est intéressant de donner une image globale et des informations synthétiques sur le groupe des anciens élèves de l'École Pratique qui ont partagé le destin commun d'une mort dans la Grande Guerre.

 

données démographiques sur les 51 "élèves"

 

18 ans : 2

19 ans : 1

20 ans : 6

21 ans : 5

22 ans : 6

23 ans : 4

24 ans : 4

25 ans : 1

26 ans : 4

27 ans : 5

28 ans : 1

29 ans : 1

30 ans : 1

31 ans : 2

32 ans : 4

33 ans : 1

38 ans : 1

 


Louis ARRIVET : 1899-1918 (18 ans)

Placide BABOIN :1895-1916 (21 ans)

Joannès BADOR : 1882-1914 (32 ans)

Jean BOTTE : 1893-1914 (21 ans)

Jacques BUNARD : 1887-1918 (31 ans)

Laurent CHAMPAGNAT : 1894-1918 (23 ans)

Pierre CHAZET : 1897-1915 (18 ans)

Paul CHORLIOT : 1890-1919 (29 ans)

Marius CLAVEL : 1893-1914 (20 ans)

Antoine DEFAIX : 1895-1915 (19 ans)

Jean DEPOUILLY : 1897-1918 (20 ans)

Claudius DUBREUIL : 1891-1917 (26 ans)

Jean DUBREUIL : 1892-1916 (23 ans)

Marius FARA : 1881-1914 (33 ans)

Louis FOND : 1892-1915 (22 ans)

Philippe FRANÇON : 1892-1914 (22 ans)

Pierre FRÉCON : 1890-1914 (24 ans)

François GACHON : 1894-1917 (22 ans)

Jean GACHON : 1892-1914 (22 ans)

François GIRARD : 1886-1914 (28 ans)

Pierre GOBERT : 1891-1914 (23 ans)

Marius GRANJON : 1890-1918 (27 ans)

Jean GRENIER : 1895-1918 (22 ans)

Joseph GUICHARD : 1883-1914 (31 ans)

Antoine JOUBERT : 1898-1918 (20 ans)

Antoine LARDERET : 1897-1918 (20 ans)

Jean LEZEY : 1890-1914 (24 ans)

Jean MAISONNIAL : 1894-1918 (24 ans)

Jean MALLET : 1897-1917 (20 ans)

Jean MOREL : ------

Antoine MOULIN : 1886-1916 (30 ans)

Pierre NANTAS : ------

Marcel NOUVEAU : 1888-1914 (25 ans)

Claudius PACCALIER : 1894-1915 (20 ans)

Marius PASCAL : 1894-1916 (21 ans)

René PLÉNET : 1894-1918 (23 ans)

François POYET : 1882-1914 (32 ans)

Marius POYET : 1891-1918 (27 ans)

Léon PROST : 1894-1914 (26 ans)

Félix RELAVE : 1880-1918 (38 ans)

Marius REMILLIER : 1882-1914 (32 ans)

Jules REYMOND : 1887-1915 (27 ans)

Henri SEYTRE : 1891-1918 (27 ans)

Émile STOECKEL : 1889-1914 (24 ans)

Wilfrid VIGOUROUX : 1893-1915 (22 ans)

Claudius VINCENT : 1894-1916 (21 ans)

André MARCELLIN : 1888-1915 (26 ans)

Pierre REYNAUD : 1891-1917 (26 ans)

Pierre FONTVIEILLE : 1897-1918 (21 ans)

Marius PORTE : 1887-1914 (27 ans)

Marcel VACHER : 1886-1914 (32 ans)

 

 

quelles ont été les années les plus meurtrières ?

 

décès par année
dates de mort des anciens élèves de l'École Pratique de Saint-Chamond
(Claude Lebois) selon les années du conflit

Il apparaît facilement que les années 1914 et 1918 ont été les plus meurtrières par rapport aux années intermédiaires. En réalité, la prépondérance de l'année 1914 est beaucoup plus importante puisqu'elle ne compta que 5 mois de guerre. Proportionnellement, il y eut six fois plus de décès en 1914 qu'en 1915, par exemple.

La comparaison avec le bilan d'ensemble pour l'amée française (tableau ci-dessous) indique donc une surmortalité des anciens élèves de l'École Pratique pour l'année 1914 : 36% des victimes contre 21%. Il en va de même pour l'année 1918 : presque 32% pour les anciens élèves contre 16% pour l'ensemble des combattants français.

 

pertes françaises 1914-1918
tableau d'ensemble pour l'armée française

 

 


les régiments auxquels ont appartenu les élèves


Très peu d'anciens élèves de Saint-Chamond se sont trouvés regroupés dans les mêmes unités lors de la guerre. La plupart ont été affectés dans des régiments très différents. Aucune explication ne peut en être fournie pour l'instant. Mais cela n'a rien d'exceptionnel non plus...

Voici les unités mentionnées sur les fiches ; avec quelques incertitudes quand certains soldats n'ont pu être clairement identifiés (homonymie, localisation quasi identique...) comme provenant de l'École Pratique de Saint-Chamond :

11e Bataillon de Chasseurs Alpins (2)

12e Bataillon de Chasseurs à Pied

13e Bataillon de Chasseurs Alpins

28e Bataillon de Chasseurs

54e Bataillon de Chasseurs à Pied

16e Régiment d’Infanterie (incertain)

17e Régiment d’Infanterie (2)

38e Régiment d’Infanterie (4)

49e Régiment d’Infanterie (incertain)

56e Régiment d’Infanterie

69e Régiment d’Infanterie

118e Régiment d’Infanterie

123e Régiment d’Infanterie (2)

133e Régiment d’Infanterie (2)

142e Régiment d’Infanterie

152e Régiment d’Infanterie

155e Régiment d’Infanterie

158e Régiment d’Infanterie

161e Régiment d’Infanterie

165e Régiment d’Infanterie

174e Régiment d’Infanterie

201e Régiment d’Infanterie

216e Régiment d’Infanterie (incertain)

238e Régiment d’Infanterie

275e Régiment d’Infanterie

311e Régiment d’Infanterie

339e Régiment d’Infanterie

346e Régiment d’Infanterie

358e Régiment d’Infanterie

414e Régiment d’Infanterie

14e Régiment de Dragons

4e Régiment d’Artillerie de campagne

6e Régiment d’Artillerie de campagne

7e Régiment d’Artillerie à pied

16e Régiment d’Artillerie

260e Régiment d’Artillerie de Campagne

263e Régiment d’Artillerie de Campagne

7e Régiment du Génie (2)

10e Régiment du Génie (2)

2e Régiment de Marche d’Afrique

2e Bataillon de Marche d’Afrique, infanterie légère (incertain)

8e Régiment de Zouaves de Marche

2e Groupe d’Aviation, Escadrille 36

 

 

 

Michel Renard
professeur d'Histoire
au lycée Claude Lebois (Saint-Chamond)

MR aux AM 2014


Kim Lekhal
assistante de recherche

Kim Lekhal 2014 cimetière

  

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10 octobre 2020

village mérovingien : découverte archéologique

Cluny_-_Mero_-_Casque_de_Vezeronce
casque mérovingien de Vézeronce (Isère), VIe siècle

 

 

Dans le Doubs, découverte d'un

village mérovingien unique en France

 

ARCHÉOLOGIE - Les fouilles, menées depuis plus d'un an à Pontarlier, ont révélé les fondations d'un village entier du premier Moyen Âge.

 

Un village mérovingien entier et unique en France, datant des VIe et VIIe siècles, a été découvert à Pontarlier, dans le Doubs, témoignant des stratégies de conquête des Francs, a annoncé mardi l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).

Les fouilles, menées depuis plus d'un an, ont révélé l'ancienne présence de ce village entier du premier Moyen Âge, de sa nécropole et d'une très rare église en bois à plan basilical sur le site «des Gravilliers», à Pontarlier, près de la frontière avec la Suisse. Aucun bâtiment n'a toutefois subsisté sur le site où ne demeurent que leurs fondations, a constaté l'AFP.

Cet habitat mérovingien qui comportait une dizaine de grands bâtiments de 200 à 300 m² chacun, probablement constitués d'une partie d'habitation et d'une autre destinée à la stabulation des bêtes, a été occupé pendant près de 200 ans.

 

village mérovingien (1)

«Influence germanique»

«Un village avec son église, son aire d'activité économique et sa nécropole, il n'y en a pas de comparable en France. Mais on en trouve en Suisse alémanique et en Bavière, en Allemagne, d'où l'hypothèse d'une architecture en bois d'influence germanique», a expliqué lors d'une conférence de presse Michiel Gazenbeek, responsable de recherche archéologique à l'Inrap.

L'apparition du village est contemporaine de la période de conquête du royaume des Burgondes par les Francs. Selon les archéologues, les Francs auraient déplacé une famille de nobles germaniques, avec sa suite, pour l'implanter dans ce domaine afin d'asseoir leur domination.

À l’époque, le bourg de Pontarlier était un lieu de passage stratégique pour relier le sud au nord de l'Europe. «C'était la route à surveiller et à contrôler à tout prix», précise M. Gazenbeek.

Des traces de cabanes permettant de stocker les aliments, les animaux ou diverses activités, ainsi que 74 tombes disséminées dans le village ont aussi été découvertes lors des fouilles.

village mérovingien (2)

«Un certain statut social»

«Les objets présents dans les tombes - épées, éperons, bijoux - montrent que les personnes qui habitaient ce village avaient un certain statut social», souligne Michiel Gazenbeek.

La découverte d'amas de milliers d'ossements d'animaux, essentiellement des bœufs et des chevaux, a permis d'établir la présence d'une boucherie d'au moins 600 m².

Pour l'archéologue, cette zone d'abattage «permet de déterminer quels animaux ils ont tués et quelle était l'économie d'élevage pratiquée». Les fouilles, prescrites par l'État, ont par ailleurs dévoilé une occupation mésolithique du lieu, datant de 10.000 à 6.000 avant Jésus-Christ et correspondant à la dernière période des chasseurs-cueilleurs d'Europe.

 

village mérovingien (3)

 

Par AFP agence et Le Figaro

Publié le 9  octobre 2020

 

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28 janvier 2015

le Nom de la Rose, film (1986)

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Le Nom de la Rose, film (1986)

 

L'univers religieux de l'Occident chrétien médiéval, à travers le film de Jean-Jacques Annaud, Le Nom de la Rose (1986), tiré du roman éponyme de l'Italien Umberto Eco (1980, 1982 pour la traduction en langue française).

 

synopsis

Selon Première : "En l'an 1327, dans une abbaye bénédictine, des moines disparaissent. Un franciscain, Guillaume de Baskerville, aidé du jeune novice Adso von Melk, mène l'enquête. C'est l'époque où l'Église, en pleine crise, se voit disputer son pouvoir spirituel et temporel. C'est aussi l'apogée de l'inquisition. Un thriller moyenâgeux très attendu préparé avec soin pendant trois ans, respectant le mieux possible l'époque et qui a coûté la bagatelle de dix-neuf millions de dollars. C'est également un film de Jean-Jacques Annaud toujours passionnément entraîné par ses sujets."

 

 

les personnages du film Le Nom de la Rose 

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Guillaume de Baskerville, moine franciscain, ancien membre de l'Inquisition

 

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Guillaume

 

Guillaume et le mot codé
Guillaume déchiffrant le parchemin codé

 

Guillaume sauvé du feu
Guillaume, sauvé des flammes de la bibliothèque et serrant quelques livres sauvegardés

 

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Adso de Melk, novice confié par son père à Guillaume

 

Adso et la paysanne
Adso découvre la sexualité puis l'amour, avec une jeune paysanne

 

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l'abbé, chef des moines bénédictins du monastère

 

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Jorge de Burgos, ancien bibliothécaire ; on l'appelle "vénérable" Jorge

 

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Malachié, le bibliothécaire

 

Béranger
Béranger, assistant bibliothécaire, "tourmenté par de coupables passions"...

 

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Salvator et Adso sous le portail de l'église du monastère (Salvatore se compare au diable)

 

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Salvator et Adso sous le portail de l'église du monastère

 

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Bernardo Gui, l'inquisiteur

 

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le moine Salvatore, après avoir été toruré ; au procès

 

Remigio capturé
Remigio, capturé par les gardes de l'inquisiteur Bernardo Gui

 

Remigio procès
Remiggo de Varagine, le frère célérier, ancien hérétique

 

 

 

 

les lieux du film Le Nom de la Rose

 

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le scriptorium

 

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une salle de la bibliothèque

 

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l'escalier-labyrinthe de la bibliothèque

 

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la tour bibliothèque du monastère en feu

 

 

le rire : polémique entre les chrétiens, dans Le Nom de la Rose

 

Jorge scriptorium rire
Jorge : "Le rire est un souffle diabolique… qui déforme les linéaments du visage
et fait ressembler l’homme au singe"

 

A monk rirejpg
"un moine ne rit pas. Seul rit le crétin"

 

* à partir de 32'50 dans le film

Jorge – (en latin) Un moine ne rit pas. Car seul rit le crétin.
J’espère que mes paroles ne vous ont pas offensé frère Guillaume. Mais j’ai entendu rire et j’ai rappelé un des principes de notre règle. Certes, vous Franciscains, vous venez d’un ordre ou la gaieté la plus inopportune est vue avec indulgence.

Guillaume – Oui, c’est vrai. Saint François parfois, ne répugnait pas à rire.

Jorge – Le rire est un souffle diabolique… qui déforme les linéaments du visage et fait ressembler l’homme au singe.

Guillaume – Mais le singe ne rit pas. Le rire est le propre de l’homme (1).

Jorge – Comme le péché. Le Christ n’a jamais ri.

Guillaume – En sommes-nous si sûrs ?

Jorge – Rien dans les Écritures n’établit que notre Seigneur ait ri.

Guillaume - Rien dans les Écritures n’établit que notre Seigneur n’ait pas ri. On sait que les saints eux-mêmes usaient de la comédie pour ridiculiser les ennemis de la foi.
Par exemple. Quand les païens mirent Saint Maur dans l’eau bouillante, celui-ci se plaignit que le bain était trop froid ; le sultan y plongea les doigts et s’ébouillanta la main.

Jorge – Un saint, immergé dans un bain bouillant n’a pas de ses puérilités ridicules. Il retient ses cris et souffre pour la vérité.

Guillaume – Pourtant, Aristote a consacré son second tome de la Poétique (2) à la comédie, il en fait un instrument de vérité.

Jorge – Vous avez lu cet ouvrage ?

Guillaume – Non, bien sûr que non. Ce manuscrit a été perdu il y a des siècles.

Jorge – Non, c’est une erreur. Il n’a jamais été écrit. Parce que la Providence ne tolère pas que l’on glorifie des futilités.

Guillaume – Non, là, je ne suis absolument pas…

Jorge – Assez ! Cette abbaye est brisée de souffrances, et vous voulez nous détourner de notre deuil par ce vain persiflage !

Guillaume – Pardonnez-moi, vénérable Jorge, mes propos en effet étaient déplacés.

 

(1) Cette formule est anachronique. Sa première énonciation remonterait à Rabelais (XVIe siècle) dans son "Avis aux lecteurs" précédant Gargantua (1574).

(2) Ce texte d’Aristote, dont l’existence n’est pas attestée, aurait été perdu à la fin de l’Antiquité, et on ne sait rien de certain à son sujet. Des fragments retrouvés ultérieurement y feraient allusion mais ils ne seraient probablement pas de source aristotélicienne. Aristote n'a écrit que sur la tragédie.

 

Poétique Aristote

 

irrévérence
"un âne enseignant les Écritures aux évêques..., il [ce moine] avait un vrai don pour l'irrévérence et
les images de comédie", propos de Guillaume examinant les enluminures d'Adelme d'Otrante

 

 

les morts dans le film Le Nom de la Rose

 

 

victimes

 

 

meurtriers

 

Adelme
enlumineur

 

Venantius
traducteur de grec

 

Béranger
assistant bibliothécaire

 

Séverin
herboriste

 

Malachié
bibliothécaire

 

Jorge
ancien bibliothécaire

 

Salvatore
moine, ancien hérétique

 

Remigio
moine, ancien hérétique

 

Bernardo Gui
inquisiteur

 

 

suicide

 

 

poison du livre

 

 poison du livre et noyade

 

 
assassiné par Malachié

 

 

  poison du livre

 

 
poison du livre et feu
(suicide)

 

brûlé vif

 

 

brûlé vif

 

poussé dans le vide
par les paysans

 

Adelme suicide
Adelme, enlumineur

 

Venantius mort
Venantius, traducteur de grec

 

mort Venantius (2)
Venantius, plongé dans une cuve pour camoufler la cause de son décès

 

Béranger mort
Béranger, l'assistant bibliothécaire

 

Séverin mort
Séverin, l'herboriste

 

Malachié mort
Malachié, bibliothécaire

 

mort de Jorge (1)
Jorge avalant le poison mortel déposé sur le haut des pages cornées

 

mort de Jorge (2)
Jorgé périssant, avec le livre, dans le feu de la bibliothèque qu'il a lui-même provoqué

 

mort de Salvatore bûcher
mort de Salvatore sur le bûcher

 

mort Salvatore
mort de Salvatore sur le bûcher

 

mort de Remigio bûcher
mort de Remigio sur le bûcher, à côté de Salvatore

 

mort Bernardo Gui
mort de l'inquisiteur Bernardo Gui

 

 

 

Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus

 

31393381_9417097

 

Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus.

La rose demeure virginale par son nom ; nous tenons son nom (l’idée que nous avons d’elle) pour nu (pure). (je ne sais plus d’où vient cette traduction)

 

Bernard de Cluny – article Wikipedia

Bernard de Morlaix ou Bernard de Cluny, moine de Cluny du XIIe siècle, auteur de De contemptu mundi, vivant vers 1140. Il n'est connu que par ses écrits.

Il est aujourd'hui notoire pour sa phrase «Nunc ubi Regulus aut ubi Romulus aut ubi Remus ? / Stat Roma pristina nomine, nomina nuda tenemus» («Où est aujourd'hui Régulus et où est Romulus et où est Remus ? La Rome des origines n'existe plus que par son nom, et nous n'en conservons plus que des noms vides»).

Cette phrase a en effet été reprise par Umberto Eco sous une forme modifiée dans son romanLe Nom de la Rose (1980), avec la fameuse phrase, difficile à comprendre sans le contexte fourni par Bernard de Cluny, Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus : «La rose des origines n'existe plus que par son nom, et nous n'en conservons plus que des noms vides», ou encore, «C'est par son nom que demeure la rose d'autrefois, Nous ne conservons que des mots vides». [réf. nécessaire]

 

"océan" – dans un forum

rosa pristina = la rose passée (c'est-à-dire qui n'est plus)
stat = est là (est présente, demeure)
nomine = par (grâce à) (son ou le) nom

- c'est-à-dire : une fois que la chose a disparu, elle (ne) reste (plus) présente (que) par le (ou son) nom

tenemus = nous tenons (nous gardons, nous conservons)
nomina nuda = des noms nus (au sens de dépouillés, sans leur substance, sans leur contenu réel)

- c'est-à-dire : nous (ne) tenons (du réel passé) (que) des noms vides.

Dans le livre, l'hexamètre est à double effet, car le jeune Adso, devenu vieux, n'a même pas su le nom de cette belle jeune fille, au coeur de cette aventure où l'on condamne à mort non seulement le rire, non seulement la femme, mais le nom même de la femme (les livres qui brûlent contiennent, conservent et transmettent des mots, des noms "nus", vides).

Qu'en reste t-il, si l'on ne tient même pas son nom comme on peut le faire de Rome ou de la rose ?

http://www.darchis.be/eric/blog/index.php?2005/06/26/100-stat-rosa-pristina=

 

Guillaume et l'abbé dans la cellule
Guillaume, frère franciscain, accueilli par l'abbé bénédictin, à son arrivée dans le monastère

 

 

résumé du film

En l'an 1327, le moine franciscain Guillaume de Baskerville, accompagné d'un jeune novice, Adso de Melk, arrive dans une abbaye bénédictine, quelque part dans une vallée alpine. Il est amené, grâce à son sens logique, à enquêter sur la mort étrange d'un moine.

Guillaume se heurte au silence des Bénédictins et à leur foi intolérante. Malgré tout, l'enquête avance ; mais un autre moine meurt, assassiné. De son côté, Adso découvre l'amour avec une jeune paysanne.

Guiliaume de Baskerville est persuadé que le secret de l'énigme réside dans le scriptorium, salle où les moines copient les manuscrits, et les livres cachés dans une tour à l'accès jalousement gardé par le moine Bérenger, torturé par le péché de chair. Bérenger est d'ailleurs, après avoir dérobé un livre, retrouvé mort dans un bassin, un doigt et sa langue sont noirs.

Un nouvel obstacle se dresse devant Guillaume avec la venue de Bernardo Gui, prêtre de l'inquisition. Sur son ordre, la jeune fille, Salvatore, le bossu simple d'esprit et son maître, sont arrêtés et condamnés au bûcher après une parodie de procès.

Guillaume est sur le point de dénouer le mystère après sa visite dans la bibliothèque située dans la tour-labyrinthe. L'objet du "Mal" est ce volume, tant convoité, de la Poétique d'Aristote qui défendait le rire... blasphématoire pour les Bénédictins et le vieux moine Jorge de Burgos, qui était allé jusqu'à empoisonner les pages du livre païen.

Dans la tour en flammes Guillaume et Jorge de Burgos s'affrontent. Guillaume parvient à s'échapper du brasier. Les paysans sauvent la jeune fille et renversent la voiture de l'inquisiteur qui périra atrocement.

Au petit matin, Guillaume et Adso reprennent la route. Adso, apercevant la jeune fille, hésite. Il rejoint cependant Guillaume qui veut faire de lui un homme cultivé.


source : cinéma-français.fr

 

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la jeune paysanne dont le nom reste inconnu

 

départ Adso
après un dernier regard à la jeune fille, Adso s'en va et rejoint son maître Guillaume

 

 

 

les rapports avec l'histoire réel

 

À cette époque, la papauté était installée en Avignon.

 

 

 

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30 mai 2013

Irena Sendler qui a sauvé 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie

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Irena Sendler (1910-2008)

et les 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie

 

 - ghetto : quartier où les Juifs étaient tenus de résider, isolés du reste de la population et étroitement surveillés ; à Varsovie, il fut instauré dès 1940 par les nazis.

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ghetto de Varsovie en juin 1942

 

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une sœur et son frère, photographie prise le 19 septembre 1941 par Heinrich Jöst,
dans le ghetto de Varsovie

- le ghetto de Varsovie. Dossier très complet ici : http://www.enseigner-histoire-shoah.org/outils-et-ressources/fiches-thematiques/les-grandes-etapes-de-la-shoah-1939-1945/etude-de-cas-le-ghetto-de-varsovie-1940-1943-12.html


extrait :

La création du ghetto

Dès l’automne 1939, commencent les persécutions antijuives dans le gouvernement général [de Pologne occupée par l'Allemagne nazie]. À partir du 1er décembre 1939, tous les Juifs âgés de plus de douze ans doivent arborer un brassard blanc où figure une étoile de David bleue. D’autres mesures, prises au cours de l’automne et de l’hiver 1939-1940, visent à isoler et à brimer : couvre-feu, interdiction de changer de domicile, de voyager en chemin de fer, confiscation des postes de radio, interruption fréquente de la distribution du courrier, interdiction de fréquenter les jardins publics, etc.

En mai 1940, le quartier juif de Varsovie est officiellement déclaré par les Allemands «zone d’épidémie» et le 2 octobre 1940, le gouverneur du district de Varsovie, Ludwig Fischer, publie l’ordre de transplantation : entre le 12 octobre et le 31 novembre 1940, 113 000 non-Juifs quittent le quartier juif et 138 000 Juifs y «déménagent» dans un climat de panique.

Clos le 16 novembre 1940, le ghetto de Varsovie est en partie cerné d’un mur d’enceinte. Dans cette enceinte d’une superficie d’environ 300 hectares, on compte 128 000 habitants au km² (à comparer avec le chiffre de 14 000 environ dans la Varsovie non juive).
La population du ghetto passe de 381 000 personnes en janvier 1941 à 439 000 en juin 1941, pour retomber à 400 000 en mai 1942.

 

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ghetto de Varsovie, place du marché

 

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source : http://zakhor-online.com/?p=2043


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article de presse à l'occasion du décès d'Irena Sendler

Décédée lundi 12 mai à l'âge de 98 ans, Irena Sendler a sauvé 2.500 enfants juifs du ghetto de Varsovie durant la Seconde Guerre mondiale. Arrêté par la Gestapo en 1943 elle fut miraculeusement sauvée sur le chemin de l'exécution
Figure de la résistance polonaise, Irena Sendler a sauvé 2.500 enfants juifs de Varsovie au risque de sa vie en les faisant sortir du ghetto instauré par les nazis.
"On m'a éduquée dans l'idée qu'il faut sauver quelqu'un qui se noie, sans tenir compte de sa religion ou de sa nationalité", aimait-elle à dire.

Juste parmi les Nations

Née le 15 février 1910, Irena Sendler est longtemps restée peu connue en Pologne, à l'image d'Oskar Schindler, qui est mort dans la pauvreté en Allemagne, avant que son action soit immortalisée au cinéma par Steven Spielberg.

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Il fallut attendre mars 2007 pour que la Pologne lui rende un hommage solennel et propose son nom pour le Prix Nobel de la Paix.
Cependant, le mémorial israélien de l'Holocauste, le Yad Vashem, lui avait décerné dès 1965 le titre de Juste parmi les Nations, réservé aux non-juifs qui ont sauvé des juifs (un peu plus de 22.000 à ce jour).

Première métropole juive d'Europe


Assistante sociale, elle travaillait déjà avant la guerre auprès des familles juives pauvres de Varsovie, qui était alors la première métropole juive d'Europe. La capitale polonaise abritait 400.000 des 3,5 millions de juifs de Pologne.
Dès l'automne 1940, Irena Sendler a pris des risques considérables pour apporter de la nourriture, des vêtements ou des médicaments aux habitants du ghetto, que les occupants nazis avaient instauré dans un quartier de la capitale. Sur 4 km², ils y avaient entassé quelque 450.000 personnes.
En raison du manque de nourriture, beaucoup sont morts de faim ou de maladie. Les autres ont été gazés au camp de la mort de Treblinka. Une poignée de survivants ont mené au printemps 1943 une insurrection désespérée avant que l'armée nazie ne rase complètement le quartier.

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juifs arrêtés lors de l'insurrection du ghetto de Varsovie


Enfants cachés dans des valises


"Lorsqu'elle marchait dans les rues du ghetto, Sendler portait un brassard avec l'Etoile de David, à la fois par solidarité avec les juifs et par souci de ne pas attirer l'attention sur elle", souligne le mémorial du Yad Vashem.
À la fin de l'été 1942, elle a rejoint le mouvement de résistance Zegota, (Conseil d'aide aux juifs).
Elle a alors fait sortir clandestinement des enfants du ghetto qu'elle hébergeait dans des familles catholiques et des couvents.
Les enfants étaient cachés dans des valises, transportés par des pompiers ou des camions à ordures, ou simplement dissimulés sous les manteaux des personnes qui avaient le droit d'accès au ghetto, comme Irena Sendler et son équipe d'assistantes sociales. Par précaution, elle notait soigneusement les noms des enfants et des familles sur des papiers qu'elle enterrait dans des bouteilles.

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image du film The Courageous Heart of Irena Sendler


Miraculeusement libérée sur le chemin de l'exécution


Elle fut arrêtée chez elle le 20 octobre 1943. Au quartier général de la Gestapo, ses tortionnaires lui brisèrent les pieds et les jambes. Mais elle ne parla pas. Condamnée à mort, elle fut miraculeusement libérée sur le chemin de l'exécution par un officier allemand que la résistance polonaise avait réussi à corrompre.
Elle continua son combat clandestin sous une autre identité jusqu'à la libération. Après la guerre, elle travailla dans la supervision des orphelinats et des maisons de retraite.

"Je continue d'avoir mauvaise conscience"


Elle a toujours pensé qu'elle n'était pas une héroïne. "Je continue d'avoir mauvaise conscience d'avoir fait si peu", disait-elle.
De santé fragile, Irena Sendler était restée l'an dernier à l'écart des cérémonies qui lui rendirent hommage. Mais elle avait fait lire une lettre par une survivante, Elzbieta Ficowska, qu'elle avait sauvée tout bébé en 1942.
"J'appelle tous les gens de bonne volonté à l'amour, la tolérance et la paix, pas seulement en temps de la guerre, mais aussi en temps de paix", avait-elle dit.

http://tempsreel.nouvelobs.com/culture/20080512.OBS3470/portrait-d-irena-sendler.html

 

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"On ne plante pas des graines de nourriture.
On plante des graines de bonnes actions.

Essayez de faire des chaînes de bonnes actions,
pour les entourer et les faire se multiplier."

Irena Sendler

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http://www.dailymotion.com/video/x9qtu9_une-juste-irena-sendler_webcam?start=NaN#.UanQSetD-Dl
- vidéo réalisée par R. Luc Hervé pour "Mimavision" en 2006.

http://www.youtube.com/watch?v=Fn82taAIteQ
- film The Gourageous Heart of Irena Sendler (en langue anglaise).

 

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soldats allemands arrêtant fes juifs au cours de la révolte du ghetto de Varsovie, mai 1943

 

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déportation de juifs après l'insurrection du ghetto de Varsovie en 1943


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28 mai 2010

8 mai 1945, Sétif, Algérie, film de Rachid Bouchareb

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photo du film "Hors-la-loi" de Rachid Bouchareb (2010)



dossier sur les "massacres de Sétif"

en mai et juin 1945 en Algérie


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source


réactions dans la presse au film "Hors-la-loi"

de Rachid Bouchareb


Il y a plusieurs choses à dire sur Hors la loi de Bouchareb que l'on vient de voir
à Cannes 

Tout d'abord, le climat : protection policière très présente autour du palais du festival, fouilles au corps même pour les journalistes, sacs examinés deux fois plutôt qu'une : on se serait cru au Parc des princes lors d'un PSG-OM ou dans l'aéroport le plus surveillé au monde. Mais la projection s'est bien déroulée. Aucun sifflet, aucune insulte, rien.   

Venons-en au film lui-même. Et faisons d'abord un sort à la fameuse séquence des massacres de Sétif qui a déclenché tant de polémiques. Pour être le plus objectif possible, j'ai fait raconter cette scène à une jeune femme qui ignorait tout du 8 mai 1945. Qu'avait-elle vu ? Une manifestation pacifique d'Algériens, l'un d'entre eux tenant un drapeau algérien, des forces françaises prêtes à riposter, un officier de police qui cherche à récupérer le drapeau, qui fait feu sur l'Algérien, la panique de la foule, les policiers et l'armée française qui tirent sur les manifestants comme dans un stand de tir, faisant des dizaines de morts, deux Algériens sans armes ripostant en état de légitime défense (l'un fait basculer un Européen qui tire, un autre arrache un fusil et le retourne contre un autre Européen avant d'être tué), puis l'arrestation d'un des personnages du film (Sami Bouajila) qui passe devant des dizaines de corps d'Arabes tués... La jeune femme n'a pas vu qu'il y ait eu un massacre d'abord d'Européens par des Arabes.   

Si l'on résume, Bouchareb nous raconte le début de l'histoire (le drapeau, l'officier de police), tout en le condensant (car les massacres n'ont pas eu lieu à Sétif même, le 8 mai 1945, mais pour la plupart après), puis la fin de l'histoire (les massacres par milliers d'Algériens), mais il ne nous montre pas le milieu (le fait que les Européens ont été tués aussi, autrement qu'en légitime défense, par des Algériens qui étaient bien armés).    

Bouchareb, après avoir annoncé qu'il rétablirait la vérité historique, était revenu sur ses déclarations, brandissant, pour calmer le jeu, l'argument de la fiction. Mais il nous semble que si l'on représente un événement historique, on s'engage à le raconter de façon exacte. On a une responsabilité, surtout, face à un événement qui a eu tant de conséquences. Il faut dire et montrer les massacres d'Arabes - terribles, d'une ampleur immense - mais dire et montrer aussi l'autre partie, les massacres d'Européens, même plus réduits en termes de chiffres (102 contre 6.000 à 20.000 selon les sources). On ne peut pas toujours brandir cet argument de la fiction comme un joker qu'on sortirait quand cela nous arrange.   

Débats   

Sur le reste du film, car ne nous focalisons pas sur ces six minutes, constatons d'abord qu'il est très moyen. On est revenu vers un cinéma politique assez lourd, maladroit, où les personnages s'expriment souvent par slogans. Même si, par rapport à Indigènes, on constate qu'il y a plus de cinéma dans ce nouveau film. Mais on a parfois l'impression d'avoir affaire à une de ces oeuvres qui passaient jadis avant une émission des Dossiers de l'écran. Sujet : la lutte du FLN en France.              

Hors la loi a certes, là-dessus, ses vertus : il raconte succinctement, à travers l'itinéraire de trois frères, une histoire jamais montrée au cinéma : celle du FLN, son organisation sur le territoire, de sa radicalisation, de sa lutte aussi contre la police française, qui met en place une organisation secrète, la Main Rouge, qui a bel et bien existé. À cet égard, certaines comparaisons entre les Français et les Allemands - les membres du FLN ayant pris la place des Résistants - devrait sans doute avoir du mal à passer...   

Roschdy Zem (le plus convaincant des trois acteurs) interprète le bras armé, qui élimine en étranglant les éléments gênants, Sami Bouajila, la tête pensante révolutionnaire, prêt à tout sacrifier pour la cause, Djamel (coproducteur du film), plus en marge, tente sa chance dans le monde des cabarets, du business et de la boxe.   

Bouchareb n'est pas angélique sur le FLN et ses méthodes et le film devrait faire grincer des dents en Algérie, où la ministre de la Culture a annoncé une projection. Il rappelle, avec exactitude, que le FLN, en organisant la manifestation réprimée du 17 octobre 1961, a sacrifié nombre d'Algériens en connaissance de cause. Gonflé.   

La polémique va-t-elle retomber ou s'attisera-t-elle ? Bouchareb, au début de la conférence de presse, a tout fait pour calmer les esprits, disant vouloir ouvrir un "débat sur la colonisation française et les relations passées entre Français et Algériens". Il est ouvert. Mais un élément essentiel de ce débat nous semble porter sur l'usage des mots "fiction" et "vérité historique". Les historiens qui ont vu le film ont pointé des erreurs. Elles sont là en effet. Faut-il exclure les historiens du débat ? La fiction excuse-t-elle tout ? Espérons que durant les prochains jours, le débat sera enrichi avec toute la sérénité possible.

PS : on s'étonne de trouver dans le dossier de presse que la phrase fameuse de Mitterrand prononcée après l'insurrection du 1er novembre 1954 ("L'Algérie, c'est la France"), soit attribuée à Pierre Mendès France.

Le Point, 21 mai 2010


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«Ce déchaînement de folie meurtrière, dans lequel les autorités françaises de l’époque ont eu une très lourde responsabilité, a fait des milliers de victimes innocentes, presque toutes algériennes…»

    Discours de M.Bernard Bajolet, 27 avril 2008, Ambassadeur de France en Algérie


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articles d'historiens sur les massacres

de Sétif et du Constantinois


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Le 8 mai 1945 et

sa mémoire


en Algérie et en France

(2005)

Guy PERVILLÉ, historien, universitaire



- Communication au colloque Mémoire et histoire, 60 ans après le 8 mai 1945, organisé par la Stiftung Genshagen au château de Genshagen (Berlin), 29-30 avril 2005, présentée à la fin de la journée du 29.

Le rapport entre ce sujet et celui du colloque peut sembler une simple coïncidence de dates, le 8 mai 1945 renvoyant à deux événements à première vue sans rapport entre eux : la capitulation du IIIème Reich à l’issue de la Deuxième guerre mondiale, et une insurrection manquée des nationalistes algériens contre la domination française en Algérie suivie d’une très dure répression.

La signature de la capitulation allemande à Berlin le 8 mai 1945 est un événement dans lequel la participation française est restée  relativement secondaire, même si la Ière armée française du général de Lattre de Tassigny, venue en grande partie d’Afrique du Nord, formait l’aile droite des armées alliées qui ont envahi l’Allemagne par l’ouest. Ce qui explique la réaction du maréchal Keitel en voyant signer celui-ci : «Quoi ? Même les Français ?»

Le 8 mai 1945 en Algérie est, plus qu’une simple coïncidence, en partie une conséquence de l’événement précédent. Le 8 mai, des défilés officiels sont organisés en Algérie pour fêter la capitulation allemande et la fin de la guerre. D’autres manifestations organisées par les nationalistes algériens ont été autorisées sous condition de n’arborer aucun emblème ou slogan jugé séditieux par les autorités, qui viennent d’exiler le leader Messali Hadj à Brazzaville pour éviter un soulèvement. Mais à Sétif, à Bône et à Guelma, des drapeaux et des banderoles nationalistes sont arborées, ce qui provoque l’intervention armée de la police voulant les arracher. Un début d’insurrection se produit à Sétif et se répand dans les campagnes environnantes, puis dans les environs de Guelma.

La répression reprend rapidement le dessus, mais elle sévit pendant plusieurs semaines, particulièrement à Guelma et dans ses environs. Le bilan est bien connu du côté français : 102 morts (dont 14 militaires, et 2 prisonniers italiens), 110 blessés et 10 femmes violées. Mais il est resté très incertain du côté des insurgés : officiellement 1.165 morts, mais ce bilan n’a convaincu personne, et d’autres estimations officieuses ont rapidement circulé : 5.000 à 6.000, 6.000 à 8.000, voire 15.000 à 20.000. Les nationalistes ont retenu 45.000 morts, voire davantage (80.000 ou 100.000 ?), mais sans démonstration probante.

Quant aux causes de ces événements, elles ont été longtemps controversées, entre l’interprétation de la gauche, notamment communiste, dénonçant un complot colonialiste des grands colons et de la haute administration manipulant des nationalistes pro-hitlériens, et  l’interprétation de la droite colonialiste dénonçant uniquement un complot nationaliste algérien [1].

L’objet de cette communication est de retracer l’évolution de l’historiographie de cet événement dans les deux pays, qui est d’abord passée  de la polémique à l’histoire, avant de voir de nouveau la polémique concurrencer et contrarier l’histoire.

De 1945 à 1962 : un enjeu politique direct

Durant une première période, allant de l’insurrection manquée à l’indépendance effective de l’Algérie, les écrits sur le 8 mai 1945 appartiennent à un genre essentiellement politique. La persistance d’enjeux actuels fait que leur production dépend étroitement de prises de positions en rapport direct avec le problème du destin de l’Algérie par rapport à la France.

En France, les échos de cet événement sont alors peu importants, à l’exception du très important débat de l’Assemblée consultative provisoire sur les événements d’Algérie en juillet 1945 [2], accompagné d’une importante déclaration du ministre de l’Intérieur du GPRF Adrien Tixier [3]. Mais ces débats d’une assemblée non élue touchent relativement peu de monde, et la presse  a très peu de place à leur accorder, même si quelques personnalités motivées comme Albert Camus [4] manifestent leur intérêt pour cet événement algérien.

Dans les années suivantes, un seul livre est consacré  à l’insurrection de mai 1945 par un élu français d’Algérie, celui d’Eugène Vallet, Le drame algérien. La vérité sur les émeutes de mai 1945, Les grandes éditions françaises, 291p, 1948. Ce livre était très bien documenté, mais très unilatéral. Un point de vue plus critique envers les abus de la répression se trouve dans ceux d’Henry Bénazet, L’Afrique française  en danger, paru en 1947, pourtant non suspect d’anticolonialisme, et du socialiste Charles-André Julien, L’Afrique du Nord en marche, nationalismes musulmans et souveraineté  française [5], Julliard, 1952.

En Algérie, l’impact de la répression colonialiste sur la propagande nationaliste du PPA-MTLD est très grand, mais il ne se manifeste pas par des recherches  ni par des publications historiques. La propagande orale ou écrite magnifie le crime colonialiste et son bilan, en passant sous silence les victimes européennes de l’insurrection, comme le fait remarquer Charles-André Julien [6] en 1952. Cependant cette propagande se développe encore davantage dans le discours du FLN pendant la guerre d’indépendance [7] qui commence le 1er novembre 1954. Le premier appel de l’ALN évoque alors «1945 avec ses 40.000 victimes», et la propagande du FLN lui accorde une place croissante, en particulier après le retour au pouvoir du général de Gaulle, déjà à la tête du GPRF en mai 1945.

Cependant,  l’exposé le plus frappant pour les Français fut peut-être celui du journaliste suisse Charles-Henry Favrod dans son livre paru en France La révolution algérienne, Tribune libre, Plon, 1959 : «Tous les chefs nationalistes sont unanimes à ce sujet : la révolution de 1954 a été décidée lors des événements de 1945. Tous ceux que j‘ai rencontrés au Caire, à Tunis, à Bonn, à Rome, à Genève, m’ont fait le récit hallucinant des jours et des nuits de mai. Le destin de l’Algérie a été scellé dans ce sang et ces larmes. Ouamrane, Ben Bella, Boudiaf, Chérif, et tant d’autres, sous-officiers et officiers de l’armée française, n’ont pas oublié ce qui s’est passé entre Bougie et Sétif, entre Bône et Souk-Ahras [8]».

À cette exaltation sans cesse croissante de la mémoire de la répression de mai 1945 par le FLN, la France n’a pas répondu. On peut seulement relever la déposition paradoxale du colonel Groussard en 1962 au procès de l’ex-général Salan, lequel a reconnu la gravité de la répression de mai 1945, mais pour en conclure que nombre d’officiers français s’étaient engagés en faveur de la politique d’intégration de l’Algérie dans la France afin d’en éviter la malheureuse répétition [9].

1962-1990 :  le début de l’histoire

L’indépendance de l’Algérie a changé cette situation, en privant le 8 mai 1945 de son importance politique directe. Dans les deux pays, le temps de l’histoire est enfin venu, et une convergence entre les travaux et les publications, quels que soient leurs auteurs, est devenue possible.

En France, la première enquête approfondie est publiée dès la fin de 1962 par une équipe dirigée par l’intellectuel Robert Aron, Les origines de la guerre d’Algérie, Fayard, 332 p. Pour la première fois, de larges extraits de documents d’archives furent publiés pour éclairer ce premier épisode trop méconnu [10]. Vint ensuite en 1969 une autre enquête non moins approfondie dans le premier tome d’une histoire de la décolonisation française publié en 1969 par le journaliste Claude Paillat (sympathisant de l’Algérie française et très bien pourvu en documents de cette origine) : Vingt ans qui déchirèrent la France, t. 1, Le guêpier, 1945-1953, [11], Robert Laffont, 1969.

Plus connue, l’évocation de cet épisode l’année précédente  dans le premier tome de l’histoire de la guerre d’Algérie d’Yves Courrière, Les fils de la Toussaint, Plon, 1968, était beaucoup moins solidement fondée parce  que dépendant essentiellement de la mémoire des militants nationalistes algériens [12].

C’esr pourtant un ancien militant nationaliste algérien, ayant choisi de vivre en France pour y travailler plus librement, Mohammed Harbi, qui réalisa les travaux les plus novateurs et ouvrit la voie à une véritable convergence des points de vue algériens et français. Il publia dès 1975 un petit livre très neuf, Aux origines du FLN, la scission du PPA-MTLD, ou Le populisme révolutionnaire en Algérie, Christian Bourgois, 1975, qui fut le premier à reconnaître que la thèse colonialiste d’un projet d’insurrection  nationaliste était beaucoup plus solidement fondée que celle du complot colonialiste soutenue par la gauche [13], puis Le FLN, mirage et réalité, Editions Jeune Afrique, 1980, où il confirma son analyse [14].

Au même moment la thèse de Mahfoud Kaddache, Histoire du nationalisme algérien, 1919-1951,  Alger, SNED, 1980 et 1981, vint confirmer avec une abondante documentation que les projets nationalistes d’insurrection étaient très antérieurs à mai 1945, puisqu’ils remontaient au début de la Deuxième guerre mondiale [15]. Puis d’autres historiens algériens approfondirent l’étude du 8 mai 1945 : d’abord Redouane Aïnad-Tabet publia plusieurs versions enrichies de son mémoire sur Le mouvement du 8 mai 1945 en Algérie [16] ; puis Boucif Mekhaled soutint en France [17] sa thèse sur Les événements du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata, Paris I, 1989, 724 p.

Durant la même période, les historiens universitaires français ont été plus timides par le volume de leurs publications. Il faut citer avant tout la mise au point de Charles-Robert Ageron dans l’Histoire de l’Algérie contemporaine, [18]  puis deux articles importants, l’un du même Charles-Robert Ageron, «Les troubles insurrectionnels du Nord-Constantinois en mai 1945 : une tentative insurrectionnelle ?» [19], et l’autre d’Annie Rey-Goldzeiguer, « Le 8 mai 1945 au Maghreb » [20]. Les deux principales publications furent le livre engagé mais très bien documenté de la Française d’Algérie Francine Dessaigne, La paix pour dix ans (Sétif, Guelma, mai 1945) [21]), et le très riche recueil de documents des archives militaires publié sous la direction de l’historien Jean-Charles Jauffret, La guerre d’Algérie par les documents [22].

De 1990 à nos jours : retour de mémoire  et  instrumentalisation de l’histoire ?

L’évolution en cours semblait donc annoncer une convergence des travaux historiques, favorable à un accord sue les grandes lignes du sujet entre les historiens des deux pays. Mais elle fut perturbée par un événement imprévu, lié à la transformation soudaine de la vie politique algérienne par la libéralisation du régime politique algérien en 1989 et par la contestation croissante des islamistes.

C’est en 1990 que fut créée la Fondation du 8 mai 1945 par l’ancien ministre Bachir Boumaza, natif de Kerrata au nord de Sétif. Suivant l’un de ses premiers manifestes, celle-ci était «née dans un contexte politique dangereux. Celui de la révision insidieuse par certains nationaux, y compris dans les cercles du pouvoir, de l’histoire coloniale. Procédant par touches successives, certains hommes politiques ont, sous prétexte de ‘dépasser’ une page noire de l’histoire coloniale, encouragé la ‘normalisation’ des rapports entre l’ancienne puissance dominatrice et son ancienne colonie».

C’est pourquoi la Fondation s’est donnée pour objectifs de «réagir contre l’oubli et réanimer la mémoire, démontrer que les massacres de Sétif sont un crime contre l’humanité et non un crime de guerre comme disent les Français», pour «obtenir un dédommagement moral» [23]. Ainsi, l’histoire a été mobilisée au service de la mémoire et de la politique au lieu d’être reconnue comme un but propre.

L’une des idées directrices de la Fondation est en effet d’interpeller la conscience des Français et des autres peuples européens qui «ne semblent s’indigner que sur l’holocauste commis contre les juifs. Cette ségrégation entre les massacres est une tare du monde occidental» [24]. Bachir Boumaza constate : «On applique et on reconnaît le crime contre l’humanité à propos des juifs, mais pas aux Algériens, dont on oublie qu’ils sont des sémites». Il présente son action comme un effort pour «décoloniser l’histoire et situer la colonisation dans l’histoire de l’humanité», «une tentative saine et correcte d’écrire l’histoire. Le phénomène colonial est porteur de certaines valeurs qui doivent disparaître. Elles ne le sont pas encore. Et son expression la plus réussie est ce terme de crime contre l’humanité qui est réservé à une catégorie spéciale de la population».

À son avis, la colonisation française en Algérie «présente, dans toutes ses manifestations, les caractéristiques retenues au tribunal de Nuremberg comme un crime contre l’humanité» ; et il ajoute : «J’ai suivi le procès Barbie. Depuis 1830, l’Algérie a connu des multitudes de Barbie», lesquels n’ont pas été condamnés parce que leurs crimes contre des Algériens n’étaient pas considérés comme tels» [25]. On voit que l’histoire est ici totalement subordonnée à des motivations politiques extérieures au sujet.

Cette revendication s’est largement diffusée en Algérie pendant les années de guerre civile. Sous l’impulsion de la Fondation, les autorités et la presse ont donné un très grand retentissement à chaque anniversaire du 8 mai 1945, et tout particulièrement à son cinquantenaire en 1995. Les discours officiels et les éditoriaux ont alors établi un lien explicite entre la commémoration d’un drame national et l’appel à rétablir l’unité nationale déchirée : «la célébration de ce douloureux anniversaire du massacre de plus de 45.000 Algériens et Algériennes constitue une nouvelle occasion pour interpeller notre conscience sur le sort réservé à ce grand pays qu’est le nôtre, aux prises avec une redoutable crise multidimensionnelle dont l’issue, impatiemment attendue par tous, risque de tarder encore si le bon sens et la sagesse qui nous sont coutumiers font défaut» C’est dans ce sens que M. Mokdad Sifi, chef du gouvernement, a inscrit son intervention remarquée lors de la commémoration de la date historique du 8 mai 1945», écrit l’éditorialiste d’El Moudjahid [26].

Le quotidien indépendant El Watan a reproduit intégralement ce discours, situé mai 1945 dans une longue série de répressions répétées depuis 1830, invité les intellectuels algériens à «travailler au corps» les démocrates français pour qu’ils diffusent dans leur société un sentiment de responsabilité et de culpabilité [27], et réclamé à l’Etat français des excuses officielles au peuple algérien «pour les centaines de milliers d’innocents assassinés au cours de 130 ans de domination coloniale». D’après Liberté, la commémoration du 8 mai est aujourd’hui revendiquée par toute la classe politique, et fait même l’objet d’une surenchère [28]. L’ensemble de ces discours et articles commémoratifs, répétés chaque année, paraît une tentative de rassembler les Algériens divisés contre la France, en ranimant la flamme du  nationalisme pour ne pas l’abandonner aux islamistes.

L’Algérie se trouvait en effet devant un choix difficile. Relancer une «guerre des mémoires» contre la France jusqu’à ce que celle-ci fasse amende honorable  pouvait détourner momentanément l’attention des Algériens des défauts  de leur système politique, sans garantir pour autant le ralliement de tous les islamistes. Mais céder aux aspirations «révisionnistes» d’un prétendu «Parti de la France» aurait risqué d’encourager la violence islamiste en semblant la légitimer.

Le président Bouteflika a choisi la première voie, en suggérant un acte de repentance  à la France dans son discours du 15 juin 2000 à l’Assemblée nationale française : «De vénérables institutions, comme l’Église, des États aussi anciens que le vôtre n’hésitent pas, aujourd’hui, à confesser les erreurs et les crimes qui ont, à un moment ou à un autre, terni leur passé. Que vous ressortiez des oubliettes du non-dit la guerre d’Algérie, en la désignant par son nom, ou que vos institutions éducatives s’efforcent de rectifier, dans les manuels scolaires, l’image parfois déformée de certains épisodes de la colonisation, représente un pas important dans l’œuvre de vérité que vous avez entreprise, pour le plus grand bien de la connaissance historique et de la cause de l’équité entre les hommes» [29].

Le président Jacques Chirac a longtemps fait semblant de ne pas avoir compris cette demande, mais la négociation d’un traité d’amitié entre la France et l’Algérie semble en avoir fait une condition impérative du côté algérien. Le 27 février 2005,  le discours prononcé à Sétif par l’ambassadeur de France [30] a paru apporter une première concession française à la demande algérienne, moins d’une semaine après le vote d’une loi mémorielle favorable à la mémoire des Français et des Français musulmans d’Algérie [31].

En tout cas, la revendication algérienne avait trouvé des relais en France même, sans que pour autant ces relais, obéissant à des motivations propres, aient voulu servir inconditionnellement la politique algérienne. En mai 1995, l’association «Au nom de la mémoire» composée de citoyens français originaires d’Algérie a joué un grand rôle dans une première tentative de faire reconnaître «Le massacre de Sétif», par un film ainsi intitulé [32], par la publication d’une version abrégée de la thèse de Boucif Mekhaled [33], et par l’organisation d’un débat à la Sorbonne avec la participation de Bachir Boumaza, et avec l’appui du Monde, de L’Humanité et de Libération. En 2000, quelques semaines après le discours du président Bouteflika à l’Assemblée nationale, le déclenchement par les mêmes organes d’une campagne de presse visant la pratique de la torture par l’armée française  sembla, à raison ou à tort, vouloir servir la même revendication algérienne de repentance [34].

En janvier 2005, un manifeste intitulé «Nous sommes les indigènes de la République», voulant exprimer le point de vue des minorités immigrées d’origine africaine et musulmane, annonça une marche pour le 8 mai, anniversaire de la victoire sur l’Allemagne et de la défaite française  de Dien Bien Phu, et justifia ainsi son initiative : «Nos parents, nos grands-parents ont été mis en esclavage, colonisés, animalisés. Mais ils n’ont pas été broyés. Ils ont préservé leur dignité d’humains à travers la résistance héroïque qu’ils ont menée pour s’arracher au joug colonial. Nous sommes leurs héritiers comme nous sommes les héritiers de ces Français qui ont résisté à la barbarie nazie et de tous ceux qui se sont engagés avec les opprimés, démontrant, par leur engagement et par leurs sacrifices, que la lutte anti-coloniale est indissociable du combat pour l’égalité sociale, la justice et la citoyenneté. Dien Bien Phu est leur victoire. Dien Bien Phu n’est pas une défaite, mais une victoire de la liberté, de l’égalité et de la fraternité !» Ce qui justifiait la conclusion suivante : «Le 8 mai 1945, la République révèle ses paradoxes : le jour même où les Français fêtent la capitulation nazie, une répression inouïe s’abat sur les colonisés algériens du Nord-Constantinois : des milliers de morts. Le 8 mai, 60ème anniversaire de ce massacre, poursuivons le combat anticolonial par la première Marche des indigènes de la République !» [35]

L’utilisation du 8 mai 1945 répondait évidemment à la volonté d’exploiter la contradiction entre la version officielle de cette fête nationale, consacrée  à l’exaltation de la participation française à la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie, et la version non-conformiste dénonçant une répression coloniale jugée digne des crimes  nazis. Mais elle passait sous silence des faits gênants : l’opposition des nationalistes algériens radicaux à la mobilisation des Algériens dans l’armée française en 1939-1940 et de 1942 à 1945, et les projets d’insurrection contre la France avec ou sans l’aide allemande conçus par plus d’un groupe de militants à l’intérieur du parti depuis les débuts de la Deuxième guerre mondiale (faits historiques révélés par les historiens algériens Harbi et Kaddache, et confirmés  par d’anciens militants dans la presse algérienne [36]).

On voit à travers cet exemple la différence considérable qui sépare l’histoire de la mémoire. Ajoutons que l’examen des travaux d’historiens algériens et français (même ceux dont l’anticolonialisme n’a jamais été mis en doute comme Annie Rey-Goldzeiguer [37] et Charles-Robert Ageron [38]) confirme que la répression du 8 mai 1945 en Algérie a bien été celle d’une tentative d’insurrection nationale insuffisamment préparée, et non pas un «crime contre l’humanité» ou un «génocide colonialiste» unilatéral.

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[1] Pour plus de détails, voir notre article «Le Maghreb à la fin de la guerre», Historiens et géographes, n° 348, mai-juin 1995, pp. 267-277, et notre livre Pour une histoire de la guerre d’Algérie, Paris, Picard, 2002, pp. 110-116.

[2] JORF, Débats de l’Assemblée consultative provisoire, 10, 11 et 18 juillet 1945, pp. 1344-1367, 1371-1384 et 1397-1418.

[3] Intervention dans les débats de l’ACP, 18 juillet 1944, op.cit., pp. 1402-1414, et Adrien Tixier, ministre de l’Intérieur, Un programme de réformes pour l’Algérie. Discours prononcé à la tribune de l’Assemblée consultative provisoire le 18 juillet 1945. Paris, Editions de la Liberté, 1945, 52 p.

[4] «Crise en Algérie», articles parus dans Combat en mai 1945, reproduits dans les Essais d’Albert Camus, introduits et annotés par Roger Quilliot, Paris, Gallimard-NRF, 1965, pp. 939-959. D’autres réactions d’écrivains ou d’intellectuels sont restées longtemps ignorées, comme celle de Jules Roy, ami d’Albert Camus et de Jean Amrouche : «La France devient là-bas ce que l’Allemagne était en France, mais comment le dire ?» (in Les années déchirement, Journal 1925-1965, Paris, Albin Michel, 1998, p. 248), ou celle de l’assimilationniste kabyle Augustin Ibazizen («La faute suprême», pages écrites à l’automne 1945, in Le testament d’un Berbère, itinéraire spirituel et politique, Paris, Editions Albatros, 1985, pp. 155-165).

[5] Livre réédité et complété en 1953, puis en 1972 avec une bibliographie commentée et mise à jour, 439 p (voir pp. 261-266).

[6] Julien, op. cit., p. 264 («Genèse et causes du mouvement insurrectionnel»).

[7] Voir notamment : «Il y a 13 ans, La « France libre» croyait venir à bout du peuple algérien», El Moudjahid,  n° 23, 5 mai 1958, réédition de Belgrade, t. 3, pp. 447-449, et «Commémoration du 8 mai 1945», n° 42, 25 mai 1959, réédition, pp. 285-286.

[8] Favrod, op. cit., pp. 72-76.

[9] Le procès du général Raoul Salan, compte-rendu  sténographique,  Paris, Editions Albin Michel, pp. 360-364.

[10] Voir la deuxième partie, «Les émeutes de mai 1945 (Sétif-Guelma)», pp. 91-169.

[11] Paillat, op. cit., pp. 22-84. On y trouve notamment, pp. 66-76, un résumé du rapport du général Tubert, tenu longtemps secret (et publié récemment sur le site internet de la Ligue des droits de l’homme de Toulon : http://www.ldh-France.org). Un autre rapport, celui du secrétaire général du gouvernement général Pierre-René Gazagne, a été publié peu après dans les Mémoires du directeur de L’Echo d’Alger Alain de Sérigny, Echos d’Alger, t. 1, 1940-1945, Presses de la Cité, 1972, pp. 313-344.

[12] Courrière, op. cit., pp. 39-46.

[13] Aux origines du FLN..., pp. 15-25, 110-112, et p.178 (note 68) : «L’interprétation la plus appropriée de ces évènements est celle de P. Muselli qui à l’Assemblée consultative provisoire (séance du 10.7.1945), déclarait :"il est prouvé que tout le système de l’insurrection étendait sa toile sur l’Algérie entière. Si cette insurrection n’a pas été générale, c’est parce qu’elle a été prématurée et que l’incident de Sétif, qui est à l’origine des évènements, a éclaté inopinément».

[14] Le FLN..., op. cit., pp. 22-30.

[15] Kaddache, op. cit., pp. 695-734.

[16] 2ème édition, Alger, Office des Publications Universitaires, 1987, 318 p. L’auteur reconnaît que le peuple algérien «n’a pas fait que subir, en victime innocente, une sanglante répression, un complot machiavélique. Il est temps de dire et de souligner qu’il a aussi été l’auteur de ces événements, même s’il a subi un revers, même s’il a payé le prix du sang, le prix de la liberté par des dizaines de milliers de victimes» (p. 9). Il affirme que «le bilan de ces émeutes, de cette révolte et de ces massacres pourrait être réduit à deux nombres : 102 morts européens et quelques dizaines de milliers de musulmans» (p. 182), mais il conclut que «ces journées de violences exercées et subies ont été fécondes en préparant la guerre de libération nationale» (p. 183).

[17] Thèse sous la direction du professeur Jean-Claude Allain. J’étais membre du jury, ainsi que Jean-Charles Jauffret.

[18]  T. 2, Paris, PUF, 1979, pp. 567-578.

[19] XXème siècle, revue d’histoire n° 4, octobre 1984, pp 23-38.

[20] 8 mai 1945 : la victoire en Europe, s. dir. Maurice Vaïsse, Lyon, La Manufacture, 1985, pp 337-363.

[21] Editions Jacques Gandini, 1990, 321 p.

[22] T. 1, L’avertissement, 1943-1946, Vincennes, Service historique de l’armée de terre, 1990, 550 p.

[23] «Contexte d’une naissance. Contre l’assassinat de la mémoire», cité par le mémoire de maîtrise d’histoire de Mohammed Lamine Tabraketine, La commémoration du 8 mai 1945 à travers la presse française et algérienne, Université de Toulouse-Le Mirail, 2000, p. 51.

[24] El Moudjahid, 3 mai 1995, cité par Tabraketine, op. cit., p. 62.

[25] Interview de Bachir Boumaza, cité par Ahmed Rouadjia, «Hideuse et bien-aimée, la France...», in Panoramiques, n° 62, 1er trimestre 2003, pp. 210-211.

[26] N° du 9 mai 1995.

[27] N° du 9 mai 1995.

[28] N° du 8 mai 1999.

[29] Cité dans El Watan, 15 juin 2000, p. 1.

[30] Discours de M. Hubert Colin de Verdières, ambassadeur de France en Algérie, à l’Université de Sétif, dimanche 27 février 2005. Site internet : www.ambafrance-dz.org.

[31] La loi du 23 février 2005 sur les rapatriés et les harkis a été à l’origine de polémiques dont nous reparlerons. Voir nos premières analyses sur notre site internet http://guy.perville.free.fr, rubrique «Mises au point».

[32] Film de Mehdi Lallaoui (président de l’association Au nom de la mémoire) et Bernard Langlois.

[33] Boucif Mekhaled, Chroniques d’un massacre, Sétif, Guelma, Kherrata, Syros et Au nom de la mémoire, 1995. Cette version abrégée de la thèse antérieure était accompagnée de deux préfaces, par Mehdi Lallaoui et par Jean-Charles Jauffret (lequel a contesté peu après l’objectivité du film que l’autre préfacier en avait tiré).

[34] Voir notre article «La revendication algérienne de repentance unilatérale de la France» sur notre site internet http://guy.perville.free.fr.

[35] Texte complet sur le site http://lmsi.net/impression.php3 ?id_article=336.

[36] Le CARNA (Comité d’action révolutionnaire nord-africain), favorable à une alliance avec les Allemands, fut exclu du Parti du peuple algérien dès mai 1939, mais réintégré en 1943. La victoire allemande sur la France incita d’autres groupes de militants à préparer un soulèvement à partir de juin 1940. Voir notamment la «lettre à Mohammed Lamine Debaghine» de Chawki Mostefaï, dans El Watan, sur le site http://www.elwatan.com/print.php3 ?id_article=8089 (imprimé le 10/12/2004), et Awal, Cahiers d’études berbères, n° spécial «Hommage à Mouloud Mammeri», 1990.

[37] Voir son livre Aux origines de la guerre d’Algérie, l’Algérie de 1940 à 1945, La Découverte, 2002. On observe pourtant dans cette étude très approfondie une contradiction entre deux estimations différentes du bilan de la répression : ou bien «La seule estimation possible, c’est que le chiffre dépasse le centuple des pertes européennes» (p. 12), ou bien «J’ai dit en introduction pourquoi il était impossible d’établir un bilan précis des victimes algériennes, dont on peut seulement dire qu’elles se comptent par milliers» (p. 305). Or ces deux affirmations ne sont pas équivalentes. Faut-il conclure, comme Claude Liauzu et Gilbert Meynier dans Le Nouvel Observateur n° 2117, 2 juin 2005, «La seule conclusion que peut faire l’historien : il y eut en effet des milliers de morts, mais s’il est honnête, il n’en dira pas plus» ? Ou parler de 20.000 à 30.000 morts comme Jean-Louis Planche, qui poursuit son enquête depuis dix ans, dans El Watan et dans Le Monde du 8 mai 2005 ? Il est urgent d’élucider ce point capital.

[38] Voir son article «Mai 1945 en Algérie, enjeu de mémoire et d’histoire», Nanterre, Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 39, juillet-décembre 1995, pp 52-56 : «Faut-il rappeler ici qu’en histoire de la décolonisation toute insurrection manquée s’appelle une provocation, toute insurrection réussie une Révolution ? Un historien se contentera de noter impartialement que la tentative avortée en mai 1945 devait servir de répétition générale à l’insurrection victorieuse de la Révolution (thawra) de 1954-1962».

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Sétif, Guelma : de la «tragédie»

aux «massacres épouvantables»

site Mediapart - 28 Avril 2008, par Benjamin Stora

L'ambassadeur de France en Algérie, Bernard  Bajolet, s'est rendu le 27 avril 2008 à Guelma, à l'occasion de la signature d'une  convention de coopération entre les universités de Guelma, Biskra, Skikda et  l'université Marc-Bloch de Strasbourg. Il a déclaré que le «temps de la dénégation» des  massacres perpétrés par la colonisation en Algérie «est terminé». S'exprimant devant les étudiants de l'université du 8 mai 1945, l'ambassadeur a parlé des «épouvantables massacres» commis il y a 63 ans dans  trois grandes villes de l'est algérien: Sétif, Guelma et Kherrata, durant la  colonisation.

«Aussi durs que soient les faits, la France n'entend pas, n'entend plus, les occulter. Le temps de la dénégation est terminé », a déclaré M. Bajolet. Il a poursuivi son discours en  soulignant «la très lourde responsabilité des autorités françaises de l'époque dans ce déchaînement de folie meurtrière (qui a fait) des milliers de victimes innocentes, presque toutes algériennes».

Ces massacres «ont fait insulte aux principes fondateurs de la République  française et marqué son histoire d'une tache indélébile», souligne l'ambassadeur  de France. Il ajoute que «condamner le système colonial n'est pas condamner les  Français qui sont nés en Algérie» et appelle «les deux ennemis d'hier à porter  plus haut un message d'entente de concorde et d'amitié». Son discours se termine ainsi : «Pour que nos relations (algéro-françaises) soient pleinement apaisées, il faut que la mémoire soit partagée et que l'histoire soit écrite à deux (...)  Il faut que les tabous sautent, des deux côtés, et que les vérités révélées fassent place aux faits avérés.»

M. Bajolet va donc plus loin que Hubert Colin de Verdière, son prédécesseur, qui avait qualifié cette répression de «tragédie inexcusable».  Il parle lui de «massacres épouvantables». Revenons sur cette histoire dramatique, que les historiens qualifient de prélude à la guerre d'Algérie, qui commença dix ans plus tard.

Le 8 mai 1945, la victoire sur le nazisme est aussi le début d'une tragédie qui endeuilla l'Algérie. AÀla fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Algérie connaît une effervescence politique de grande ampleur. Le 1er mars 1944 naît l'association des Amis du manifeste de la liberté (AML) qui réclame l'indépendance de l'Algérie. Le 23 avril 1945, les autorités françaises décident la déportation de Messali Hadj, le leader algérien indépendantiste, à Brazzaville.

À la radicalisation politique s'ajoute une grave crise économique. Une mauvaise récolte provoque la famine dans les campagnes. On voit affluer vers les villes du Constantinois des milliers de paysans affamés qui, faute de travail et de moyens, se raccrochent aux soupes populaires. Le 8 mai 1945, jour de la signature de la capitulation allemande, dans la plupart des villes d'Algérie, des cortèges d'Algériens musulmans défilent avec des banderoles portant comme mot d'ordre : «A bas le fascisme et le colonialisme».

À Sétif, la police tire sur les manifestants algériens. Ces derniers ripostent en s'attaquant aux policiers et aux Européens. C'est le début d'un soulèvement spontané à La Fayette, Chevreuil, Kherrata, Oued Marsa... On relève 103 tués, assassinés dans des conditions atroces, et 110 blessés parmi les Européens.

Les autorités organisent une véritable guerre des représailles qui tourne au massacre. Fusillades, ratissages, exécutions sommaires parmi les populations civiles se poursuivent durant plusieurs semaines. Les nationalistes algériens avanceront le chiffre de 45.000 morts, d'autres sources françaises, récentes, avancent le chiffre de 15.000 à 20.000 morts.

La connaissance de la période des massacres de Sétif et de Guelma de mai 1945 a beaucoup progressé en France ces dernières années, en particulier grâce aux travaux d'Annie Rey Golzeiger, Jean-Charles Jauffret, Jean Pierre Peyroulou et Jean Louis Planche [1]. Les archives militaires déposées au Service Historique de l'Armée de Terre (SHAT) ont accepté plus rapidement que les archives civiles les demandes de dérogation des chercheurs et ont mis à disposition du public des documents de première importance.

Les historiens ont ainsi eu connaissance des faits grâce au rapport du général Henry Martin, commandant du 19ème corps d'armée, chargé de la coordination des forces en Afrique du Nord et donc de la répression. Ils disposent aussi du rapport du général de gendarmerie Paul Tubert, nommé par le Gouverneur Général Chataigneau, à la tête de la Commission d'enquête sur les événements du Constantinois.

L'an dernier est paru  Les massacres de Guelma Algérie, mai 1945 : une enquête inédite sur la furie des milices coloniales, (Paris, Ed La Découverte,  janvier 2006). Rédigé en 1946, le document présenté dans ce livre est exceptionnel. Son auteur, Marcel Reggui (1905-1996), un citoyen français d'origine musulmane et converti au catholicisme, y retrace - avec des précisions restées inédites à ce jour - les massacres de centaines d'Algériens perpétrés en mai 1945 à Guelma, par des milices européennes.

Fondé sur des archives considérables,  (archives des ministères de l'Intérieur, de la guerre, de Matignon) et d'entretiens avec de nombreux témoins et acteurs de cette période, le livre très récent de Jean Louis Planche, Sétif, histoire d'un massacre annoncé, dessine un portrait saisissant de la région à la veille de la répression (la misère et les trafics, le marché noir et les déplacements de ruraux), et l'espérance d'une vie meilleure par un soulèvement populaire.

Jean Louis Planche écrit que, obsédés par l'idée d'un complot nazi, les communistes ne furent parfois pas les derniers à se lancer dans ces expéditions cruelles. En Algérie, rien ne sera plus comme avant l'épisode tragique de mai- juin 1945. Le fossé s'est considérablement élargi entre la masse des Algériens musulmans et la minorité européenne. Une nouvelle génération entre en scène, qui en viendra à faire de la lutte armée un principe absolu.

La guerre d'Algérie a-t-elle commencé à ce moment-là, précisément ? Comme on le voit, ce 8 mai 1945 de Sétif est important et n'a pu s'effacer sous le poids des commémorations de la victoire sur le nazisme.  Les historiens ont encore de multiples voies à explorer dans la connaissance de cet événement tragique : les mises en place d'engrenages de la peur, l'attitude des pouvoirs civils français dans la conduite des processus de violence, les séparations communautaires, le passage à l'imaginaire de la lutte armée chez les nationalistes algériens...

Cette histoire doit s'écrire à deux voix, entre historiens français et algériens. Autant de faits à connaître pour passer à la reconnaissance des crimes commis. Car la question qui se trouve posée à propos de cette séquence reste celle de la reconnaissance par la France des exactions commises, geste que les Algériens attendent depuis plusieurs années. Les déclarations du 27 avril de l'ambassadeur de France sont un acte très important. Elles contredisent les discours sur «l'anti-repentance» prononcés depuis plusieurs années en France et qui empoisonnent les relations entre la France et l'Algérie.

Pour tourner la page, sans l'effacer, la connaissance, la reconnaissance des crimes commis est indispensable. C'est la condition pour affronter sereinement l'avenir, et calmer les mémoires blessées.   


[1] Jean Louis Planche, Sétif, 1945, histoire d'un massacre annoncé, Ed Perrin, 2006, 422 pages.



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Sétif : enquête sur un massacre      

Par Guy Pervillé
publié dans L'Histoire n° 318 - mars 2007             

À Sétif, le 8 mai 1945, une manifestation tourne à l'émeute : des Européens sont tués. La répression sera terrible. L'événement reste méconnu et ses causes font débat entre les historiens. Tandis qu'aujourd'hui encore la France et l'Algérie s'opposent sur le bilan des victimes. Que s'est-il vraiment passé ?

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Le 8 mai 1945, alors que la France célèbre la victoire des Alliés sur l'Allemagne nazie, une tentative d'insurrection défie le pouvoir colonial en Algérie. Depuis 1944, la perspective de la victoire alliée a accrédité un peu partout la thèse d'un renversement de l'ordre colonial, encouragé par la puissance américaine et par le message libérateur de la charte de l'Atlantique. Cette impatience est perceptible en Algérie.

Ferhat Abbas a créé en mars 1944 les Amis du manifeste et de la liberté (AML), sorte de front ouvert à tous les courants de l'opposition anticolonialiste qui revendiquent la reconnaissance d'une nation algérienne et d'une république autonome fédérée à la République française. L'organisation fait la part belle aux partisans de l'indépendance totale et immédiate, regroupés au sein du Parti du peuple algérien (PPA) de Messali Hadj, clandestin depuis 1939 et particulièrement actif dans le Constantinois, département traditionnellement rebelle à la colonisation française.

En mars 1945, le congrès des Amis du manifeste de la liberté, qui se tient à Alger, voit le triomphe des thèses extrémistes et désigne Messali comme le «leader incontesté du peuple algérien». Dans un climat d'extrême tension, le secrétaire général Gazagne, puis le gouverneur général Chataigneau le font transférer dans le Sahara, puis à Brazzaville. Divers incidents éclatent, à Alger notamment, le 1er mai.   

Le 8 mai, jour de la capitulation allemande, alors que partout ailleurs la plupart des cortèges officiels se déploient sans incidents, à Sétif, la manifestation dégénère au moment où la police tente de s'emparer des banderoles et des drapeaux algériens arborés par certains manifestants. Une fusillade éclate, dont l'origine reste controversée. Des manifestants se ruent alors sur les Européens, faisant 29 morts et des dizaines de blessés. De violents incidents ont lieu l'après-midi même à Bône, puis à Guelma. L'insurrection s'étend ensuite aux campagnes, autour de Sétif, jusqu'à la mer, et le lendemain, autour de Guelma. Au total, on dénombre 102 morts, 110 blessés et 10 femmes violées.

La répression est terrible : supervisée par le général Duval, commandant de la division de Constantine, une reprise en main militaire de grande envergure est ordonnée, avec ratissage des zones insurgées, arrestations en masse et, souvent, exécution des suspects, bombardements aériens et navals, à laquelle s'ajoutent les représailles opérées par des milices européennes hâtivement constituées (notamment par André Achiary, alors sous-préfet de Guelma).

Le bilan officiel des opérations de répression, fixé arbitrairement à un maximum de 1 500 morts, suscite l'incrédulité. Des estimations officieuses donnent des chiffres beaucoup plus élevés (5 000 ou 6 000, de 6 000 à 8 000, ou encore de 15 000 à 20 000...). La répression à Guelma, dirigée par le sous-préfet Achiary, a été particulièrement meurtrière : le bruit court que des centaines de personnes ont été arrêtées sans raisons sérieuses et fusillées par les miliciens pendant plusieurs semaines. 

L'enquête sur la répression féroce qui a suivi les manifestations, menée peu après les événements par Marcel Reggui, un Tunisien converti au catholicisme et établi à Guelma - elle a coûté la vie à trois membres de sa famille - en donne une idée effrayante(1). Mais si elle dénonce courageusement les responsabilités du sous-préfet Achiary («Lui seul a déclenché, puis entretenu par ses exigences la plus impitoyable répression que l'Algérie ait jamais connue») et du préfet de Constantine Lestrade-Carbonnel, qui accepta de faire disparaître les cadavres des victimes dans des fours à chaux, elle ne fournit pas une explication convaincante des faits en reprenant à son compte la thèse communiste du «complot colonialiste».   

Si le déroulement des journées de mai 1945 semble assez bien connu, leur point de départ - une insurrection préparée par les nationalistes algériens, un mouvement spontané, ou encore une provocation colonialiste ? -  ainsi que le bilan de la répression continuent à poser problème. Les débats parlementaires de l'Assemblée consultative provisoire, en juillet 1945, puis ceux de l'Assemblée nationale, en février 1946, ont apporté de précieuses informations sans élucider toutes les questions. Quant aux archives de la répression, elles sont restées inaccessibles jusqu'à la fin des années 1990, date à laquelle elles ont fait l'objet d'une première publication partielle dirigée par l'historien Jean-Charles Jauffret.

Annie Rey-Goldzeiguer a retracé en 2002 les origines de la guerre d'Algérie pendant la Seconde Guerre mondiale, mais Jean-Louis Planche est le premier historien qui ait mené sur le sujet une enquête historique complète, à partir d'un minutieux travail dans les archives publiques et d'entretiens avec les acteurs et les témoins du drame, algériens et français.

Les causes des événements d'abord. À l'époque, socialistes et communistes, en Algérie comme en métropole, y voyaient le fruit d'un complot ou d'une provocation colonialiste. C'était apparemment aussi la conviction du gouverneur général de l'Algérie, le socialiste Yves Chataigneau, qui faisait des massacres le résultat d'un «complot préparé avec soin» ; mais il mettait lui en cause un complot nationaliste.   

Jean-Louis Planche reprend l'hypothèse du complot. Mais, tirant argument du fait que «les victimes massacrées [par la répression] étaient inoffensives», il analyse la répression de mai 1945 comme «une folie meurtrière de masse», qui «pourrait être inscrite dans une logique de terreur». Il met aussi en cause la «part de responsabilité du régime de Vichy», dont la politique raciste aurait «exaspéré des tensions raciales qui auraient survécu au rétablissement de la république ». En conclusion, pour Jean-Louis Planche, le «massacre annoncé» de Sétif relève du phénomène pathologique : «une psychose colonialiste où la frousse se mêlait à la haine», selon le mot d'un témoin.   

Mais la répression se serait-elle abattue sans raison aucune ? Ce serait faire peu de cas de l'hypothèse d'une insurrection nationaliste algérienne - voire d'un projet ou d'un rêve d'insurrection -, à laquelle curieusement l'ouvrage de Jean-Louis Planche ne s'arrête pas. Celle-ci s'était pourtant imposée depuis longtemps aux principaux historiens, aussi bien français qu'algériens.

Dès 1952, Charles-André Julien, dans son Afrique du Nord en marche, jugeait suspecte l'attitude des nationalistes algériens qui dénonçaient à juste titre la férocité de la répression coloniale, mais oubliaient de citer les victimes européennes de l'insurrection à Sétif et aux alentours : «Si le PPA n'y fut pour rien, pourquoi donc le cacher ? Et comment peut-on ajouter foi à une propagande qui fausse la réalité au point d'omettre entièrement un événement d'une exceptionnelle gravité (2) ?»   

Ces Européens, Jean-Louis Planche en reconnaît bien le sort injuste : «Trop lents, trop naïfs ou trop incrédules pour s'abriter d'une foule lancée dans une fuite aveugle, ils sont morts de s'être trouvés là.» Il rappelle aussi l'horreur des blessures infligées par «le revolver, le couteau et le debbous [bâton, gourdin]». Il s'inscrit donc en faux contre la thèse algérienne d'une manifestation pacifique menée par des Algériens désarmés.   

L'idée d'une insurrection armée circulait bien au sein du Parti du peuple algérien depuis le début de la Seconde Guerre mondiale. L'historien algérien Mahfoud Kaddache a montré qu'une fraction du PPA, le Comité d'action révolutionnaire nord-africain (Carna), exclue en 1939 parce qu'elle recherchait l'appui des Allemands en vue d'une insurrection, y avait été réintégrée en 1943 (3).

Quant à l'historien Mohammed Harbi, ancien militant du FLN, il a signalé que «l'idée d'une insurrection avait été soumise avant mai 1945 à Messali par le docteur Lamine et Asselah. Le 14 avril 1945, les responsables du PPA en discutent à Constantine lors du cinquième anniversaire de la mort du cheikh Ben Badis. Hadj Cherchali et Mostefaï s'opposent à une insurrection. Mais la préparation psychologique des populations à une intervention armée est entreprise à travers tout le pays»(4).   

Mohammed Harbi avance aussi que, quelques jours avant le 19 avril 1945, Messali Hadj aurait reçu dans sa résidence forcée de Reibell, sur les hauts plateaux du Sud algérois, «la visite de Hocine Asselah et du docteur Lamine Debaghine, qui l'ont entretenu d'un projet d'insurrection auquel il a donné son accord. Bennaï Ouali était chargé de son évasion. Un gouvernement algérien devait être proclamé et la ferme des Maïza, près de Sétif, lui servir de siège. Le scénario ne se déroula pas comme prévu. Messali est interrogé par la police et transporté à El Goléa».   

Annie Rey-Goldzeiguer, d'abord sceptique(5), s'est également ralliée à cette version des faits : «Le soir du 16 avril 1945, Messali, équipé de «grosses chaussures et d'un burnous» prend donc congé de sa fille et de sa famille, pour disparaître avec une escorte de fidèles. Il reviendra le lendemain, épuisé, effondré : il n'a trouvé ni équipement, ni armes, ni maquisards entraînés. Certains souvenirs de sa fille Djenina, alors enfant, permettent d'authentifier les faits. »   

Alors que s'est-il passé en mai 1945 ?

D'après Mohammed Harbi, les colons, avertis de l'insurrection qui se préparait, auraient devancé le PPA et déchaîné une violence préventive. «L'interprétation la plus appropriée de ces événements est celle de P. Muselli, qui, à l'Assemblée consultative provisoire (séance du 10 juillet 1945), déclarait : «Il est prouvé que tout le système de l'insurrection étendait sa toile sur l'Algérie entière. Si cette insurrection n'a pas été générale, c'est parce qu'elle a été prématurée et que l'incident de Sétif, qui est à l'origine des événements, a éclaté inopinément.» » Ce faisant, Mohammed Harbi donne raison à l'un des porte-parole de la thèse colonialiste - les événements de Sétif sont la conséquence du projet d'insurrection algérienne - contre la thèse socialo-communiste.   

Charles-Robert Ageron a rappelé à ce propos «qu'en histoire de la décolonisation toute insurrection manquée s'appelle une provocation, toute insurrection réussie une révolution. [...] Un historien se contentera de noter impartialement que la tentative avortée en mai 1945 devait servir de répétition générale à l'insurrection victorieuse de la révolution (thawra) de 1954-1962 » (6).

Il paraît donc aujourd'hui bien établi qu'un projet d'insurrection nationale existait en mai 1945. Mais il est aussi généralement reconnu qu'aucune action n'était prévue pour le 8 mai précisément, du fait de l'absence de Messali Hadj, exilé au Sahara puis au Congo. Un ordre d'insurrection a bien été donné par la direction du PPA pour la nuit du 22 au 23 mai, puis annulé in extremis, mais il n'était qu'une vaine tentative de faire diversion à la répression.   

Pour autant, aux yeux des responsables français, ce plan d'insurrection devait exister. De même, il a pu avoir un effet de «préparation psychologique» sur les foules de manifestants du 8 mai, ou tout au moins sur une partie d'entre eux, comme l'a signalé Mohammed Harbi. Le témoignage d'Abdelhamid Benzine, alors tout jeune lycéen à Sétif, qui a déclaré avoir failli déclencher une insurrection populaire avant le 8 mai par sa seule prédication exaltée, va dans le même sens (7). On peut donc penser que, si l'organisation clandestine du PPA manquait encore de moyens d'action, la diffusion de la propagande indépendantiste a été plus rapide que la préparation de la lutte armée.

Reste le bilan des victimes algériennes. Le ministre de l'Intérieur de l'époque, Adrien Tixier, parlait de 1 500 morts. Leur nombre a été porté à 45 000 par la propagande officielle algérienne. Au terme de son enquête, Jean-Louis Planche avance une estimation de 20 000 à 30 000 morts. Plusieurs fois affirmé, ce bilan est démontré à travers deux citations. La première est tirée d'un rapport du gouverneur Chataigneau au ministre de l'Intérieur Adrien Tixier : «Faut-il accorder du crédit au nombre de 10 000 victimes indigènes dans la seule région sétifienne, comme l'indiquerait un informateur qui vient de parcourir cette contrée pendant un mois ?». La seconde provient d'un rapport du gouverneur Léonard en 1952 : «Ceux qui ont vécu la chose donnent des évaluations allant de 6 000 à 15 000». «On acceptera ce chiffre prudent, en le portant à 20 000 ou 30 000, car le cabinet du gouverneur ne disposait plus à cette date des archives concernant la région de Sétif», conclut Jean-Louis Planche.   

Ce raisonnement me paraît fragile, d'abord parce que le gouverneur Chataigneau n'a rien osé affirmer, ensuite parce qu'il employait le mot ambigu de «victimes» au lieu de «morts». Surtout, le fait que seuls les morts et les victimes européennes aient été soigneusement comptés (102 morts, 110 blessés et 10 femmes violées), et que le nombre des morts algériens ait été arbitrairement limité par les autorités à un maximum de 1 500 ne change rien au fait que la seule méthode fiable reste un comptage aussi précis que possible, en chaque lieu. Il n'est pas admissible que deux méthodes aussi différentes et de fiabilité aussi inégale (vrai comptage et estimation non prouvée) soient employées sélectivement. Et même si le nombre prouvé des victimes algériennes reste inférieur au nombre possible, il faut s'en tenir au premier.

Le fait que les populations en présence aient eu également le sentiment d'être les victimes de la violence de l'autre ne prouve naturellement pas que le bilan doive être équilibré, et il ne peut évidemment pas l'être (tout particulièrement à Guelma, où la violence, déclenchée après que les troubles de Sétif ont été connus par le sous-préfet Achiary, prévenu par téléphone, a été presque unilatérale).

Mais à la méthode hasardeuse proposée par Jean-Louis Planche on peut préférer la prudence manifestée par Claude Liauzu et Gilbert Meynier : «La seule conclusion que peut faire l'historien : il y eut en effet des milliers de morts, mais s'il est honnête, il n'en dira pas plus (8).» Conclusion brutale, mais qui nous invite tous à la prudence. Prudence que justifie la revendication algérienne de repentance, presque ignorée en France, formulée en Algérie depuis 1990 par la Fondation du 8 mai 1945 et à Paris par le président Bouteflika en juin 2000, laquelle explique l'échec récent de la négociation du traité d'amitié franco-algérien autant que la loi du 23 février 2005.

Guy Pervillé, magazine, L'Histoire, mars 2007 - source


1. M. Reggui, Les Massacres de Guelma, La Découverte, 2006.   

2. C.-A. Julien, L'Afrique du Nord en marche. Nationalismes musulmans et souveraineté française, rééd. Julliard, 1972.   

3. M. Kaddache, Histoire du nationalisme algérien, 1919-1951, Alger, SNED, 1980 et 1981.   

4. M. Harbi, Aux origines du FLN, le populisme révolutionnaire en Algérie, Christian Bourgois, 1975. 

5. A. Rey-Goldzeiguer, «Le 8 mai 1945 au Maghreb», M. Vaïsse (dir.), 8 mai 1945, la victoire en Europe, Lyon, La Manufacture, 1985.   

6. C.-R. Ageron, «Mai 1945 en Algérie, enjeu de mémoire et d'histoire», Matériaux pour l'histoire de notre temps n° 39, 1995. Cf. aussi, du même auteur, Histoire de l'Algérie contemporaine. T. II, 1871-1954, PUF, 1979 et «Les troubles du Nord-Constantinois en mai 1945 : une tentative insurrectionnelle ?», Vingtième Siècle n° 4, 1984.   

7. Dans H. Alleg (dir.), La Guerre d'Algérie, t. I, Temps actuels, 1981.   

8. Le Nouvel Observateur, 2 juin 2005.

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3 juillet 2009

Aguirre, la colère de DIeu

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Aguirre, la colère de Dieu

images et itinéraire d'un conquistador au XVIe siècle


Aguirre est le personnage, joué par Klaus Kinski, dans un film de Werner Herzog datant de 1972. Mais c'est d'abord une histoire réelle qui a servi de trame au scénario du film. L'histoire d'une expédition qui se déroule en 1560-1561 au Nouveau Monde, sur les territoires actuels du Pérou, du Brésil, du Vénézuela...

On l'appela l'expédition de l'Omagua et d'El Dorado. Elle devait trouver le territoire où l'or coulait à profusion. Mais l'entreprise fut marquée par la mutinerie d'un capitaine, le Basque Don Lope de Aguirre. Il fit assassiner le gouverneur Don Pedro de Orsua, ses compagnons et sa maîtresse, et fit désigner un jeune noble, Don Fernando de Guzman, comme roi avant de se débarrasser de lui quelques temps plus tard.

L'expédition continua sous l'autorité délirante d'Aguirre qui cherchait à remonter l'Atlantique jusqu'au Panama et à attaquer le Pérou par le Nord. Des crimes odieux finirent par dresser les soldats contre Aguirre. Celui-ci, abandonné, fut abattu à Barquisimeto au Vénézuéla. Entre temps, il avait rédigé la première déclaration d'indépendance du Nouveau Monde et rendu publique un réquisitoire contre le roi d'Espagne, Philippe II.




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- Relation du voyage et de la rébellion d'Aguirre, Francisco Valdez

Édition établie d’après le manuscrit. Traduction originale de Ternaux-Compans révisée par Bernard Emery. Dans l’année 1559, des gentilshommes espagnols et portugais descendent l’Amazone à la recherche de l’Eldorado. À partir du manuscrit de Francisco Vázquez, membre de l’expédition, voici exposée l’épouvantable et «véridique» histoire de don Lope de Aguirre, rebelle à son roi, 192 pages, 1ère éd. 1989.




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Aguirre, la colère de Dieu, de Werner Herzog : le carnaval du pouvoir

par André-Michel BERTHOUX

Werner Herzog n’a pas encore trente ans lorsqu’il réalise Aguirre, la colère de Dieu en 1972. Ce film marque le début d’une collaboration fructueuse et souvent houleuse entre le cinéaste et son acteur fétiche, Klaus Kinski, qui obtient enfin un véritable rôle à sa dimension.

À la fin de l’année 1560, une expédition d’aventuriers espagnols partie des sierras péruviennes et conduite par Don Gonzalo Pizarro, dévale les pentes abruptes de la cordillère des Andes. Parvenue aux abords d’un affluent en pleine forêt amazonienne, elle se heurte à une nature sauvage et hostile qui l’oblige à s’arrêter.

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Pizarro charge alors un détachement formé d’une quarantaine d’hommes de trouver des vivres et de se renseigner sur la situation exacte de l’El Dorado ainsi que sur la présence d’indiens en descendant le fleuve en radeaux. Il nomme Don Pedro de Ursua [ou : Orsua], accompagné par sa fiancée Dona Inez de Atienza, commandant, et en second, Don Lope de Aguirre qui amène sous sa garde sa fille Florès.

Le moine Gaspar de Carvajal, auteur du journal de l’expédition, aura pour mission d’évangéliser les païens du nouveau continent, autre but des conquistadors. Don Fernando de Guzman, preux chevalier qui donna l’assaut à la forteresse de Saxahuaman dix ans auparavant, représentera la Maison Royale.

Afin de rendre compte de sa décision Pizarro signe un document qui sera soumis au Conseil des Indes pour approbation. Ce microcosme reflète la société très hiérarchisée de l’époque. Toutes les institutions sont présentes : l’armée, le roi, l’Église. Chacune symbolisant les valeurs essentielles de la civilisation conquérante, le devoir et l’obéissance, la puissance et l’autorité, la foi chrétienne ; mais toutes animées par la même soif de conquête du nouveau monde. La signature de Pizarro donne à cette structure un aspect officiel que rien, semble-t-il, ne peut venir déstabiliser ou compromettre.

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le gouverneur Don Pedro de Orsua et son épouse, Dona Inez de Atienza

Durant la première nuit, les membres d’équipage d’un des radeaux pris dans un tourbillon sont tués. Ursua, malgré le danger que cela représente, décide de les enterrer chrétiennement. Aguirre suggère alors à Perucho, son fidèle homme de main, de détruire à coup de canon l’embarcation afin de ne pas retarder la mission. Le lendemain, la perte des deux autres radeaux, à la suite de la montée des eaux, pousse Ursua à rebrousser chemin et à rejoindre Pizarro demeuré en amont avec le reste de la troupe. Mais Aguirre, qui a déjà donné l’ordre de construire un nouveau radeau, s’y oppose.

En s’appuyant sur l’exploit de Hernando Cortez qui conquit Mexico malgré l’ordre de faire demi-tour, il exhorte les hommes à poursuivre la descente du fleuve et à se rendre maître de la vallée de l’or. Perucho tire sur Ursua et le blesse. Aussitôt la foule se range autour de leur nouveau commandant rebelle. Nous n’assistons pourtant pas à une simple mutinerie mais à une véritable carnavalisation de la société dans laquelle était jusqu’ici enraciné l’ensemble de l’expédition.

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Aguirre, à la fois visionnaire et aveugle à la réalité

L’ordre hiérarchique est renversé et laisse la place à un monde à l’envers. Tout le rituel du préambule est tourné en ridicule, les valeurs officielles sont profanées. Aguirre en maître de cérémonie organise un véritable simulacre de prise du pouvoir. Il propose d’élire Guzman comme nouveau chef, façon de faire participer, sous la contrainte, le peuple à la constitution de cette monarchie. Lors de son intronisation, véritable parodie de cérémonies officielles, Guzman est déclaré empereur de l’El Dorado en lieu et place de Philippe II roi de Castille.

Ce rite rappelle la nomination bouffonne du roi carnaval. Mikhaïl Bakhtine, dans son ouvrage La poétique de Dostoïevski, a décrit longuement ce processus [1] : «Au premier plan [des actes carnavalesques] figurent ici l’intronisation bouffonne puis la destitution du roi carnaval. (...). Il y a, à la base de l’acte rituel de l’intronisation-détronisation, la quintessence, le noyau profond de la perception du monde carnavalesque : le pathos de la déchéance et du remplacement, de la mort et de la renaissance. Le carnaval est la fête du temps destructeur et régénérateur. (...). L’in-détronisation est un rite ambivalent, "deux en un", qui exprime le caractère inévitable et en même temps la fécondité du changement-renouveau, la relativité joyeuse de toute structure sociale, de tout ordre, de tout pouvoir et de toute situation (hiérarchique). L’intronisation contient déjà l’idée de la détronisation future : elle est ambivalente dès le départ.

D’ailleurs, on intronise le contraire d’un vrai roi, un esclave ou un bouffon, et de fait éclaire en quelque sorte le monde à l’envers carnavalesque, en donne la clef. Dans le rite de l’intronisation, tous les moments de la cérémonie, les symboles du pouvoir que reçoit l’intronisé, les vêtements dont il est paré, deviennent ambivalents, se teintent d’une rivalité joyeuse, sont presque des accessoires du spectacle (mais des accessoires rituels) ; leurs significations symboliques se situent sur deux plans (alors qu’en dehors du carnaval, en tant que symboles réels du pouvoir, ils se trouvent sur un plan unique, absolu, lourd et monolithiquement sérieux). À travers l’intronisation on aperçoit déjà la détronisation et cela s’applique à tous les symboles carnavalesques : tous contiennent en perspective la négation et son contraire».

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Don Fernando de Guzman, preux chevalier qui donna l’assaut à la forteresse
de Saxahuaman dix ans auparavant, représente la Maison Royale ;
Aguirre le déclare
empereur de l’El Dorado en lieu et place de Philippe II roi de Castille

Tout le grotesque de la situation est révélé par les propos mêmes de Aguirre concernant le trône sur lequel Guzman rechigne à s’asseoir : «qu’est-ce un trône sinon une planche et un peu de velours, majesté» [2]. Aguirre glisse ensuite, en guise de sceptre, dans la main du monarque enfin intronisé et qui ne peut retenir ses larmes le document qui officialise la création du nouveau royaume et décrète la rupture des liens avec l’Espagne. Ce simulacre d’intronisation laisse toutefois présager de la fin.

En effet, une fois la liesse terminée, Guzman sera déchu de son trône, véritable cette fois, puisqu’il sera étranglé à côté des toilettes. Lors du jugement de Ursua le moine Gaspar de Carvajal prononce la sentence tel un inquisiteur et déclare le condamné, comble d’ironie, coupable de trahison. On ne peut imaginer meilleure parodie de la société officielle. Le carnaval réfléchit tel un miroir tous les éléments constitutifs de cette société. C’est en quelque sorte une "vie à l’envers" selon la propre expression de Bakhtine.

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Mais naturellement, cette carnavalisation n’est pas une fête, malgré la musique interprétée à la flûte par un indien. L’humanisme que l’on ressent chez Pizarro et Ursua cède sa place à la cruauté de Aguirre. C’est pourquoi on a souvent considéré ce film comme une tentative d’analyser la folie meurtrière des conquistadors générée par la soif de l’or symbole de pouvoir et de liberté.

Mais, me semble-t-il, si l’on demeure au niveau psychologique en expliquant le comportement de ces hommes par la démence qui les gagnait progressivement on ne peut pleinement comprendre l’interprétation de Kinski. En effet, Aguirre n’est ni un fou, ni un mutin. Toute son attitude témoigne du désir intense d’imiter son modèle, Hernando Cortez.

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C’est en désobéissant à ses supérieurs que Cortez a acquis gloire et reconnaissance. La rébellion de Aguirre s’inscrit dans cette volonté qui l’anime d’imiter le conquérant de Mexico. Mais Aguirre est envahi par un désir encore plus grand, puisqu’il veut détrôner Philippe II, le puissant roi de Castille, avoir une emprise totale sur le Destin et sur la nature, devenir ainsi Dieu lui-même. Il demeure insensible aux choses qui touchent les humains : la faim, les flèches, la mort.

Ses propos ne sont pas le fruit du délire, mais symbolisent la démesure de son désir mimétique. En tant que Dieu, il ne peut concevoir d’unions charnelles qu’avec sa fille. Mais il n’est pas dupe de son illusion. “Nous mettrons en scène l’histoire comme d’autres mettent en scène des pièces de théâtre”, déclare-t-il.

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Dans la séquence finale, pure merveille cinématographique, toute l’intensité dramatique de son monologue n’a d’équivalent que le grotesque de la situation dans laquelle il se trouve : dernier survivant et entouré de singes, il est devenu, mais pour peu de temps, bouffon à son tour.

André-Michel Berthoux, février 2003
source

notes
[1] Editions du Seuil, 1970, page 171-172
[2] Procédé littéraire analysé pour la première par fois Chkolovski dans son essai Théorie de la prose (1929 ; traduction française, L’âge d’homme, 1973) et désigné en russe par le terme "ostranienie". Il s’agit de transformer quelque chose de familier (un objet, un comportement, une institution ; ici le trône de Guzman) en quelque chose d’étrange, d’insensé, de ridicule. Pour une étude approfondie de ce procédé, voir l’ouvrage de Carlo Ginzburg , À distance (Gallimard, Bibliothèque des Histoires, 2001, ch. 1 : L’estrangement. Préhistoire d’un procédé littéraire).

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Aguirre, der Zorn des Gottes

von Werner Herzog

Werner Herzogs Meditation über den Wahnsinn ist selbst durchzogen von den Obessionen seines Stars Klaus Kinski, mit dem Herzog eine offen ausgelebte Hassliebe verband. Der Film spielt im 16. Jahrhundert, in Peru:  Eine Expedition spanischer Konquistadoren ist auf der Suche nach El Dorado, dem sagenhaften Goldland der Inkas. Der machtbesessene Unterführer Aguirre reißt das Kommando über einen Voraustrupp an sich, der auf Flößen den Amazonas herab fahren und die Gegend erkunden soll. Aguirre erklärt den spanischen König für abgesetzt und einen mitreisenden Adligen zum "Kaiser von El Dorado". Dann stößt er mit den Flößen weiter ins Land vor, inmitten einer feindlichen Umwelt, bedroht durch die Giftpfeile der Indianer, Hunger, Erschöpfung, Krankheit und Meuterei. Die Gruppe wird immer weiter dezimiert. Am Ende sehen wir Aguirre dem Wahnsinn verfallen, auf einem von Leichen bedeckten Floß, das den Amazonas hinabtreibt.

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Aguirre, la colère de Dieu

La quête d’un idéaliste, décalage pathologique

entre réalité et fiction

            

par Gilles Visy, université de Limoges
            

Introduction
            
Dans une Amazonie où nul conquistador ne s’était aventuré Klaus Kinski et ses hommes traquent la piste du mythique Eldorado (1). Au fur et à mesure de l’expédition les guides les abandonnent, les accidents s’accumulent, la nature devient hostile, le relief est dangereux, le fleuve reste imprévisible et les flèches empoisonnées des indiens s’abattent sur les Espagnols comme le jugement dernier. Kinski fait fit de toutes les difficultés, ses hommes tentent même une mutinerie mais il fait taire la rébellion : personne ne peut résister à Aguirre.
            
Réalisé en 1972, le film d’Herzog fut le premier tournage avec Klaus Kinski et l’un des plus dur tant par les conditions climatiques que par les relations passionnées entre l’acteur et le cinéaste. Présenté pour la première fois à Munich, Herzog a voulu créer un événement cinématographique.

Véritable manifeste du cinéma allemand, Volker Schlöndorff dira au cours d’une diffusion sur Arte : «C’est un film qui a la fraîcheur et la violence d’un jeune Picasso extrêmement tendre, comique, toujours excitant et visionnaire.» (2) Cette quête idéaliste se joue en 1560, des mercenaires espagnols prennent le départ sous le commandement de Pedro de Ursúa. (3)

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Rapidement Aguirre prend le pouvoir en élisant un empereur fantoche et il conduira l’expédition à sa perte. La maladie finit de décimer l’équipage, Aguirre termine sa course sur une nouvelle variation du Radeau de la méduse. Kinski, entouré de petits primates sur son embarcation, sombre dans la folie poursuivant son rêve de mégalomane mystique. Il incarne une sorte de primitif illuminé, un guerrier avide d’or et de pouvoir : dégénéré, il reste néanmoins grandiose de par son rôle de composition.

Dès le générique, l’intertitre nous évoque rétrospectivement cette aventure jusqu’au-boutiste : «il n’en resterait pas la moindre trace si n’était pas parvenu jusqu’à nous le journal du moine Gaspar de Carjaval.» (4)

Aguirre nie totalement la réalité, absorbe pathologiquement le mythe de L’Eldorado qu’avaient fomenté les Incas afin de tronquer cette cupidité que l’église espagnole alimentait pour ses intérêts personnels. De surcroît, le règne de Philippe II de Castille fut marqué par les faillites financières. Aguirre incarne le traumatisme d’une ambition européenne quasi romantique qui fit verser le sang plus d’une fois au cours de l’histoire.
            
Ce décalage maladif entre réalité et fiction est une manifestation poétique de la volonté de puissance qui conduit l’individu à sa perte. Aguirre représente l’homme qui voulait être Dieu pour mieux défier les lois de la nature. C’est également celui qui va au-delà du religieux pour conquérir le pouvoir absolu. Kinski est la réminiscence d’un rêve aryen (5) à l’image d’une chute programmée malgré lui.

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I) L’homme qui voulait être Dieu : défier la nature
            
Péché d’orgueil, Aguirre veut être l’égal de Dieu, créer un nouveau royaume en réaction contre le poids de l’apostolat catholique espagnol. Kinski est un desperado, l’envers négatif du Christ, un archange déchu qui manifeste sa haine puisque d’entrée de jeu il sait qu’il court à sa perte. En arrivant devant l’Amazone, après l’incident du canon précipité et englouti par le fleuve, il dira : «Ici, commence notre chute.» Ce sera l’ultime soubresaut de lucidité.

Herzog traque les êtres bizarres qui peuplent les marges de la société. Il combat les affres de la lucidité par l’excès provocateur : «Préférant le regard visionnaire né de la fascination au constat serein issu de l’examen neutre, il aboutit à formuler des mises en scène qui fonctionnent sur le trop-plein (6), voire la grandiloquence.» Dans L’homme qui voulut être roi de John Huston, Sean Connery et Michael Caine ont aussi défiés les déserts de l’Afghanistan pour accéder à une cité du Kafiristan dont ils prendront le pouvoir. Ils ont été trop loin pour se séparer de leur nouvelle vie dans laquelle ils sont considérés comme des rois.

Kinski pénètre dans une impasse : la colère de Dieu. L’exerce -t-il ou en est-il victime ? Son déterminisme le pousse à défier la nature qui le renvoie à son destin fragile. Le cinéaste évoque la jungle sous forme d’une allégorie : «C’est comme une malédiction sur un paysage tout entier, et quiconque y pénètre trop profondément reçoit sa part de malédiction. Nous sommes maudits ici. Dieu s’il existe, a dû créer cette terre dans un moment de colère. C’est le seul lieu où la création n’est pas achevée.» (7)

La solitude d’Aguirre fait peut-être écho à la nostalgie romantique du réalisateur : «son subjectivisme poétique cherche dans l’intensité solitaire du rêve une harmonie primordiale.» (8) Le fleuve est un bouillonnement de vie, mais aussi un pôle informel. Celui-ci reste sournois et un premier radeau fera les frais du projet présomptueux d’Aguirre.

Jouer avec la nature reste dangereux, l’eau du fleuve n’est pas une bénédiction, ce n’est pas sans rappeler l’aventure de ces quatre américains, dans le film Délivrance, qui finiront traumatisés à vie pour avoir fait un pari avec «la rivière». Le film d’Herzog est «un piège en eaux troubles» et même les rives du fleuve sont imprévisibles. De longs travellings latéraux nous font scruter les bords avec une angoisse sur le qui-vive. On lit sur les visages la peur de la mort comme le châtiment suprême de ceux qui ont commis «l’expérience interdite».

Coppola pour son film Apocalypse Now se sera probablement inspiré de cette attente. Martin Sheen et ses hommes ne sont pas à la recherche de l’Eldorado mais du général Kurtz, une sorte de nouvel Aguirre asiatique. Après avoir franchi le dernier pont américain, ils le retrouvent dans un univers de jungle étouffante, infernale et l’élimine comme un sacrifice divin.

Kinski poursuit l’œuvre de Dieu en éradiquant la couronne d’Espagne, la volonté de puissance ne peut être exercée que par un seul homme : «Nous déclarons les Habsbourg déchus de leurs droits et toi, Philippe II, détrôné. Par la force de cette déclaration, tu n’es plus rien. A ta place nous proclamons don Fernando de Guzmán, gentilhomme de Séville, Empereur d’Eldorado.» Aguirre tranche les liens avec l’Espagne et le nouveau roi ne sera que la face cachée de la haine de ce nouveau Dieu aryen.


II) Au-delà du religieux pour un pouvoir absolu

Kinski est un mercenaire, idéaliste dangereux, il se moque du pouvoir politique, la religion lui est indifférente. Le protagoniste méprise les hommes et n’a qu’un amour possessif et maladif pour sa fille Florès. Dans un sentier à travers la jungle, des indiens portent la litière où se trouve la fille d’Aguirre. Celui-ci s’approche d’eux et, pour les presser, les bat et les injurie : «Avancez, fils de chiens !» Bien au-dessus de l’humain, Aguirre pense faire partie de ses rares hommes élus par le divin qui n’ont pas besoin des chimériques représentations religieuses pour accomplir son œuvre : celle de Dieu.

En réalité, le religieux n’est qu’un prétexte à l’accomplissement de sa tâche : «avec ou sans le secours du spirituel, il allie diaboliquement conformisme et convergence des intérêts, et rend toute loi purement formelle, toute vérité sordidement relative.» (9) Aguirre reste un homme de pouvoirs qui désire posséder et non conquérir. Autoritaire, il requiert toujours l’obéissance. Il exerce une forme de pouvoir par la violence : «L’autorité est incompatible avec la persuasion qui présuppose l’égalité et opère par un processus d’argumentation.» (10) Aguirre ne transige pas, son parcours n’est pas héroïque, il reste tout simplement humain avec ses faiblesses physiques, ses mauvaises capacités d’analyse et de jugement.

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Sa fille meurt d’une flèche, l’empereur décède de la dysenterie, la folie le pousse à une situation de non-retour ; mais qu’importe ! Ce qui compte le plus c’est : «ensemble, nous règnerons sur ce continent. Nous allons réussir, je suis la colère de Dieu. Qui est prêt à me suivre ?» Cette fureur contribue à la déréalisation de la quête aussi absurde que les religieux dans Mission qui tentèrent d’apporter la bonne parole en Amérique latine. Tout ceci manifeste l’incarnation d’un pouvoir occidental qui relève plus de l’économie que du divin. Les conquistadores sont le fruit d’une déviation colonialiste dégénérée : «ils ont arraché les hommes à leur culture, dans le moment même où ils se ventaient de les cultiver.» (11)

Cette dégénérescence est bien représentée au cours de la séquence finale : Kinski, seul sur le radeau, déambule comme un pantin désarticulé. Il touche l’absolu sans le pouvoir, cette chute étourdissante éclate lorsque la caméra clôture le film par une rotation autour de l’embarcation. Le cinéaste dira lui-même : «Je montre le délire d’un pays tout entier qui s’infiltre peu à peu à l’intérieur des gens et qui aboutit à un délire humain.» (12) L’empire du conquistador est anéanti par un tourbillon métaphorique, il s’agit de la fin d’un rêve comme Harrison Ford qui tenta de faire de la glace dans la jungle du Honduras dans le film Mosquito coast.
            
Presque aussi surréalistes que les images d’un film de Buñuel, les protagonistes à la fin de leur périple ont des hallucinations. Le bateau sur un arbre caractérise une métonymie de la mer, c’est la partie pour le tout : le souhait d’Aguirre de rejoindre l’océan. Cette image annonce Fitzcarraldo tenant du mythe de Sisyphe : faire passer un bateau d’une branche de l’Amazonie à une autre par une colline.

L’histoire d’un pari impossible mais nécessaire car selon le cinéaste : «la vie quotidienne est une illusion qui masque la réalité des rêves.» (13) Aguirre ouvre un chemin mystique voire métaphysique : peu importe qu’un objet dont on est convaincu de l’existence existe matériellement, croire en lui suffit à le rendre réel. Les conquistadores étaient persuadés que l’or se trouvait quelque part. Le film d’Herzog traduit finalement la quête de l’espace vital.


III) Rêve aryen : chute programmée

Il est certain que le cinéma allemand a du mal à digérer son passé historique, depuis l’expressionnisme des années 20 préfigurant la catastrophe de la seconde guerre mondiale en passant par le «nouveau cinéma» de Fassbinder : «L’histoire du cinéma allemand se confond avec celle du siècle. Le cinéma est devenu l’histoire même de l’Allemagne, il en est partie prenante […]. Les ruptures y sont plus visibles qu’ailleurs.» (14)

Herzog illustre ce songe prométhéen et aryen. Il est probable que la musique du groupe Popol Vuh construit l’image de ce rêve. Cette musique est de type minimal car elle aurait sans doute moins d’intérêt en dehors du contexte d’écoute dramatique : «sa valeur esthétique est inexistante et ne trouve sa véritable fonction artistique qu’en présence de l’image.» (15) Le synthétiseur, qui rappelle celui de Vangelis dans Blade Runner, développe un facteur de présence irréel : la douceur du son contraste avec l’hostilité de L’Amazonie.

Documentariste au départ, le réalisateur ne manquera pas de faire quelques plans fixes sur les Indiens et les animaux, mais son objectif principal repose sur la construction d’un parcours romantique qui depuis Goethe a conduit l’Allemagne à la «défaite de la pensée». Celle-ci reposerait sur le concept de Vokseist : «c’est à dire le génie national». (16) Les Nazis voulaient créer un empire de mille ans, Aguirre exprime sa volonté de puissance : «Moi, la colère de Dieu, j’épouserai ma fille et fonderai la dynastie la plus pure que la terre n’aie jamais portée.» La quête de l’impossible, de l’eugénisme, programme la chute.

Aguirre ne réglera pas ses comptes devant un interlocuteur imaginaire comme Clamence dans le roman de Camus ; il sera seul devant Dieu, plutôt face à lui-même dans la réalité. Ce film se caractérise par un double mouvement : «la passion pour le réel, la volonté de le saisir, mais aussi la fascination pour les aspects les plus négatifs et les plus sombres de l’existence.» (17)
            
C’est une sorte de néoréalisme révisé issu de la nouvelle objectivité de la république de Weimar caractéristique du Septième Art allemand des années 70, bien que le cinéma d’Herzog soit atypique, plutôt visionnaire. Cette réalisation contraste avec la production américaine. Dans Les Aventuriers de L’Arche perdue, Indiana Jones trouve avant les Nazis l’arche d’alliance qui aurait donné le pouvoir absolu, mais il s’agit d’une vision fantastique, pour ne pas dire merveilleuse au sens littéraire du terme.

Chez Herzog, la vision reste réaliste. L’Eldorado n’existe pas, il s’agit d’une sorte d’Eden originel qui correspond à une pensée idéaliste, romantique et merveilleuse remontant à Siegfried. L’Amazonie devient un dragon vert. Nous ne sommes pas dans les exhibitions esthétiques du Reich telles qu’avait pu les filmer Leni Riefenstahl dans Le Triomphe de la volonté ; au contraire, la caméra du cinéaste dévoile subtilement et poétiquement les frasques d’un Hitler refoulé par l’inconscient allemand masquant à peine la violence la plus primitive.

Aguirre révèle ce qu’il est réellement : «Celui qui songe à s’enfuir sera coupé en 198 morceaux. On piétinera son corps et on en enduira les murs.» Volonté de puissance qui repose en fait plus sur le désir, la frustration et le vouloir que sur la modalité du pouvoir et de sa capacité à agir sur les événements : «Si je veux que les oiseaux tombent morts des arbres, ils tomberont morts des arbres.»

L’acteur devient presque risible en Attila latin, il perd la foi en son illumination, le prêtre Carjaval finira par se rendre compte que : «L’Eldorado n’est qu’une illusion.» Rien ne rattrape la chute. Alors qu’Aguirre finit de haïr le genre humain, Nexus 6, alias Rutger Hauer incarnation du parfait aryen dans Blade Runner, revient sur sa faute et sauve l’agent Deckard.

Dans un dernier sursaut d’idéalisme poétique Nexus 6 dira : «J’ai vu de grand navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion, j’ai vu des rayons briller dans la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie.» Le film de Ridley Scott se termine par une eau rédemptrice venant du ciel Aguirre achève son rêve, paralysé dans une eau à l’image d’une surface horizontale, liquide, amniotique et régressive.

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Conclusion

Il est difficile de concevoir Aguirre sans Kinski, son regard inquiétant, sa démarche conquérante, son jeu d’acteur reste inégalable. Ecorché vif, il fut le faire valoir des films d’Herzog. On se souviendra principalement de Nosferatu, fantôme de la nuit, de Cobra verde, sans oublier La ballade de Bruno et Fitzcarraldo, la production la plus commerciale du cinéaste.

Il est vrai que le mythe de L’Eldorado a déjà été traité quelques fois dans l’histoire de l’art en passant par Candide de Voltaire ou dans les représentations en or du chef des indiens sur le radeau illustrant la légende. D’autres semblables ont été trouvées dans les lacs de montagne de Colombie. (18) Le cinéaste défie l’impossible : «pour transformer la vie en œuvre d’art à partir de conditions d’existence minimales.» (19) Herzog nous donne une belle leçon sur la force de la nature, fable écologique qui renvoie au courant allemand pacifiste des années 70.

L’Amazonie présentée par le réalisateur demeure plus complexe et discrète que La forêt d’Emeraude de John Boorman. Elle reste aussi moins maniériste que la gaste forêt magique d’Excalibur. Comme tous les romantiques possédés avant l’heure par le Sturm und Drang (20) Aguirre ne comblera jamais le fossé entre la réalité de la jungle et l’inaccessible Eldorado. Il se précipitera dans le gouffre chimérique sans avoir pu localiser réellement ce pays fabuleux que l’on situait traditionnellement entre l’Amazonie et l’Orénoque.

Cette quête déambulatoire quasi rimbaldienne renvoie à l’obsession principale du réalisateur qu’il décrit dans son autobiographie Sur le chemin des glaces : «En moi, une seule pensée, dominant toutes les autres : partir !». (21) Cette production est difficile à classer, celle-ci s’apparente au documentaire de fiction et en même temps elle a toutes les caractéristiques du film d’aventures : un sujet percutant qu’est l’exploration, un mercenaire extravagant, un lieu marqué par l’exotisme.

De surcroît, le film s’étend sur le mélodrame, par moment la caméra frôle le pathétique qui anime le genre. Aguirre, la colère de Dieu représente une aventure de la jungle, un documentaire sur l’extrême, une extase fiévreuse mélodramatique relevant d’une certaine mythomanie latino-germanique.
            

Gilles Visy, universitaire à Limoges,
auteur récemment du livre Le Colonel Chabert au cinéma aux Editions Publibook
source de cet article

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bibliographie sélective
ARENDT (H.).- La crise de la culture, Paris : Gallimard, 1972.
EISENSCHITZ (B.).- Le cinéma allemand, Paris : Nathan, 1999.
EMERY (B.).- Relation du voyage et de la rébellion d’Aguirre : d’après le manuscrit de Francisco Vásquez, Grenoble : Million, 1997.
ESQUENAZI (J.P.).- "Un radeau nommé délire", in L’Avant scène, Paris : 15 juin 1978.
FINKIELKRAUT (A.).- La défaite de la pensée, Paris : Gallimard, 1987.
HAUSTRATE (G .).- Le guide du cinéma : initiation à l’histoire et à l’esthétique du cinéma, Paris : Syros, 1985, tome III (1968-1984).
HERZOG (W.).- Sur le chemin des glaces, Paris : Hachette, 1979.
LITWIN (M.).- Le film et sa musique, Paris : Romillat, 1992.
PALMIER (J.M.).- L’expressionnisme et les arts, Paris : Payot, tome II, 1980.
SCHNEIDER (R.).- Histoire du cinéma allemand, Paris : Cerf, 1990.
            
notes
1 - Au XVIe siècle un espagnol nommé Martinez aurait été jeté sur les côtes de la Guyane au cours d’une tempête. Conduit à Manoa, capitale d’un pays soumis à un prince allié des Incas, il parvint à s’échapper et se retira à Saint-Jean de Porto-Rico où il mourut. Mais le récit de son voyage excita et enflamma les aventuriers et l’église catholique qui tentèrent plusieurs expéditions à la recherche de L’Eldorado. Sa capitale Manoa renfermerait des temples et des palais couverts d’un métal précieux. La zone géographique reste floue car on situe aussi bien L’Eldorado en Guyane qu’en Colombie.
2 - Thématique consacrée à Herzog, Arte, 1995.
3 - Il s’agit d’un gentilhomme natif de Navarre qui partit à la recherche de nouvelles contrées notamment L’Eldorado. Pedro de Ursúa avait en tout trois cents hommes bien équipés avec des chevaux, des indiens, cent arquebusiers et quarante arbalétriers. Il emporta également d’abondantes provisions de bouche, de la poudre, du plomb, et du souffre. Il était accompagné de don Lope de Aguirre, mestre de camp, qui selon les manuscrits, était considéré comme un fou sanguinaire aliéné par le mirage de L’Eldorado ou au contraire un des grands libérateurs de l’Amérique latine. Ce récit de voyage oscille entre le mythe et la réalité comme toute légende bien que l’expédition ait eu lieu réellement.
4 - Le manuscrit le plus connu est celui de Francisco Vásquez. Il l’a traduit en 1842 à partir d’une copie du XVIIIe siècle conservée dans la bibliothèque de la cathédrale de Séville. Le journal original de Gaspar de Carjaval, retranscrit à plusieurs reprises, remonte aux années 1561-1562.
5 - C’est la représentation d’un monde harmonieux tels qu’avaient pu l’imaginer les nazis, sorte d’Eldorado allemand. Il s’étaient inspirés d’un peuple de l’antiquité qui avait envahi le nord de l’Inde. Chez les théoriciens racistes, l’aryen caractérise un grand dolichocéphale blond issu de ce peuple. Il serait une métaphore de la race blanche pure et supérieur. Dans le film d’Herzog, Klaus Kinski en est une manifestation refoulée avec son physique atypique et son comportement agressif et expansionniste.
6 - HAUSTRATE (G .).- Le guide du cinéma : initiation à l’histoire et à l’esthétique du cinéma, Paris : Syros, 1985, tome III (1968-1984), p. 52.
7 - Documentaire sur le tournage de Fitzcarraldo réalisé par Maureen Gosling, production Flowers Films, 1981.
8 - SCHNEIDER (R.).- Histoire du cinéma allemand, Paris : Cerf, 1990, p. 164.
9 - EMERY (B.).- Relation du voyage et de la rébellion d’Aguirre : d’après le manuscrit de Francisco Vásquez, Grenoble : Million, 1997, p. 184-185.
10 - ARENDT (H.).- La crise de la culture, Paris : Gallimard, 1972, p. 123.
11 - FINKIELKRAUT (A.).- La défaite de la pensée, Paris : Gallimard, 1987, p. 37.
12 - ESQUENAZI (J.P.).- "Un radeau nommé délire", in L’Avant scène, Paris : 15 juin 1978, p. 4.
13 - Documentaire sur le tournage de Fitzcarraldo.
14 - EISENSCHITZ (B.).- Le cinéma allemand, Paris : Nathan, 1999, p. 5.
15 - LITWIN (M.).- Le film et sa musique, Paris : Romillat, 1992, p. 56.
16 - La défaite de la pensée…, op. cit., p. 16.
17 - PALMIER (J.M.).- L’expressionnisme et les arts, Paris : Payot, tome II, 1980, p. 242.
18- Ne pas confondre le pays imaginaire de L’Eldorado et la légende de «l’homme doré» nommé aussi Eldorado. Ils ont un point commun sur le plan sémantique dorado en espagnol signifie «doré». Un chef indien, «l’homme doré» avait pour épouse la princesse Bachue. Il était d’une jalousie maladive et l’accusa d’infidélité. Désespérée, elle se précipita dans un lac et depuis habiterait un magnifique palais en or élevé dans les profondeurs du lac Guatavita en Colombie. Cela n’a plus de rapport avec la capitale Manoa (cf. note 1). Il semblerait que L’Eldorado ait une certaine polysémie ambiguë.
19 - Histoire du cinéma allemand…, op. cit., p. 164.
20 - Ces deux termes en allemand signifient au premier abord «tempête» et «assaut», mais ces substantifs restent difficilement traduisibles en français, les mots les plus justes seraient «violence» et «désir». Les romantiques allemands tels que Goethe et Schiller exprimaient un sentiment de révolte et l’affirmation d’une image indomptable. Aguirre semble bien répondre à ces critères.
21 - HERZOG (W.).- Sur le chemin des glaces, Paris : Hachette, 1979, p. 12.

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17 septembre 2007

un film sur le drame de Katyn (1940)

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sortie du film "Katyn" (avril 2009)


Fils de l'un des 12 000 officiers polonais assassinés, et cinéaste inspiré par l'histoire de son pays, il est le premier à aborder ce sujet tragique, longtemps tabou.

«Katyn» - Drame historique d'Andrzej Wajda, avec Maja Ostaszewska, Artur Zmijewski, Andrzej Chyra. Durée : 2 heures.

- Katyn le film - galerie

- bande annonce du film

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LE FIGARO - Quand avez-vous su exactement ce qui s'était passé à Katyn ?
Andrzej WAJDA - Je l’ai appris comme tout le monde, au printemps 1943, quand les Allemands ont publié des listes d’officiers massacrés. Le nom de Wajda y figurait, mais le prénom n’était pas celui de mon père, qu’on a retrouvé beaucoup plus tardivement. À aucun moment je ne me suis dit : mon père est mort. Il n’y a pas eu de choc, mais une longue période où l’espoir alternait avec la disparition de l’espoir.

- Sur quelles bases avez-vous écrit le scénario ?
Andrzej WAJDA - Si le film avait été consacré à ce qui s'est passé dans la forêt de Katyn, on n'y aurait vu que des hommes. Et leur histoire aurait eu un sens si ces hommes avaient eu à faire des choix, s'il avait été question de patriotisme, de trahison, de responsabilité. Mais il n'y a rien eu de tel : on ne leur a donné aucun choix, et ils n'imaginaient pas ce qui les attendait. L'un des personnages, Andrzej, qui tient son journal jusqu'à la fin, écrit : «On nous emmène dans une forêt…»

- Katyn reste-t-il un enjeu de mémoire nationale ?
Andrzej WAJDA - Katyn a représenté une perte très lourde pour un pays déjà dépourvu d’élite. Beaucoup d’officiers n’étaient pas militaires de carrière, ils se trouvaient mobilisés à cause de la guerre. Cette histoire s’est maintenue et renforcée dans la mémoire polonaise d’autant plus que c’était des familles qui écrivaient et qui ont laissé des traces, lettres, carnets…

- Le film montre que ce crime s'est répercuté sur plusieurs générations.
Andrzej WAJDA - Ce qui s’est perpétué, c’est le mensonge d’attribuer le massacre aux Allemands. J’ai connu des gens qui disaient à voix haute que c’était un crime soviétique. Une de mes condisciples à l’école de cinéma de Lodz a été emprisonnée, et n’a jamais réintégré l’école. Il fallait vraiment faire des choix. Pour moi, je savais qu’on ne vivait pas dans un pays libre, et j’ai toujours considéré qu’il fallait partir de cette réalité si on voulait la changer. Il fallait profiter des possibilités du moment (après Staline, il y a eu un certain dégel) pour raconter quelque chose de vrai. Le scénario de L’Homme de marbre a attendu douze ans avant que je puisse le réaliser. Jusqu’en 1989, faire un film sur Katyn était hors de toute possibilité. À la fin, le mensonge s’était transformé en silence complet sur le sujet.

- Aujourd'hui, faut-il considérer que le dossier Katyn est clos ?
Andrzej WAJDA - Les Russes essaient à présent d'accréditer la thèse que ce ne fut pas un crime de masse signé par Staline, mais le résultat d'une quantité d'incidents fragmentaires. Les Polonais qui viennent demander des renseignements sur leurs vingt-deux mille compatriotes massacrés ne sont guère compris d'un pays où les victimes se comptent par millions, et qui ne réclame pas. Mais il y a des exceptions. Lorsque Katyn a été montré à Moscou, lors de la discussion qui a suivi, une femme a fait passer un bout de papier jusqu'à la scène : elle demandait d'honorer les officiers polonais par une minute de silence. Pour cette minute de silence, il valait la peine de faire le film.

Le Figaro, 1er avril 2009

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chronologie

1939

23 août : pacte  de non-agression germano-soviétique (+ clauses secrètes sur le partage de la Pologne)

1 septembre : l'armée allemande envahit la Pologne

14 septembre : prise de Varsovie par les troupes allemandes

17 septembre : attaque soviétique contre la Pologne

9 septembre : prise de Vilno et Brest-Litovsk par l'Armée rouge

27 septembre : capitulation de la Pologne

28 septembre : accords de Moscou germano-soviétique sur le partage de la Pologne

1940

5 mars : lettre de Beria, commissaire du Peuple à l'Intérieur (URSS) demandant que le NKVD juge 14 700 anciens officiers polonais et 11 000 autres cadres "pour leur appliquer le châtiment suprême : la peine de mort par fusillade. L'étude des dossiers se fera sans comparution des détenus et sans acte d'accusation". Cette proposition fait l'objet, le même jour, du protocole de décision n° 13 de la séance du Politburo du Parti communiste de l'Union soviétique. [documents rendus publics après 1991 et la chute de l'URSS]

avril : le NKVD – la police politique soviétique héritière de la Tchéka et du GPU – organise à Katyn, près de Smolensk (Biélorussie), le massacre méthodique de milliers d'officiers polonais. D’autres furent exécutés en d’autres régions d’URSS (Ukraine notamment), ce qui porta à plus de dix mille le nombre des victimes. L’Allemagne nazie n’est pas en reste et ses Einsatzgruppen liquident une bonne partie des élites polonaises.

1943

13 avril : les autorités allemandes, stationnant dans la région, découvrent le charnier de Katyn et le rendent public mondialement ; elles invitent une mission de la Croix Rouge internationale à venir constater sur place.

avril : une commission médicale internationale, composée d'alliés des Allemands mais aussi d'un célèbre professeur de médecine légale de l'université de Genève, François Naville, travaille sur place et publie, le 30 mai, des conclusions qui accusent les Soviétiques d'avoir fusillé les officiers polonais au printemps 1940.

- un membre de cette commission, le professeur Vincenzo Palmieri, directeur de l'Institut de médecine légale de l'université de Naples a laissé le témoignage suivant : "Une puanteur, une puanteur terrible que je n'oublierai jamais. Il était difficile de travailler, même si les cadavres étaient bien conservés dans le terrain aride : dans les poches des uniformes, les cartes d'identité, lettres, coupures de journaux, photographies de famille s'étaient parfaitement conservées. [...] Il n'y avait aucun doute, parmi nous personne n'eut le moindre doute, il n'y eut d'ailleurs aucune objection. L'autopsie du crâne effectuée par le professeur Orsos de Budapest fut décisive : sur la paroi interne, il trouva une substance qui commence à se former trois ans après la mort. Le petit bois planté sur la fosse avait lui aussi trois ans. Nous restâmes debout jusqu'à trois heures du matin pour rédiger le rapport parce que nous devions avoir l'approbation de tous les signataires sur les corrections et nuances les plus minimes. Le rapport est irréfutable" (cité par Victor Zaslavsky, Le massacre de Katyn, éd. Perrin, 2007, p. 39-40).

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source

1944

15 janvier : les Soviétiques, qui ont repris le contrôle du territoire lors de l'avancée de l'Armée Rouge, ont envoyé une commission d'enquête (Commission Burdenko) chargée de déclarer que le crime a été commis par les Allemands, et ont invité sur place des journalistes occidentaux et la fille de l'ambassadeur des États-Unis à Moscou ; la Commission prétend que le massacre a eu lieu en août-septembre 1941 (donc après l'attaque allemande contre l'URSS et l'occupation de la région par les nazis) alors que tous les corps exhumés portaient des vêtements d'hiver ; l'élément de conviction avancé fut que les exécutions avaient utilisé des balles de fabrication allemande (fait qui n'a jamais été contesté).

1946

Les Soviétiques échouent à faire endosser le crime de Katyn aux Allemands lors du procès de Nuremberg. Un des procureurs soviétiques, Nikolaï Zoria, qui avait refusé de participer à l'entreprise de falsification des dirigeants soviétiques (car il avait servi auparavant de consultant juridique pour le Comité de libération nationale de la Pologne, et connaissait les témoignages de cette partie), fut assassiné le 23 mai par les agents de Beria.

 


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images de Katyn, film de Wajda


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La Pologne revit le drame de Katyn


Un film d’Andrzej Wajda ranime le souvenir du massacre d’officiers par les Soviétiques en 1940.
par
Maja Zoltowska
Libération, mardi 18 septembre 2007
Varsovie, de notre correspondante

Wajda_KatynLe cinéaste polonais Andrzej Wajda a présenté hier soir son dernier film Katyn, un hommage aux 22 500 officiers polonais - dont faisait partie son père - massacrés par la police secrète soviétique sur ordre de Staline en 1940. Il s’agit d’un des films les plus ­attendus par la Pologne où le mot «Katyn» fut ­banni par la propagande communiste pendant plus d’un demi-siècle.

Présenté en grande pompe à l’Opéra de Varsovie, le film, qui sera dans les salles polonaises vendredi, constitue en soi un événement national. Andrzej Wajda et le ministère de la Culture ont choisi un jour symbolique pour sa présentation : le 17 septembre 1939, ­date où l’Armée rouge pénétrait dans l’est de la Pologne, déjà envahie à l’ouest le 1er septembre par l’Allemagne. Une fois de plus, les deux grands voisins se partageaient le pays.

«Mensonge»
Hier matin, le président polonais Lech Kaczynski s’est rendu en Russie pour se recueillir sur les tombes des officiers dans la forêt de Katyn, un petit village près de Smolensk où, en avril 1940, les officiers polonais furent exécutés, un par un, d’une balle dans la nuque par la NKVD. Pour cette première visite en Russie, il ne fera pas le déplacement jusqu’à Moscou et ne participera à aucune rencontre officielle. Ce séjour éclair, non dénué de considérations électoralistes, ne devrait pas améliorer les relations entre Varsovie et Moscou, tendues depuis l’arrivée au pouvoir, en 2005, du président conservateur qui ne cache pas sa méfiance envers la Russie.

Le même soir, aux côtés des proches de victimes, le président polonais a pu imaginer les scènes de leur mort. «Cela a vraiment dû se passer ainsi. J’ai cru ­assister à l’exécution de mon ­père», a reconnu la gorge serrée Krystyna Brydowska, fille de Feliks Miszczak, tué à 44 ans à Miednoïé, un autre lieu de massacre des officiers polonais.

Dix-huit ans se sont écoulés depuis la chute du communisme et aucun cinéaste n’avait encore osé adapter à l’écran cette tragédie nationale. «Ce film n’aurait pas pu voir le jour avant, ni dans la Pologne communiste ni en dehors de la Pologne, où il n’y avait pas d’intérêt pour le sujet», a déclaré le cinéaste lors d’une présentation à la presse. Wajda a, malgré la censure, mis en scène de nombreux épisodes de l’histoire de la Pologne du XXe siècle.

Dans Kanal, il exaltait le drame de l’Insurrection de Varsovie, dans Cendre et Diamant, la résistance à l’instauration du communisme, dans l’Homme de marbre, les années staliniennes et dans l’Homme de fer la naissance de Solidarité, qui lui aura valu la Palme d’or à Cannes en 1981. Mais faire un film sur Katyn aurait été impossible à l’époque communiste où les Soviétiques étaient présentés uniquement comme des libérateurs : «Sur ce mensonge reposait toute la ­soumission de la Pologne à Moscou» , a déclaré le ­cinéaste.

Wajda, qui s’était promis de le réaliser depuis des années, considère ce film comme un devoir national et un devoir envers sa famille : «J’ai compris que je ne pouvais plus attendre, Katyn est sans doute un de mes derniers films sinon le dernier», a déclaré le cinéaste bientôt âgé de 82 ans.

Attente
Sur un scénario écrit d’après le roman post mortem d’Andrzej Mularczyk, Katyn est dédicacé à ses parents  car ce film est aussi l’histoire de sa famille. Son père, Jakub, capitaine au 72e régiment d’infanterie, fut parmi les officiers tués par les Soviétiques dans la forêt de Miednoïé, autre lieu de massacre, dont Katyn est devenu le nom symbolique.

Les emprunts à l’histoire familiale sont nombreux. «Ma mère s’est bercée d’illusions jusqu’à sa mort, car le nom de mon père figurait avec un autre prénom sur la liste des officiers massacrés», raconte Wajda. Sa mère, Aniela, porte dans son film le nom d’Anna et Anna aussi espère et une erreur dans le prénom prolonge cet espoir. C’est justement à travers les femmes - les épouses des officiers, leurs mères, sœurs ou filles - et leur attente désespérée que Wajda raconte ­l’histoire de Katyn.

Les charniers ont été découverts par les troupes allemandes lors de leur avancée en territoire russe après la rupture du pacte germano-soviétique en 1941. Révélé par les nazis en 1943, le massacre de Katyn a ­toutefois été imputé par la ­propagande communiste aux troupes allemandes pendant plus de quarante ans .

Le film débute par une scène sur un pont. Deux vagues de civils se croisent : l’une vers l’est fuit la Wermacht, l’autre vers l’ouest l’Armée rouge. Nul ne sait lequel des deux agresseurs sera le moins cruel. Le film se termine par le massacre raconté dans les moindres détails sur un mode documentaire.

On devine le jeune Wajda dans le personnage d’un jeune résistant qui, à la fin de la guerre, vient à Cracovie pour étudier aux Beaux-Arts. Comme le père de Wajda, celui du jeune résistant est mort à Katyn mais il refuse, lui, de le renier dans son curriculum vitae comme beaucoup d’autres l’ont fait pour éviter les ennuis sous l’occupation soviétique. Le jeune homme meurt. «Un remords de conscience?», s’est interrogé un spectateur lors d’une avant-première : «Avec Katyn, vous laissez entendre que si vous n’aviez pas menti sur la mort de votre père, vous n’auriez pas pu étudier aux Beaux-Arts, à l’école de cinéma et que l’école polonaise du film n’aurait jamais vu le jour ?» Le cinéaste n’a eu d’autre réponse : «Je confesserai mes propres péchés devant un autre auditoire et ce sera certainement dans peu de temps.» Et de conclure : «Chacun militait à sa manière contre ce régime.»

Enquête 
Car le film parle aussi du mensonge qui a entouré Katyn et des diverses attitudes face à ce massacre. En Pologne, pratiquement jusqu’à la chute du communisme au début des années 1990, il était interdit de parler de cet événement. La censure rayait ce nom de tous les livres. Être parent d’une victime de Katyn pouvait entraîner une ­interdiction d’étudier, et briser une carrière professionnelle.

Il faudra attendre avril 1990 pour que le dernier président soviétique Mikhaïl Gorbatchev reconnaisse la responsabilité de l’URSS en transmettant au président polonais d’alors, le général Jaruzelski, des copies des listes des victimes, promettant une enquête. Durant la Guerre froide, l’Occident s’est tu pour ne pas envenimer ses relations avec l’URSS. Le crime est resté impuni.

En 2004, après quatorze années d’enquête, le parquet militaire russe a classé le dossier de Katyn, refusantWajda_Katyn de qualifier ces exécutions de crime de guerre ou de crime contre l’Humanité. Selon le parquet, il s’agissait d’un crime de droit commun, donc déjà prescrit. La justice russe a aussi refusé de transmettre les documents en sa possession à la Pologne qui, de son côté, poursuit toujours sa propre enquête. Varsovie recherche encore les tombes et les listes des disparus. Des traces mènent à Bykovnia, près de Kiev. Les restes d’un officier polonais viennent d’y être identifiés. En attendant, les proches des victimes attendent que la Cour des droits de l’homme à Strasbourg se penche sur leur plainte déposée contre la Russie.

http://www.liberation.fr/actualite/monde/279191.FR.php
© Libération


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affiche de propagande allemande, Deuxième Guerre mondiale ;
la légende, en slovaque dit : "la forêt de la mort à Katyn"

source

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un charnier de la forêt de Katyn (Biélorussie) mis à jour par les Allemands en 1943 ;
les autorités allemandes invitèrent la presse et la Croix-Rouge à venir sur place


bibliographie

- un article d'Alexandra Viatteau, politologue, spécialiste de l'URSS et des pays de l'Est : le massacre de Katyn (diploweb.com)

- de nombreuses photos des opérations allemandes d'exhumation des cadavres d'officiers polonais, sur le site en langue anglaise katyn.org

- site en langue polonaise sur le massacre et ses responsables, nombreuses photos et des documents : polonica.net/KATYN


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©
Archiwum Ośrodka Karta
- source

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cadavre exhumé ; on voit les mains liées dans le dos
source

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cadavres exhuméss - source

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source

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autres images du film Katyn de Wajda


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Katyn


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officiers polonais abattus d'une balle dans la nuque par les Soviétiques

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drapeau polonais déchiré par des soldats soviétiques

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dès l'automne 1939, la collusion des militaires soviétiques (les trois à gauche)
et des militaires allemands (les trois à droite)


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3 novembre 2007

la Commune de Paris (1871)

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documents sur la Commune

de Paris (1871)



La "Commune de Paris" est une période révolutionnaire au cours de laquelle s'installa, à Paris, un contre-gouvernement opposé au pouvoir officiel de la République établi à Versailles (Thiers et la Chambre) ; elle dura du 18 mars 1871 jusqu'à la «semaine sanglante» (21-28 mai).

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un récit dans un manuel d'Ernest Lavisse, Histoire

de France, cours moyen, 1921

 

La guerre civile

La guerre civile - Nous n'étions pas au bout de nos malheurs. La guerre contre les Allemands était à peine finie quand une guerre entre Français commença.
Les esprits étaient très troublés à Paris à la fin du siège. Des patriotes étaient exaspérés par nos défaites. Beaucoup de républicains se défiaient de l'Assemblée nationale, qui était venue de Bordeaux à Versailles, et qui semblait disposée à rétablir la royauté. Des révolutionnaires voulaient changer toute la société. Enfin, il y avait à Paris, comme dans toutes les grandes villes, des hommes qui aimaient le désordre et les violences.
En mars 1871, les Parisiens nommèrent un gouvernement révolutionnaire qui s'appela la Commune.

Le second siège - Un second siège commença. Cette fois, ce fut une armée française qui assiégea Paris. Mac-Mahon la commanda.
L'armée entrée dans Paris le 21 mai. Les insurgés se défendirent derrière les barricades. Ce fut une affreuse guerre de rues. Vaincus, les insurgés fusillèrent l'archevêque de Paris et plusieurs autres personnes que la Commune avait emprisonnées.
Les insurgés incendièrent des maisons et des monuments. L'Hôtel de Ville et le palais des Tuileries furent brûlés.
Les Allemands occupaient encore les environs de Paris. Ils entendirent avec joie la fusillade et la canonnade. la nuit, ils regardèrent la flamme et la fumée des incendies. La France semblait se détruire elle-même dans un accès de folie furieuse.
Beaucoup de soldats périrent pendant la bataille dans les rues. Un plus grand nombre de Parisiens furent tués en combattant ou après un jugement de conseil de guerre. La répression fut terrible.
L'année terrible, c'est le nom que Victor Hugo a donné à cette année qui vit la guerre étrangère et cette criminelle guerre civile faite sous les yeux de l'étranger. Ce fut un des moments les plus tristes de toute notre histoire.

éd. Armand Colin, 1921, p. 232

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porte Maillot, mai 1871

 

un résumé événementiel dans un manuel de 1986

La Commune, 26 mars - 28 mai 1871

Paris assiégé : 10 septembre 1870 - 28 janvier 1871
Avec la défaite de la France devant l'Allemagne, Paris est encerclé. La faim, le bombardement, quatre mois de siège pendant l'hiver le plus froid du siècle éprouvent cruellement Paris. Patriotes, les Parisiens condamnent la politique du gouvernement de la Défense nationale qui a succédé à l'Empire. La signature de l'armistice [26 janvier 1871] les scandalise. Les élections législatives du 8 février 1871, organisées à la demande du chancelier allemand Bismarck qui souhaite traiter avec des élus incontestés du pays, prouvent que paris est jacobin et pour la guerre ; que la province - sauf dans l'Est et les grandes villes - est monarchiste et pour la paix.
[traité de Francfort entre la Prusse et la France : 10 mai 1871, mais les préliminaires avaient été signés le 26 février 1871]

Paris insurgé
Le 10 mars, le gouvernement légal présidé par Thiers, en s'installant à Versailles, paraît "décapitaliser" Paris. Ses troupes essaient, en vain, de récupérer les 227 canons de la Garde nationale regroupés à Montmartre. Paris se rebelle. Le 26 mars, une Commune est élue qui s'érige en gouvernement insurrectionnel sous l'emblème du drapeau rouge. Son programme social interdit les amendes sur les salaires, abolit le travail de nuit des ouvriers boulangers, prévoit une instruction gratuite, obligatoire et laïque, jette les bases d'importantes réformes.

Paris ensanglanté
130 000 versaillais - dont nombre de prisonniers libérés par Bismarck - se rassemblent sous le commandement de Mac-Mahon contre 20 000 insurgés, ouvriers et artisans parisiens. Un second siège de Paris commence. L'assaut est donné le 21 mai. Aux exécutions sommaires du petit peuple de Paris répondent les exécutions d'otages par les communards. la "semaine sanglante" s'achève le 18 mai dans le cimetière du Père-Lachaise. La répression est atroce : 25 000 fusillés sommairement, 4 586 déportés, 4 606 condamnés à la prison. Elle dure pendant deux ans encore, écrasant pour longtemps le mouvement ouvrier.

Dernière des grandes révolutions parisiennes, la Commune est à la fois un sursaut patriotique, un mouvement républicain et égalitaire et un mouvement de révolte contre l'autorité de l'État. Première révolution ouvrière, elle est devenue, depuis l'interprétation qu'en a donnée Karl Marx, le symbole d'un mouvement révolutionnaire anticapitaliste.

Histoire de France, Gérard Labrune, Philippe Toutain,
"Repères pratiques Nathan", 1986, p. 85

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Saint-Cloud, le café d'Elcombe, février 1871

 

une explication dans une Histoire de France de 1987

La Commune. La question du régime reste pendante. Devant une Assemblée en majorité monarchiste, Thiers s'est engagé à ne pas prendre parti sur le régime. La crainte d'une restauration, l'humiliation de la défaite, les misères du siège, l'effervescence révolutionnaire de la capitale depuis la fin de l'Empire, tels sont les aspects du malaise de Paris, dont les élections de février avaient montré les sentiments républicains. L'Assemblée nationale s'installe à Versailles et non à Paris, supprime la solde des gardes nationaux et le moratoire des loyers : ces maladresses mettent le feu aux poudres. Le 18 mars, les émeutes éclatent à Montmartre. Thiers, instruit par l'expérience de la monarchie de Juillet, préfère quitter Paris pour Versailles, abandonnant la ville à l'insurrection.
La Commune s'installe, affirmation de l'autonomie parisienne. Le Conseil général de la Commune est élu le 26 mars avec 50% d'abstentions, mais la Commune n'a guère le temps d'accomplir une oeuvre en profondeur car toutes les énergies sont absorbées par la guerre entre versaillais et communards (ou fédérés - car les combattants parisiens de la Commune s'étaient constitués en une fédération des gardes nationaux de la Seine en février 1871) qui commence en avril. Elle s'achève de façon atroce par la "semaine sanglante" du 22 au 28 mai. De 20 000 à 35 000 insurgés sont exécutés sans jugement-; le reste est condamné à l'exil ou à la déportation.
Les communards sont issus du vieux Paris des métiers qualifiés et de l'artisanat, pour leur majorité. Ils représentent des courants très divers : patriotes déçus, jacobins révolutionnaires, blanquistes, proudhoniens, socialistes de l'Internationale. Proche des sans-culottes et des insurgés de 1848, dernier avatar des soulèvements parisiens venus de la Révolution française, la Commune est interprétée par Marx comme la première des révolutions futures. Mais l'essor du mouvement ouvrier n'en est pas moins brisé pour dix ans en France. La première conséquence de la Commune est de démontrer qu'aucun régime autre que la République n'est tolérable pour la capitale et pour les grandes villes de province, Lyon, Marseille, Toulouse, qui ont connu elles aussi d'éphémères Communes.

Histoire de France, dir. Jean Carpentier et François Lebrun, Seuil, 1987, p. 291-292.



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la préfecture de Police prend feu, 24 mai 1871

images d'époque

 

textes, déclarations de la Commune de Paris


Manifeste du Comité central de la Commune

(26 mars 1871)
"La Commune est la base de tout État politique comme la famille est l'embryon de la société.
Elle implique comme force politique la République, seule compatible avec la liberté et la souveraineté populaire. La liberté la plus complète de parler, d'écrire, de se réunir, de s'associer, la souveraineté du suffrage universel.
Le principe de l'élection appliqué à tous les fonctionnaires et magistrats (...).
Suppression quant à Paris, de l'armée permanente. Propagation de l'enseignement laïque intégral, professionnel.
Organisation d'un système d'assurances communales contre tous les risques sociaux y compris le chômage.
Recherche incessante et assidue de tous les moyens les plus propres à fournir au producteur le capital, l'instrument de travail, les débouchés et le crédit, afin d'en finir avec le salariat et l'horrible paupérisme."


Le programme de la Commune
Élu le 26 mars 1871, le conseil municipal de Paris, dominé par des républicains radicalisés et des socialistes, s'est proclamé Commune de Paris. Ce gouvernement insurrectionnel expose son programme.

" Dans le conflit douloureux et terrible qui menace encore Paris des horreurs du siège et du bombardement, (...) la Commune de Paris a le devoir (...) de préciser le caractère du mouvement du 18 mars, incompris, inconnu et calomnié par les hommes politiques qui siègent à Versailles.
[Paris demande]
- La reconnaissance et la consolidation de la République, seule forme de gouvernement compatible avec les droits du Peuple.
- L'autonomie absolue de la Commune étendue à toutes les localités de la France et assurant à chacune l'intégralité de ses droits.
- Les droits inhérents à la Commune sont : le vote du budget communal, recettes et dépenses ; la fixation et la répartition de l'impôt ; (...) l'organisation de sa magistrature, de la police intérieure et de l'enseignement ; l'administration des biens appartenant à la Commune.
- Le choix par l'élection ou le concours, avec la responsabilité et le droit permanent de contrôle et de révocation des magistrats ou fonctionnaires communaux de tous ordres. La garantie absolue de la liberté individuelle, de la liberté de conscience et de la liberté de travail (...).
- L'intervention permanente des citoyens dans les affaires communales par la libre manifestation de leurs idées. (...)
- L'unité, telle qu'elle nous a été imposée jusqu'à ce jour par l'Empire, la monarchie et le parlementarisme, n'est que la centralisation despotique, inintelligente, arbitraire et onéreuse. L'unité politique telle que la veut Paris, c'est l'association volontaire de toutes les initiatives locales. (...)
La Révolution communale, commencée par l'initiative populaire du 18 mars (...) c'est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l'exploitation, de l'agiotage, des monopoles, des privilèges auxquels le Prolétariat doit son servage, la Patrie ses malheurs et ses désastres."

extrait de l'Enquête parlementaire sur l'insurrection du 18 mars 1871

 

Extrait de la Déclaration au peuple français du 19 avril 1871
«Il faut que Paris et le pays tout entier sachent quelle est la nature, la raison, le but de la Révolution qui s’accomplit. […]
La Commune a le devoir d’affirmer et de déterminer les aspirations et les vœuxde la population de Paris ; de préciser le caractère du mouvement du 18 mars, incompris, inconnu et calomnié par les hommes politiques qui siègent à Versailles. […] Que demande-t-il ?
La reconnaissance de la consolidation de la République, seule forme de gouvernement compatible avec les droits du peuple et le développement régulier et libre de la société. […]
Nos ennemis se trompent ou trompent le pays quand ils accusent Paris de vouloir imposer sa volonté ou sa suprématie au reste de la nation, et de prétendre à une dictature qui serait un véritable attentat contre l’indépendance et la souveraineté des autres communes.
Ils se trompent ou trompent le pays quand ils accusent Paris de poursuivre la destruction de l’unité française, constituée par la Révolution, aux acclamations de nos pères, accourus à la fête de la Fédération de tous les points de la vieille France.
L’unité, telle qu’elle nous a été imposée jusqu’à ce jour par l’empire, la monarchie et le parlementarisme, n’est que la centralisation despotique, inintelligente, arbitraire ou onéreuse. […]
La lutte engagée entre Paris et Versailles est de celles qui ne peuvent se terminer par des compromis illusoires : l’issue n’en saurait être douteuse. La victoire, poursuivie avec une indomptable énergie par la Garde nationale, restera à l’idée et au droit. […]
Nous avons le devoir de lutter et de vaincre !»

Paris, le 19 avril 1871, La Commune de Paris.

 


la répression de la Commune de Paris par les Versaillais

 

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témoignages sur les massacres après la défaite de la Commune



Catulle Mendès

Au 1 place du Châtelet, se tient, pendant et après la Semaine sanglante, une cour martiale chargée de juger les insurgés. L'écrivain et poète Catulle Mendès (1841-1909) en décrit les méthodes expéditives dans Les 73 jours de la Commune : «On amène les fédérés, vingt par vingt-; on les condamne ; conduits sur la place, les mains liées derrière le dos, on leur dit : "Tournez-vous". À cent pas, il y a une mitrailleuse ; ils tombent vingt par vingt. […] J’ai vu tout cela de mes propres yeux.» (source)


Marie Mercier
«J’ai vu fusiller à la barricade du faubourg Saint-Antoine une femme qui avait son enfant dans les bras. L’enfant avait six semaines et a été fusillé avec la mère. Les soldats qui ont fusillé cette mère et son enfant étaient du 114e de ligne. On l’a fusillée pour avoir dit : "Ces brigands de Versailles ont tué mon mari". On a fusillé la femme d’Eudes, enceinte de sept mois. Elle avait une petite fille de quatre ou cinq ans qui a disparu. On la dit fusillée aussi. À la petite Roquette, on a fusillé environ deux mille enfants trouvés dans les barricades et n’ayant plus ni père ni mère
Témoignage de Marie Mercier, extrait des archives de Victor Hugo. Marie Mercier, dix-huit ans, était la compagne de Maurice Garreau, directeur de la prison de Mazas sous la Commune, fusillé à la fin de la Semaine sanglante. Marie deviendra la maîtresse de Hugo à Vianden.  (source)


Geroge Sand

«Tout est bien fini à Paris. On démolit les barricades ; on enterre les cadavres ; on en fait, car on fusille beaucoup et on arrête en masse. Beaucoup d’innocents, ou tout au moins de demi-coupables, paieront pour les plus coupables qui échapperont. Alexandre [Dumas fils] dit qu’il en fait délivrer beaucoup sur les affirmations de sa science physiognomoniste, enseignée par le docteur Favre. Sa lettre est bizarre et je ne vois pas comment il s’y prend pour faire écouter ses essais d’application par les cours martiales. Hugo est tout à fait toqué. Il publie des choses insensées et, à Bruxelles, on fait des manifestations contre lui

Journal de George Sand, 1er juin 1871  (source)

 

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photo : Adolphe Eugène Disderi

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Disderi était un photographe célèbre, portraitiste officiel de l'Empereur

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photographie d'André Adolphe Eugène Disderi (1819-1889), cadavres de Communards
(Bodies of militants of the ''Commune de Paris'')

des hommes jeunes...

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cadavres de Communards : photographie Disderi

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cadavres de Communards : photographie Disderi

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cadavres de Communards : photographie Disderi

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cadavres de Communards : photographie Disderi

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cadavres de Communards : photographie Disderi

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cadavres de Communards : photographie Disderi

 

...ont été fusillés par milliers.



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15 juin 2006

Louise Labé, femme trompeuse (journal Libération)


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Lousie Labé, femme trompeuse


La poétesse la plus célèbre du XVIe siècle, figure du féminisme, ne serait qu'invention. C'est la thèse défendue par l'universitaire Mireille Huchon, qui jette un doute sur le travail des biographes.vf_crloges38

par Edouard LAUNET
Libération, vendredi 16 juin 2006

Au 28 de la rue Paufique, à Lyon, est apposée une plaque sur laquelle nous lisons : «La poétesse Louise Labé ­ "La Belle Cordière" ­ vécut en ces lieux au XVIe siècle.» Cette indication est hélas doublement erronée. D'une part, ladite «maison de Louise Labé» a été rasée au XVIIe siècle. D'autre part, et c'est nettement plus embêtant, la poétesse Louise Labé n'a jamais existé. C'est du moins ce qu'affirme Mireille Huchon, professeure à la Sorbonne, dans un ouvrage, Louise Labé, une créature de papier (éditions Droz), qui fait de jolies vagues.


 

louise_labeLa poétesse la plus célèbre du XVIe siècle ne serait qu'un personnage inventé par un groupe de littérateurs lyonnais. Ceux-ci se seraient amusés à «louer Louise» comme du temps de Pétrarque on s'entraînait à «louer Laure», femme idéalisée. Un exercice de style, une créature de papier, bref une mystification. C'est ainsi que seraient nées les fameuses OEuvres de Louise Labé Lyonnaise, parues en 1555, qui contiennent en particulier vingt-quatre sonnets dont beaucoup connaissent encore aujourd'hui, soit un demi-millénaire plus tard, quelques bribes et notamment celle-ci : «Baise m'encor, rebaise-moi et baise/ Donne m'en un de tes plus savoureux/ Donne m'en un de tes plus amoureux/ Je t'en rendrai quatre plus chauds que braise» (sonnet XVIII).

Car Louise Labé passait pour une fille très dégourdie. Son oeuvre exprime la passion amoureuse du point de vue féminin ­ une révolution pour l'époque. Et ses OEuvres s'ouvrent par un texte ­ une épître dédiée à «Mademoiselle Clémence de Bourges Lyonnaise» ­ qui est l'un des tout premiers plaidoyers aux tonalités féministes. Citons-en l'incipit : «Etant le temps venu, Mademoiselle, que les sévères lois des hommes n'empêchent plus les femmes de s'appliquer aux sciences et disciplines : il me semble que celles qui [en] ont la commodité doivent employer cette honnête liberté que notre sexe a autrefois tant désirée.» Les femmes doivent avoir une éducation, comme les hommes, et délaisser «quenouilles et fuseaux» pour se saisir de la plume.


Statue déboulonnée

Tout cela, plus le fait qu'une biographie très lacunaire prête à Louise d'infinies qualités ­ elle sait le latin, l'italien, l'espagnol, la musique, est excellente cavalière, s'est initiée aux métiers des armes, participe à des tournois... ­ a fait de Louise Labé une figure légendaire du proto-féminisme. Malheur à qui déboulonnera la statue !

Or voilà que c'est une femme qui le fait, et qui plus est une femme au sérieux et à l'érudition largement reconnus : Mireille Huchon. Dans son minuscule bureau de la Sorbonne, la directrice de l'UFR de langue française a le sourire de quelqu'un qui vient de jouer un bon tour. Comme si elle-même venait de plier une jolie cocotte de papier. Sauf que l'auteure de Rabelais grammairien n'est pas exactement une farceuse, et que son étude sur Louise Labé n'a rien du roman de gare. En analysant les textes, contexte et paratexte,sceve Mireille Huchon dit avoir repéré «un faisceau d'indices» convergeant vers cette conclusion : ce sont les poètes fréquentant l'atelier de l'imprimeur Jean de Tournes, réunis autour de Maurice Scève (ci-contre) et de quelques autres, qui ont créé les oeuvres de Louise Labé, à savoir les vingt-quatre sonnets, le Débat de folie et d'amour en prose et trois élégies. Le Débat devrait beaucoup à Maurice Scève, les poésies à Olivier de Magny, Claude de Taillemont, Jacques Pelletier du Mans et autres gentilshommes.

Cette controverse autour de Louise Labé ne serait sans doute pas sortie du cercle fermé des seiziémistes (quatre cents personnes en comptant large) si l'historien et académicien Marc Fumaroli n'avait procédé dans le Monde (du 12 mai) à une tintamarresque recension de la Créature de papier sous le titre : «Une géniale imposture». «La démonstration de Mireille Huchon est irréfutable et réjouissante, même si elle doit faire rentrer sous terre les exégètes et les biographes», écrit Fumaroli. Et plus loin cet adieu lapidaire : «Exit Louise Labé».

Au nombre des personnes censées se retrouver six pieds sous terre, il y a Madeleine Lazard, qui a publié en 2004 une très convaincante biographie de la poétesse (1). Dans son vaste appartement tout entier aux couleurs de la Perse (la spécialité de son mari, l'orientaliste et linguiste Gilbert Lazard), la présidente honoraire de la Société d'étude du XVIe siècle apparaît plus intriguée que catastrophée : «Mireille est une amie, et elle ne m'avait rien dit !» Madeleine Lazard a donc découvert le livre après publication. Elle loue chez sa collègue «une patience de détective et une admirable érudition». Mais elle n'est absolument pas convaincue. «Cette argumentation peut séduire de bons esprits, mais il faut fenetre_a_menaux_vieux_lyonbien avouer que ces indices ne forment qu'un faisceau de présomptions. Celles-ci suffisent-elles à condamner la poétesse Louise Labé ?»

Condamner, le mot est fort. Dans le fond, Madeleine Lazard reproche à sa collègue d'avoir travaillé en pure technicienne sans prendre en compte la qualité des poèmes et leur unité. Cette poésie innovait, au milieu du XVIe siècle, parce qu'elle se libérait des sempiternels thèmes pétrarquistes et platoniciens, ainsi que de la tradition courtoise. Or, «les poètes que Mireille Huchon désigne en auteurs probables n'ont jamais rien fait de comparable», note Madeleine Lazard. De toute façon, ne dispose-t-on pas de multiples preuves de l'existence de Louise Labé : témoignages, documents notariaux et même testament ?


Instrument de mystification

Mireille Huchon ne conteste pas l'existence d'une Louise Labé de chair mais, pour elle, cette personne n'aurait été qu'un instrument (volontaire ou pas, on ne sait) de la mystification. «Pour le lecteur moderne, la chose peut apparaître comme une supercherie littéraire, mais à l'époque tout le monde savait probablement que c'était une fiction.» D'ailleurs, relève Mireille Huchon : «Comment expliquer qu'en 1555 paraisse ce livre fulgurant, accompagné de l'éloge de tous les grands poètes lyonnais, et qu'ensuite on n'en parle plus du tout pendant des années ?»

Madeleine Lazard rétorque que Lyon a connu des années difficiles peu après cette publication, avec la peste et l'invasion des troupes de la Réforme : «Ce ne sont pas des circonstances qui favorisent la poésie amoureuse.» A son tour, la biographe interroge : «Comment expliquez-vous que la seule édition des OEuvres en dehors de Lyon a été faite à Rouen (en 1556), sinon par le fait que l'amant de Louise Labé, le banquier Fortini, avait des affaires là-bas ?»

Interrompons là cette partie de ping-pong pour donner la parole à François Rigolot, professeur de littérature française à l'université américaine de Princeton. Cet homme, auteur de plusieurs études sur la poétesse lyonnaise (2), défend une position intermédiaire : Louise Labé a bel et bien existé en tant que poétesse, mais «son oeuvre, comme d'ailleurs beaucoup d'oeuvres avant la promotion du solipsisme romantique, est sans doute le produit d'une entreprise collective». Dans le texte qu'il nous a adressé, titré d'un facétieux lyon4ronsarddet«Supercherie ou superbe chérie ?», François Rigolot détaille quelques supposés précédents : «Marguerite de Navarre ne consultait-elle pas son "valet de chambre" ­ un certain Clément Marot ­ sur la facture de ses vers et le tour de ses rimes ? Rabelais n'a-t-il pas écrit son Pantagruel avec le concours actif de ses amis carabins ?» Le prof de Princeton ajoute : «Ronsard lui-même, le grand Ronsard, qui embouchait à tout moment la trompette de la Gloire pour revendiquer la Priorité dans le renouveau des lettres, ne doit-il pas une bonne partie de son oeuvre à ses condisciples de la Pléiade ?»

Cette idée d'oeuvre collective, avec ou sans Louise, laisse Françoise Charpentier très sceptique. Cette spécialiste du XVIe, qui, en 2001, a supervisé l'édition des poésies de Labé chez Gallimard, souligne que les OEuvres de la Lyonnaise forment un ensemble cohérent, avec des particularités de style et de pensée que l'on retrouve d'un texte à l'autre : «J'ai du mal à croire que cela soit le fruit d'un travail à plusieurs mains.» Travail d'ailleurs si cohérent qu'il a fait l'an dernier son entrée au programme de l'agrégation de lettres modernes !

Reste à évaluer ce que l'identité réelle de son auteur ajoute ou retranche à la qualité d'une oeuvre qui vaut en partie par l'affirmation d'un point de vue singulier : celui d'une femme de la Renaissance. «Ça m'est parfaitement égal que ces OEuvres soient ou non de Louise Labé. Si c'est de quelqu'un d'autre, ce quelqu'un a du talent», estime Françoise Charpentier, qui ne peut s'empêcher de penser qu'il s'agit d'une quelqu'une.


Homme, femme, les deux, plusieurs ?

Pour François Rigolot, de Princeton, une production coopérative ajouterait du sel à l'affaire : «Montaigne portait aux nues "l'art de conférer" et c'est bien cet art de la coopération qui rend la production des sièclesmontaigne passés si émouvante et si riche aux yeux des Modernes.» Louise Labé était assez séduisante en première figure du féminisme, mais en créature de papier elle n'est pas mal non plus : la supercherie n'est-elle pas consubstantielle de la fiction ? Ne jalonne-t-elle pas toute l'histoire littéraire ? Ainsi Clotilde de Surville, poétesse du XVe siècle dont les textes enthousiasmèrent les Romantiques jusqu'à ce qu'on réalise que cette écrivaine, était pure invention. Ainsi Clara Gazul, née de l'imagination de Mérimée. Ainsi, côté hommes, Emile Ajar auquel Romain Gary est allé jusqu'à donner les traits de son neveu Paul Pavlowitch. Et puis encore Jeanne Flore, Louvigné du Dézert, Marc Ronceraille, Colombine de Sennebon, Vernon Sullivan et même les «22 lycéens» auxquels ce journal a cru longtemps, au point de publier leurs lettres, avant que ne se démasque leur véritable auteure, une demoiselle B. de Lyon (3).

traboule_vieux_lyon_021Sur Louise Labé, il est probable que nous n'aurons jamais le fin mot de l'histoire. Homme, femme, ou les deux, ou plusieurs ? «Au train où vont les choses, Louise Labé risque de passer du statut d'icône des gender studies à celui d'icône des queer studies (4)», sourit Mireille Huchon en nous priant de ne surtout pas la prendre au mot.

Pauvre Louise : «Je vis, je meurs, je me brûle et me noie» (sonnet VIII).

(1) Louise Labé, Fayard.

(2) Notamment Louise Labé ou la Renaissance au féminin, Honoré Champion Ed.

(3) Pour une liste complète, voir Supercheries Littéraires, de Jean-François Jeandillou, Droz Ed.

(4) Gender et queer studies désignent aux Etats-Unis les études relatives aux implications sociales et culturelles du masculin, du féminin et du transgenre.



bibliographie

260000534x.01.lzzzzzzz1
- Mireille Huchon, Louise Labé : une créature de papier, Droz, décembre 2005.









2020474239.01.lzzzzzzz- François Rigolot, Poésie et Renaissance, Points-Seuil, 2002.




2070389596.08.lzzzzzzz

- Rabelais, Quart Livre, éd. de Mireille Huchon, Folio-Gallimard, 1998.










2710306719.08.lzzzzzzz

- Françoise Joukovsky, Images de la femme au XVIe siècle, La Table Ronde, 1995.




2253905429.08.lzzzzzzz

- Mireille Huchon, Histoire de la langue française, Le Livre de poche, 2002.









2130414117.08.lzzzzzzz
- Mireille Huchon, Le français de la Renaissance, Puf, "Que sais-je ?", 1998.
















autres références au livre de Mireille Huchon

- "Louer Louise" ou l'énigme Louise Labé, Laurent Angard, avril 2006.


rouen_renaissance
Spectacle nautique donné lors de l’entrée royale d’Henri II et de Catherine de Médicis
à Rouen, le premier octobre 1550. (source)
un autre spectacle, à Lyon (2 septembre 1548), fut décrit par Maurice Scève




automne_campagne_jaune_foret_rhone_208161
les monts du Lyonnais l'automne

Diane estant en l'espesseur d'un bois,
Après avoir mainte beste assenee,
Prenoit le frais, de Nynfes couronnee :
J'allois resvant comme fay maintefois

(Louise Labé, sonnet XIX)



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19 octobre 2018

Marius Fara

Les 51 anciens élèves de l'École pratique de Saint-Chamond, morts pour la France

 

Marius Fara, militaire

 

 

Marius FARA

mort pour la France

 

Fara Marius fiche MPLF

 

Marius Joannès Fara est né le 23 juin 1881 à Saint-Julien-en-Jarez. Son père se prénommait Antoine et sa mère avait pour nom Jenny Hélène Raymond. Il était marié, avait deux enfants. Sa profession était employé de banque et il résidait au 10, rue de la Corre, puis au 2, rue Pasteur.

recensement et service militaire avant 1914

Lors de son recensement, on le décrivit avec des cheveux et sourcils châtains clairs, des yeux bleus, un front rond, un nez moyen, une bouche moyenne, un menton rond, un visale ovale. Il mesurait 1m70.
À cette date, 1901, il avait été dispensé au titre d'enfant unique d'une mère veuve.

Marius Joannès Fara a tout de même effectué son service militaire entre le 14 novembre 1902 et le 20 septembre 1903. À cette date, il fut envoyé en congé avec un "certificat de bonne conduite". Il a, plus tard, effectué deux périodes d'exercices dans le 38e régiment d'Infanterie : entre le 24 août et le 20 septembre 1908 ; et entre le 29 mai et le 14 juin 1911.

Marius Fara, militaire
Marius Fara (1881-1914), à l'âge de 20 ou 21 ans

 

Marius Fara, mariage
le mariage de Marius Fara et de Anne-Marie Abel ("Jeanne"), le 13 juin 1906

 

Marius Joannès Fara en 1914

Le registre matricule mentionne qu'il fut rappelé à l'activité par l'ordre de mobilisation du 1er août 1914 (publié au J.O. le 2 août), qu'il est arrivé dans son régiment, le 38e d'Infanterie, le 12 août comme soldat de 2e classe.
En fait, son unité n'était pas le 38e mais le 238e R.I. : ce dernier est issu du premier et constituait un régiment de réserve.

Marius Joannès Fara appartenait à la 25e Compagnie du 238e régiment d'Infanterie. Il est mort le 25 septembre 1914 à Port Fontenoy dans l'Aisne. Un autre ancien élève, Joannès Bador, est mort, lui aussi, au même endroit deux jours plus tôt, le 23 septembre.

Un site internet propose des photos de soldats du 238e Régiment, antérieures à septembre 1915 (date de la mort du sergent Célestin Giraud dont la famille a conservé les clichés). Peut-être Marius Joannès Fara et Joannès Bador y figurent-ils, même si leur décès est précoce ?

 

les lieux de sa mort

Port-Fontenoy Maison Hauvette
Port-Fontenoy, Maison Hauvette

 

Le Port-Fontenoy
Le Port-Fontenoy dans le département de l'Aisne

 

Aisne dévastée
Fontenoy, le port et la passerelle : l'Aisne dévastée

 

Fontenoy campagne 1914-1915
Fontenoy, le Port ; écrit et signé : "Campagne 1914-1915"

 

le témoignage de sa petite-fille

Marius Fara avait épousé en 1906 Jeanne (Anne-Marie à l'état civil) Abel, fille de Jean Abel entrepreneur de charpenterie à Saint-Chamond.

Il était employé à la Banque Raverot.

Son père Antoine était, en 1870, employé aux "forges aciéries". Sa mère, Jenny Hélène Raymond, était issue d'une famille de maîtres passementiers saint-chamonais, métier abandonné par le père de celle-ci qui est en 1870 employé aux Forges d'Onzain.

Antoine Fara était décédé en 1899 et Marius vivait avec sa mère (il était leur unique enfant) au 11 rue de la Corre. Sans doute est-ce à cette adresse qu'elle exerçait depuis son veuvage l'activité de débitante de boissons. Jenny Hélène Raymond est morte en avril 1906, un mois avant le mariage de Marius.

 

St-Chamond Lavieu Fara
Saint-Chamond, coteau de Lavieu


Le jeune couple s'est installé Côte de Lavieu (Maison Fayard) où sont nés leurs deux enfants : Jean en septembre 1907 et Alice, ma mère, en novembre 1911.

Ma grand-mère m'a souvent raconté qu'en août 1914, sur le quai de la gare de Saint-Chamond, la petite Alice qui n'avait pas 3 ans s'accrochait à son père en disant "ne pars pas, mon Papa, ne pars pas". Elle ne l'a jamais revu.

Je peux expliquer pourquoi, quoique exempté, il a néanmoins accompli une année de service militaire. Le service militaire est alors régi par la loi Cissey (1872) complétée par la loi Freycinet (1889). La loi Cissey a supprimé la possibilité de remplacement tout en maintenant le tirage au sort. Les "bons numéros" devaient néanmoins accomplir une année de service. Cette loi prévoit aussi des cas de dispense, en particulier pour les soutiens de famille, et spécifiquement les fils uniques de veuves, ce qui était le cas de Marius Fara : ces "exemptés" devaient, comme les bons numéros, un an de service.

Nous n'avons jamais su où était enterré mon grand-père et son nom n'est pas dans le fichier des sépultures militaires, c'est un "soldat inconnu".

La date même de son décès n'est pas certaine comme on le voit sur sa fiche matricule, elle a officiellement été fixée par le jugement intervenu seulement en 1917. Jusque là il était "disparu", pour la plus grande angoisse de sa famille.
Quand elle l'a appris, ma grand-mère a dit "s'il a perdu ses lorgnons, il sera allé n'importe où", s'accrochant à cet espoir car il était très myope.

Vous remarquez qu'il est mort au même endroit et à peu près en même temps que Joannès Bador. J'ajoute qu'ils étaient peut-être cousins. Je me souviens en effet que, lorsque j'allais à Saint-Chamond avec ma grand-mère nous rendions visite à une cousine de mon grand-père nommée Jeanne Bador.

Notre famille fut durement éprouvée puisque le 14 novembre 1914, le beau-frère de ma grand-mère, Henri Abélard, était à son tour tué en Belgique : les deux soeurs étaient veuves, elles avaient 33 et 30 ans et étaient mères de famille.

On vivait à l'aise dans ces familles de petite bourgeoisie et les femmes ne travaillaient pas. Mais le salaire du mari était la seule ressource. Ces jeunes femmes qui n'avaient appris qu'à tenir une maison, recevoir et broder (magnifiquement) la lingerie durent chercher un emploi.

Les Forges et Aciéries de la Marine embauchaient : il fallait fournir l'armée alors qu'une bonne partie de leur personnel était au front. Nombre de ces veuves de guerre se retrouvèrent dans les ateliers à graisser les machines.

 

Aciéries ouvrières Fara
ouvrières aux Aciéries de la Marine à Saint-Chamond

Ma grand-mère, elle, avait jusqu'à son mariage (tardif, à 27 ans), assuré l'administration de l'entreprise de son père. Elle savait rédiger une correspondance commerciale, établir des factures et avait des notions de comptabilité, grâce à quoi elle fut prise dans les bureaux. Quand elle en parlait, elle disait "J'ai eu de la chance". Mais il lui a fallu élever seule ses enfants, et ce fut difficile.

Les veuves étaient si nombreuses que la pension qui leur était servie ne pouvait être très élevée. À la fin de sa vie ma grand-mère n'avait que cette pension et, si elle n'avait pas vécu avec nous, sa vie aurait été bien misérable (elle avait économisé sou à sou toute sa vie, réalisé ce qui lui est venu par héritage et, pour assurer ses vieux jours, placé le tout chez ce bon Monsieur Stavisky... elle a tout perdu).

Éliane Carouge
janvier 2015

 

 

 

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28 janvier 2016

Le conflit israélo-arabe : les données historiques d'un siècle de confrontation

Palestine fin XIXe siècle

 

 

conflit israélo-arabe :

les données historiques d'un siècle

de confrontation

 

 

* dossier en cours de reconstitution (la première version ayant été effacée...)

 

 

 

1 - le royaume d'Israël dans l'Antiquité

 

 

 

2 - les Juifs à l'époque romaine

 

 

 

3 - la conquête arabo-musulmane

 

 

 

4 - l'époque des États francs de "Terre Sainte"

 

 

 

5 - la Palestine sous l'empire ottoman

 

L'examen cartographique de la région fait apparaître les noms sous lesquels est désignée et les limites administratives dans lesquelles est insérée l'ancienne Judée-Palestine à l'époque de l'empire Ottoman, du XVIe au début du XXe siècle. Le nom de Judée est récurrent.

 

A - les cartes d'Abraham Ortelius à la fin du XVIe siècle

En 1570, Abraham Ortelius (1527-1598), né et mort à Anvers aux Pays-Bas, ami du célèbre géographe Mercator, dessine le monde dans son Theatrum Orbis Terrarum (le Théâtre du Globe terrestre), premier atlas moderne comptant soixante-dix cartes. Son atlas a connu plusieurs éditions.

Dans la partie asiatique, le Proche-Orient ne fournit que très peu de noms. On y trouve un peu plus d'une douzaine de noms de villes (dont l'énigmatique Carime qui pourrait être Acre...) et deux noms de régions à l'ouest de la Mésopotamie : la Syrie (Soria) et la Judée (Iudea).

 

carte Ortelius 1571
extrait du Theatrum Orbis Terrarum, du cartographe Abraham Ortelius (1571)

 

carte Ortelius 1571 détail
le Proche-Orient cartographié par Abraham Ortelius (1571) - extrait de la carte ci-dessus

 

Ortelius 1571 Iudea

 

En 1595, Abraham Ortelius publie une Description de l'empire turc (ottoman). Cette fois encore sont mentionnées la Syrie et la Judée comme régions du Proche-Orient maritime.

 

carte Ortelius 1595
Turcici imperii descriptio (Description de l'empire turc), carte d'Abraham Ortelius (1595)

 

carte Ortelius 1595 détail (1)
Turcici imperii descriptio (Description de l'empire turc), carte d'Abraham Ortelius (1595) : le Proche-Orient

 

Ortelius, empire turc, 1595le Proche-Orient maritime et les deux régions de Syrie et Judée, 1595

 

 

B - la carte de Nicolas Sanson, géographe de Louis XIII, au XVIIe siècle 

 

Nicolas Sanson, dit aussi Sanson d'Abbeville, né en 1600 à Abbeville (Somme) et mort à Paris en 1667, fut remarqué dès l'âge de dix-huit ans par Richelieu ; il instruisit les rois Louis XIII puis Louis XIV en géographie. Louis XIII le nomma au Conseil d'État et il portait le titre de géographe ordinaire du roi. Il publia de nombreux travaux de cartographie et de description historique et géographique.

 

Nicolas Sanson 1655 Syria trois provinces
Nicolas Sanson, la Syrie générale et ses trois provinces, 1655

 

Syrie par Nicolas Sanson 1655

 

Nicolas Sanson a commenté ses cartes dans un ouvrage paru en 1683 : L'Europe [l'Asie, l'Afrique, l'Amérique] en plusieurs cartes. La Syrie est évoquée sous ce propre nom ou sous celui de Sourie ; la Mésopotamie sous celui de Diarbeck. Et la Syrie comprend notamment la Judée, ou Palestine.

 

Nicolas Sanson en plusieurs cartes, 1683 (1)
Nicolas Sanson, L'Europe [l'Asie, l'Afrique, l'Amérique] en plusieurs cartes, 1683, p. 11 pour la partie "Asie"

 

La Sourie [Syrie] et le Dirabeck [Mésopotamie] ont été connues autrefois sous le nom seul de Syrie, ou d'Assyrie : laquelle Assyrie ou Syrie a été divisée premièrement en deux grandes parties ; dont la plus orientale a retenu le nom d'Assyrie, la plus occidentale celui de Syrie : ce dernier nom plus connu aux peuples occidentaux, le premier aux orientaux ; et ce premier encore plus fameux dans la première antiquité, l'autre dans la dernière.

L'une et l'autre partie (du) depuis a été subdivisée chacune en trois. L'Assyrie en Assyrie, Mésopotamie et Chaldée, ou Babylonie ; la Syrie, en Syrie, Phénicie et Judée, ou Palestine. Ces trois derniers ensemble reprennent aujourd'hui leur ancien nom général de Syrie, ou Sourie. Les trois autres passent communément sous le nom général de Diarbeck, bien que et la Sourie et le Diarbeck ne laissent encore de se subdiviser chacune en trois parties suivant les anciens.

Mais la Sourie retient ses noms anciens, et pour le général et pour les trois parties, au moins entre nous. Le Diarbeck tout au contraire change entièrement ses noms, et pour le général et pour les trois autres parties : l'Yerack [Irak] répondant à la Chaldée, ou Babylonie, le Diarbeck particulier à la Mésopotamie, le Churdistan, etc., à l'Assyrie particulière.

 

Nicolas Sanson en plusieurs cartes, 1683 (2)
Nicolas Sanson, L'Europe [l'Asie, l'Afrique, l'Amérique] en plusieurs cartes, 1683, p. 15 pour la partie "Asie"

 

La dernière partie [Judée], et la plus méridionale de la Sourie, a premièrement reçu le nom de Terre de Canaan, parce que les enfants de Canaan s'en saisirent les premiers et la partagèrent entre eux. Quand Dieu l'eut promis(e) à Abraham, et à sa postérité, elle fut appelée Terre de Promission [promesse] ; mais lors qu'elle fût entre les mains des Hébreux, après leur retour de l'Égypte, et qu'ils l'eurent divisée par tribus, elle prit le nom de Terre des Hébreux ; sous lesquels elle fut gouverné(e) par des Prophètes, par des Juges et enfin par des Roys, sous lesquels elle fut bientôt divisée en deux royaumes, qu'ils appelèrent de Juda et d'Israël.

Sous les Romains, elle n'est plus connue que sous le nom de Judée, ou de Palestine : de Judée parce que la tribu de Juda a toujours été la plus puissante des douze, et le royaume de Juda le plus noble, et s'est conservé plus longtemps que le royaume d'Israël ; de Palestine, parce que les Philistins qui occupaient une partie de la côte maritime de la Judée étaient puissants et fort connus des étrangers. Après la mort de Jésus Christ, toute cette terre fut appelée Terre Sainte.

De ces différents noms, et de leurs différentes divisions, nous en traiterons quelque jour plus particulièrement. Disons à présent un mot de ses principales places [cités ou villes] qui sont Jérusalem, Samarie, Naplouse, Jaffa.

 

 

C - les données administratives de l'empire Ottoman au début du XXe siècle

 

vilayet et sandjak
vilayets et sandjaks ottomans au Proche-Orient

 

 

 

Jordan and Palestine 1914
les divisions administratives de la Palestine et de la "Jordanie" en 1914

 

légende Jordan and Palestine 1914 - 1 (1)

 

 

Jérusalem 1910

 

Données démographiques de la ville de Jérusalem depuis les recensements modernes.
Source : Joseph Millis, Jérusalem, histoire illustrée de la ville sainte, éd. Guy Trédaniel, novembre 2015.

 

Jérusalem Ottoman (archives Empire ottoman)

En 1844, Jérusalem compte 15.510 personnes dont 7.120 juifs, 5.000 musulmans et 3.390 chrétiens.

En 1860, Jérusalem compte 18.000 personnes dont 8.000 juifs, 6.000 musulmans et 4.000 chrétiens.

En 1876, Jérusalem compte 25.030 personnes dont 12.000 juifs, 7.560 musulmans et 5.470 chrétiens.

En 1896, Jérusalem compte 45.420 personnes dont 28.112 juifs, 8.560 musulmans et 8.748 chrétiens.

En 1910, Jérusalem compte 73.700 personnes dont 47.400 juifs, 9.800 musulmans et 16.500 chrétiens.

 

Old-City-Jerusalem-Temple-Mount-post-1910La vieille ville de Jerusalem, le mont du Temple ou esplanade des mosquées (après 1910)

 

Jérusalem Mandataire (Archives britanniques)

En 1922, Jérusalem compte 52.081 personnes dont 33.971 juifs, 13.411 musulmans et 4.699 chrétiens (baisse de la population chrétienne due à la Première Guerre mondiale).

En 1931, Jérusalem compte 90.451 personnes dont 51.222 juifs, 19.894 musulmans et 19.335 chrétiens

En 1948, Jérusalem compte 165.000 personnes dont 100.000 juifs, 40.000 musulmans et 25.000 chrétiens.

 

 

 

6 - le sionisme

 

 

7 - la Première Guerre mondiale

 

 

8 - le Mandat sur la Palestine, 1922-1936

 

 

 

9 - la fin du Mandat britannique, 1936-1948

 

 

Le partage de la Palestine et la Commission Peel, 1937

par Daniel Horowitz

En 1937 la Palestine était occupée par les Britanniques, qui, suite au démantèlement de l'Empire Ottoman avait reçu mandat de la Communauté Internationale d'administrer le pays jusqu'à ce qu'il se dote d'institutions qui le rende capable d’accéder à l'indépendance.

Il y avait en Palestine à cette époque quatre cent mille juifs et un million d'Arabes. Sous la pression d’une flambée de violence entre les deux communautés, les Britanniques formèrent une commission présidée par Lord William Peel, personnalité politique expérimentée, pour la charger d'examiner le conflit et faire des recommandations. Les conclusions de la Commission Peel furent déposées quelques mois plus tard, préconisant le partage de la Palestine en deux États, l’un juif et l’autre arabe. Ci-dessous la synthèse de quelques-unes des idées maîtresses formulées par la Commission Peel en juillet 1937 :

La Communauté Juive de Palestine est une réalité sur le terrain. Cette population a engendré des développements politiques, sociaux et économiques considérables et a permis l'émergence de centres urbains et industriels en Palestine. Les terres cultivées par les juifs étaient essentiellement des dunes ou des marais avant d’être mises en valeur par eux.

Le contraste entre le caractère démocratique et occidental de la Communauté Juive de Palestine comparé à celui de la communauté arabe est frappant. Il ne peut en aucun cas être question de fusion ou d’assimilation entre ces deux cultures. L’écart est énorme de tous points de vue, et continuera à grandir quoi que l'on fasse.

Les systèmes d’éducation juifs et arabes sont très différents. Les juifs ont une Université de grande qualité et les arabes n’en ont pas du tout.

Un conflit incoercible existe entre les deux communautés. Leurs aspirations sont incompatibles. Les arabes rêvent de revivre leur Âge d’Or, et les juifs désirent déployer leur savoir-faire dans le cadre d’une souveraineté nationale.

Le Mandat Britannique consistant à administrer concurremment les deux communautés est devenu impossible. Sa mission ne peut être menée à bonne fin tant que le conflit entre juifs et arabes n’est pas réglé.

Les arabes de Palestine pourraient évoluer vers un gouvernement sur le modèle de l’Iraq ou de la Syrie. Les juifs quant à eux sont capables de se gouverner comme n’importe quelle société européenne avancée. Maintenir sous statut de colonie une société démocratique et avancée telle que la Communauté Juive de Palestine serait irresponsable et malsain.

Le mal est si profond que le seul espoir de pacification entre juifs et arabes repose sur une intervention chirurgicale, c’est-à-dire une partition de la Palestine.

Le problème ne peut être résolu en donnant à la fois aux juifs et aux arabes tout ce qu’ils désirent. Chaque communauté devra se satisfaire d’une partie de la Palestine parce qu'il serait injuste d’exiger que les uns soient soumis aux autres.

Le principe de la partition devra être basé sur la réalité démographique du moment. Dans certains cas, il sera nécessaire de faire des échanges de territoires, et peut-être des échanges de population.

La partition signifie que chaque côté obtiendra ce qu’il considère comme le plus important, de telle sorte que les uns et les autres pourront se développer conformément à leurs aspirations et traditions. Les arabes pourront interagir d'égal à égal avec leurs pairs du Moyen-Orient, et les juifs auront un État qui réalisera les aspirations du sionisme.  

On ne peut qu’être atterré en constatant à quel point les éléments du conflit israélo-palestinien étaient déjà présents en 1937. Le rapport de la Commission Peel démontre en outre que l’avènement de l’État d’Israël est sans rapport avec la Shoah, mais que la Deuxième Guerre Mondiale a au contraire retardé l'avènement de l'État d'Israël, dont les institutions étaient prêtes depuis longtemps. Les années 1940-1945 furent un cataclysme qui a mis l'Histoire entre parenthèses, après quoi elle s'est remise en marche.

Les solutions proposées par la Commission Peel étaient toutes proportions gardées proches de celles auxquelles aspire Israël depuis les origines du projet sioniste. Il est terrible de se dire que sans l’intransigeance arabe non seulement le conflit israélo-palestinien aurait pu s’éteindre en 1937, mais qu'Israéliens et palestiniens vivraient aujourd’hui en bonne entente, et que des millions de juifs dont personne ne voulait en Europe auraient échappé aux nazis.

Le rapport Peel n'a rien perdu de son actualité sur le fond.  Il n'est pas trop tard pour les principaux intéressés de le lire.

Le Monde, 25 octobre 2011

 

Commission Peel carte

 

Peel Commission

 

 

 

 

Le plan de partage de la Palestine par l'ONU, 1947

 

En 1947, la détérioration de la situation conduisit la Grande-Bretagne à abandonner à l’ONU le pouvoir de prendre des décisions concernant le statut du Pays d’Israël.

L’Assemblée générale nomma une commission spéciale qui recueillit des témoignages et décida à l’unanimité qu’il fallait accorder l’indépendance à Israël. La plupart des membres de la commission se prononcèrent en faveur d’un partage du pays en deux États, un juif et un arabe, Jérusalem devant se trouver sous contrôle international.

Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale de l’ONU adopta la résolution de partage de la Palestine par 33 voix contre 13.

 

plan-de-partage 1947

 

 

 

 

 

10 - la première guerre israélo-arabe, 1948-1949

 

 

11 - la guerre de 1956

 

 

12 - la guerre des Six jours, 1967

 

 

13 - la guerre du Kippour, 1973

 

 

 

14 - la guerre du Liban, 1982

 

 

15 - la conférence de Madrid, 1991

 

 

16 - les "accords d'Oslo", 1993-1994-1995

 

La présence israélienne en Cisjordanie s’appuie sur les accords israélo-palestiniens d’Oslo qui ont réparti les prérogatives entre Juifs et Palestiniens, non d’une occupation.

 

 

___________________

 

 

mandat sur Palestine 24 avril 1920

 

 

- Qui sont les Frères Musulmans (islam politique) ?

 

 

 

 

 

 

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8 avril 2008

photographies en couleurs de Paris occupé

20080402zuccaconcorde
place de la Concorde



l'exposition de photographies en couleurs

de Paris occupé


Paris très occupé23472033_p

Gérard Lefort

Photo. Réalisés entre 1940 et 1944 par André Zucca, employé du magazine nazi «Signal», les 270 clichés en couleurs, exposés sans contrepoint pédagogique à la Bibliothèque historique de la ville, déclenchent une polémique.

Les Parisiens sous l’Occupation, photographies d’André Zucca, Bibliothèque historique de la ville de Paris, 22, rue Mahler, 75004. Mar-dim de 11 heures à 19 heures. Jusqu’au 1er juillet. Rens. : 01 44 59 29 60. Catalogue Gallimard/Paris Bibliothèques, 176 pp., 35 €.

«Oh, une étoile jaune…», dit une dame d’un certain âge en se penchant sur un des 270 clichés actuellement exposés à la Bibliothèque historique de la ville de Paris sous le titre «les Parisiens sous l’Occupation». Cette exclamation a la valeur d’une surprise à double tranchant. De fait, si on voit tant que l’étoile est jaune sur le manteau d’un vieux monsieur saisi dans la rue des Rosiers, c’est parce que la photographie est en couleurs, alors que la plupart des images de Paris pendant la guerre sont en noir et blanc.

20080402zuccalunettesDe ce point de vue, l’exposition est saisissante, qui réunit les nombreuses photographies en couleurs prises par André Zucca entre 1940 et 1944. Le «choc» visuel est tout aussi puissant que celui qui nous frappa lorsque, il y a quelques années, réapparurent les premières archives filmées en couleurs du débarquement en Normandie, puis de la libération des camps de concentration. Soudain, la dernière guerre devenait familière et l’horreur, proche.

Fanfare. L’exposition fait cet effet troublant d’actualité. On scrute d’autant plus les visages, les vêtements, les gestes et les attitudes. Tous ces civils qui pourraient être nos grands-parents deviennent des proches. Et Paris, qu’on reconnaît d’hier à aujourd’hui, à quelques détails près. Mais ce sont justement ces petits détails, scrutés de plus près, qui glissent des cailloux dans la chaussure du visiteur. «Les Parisiens sous l’Occupation», ce sont aussi les «touristes», tous ces soldats allemands omniprésents, qu’ils défilent aux Champs-Elysées, donnent de la fanfare sur les marches de la Madeleine, prennent le métro ou chinent aux Puces de Clignancourt.

De ce point de vue, la couleur n’ajoute rien, sauf à vérifier que le drapeau nazi était bien rouge sang, que les auxiliaires féminines de l’armée allemande furent adéquatement surnommées «souris grises» puisque habillées de tailleurs gris, et que l’étoile jaune était donc bien d’un jaune vif pour les juifs contraints de la porter.

D’autres questions surgissent. D’abord sur l’identité de cet André Zucca, qui avait toute latitude pour prendre des photos en ville alors que c’était interdit, et, qui plus est, en couleurs en ces périodes de pénurie de tout. La tâche ne lui fut pas bien compliquée puisque Zucca était employé par le magazine Signal, organe de propagande nazie vantant, entre autres, la légendaire «correction» de la Wehrmacht dans les pays qu’elle occupait.

Vélo-Taxis. Dès lors, la banalité des soldats nazis dans le décor parisien prend une autre tournure, ainsi que l’apparente bonhomie des Parisiens qui, en ces temps, c’est bien connu, n’aimaient rien moins que flâner sur les grands boulevards, boire un demi à la Madeleine, aller au cinéma, à la foire du Trône, aux courses à Longchamp ou vaquer gentiment au quotidien de leur travail. Bref, le gai Paris comme si de rien n’était, augmenté du pittoresque attaché aux vélo-taxis ou aux chaussures à semelles compensées au pied des élégantes. Le tout fixé sur pellicule Agfacolor gracieusement offerte par les autorités nazies. Et sous un beau ciel bleu, car cette pellicule et le temps d’exposition exigeaient le plein soleil.

Certes, l’exposition rappelle de-ci de-là ces informations essentielles ; mais pas assez nettement, faut-il croire, puisqu’à l’entrée un avertissement imprimé sur feuille volante précise : «Il semble que ces photographies n’aient jamais été publiées, que son travail soit resté en marge de la commande faite par la Propaganda Staffel, bien que Zucca se soit interdit toute manifestation d’opposition à l’égard de l’occupant.»

Collabos. Reste qu’on se demande pourquoi les nazis auraient empêché des images aussi optimistes, qui confortent la propagande d’un Paris normalement «occupé». Dans une bibliothèque qui se veut «historique», un effort supplémentaire de pédagogie n’aurait pas été superflu en cette matière plus que délicate. Et plutôt que le contrepoint d’affiches de cinéma avec des vedettes françaises de l’époque (pour exprimer quoi ? Tous collabos ?), d’autres photos auraient été bienvenues, certes en noir et blanc, certes moins spectaculaires car le plus souvent «volées», qui évoquent, elles, sinon la minorité résistante (bien qu’on en connaisse d’excellentes sur l’armée des ombres parisienne), du moins le rationnement, la vie difficile, les arrestations et l’exécution des «francs-tireurs» (leurs noms étaient placardés dans les rues de la capitale), et surtout, à tout le moins, les rafles de femmes et d’enfants juifs à partir de l’été 1942.

Alors, deux photos d’étoile jaune sur 270 photographies exposées, c’est ou trop (alibi ?) ou pas assez (remords ?). L’expo n’en demeure pas moins fréquentable : elle rend tangible, presque physique, la stupeur d’être occupé et instille, hier comme aujourd’hui, une envie de résister.

Gérard Lefort, Libération, 8 avril 2008


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- lien d'actualité : l'article de Libération, 8 avril 2008

- autre article de Libération, 8 avril 2008

- lien d'actualité : article de Rue89.com

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quelques photographies d'André Zucca (1897-1973)



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étendard nazi rue de Rivoli, au fond le Louvre, à droite le jardin des Tuileries


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jardin du Luxembourg, mai 1942


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rue de Belleville, 1944


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photo : André Zucca © Zucca - BHVP - Roger-Viollet
(source)


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rue de Rivoli, l'étoile jaune est obligatoire depuis juin 1942


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bassin du jardin du Luxembourg


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zoo de Vincennes


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tandem-taxi se rendant à Longchamp en août 1943


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les Halles, juillet 1942


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quartier du Marais, rue des Rosiers :
l'étoile jaune sur la veste de l'homme au second plan


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cinéma Lux, place de la Bastille, film "Haut le vent" de J. de Baroncelli


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Pont de la Tournelle, habitant de Noisy-le-Sec sinistré tirant une charrette


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signalisations allemandes au marché aux Puces à Saint-Ouen


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esplanade du Palais e Chaillot


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la station de métro Marbeuf-Champs-Elysées, en 1943
(aujourd'hui Franklin-Roosevelt)


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hippodrome de Longchamp, en août 1943


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permissionnaires allemands aux Puces de Saint-Ouen
en septembre 1941


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par manque de cuir, les semelles sont en bois


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les guichets du Louvre, 1942


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jeune cycliste cours de Vincennes, 1941


autres photographies en couleurs


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photo : Sam Presser © Maria Austria Institut Amsterdam (source)


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autre articles de presse



L'ambiguïté des images de Paris sous l'Occupation

André Zucca, payé par les nazis, renvoie de la capitale une image déconcertante qui gomme le tragique de la situation

Une promenade presque sereine et en couleurs à travers le Paris occupé. C’est ce que semble proposer, jusqu'au 1er juillet 2008, la Bibliothèque historique de Paris avec les 250 clichés troublants d’un reporter de la revue nazie Signal.

André Zucca (1897-1973), après avoir été correspondant de guerre au côté de Joseph Kessel pour Paris-Soir, est réquisitionné par le magazine de propagande jusqu’à l’été 1944. Aucun cliché du photographe ne sera cependant publié, la revue préférant les scènes de guerre aux balades urbaines. Le poste d’André Zucca lui permet de profiter de la technologie allemande. Il est le seul Français à disposer de pellicules Agfacolor et offre des images couleur de Paris occupé.

Images de scènes oisives

Le spectateur suit pas à pas les déambulations du photographe à travers les rues aisées, du quartier de la Concorde aux quartiers populaires de Belleville. André Zucca ne s’arrête pas sur le rationnement et les queues interminables. Avec lui, Paris est heureux, s’amuse. Il photographie la mode, gros plans sur les semelles compensées des promeneuses, les loisirs, les sorties bondées des salles de cinéma.

Les animations festives n’ont pas disparu et ces images de scènes oisives dérangent, dévoilant un aspect inattendu de l’Occupation. L’historien Jean-Pierre Azéma rappelle que Joseph Goebbels ordonna aux fonctionnaires de la «Propaganda Staffel» de relancer «à tout prix» l’animation de la ville (1). Mais cela suffit-il à expliquer les thèmes choisis par André Zucca ?

Le photographe ne s’arrête pas à ce Paris flâneur mais dessine une œuvre propagandiste. Les drapeaux nazis, d’un rouge éclatant, flottent sur une profonde rue de Rivoli, quasiment vide. Dans le Marais, une femme marche le regard hagard et, au second plan, un homme barbu porte une étoile jaune…

Personnage ambivalent

La couleur rehausse le caractère tragique du personnage. André Zucca, qui n’utilisait pas de zoom mais se rapprochait de ses sujets, capte ce détail. Mais cette photographie n’est qu’une exception, seulement deux clichés de l’auteur représentant des juifs sont connus.

Une autre image montre un père de famille, accompagné de ses deux filles, tirant une charrette à la force de ses bras où s’entassent les vêtements et meubles qu’il a pu sauver. L’image n’a pas été prise au hasard : cet homme a subi le bombardement des Alliés, le 19 avril 1944. Plus ambiguë encore, cette photographie des Halles où des personnes âgées, habillées de noir, fouillent les poubelles.

Le personnage ambivalent d’André Zucca déconcerte. Jean Baronnet, commissaire de l’exposition, prend sa défense et soutient qu’«à la différence d’un Robert Capa, il n’appartenait à aucun cercle politique». Le photographe serait plutôt un individualiste forcené. Arrêté début octobre, inculpé de collaboration avec l’ennemi, il sera libéré grâce à l’intervention d’un adjoint du général de Lattre de Tassigny.

Il s’est ensuite caché du côté de Dreux, où il ouvrira une boutique de photographie, sous un pseudonyme. Le passé d’André Zucca n’enlève cependant rien à son talent. Ses clichés demeurent un témoignage impressionnant, mais un témoignage bien incomplet.

Jean-Baptiste Mouttet, lacroix.com




L’Occupation sous l’objectif d’André Zucca

Les Parisiens sous l’Occupation. Photographies en couleurs d’André Zucca, Bibliothèque historique de la Ville de Paris, jusqu’au 1er juillet. Catalogue : Jean Baronnet, préface Jean-Pierre Azéma, coédition Paris bibliothèques-Gallimard, 176 pages, 35 euros.

À l’occasion d’une exposition à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris paraît le très beau catalogue les Parisiens sous l’Occupation, dans lequel le cinéaste Jean Baronnet nous présente le travail en couleurs du photographe André Zucca. Il y aurait bien des choses à dire4_le_releve_de_la_garde_1941_credit_andre_zucca_bhvp_roger sur ces 200 clichés : il faudrait parler de Paris, bien sûr, des promenades que constituent ces photographies, du texte de Jean Baronnet, mêlant la grande histoire au souvenir d’enfance. Une exposition et un livre d’une grande richesse, où l’usage de la couleur et le regard porté sur cette période sont agréablement déroutants.

André Zucca (1897-1973) parcourt le globe comme reporter-photographe depuis plusieurs années quand la France vaincue est occupée. De 1941 à 1944, il travaille pour la revue de propagande allemande Signal, ce qui lui permet d’obtenir une carte de presse et fait de lui le seul Français à avoir à sa disposition les pellicules Agfacolor, invention allemande grande concurrente de la Kodacolor américaine.

Ces photographies, réalisées au gré de flâneries à travers la capitale, constituent un travail personnel, qui n’a pas été publié à l’époque. Zucca nous y montre le paisible quotidien de sa ville, où les uniformes de la Wehrmacht cohabitent sans tension avec des Parisiens sereins. Les files d’attente devant les cinémas, les extravagances vestimentaires de jeunes coquettes, les terrasses de café ensoleillées n’ont pas disparu alors que dans les rues fleurissent les croix gammées. Quant au rationnement, à la misère et aux étoiles jaunes, ils sont plus que discrets. La position idéologique d’André Zucca, dont le regard ne laisse transparaître aucune germanophobie, est certes ambiguë. Mais nous est offerte une vision qui, toute partiale et partielle qu’elle soit, rappelle que la vie a continué entre 1940 et 1944 et nous donne à redécouvrir toute la culture de l’époque : la mode, les acteurs en vogue, les loisirs des Parisiens ; autant de choses parfois oubliées, à l’instar du tandem-taxi ou des vendeurs de chansons.

La couleur rend cette période si familière que s’en dégage paradoxalement un sentiment d’étrangeté. Dans ce bond de plus de soixante ans en arrière nous est dévoilé un Paris parfois presque vide, que nous connaissons sans vraiment le reconnaître. Et si le noir et blanc habituel des clichés de cette époque tend à rejeter la scène saisie dans un temps révolu et lointain, la couleur la réactualise avec force, la rapproche de nous, la rend à la réalité. Témoignage captivant, les Parisiens sous l’Occupation représente tout autant un voyage dans le temps qu’une invitation à penser le rapport que nous entretenons, individuellement et collectivement, à notre histoire.

Clémentine Hougue, l'Humanité, 5 avril 2008



Comment a échoué une exposition critique

des photos de Paris occupé
   

La polémique autour de l'exposition du photographe André Zucca (1897-1973), présentée à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP) jusqu'au 1er juillet sous le titre "Les Parisiens sous l'Occupation", ne cesse de rebondir.

Depuis quinze jours, plusieurs voix dénoncent un accrochage qui ne révèle que de jolies bluettes en couleurs et masque à la fois la réalité dramatique de l'époque et le fait qu'il s'agit de photos de propagande réalisées par un auteur au service du bimensuel allemand et nazi Signal.

La municipalité vient de supprimer des rues les affiches sur une exposition que Christophe Girard, adjoint (PS) au maire de Paris chargé de la culture, qualifie d'"indécente" et apparente à du "révisionnisme mondain".

Pourtant, Le Monde peut aujourd'hui révéler qu'une exposition André Zucca d'une tout autre ambition, conçue au début des années 2000 au sein même de la BHVP, fruit d'un long travail sur les archives, et qui visait à montrer toutes les facettes du personnage, a été préparée avant d'être abandonnée.

En 1986, le fonds Zucca - 22 000 négatifs dont 6 000 sur la période d'Occupation (1 058 en couleur) - est acheté 500 000 francs par la BHVP. Pendant trois ans, Liza Daum, de la BHVP, réalise l'inventaire de l'oeuvre, qui court des années 1930 à 1970. Cette dernière s'associe ensuite à Evelyne Desbois, chercheuse au CNRS, pour travailler, pendant trois ans, à une exposition et à un livre sur Zucca à la demande de Nicole Zucca, fille du photographe.

Mais au moment de finaliser, c'est le clash. "Nicole Zucca voulait minimiser la période de collaboration de son père", dénonce Evelyne Desbois. Cette accusation est reprise par Sylvie Quesemand-Zucca, veuve du photographe et cinéaste Pierre Zucca (1943-1995), fils d'André. Liza Daum, pour sa part, a refusé de répondre à nos questions, par devoir de réserve.

Nicole Zucca réfute l'accusation. Elle affirme que ce sont Liza Daum et Evelyne Desbois qui ont renoncé au livre et donc au projet. Elle dit même regretter le "minimalisme" de l'accrochage actuel et la "faiblesse" des légendes. Pourtant Nicole Zucca signe, dans le catalogue de l'exposition de la BHVP, une courte biographie de son père pour le moins complaisante. Jean Dérens, directeur de la BHVP - il part à la retraite le 27 avril -, dit que "Daum et Desbois ont arrêté le projet à la suite d'une mésentente familiale".

Le regard que porte Nicole Zucca sur son père semble loin de celui de son frère Pierre, si l'on en croit les films que ce dernier a réalisés, notamment Vincent mit l'âne dans un pré (1975), dédié "à tous les menteurs". Son père est visé en priorité. "Pierre se posait beaucoup de questions, raconte Sylvie Zucca. Il disait que son père était mythomane et antisémite." Elle ajoute qu'elle n'a été associée en rien à l'exposition. "Quand j'ai vu ces photos de propagande transformées en documentation de quartier, j'étais en colère."

Si l'exposition actuelle a provoqué une telle indignation, c'est qu'avant que ne soit ajoutée, récemment, une feuille d'explication à l'entrée, le contexte de propagande était minimisé : il n'était pas indiqué que Signal était un bimensuel allemand et nazi, pas un numéro de Signal ne figure dans l'exposition, et les légendes sont justes topographiques.

"C'est la fascination de découvrir un Paris inédit et en couleurs qui est mise en avant", expliquent Evelyne Desbois, Sylvie Zucca, mais aussi l'historienne Françoise Denoyelle, auteur de La Photographie d'actualité et de propagande sous le régime de Vichy (CNRS éditions, 2003). "L'exposition transforme Zucca en Doisneau de l'Occupation", s'indigne cette dernière.

Jean Dérens se justifie en expliquant que ces photos en couleurs n'ont pas été publiées dans Signal et suggère que Zucca a pu voler les pellicules couleur aux Allemands. Cette position indigne Sylvie Zucca, qui a appelé Jean Dérens au téléphone. "Il m'a raccroché au nez." Françoise Denoyelle est également choquée : "On laisse entendre que Zucca pouvait se promener et photographier à sa guise. C'est une plaisanterie." Elle ajoute : "Ce qu'ont fait les photographes français pendant l'Occupation reste tabou."

Cette exposition est réalisée par Jean Baronnet, un cinéaste qui n'est pas un spécialiste de la photo ni de la période de l'Occupation. "Baronnet a un œil", justifie Jean Dérens, qui ne "regrette rien". Mais M. Baronnet, qui n'a consulté, pour son projet, ni Françoise Denoyelle ni les auteurs du premier projet Zucca, affirme que "surinformer les visiteurs, c'est les prendre pour des imbéciles".

L'historien Jean-Pierre Azéma, auteur d'une préface dans le livre, dit, très énervé, qu'il n'est "pour rien" dans cette exposition, et reproche trois choses à l'accrochage : trop de photos, des légendes "indigentes", et un titre "qui aurait dû être "Des" Parisiens sous l'Occupation et non "Les" Parisiens".

Michel Guerrin
article paru dans Le Monde daté du 25 avril 2008


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ressources bibliographiques


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La photographie d'actualité et de propagande
Françoise Denoyelle, CNRS Éditions – 512 pages – 39 €

Françoise Denoyelle, professeur à l’ENS Louis Lumière et enseignant-chercheur au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines, publie, chez CNRS Éditions, La photographie d'actualité et de propagande sous le régime de Vichy.

Le régime de Vichy est parmi  tous les gouvernements français celui qui a le plus utilisé la photographie comme vecteur de propagande. Les portraits de Pétain, les reportages sur ses voyages entretiennent le culte du Maréchal. Paradoxalement aucune étude d’envergure n’avait été entreprise sur les conditions de réalisation des images et d’exploitation du médium.

Françoise Denoyelle détermine dans quels cadres politique, législatif, économique et commercial la photographie d’actualités et de propagande s’est développée et a évolué de septembre 1939 à la Libération de Paris. Elle analyse le fonctionnement des mécanismes décisionnels, les moyens techniques mis en œuvre et les obstacles rencontrés par les officines de propagande et par le Service central photographique de Vichy dirigé par Georges Reynal, ardent serviteur de Pétain et résistant opposé à l’occupation des Allemands.

De nouvelles structures gouvernementales et privées diffusent la propagande, mais les agences anciennes comme France Presse Voir, Fulgur, Lapi, SAFRA et Trampus ou nouvellement créées comme ABC, DNP, Fama, Nora et Silvestre fournissent l’essentiel des photographies de presse et de propagande. Seule l’agence Keystone participe à la Résistance.Les autres prospèrent sans état d’âme, plus soucieuses de rentabilité que d’idéologie.

Alors que l’élite de l’École de Paris a émigré ou se cache, aucun photographe d’envergure n’émerge. Les chantres du régime sont souventdes photographes besogneux. Le plus brillant, André Zucca,devient le correspondant du magazine nazi Signal. Françoise Denoyelle montre comment la profession, constituée de boutiquiers, d’artisans et de studios, par le biais de ses instances dirigeantes, participe à la spoliation des photographes juifs, soit 10 % des professionnels parisiens, et s’accorde, à la Libération, un certificat de bonne conduite.

Contact  : Hermine Videau-Falgueirettes CNRS Éditions - tél 01 53 10 27 12
hermine.videau-falgueirettes@cnrseditions.fr

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réplique du commissaire de l'exposition


Les couleurs des années noires

parlent d’elles-mêmes

Jean Baronnet,  cinéaste et commissaire d’exposition

 

J’ai envoyé le 11 avril à Paris Bibliothèques une lettre de protestation concernant les changements effectués à mon insu dans les installations de l’exposition des photos d’André Zucca, changements qui sont contraires aux termes du contrat qui me lie à cet organisme. Monsieur Girard, responsable culturel à la mairie de Paris, regrettait, le 20 avril, particulièrement le titre de l’exposition de photos de Zucca, «Les Parisiens sous l’Occupation», devenu depuis : «Des Parisiens sous l’Occupation».

Étrange, car le premier de ces titres me semblait, à moi aussi qui suis le commissaire de l’exposition, imprécis ; je préférais celui que j’avais proposé, «Les couleurs des années noires», et qui m’a été refusé. Par qui ? Tant de gens participent à l’élaboration d’une exposition comme celle-ci que je l’ignore encore. Le désir de pédagogie de la mairie de Paris est comparable à celui dont on me parlait si souvent à la télévision : honorable, certes, mais toujours guidé par l’idée que le public sait peu de choses et qu’il est bon de l’instruire. Ce serait acceptable si le niveau culturel de nos instructeurs était supérieur à celui du public, ce qui n’est, hélas, pas toujours le cas.

Je parlerai peu de l’exposition précédente dont j’étais le commissaire, «Regard d’un Parisien sur la Commune», sauf pour citer Paris Bibliothèques : «Vous ne savez pas parler au vaste public qui est le nôtre.» Affirmation contredite par le grand succès du livre et de l’exposition. Il m’est apparu que pour l’exposition actuelle, les textes qui ont été demandés à Jean-Pierre Azéma, remplissaient cette fonction d’informer le public de l’histoire de l’Occupation. Instruit par l’expérience précédente, je me voyais mal raconter une histoire de l’Occupation lisse et sans scorie, qui serait comme un film de Walt Disney, conçue pour les grands et les petits ; une histoire sans trop de communistes, ni de groupe Manouchian, une histoire dans laquelle on parlerait de Jean Moulin, mais sans évoquer ceux qui l’ont livré à Klaus Barbie.

Je n’ai donc pas rédigé ces textes dont la fonction aurait été de «contextualiser» ces images et me suis abstenu également de placer à l’entrée les quelques instructions, (en plusieurs langues), qui auraient permis de reconnaître immédiatement une photo normale d’une photo faite par un collaborateur. J’ai préféré laisser au public le soin d’en juger par lui-même. Certaines critiques surprennent car elles recopient celles qui les ont précédées : il n’y a que deux étoiles jaunes… une seule file d’attente… pas de résistants photographiés… il fait beau… trop beau… Paris se baigne alors que… Y avait-il un quota des queues à respecter ? Y aurait-il une «ligne générale» qui se doit d’être suivie ? Delfeil de Ton tranche et va contre cet unisson, en disant : «Deux photos d’étoiles jaunes ? Une seule suffit, elle dit tout.»

Ce parti pris de suivre aveuglément un courant va jusqu’à l’absurde. Une historienne déclare à France Inter : «Je n’ai pas vu l’exposition, mais j’ai lu le livre ; nulle part on ne dit que Signal était un journal de propagande.» Je lis à la page 7 de ce livre ce qu’en dit Azéma, dans sa préface : Signal était un magazine de propagande, mais bien fait, à base de photos lisibles, vantant la puissance de la Wehrmacht.

Un historien souligne la maladresse du commissaire qui prétend que Zucca a été jugé et écarté de sa profession par ses collègues ; ils auraient fait, eux aussi, des photos pour des journaux subventionnés par les Allemands. C’est, hélas, malheureusement vrai ; il n’est que de lire les dernières pages du livre écrit en 2003 par Françoise Denoyelle : la Photographie d’actualité et de propagande sous le régime de Vichy, pour trouver la liste de ceux qui travaillaient durant l’Occupation et le nombre de leurs photos éditées. On y trouve les noms de photographes qui seront célèbres après la guerre. Une photo et sa légende sont considérées comme particulièrement ignobles ; il s’agit de la Rue de Rivoli. La couleur rouge du drapeau nazi exalte, dit-on, la puissance de l’occupant, c’est donc une photo de propagande.

Pourtant, on a pu voir depuis soixante-trois ans une photo célèbre, couverture du livre Paris sous la botte nazie, qui est le contrechamp de la photo en couleur de Zucca ; elle est fortement «contextualisée» car on indique aux lecteurs «qu’elle a été prise à l’insu de l’occupant et au péril de la vie de l’opérateur». Autre aspect d’une mystification : la photo d’une affiche de propagande pour la Légion des volontaires français (LVF). Reproduite maintes fois, elle devient, quand elle est photographiée en couleur par Zucca, une photo de propagande pour s’engager dans la LVF. Miracle sémantique. Constatons que trop souvent une photo n’est pas regardée pour ce qu’elle représente mais pour ce que l’on désire qu’elle représente.

A l’inverse, celui qui observe attentivement ces photos comprendra, sans discours, la misère de ce temps. Il reste de cette exposition un parcours hétéroclite dont les panneaux et les textes changent au jour le jour. La mairie de Paris vient d’inventer un nouveau concept d’exposition, celui de l’exposition à présentations variables ; happening permanent dont les variations deviennent un intéressant sujet d’étude.

À ceux qui me prêtent des idées qui ne sont pas les miennes, je voudrais préciser que mes deux documentaires sur l’Histoire du mandat français au Liban et en Syrie (1918-1945) ont été différés pendant deux ans et finalement diffusés, l’un à minuit, l’autre à une heure du matin ; totalement incorrects politiquement, je le crains. J’en profite pour dire que le film que j’ai fait avec Colette Castagno sur Germaine Tillon, Je me souviens, passe au musée de l’Homme le 21 juin à 17 heures.

Jean Baronnet
auteur de Communards en Nouvelle-Calédonie,
Mercure de France, 1987.
source : Libération, 8 mai 2008







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30 décembre 2011

l'histoire démantelée en 1e S

 

 

Réforme du programme d'Histoire :

le nazisme en trois heures ?

Yannick LE GRUIEC


Deux ou trois heures pour étudier la guerre de 14-18, trois heures et trente minutes, contrôle compris, pour étudier la Seconde guerre mondiale... C'est désormais le temps dont disposent les professeurs d'Histoire-Géo pour faire ingurgiter ces deux grandes parties de notre passé aux lycéens. Retour sur cette réforme qui a tout changé avec l'enseignant Yannick Le Gruiec.


(Salle de classe - Mica - wikimedia - cc)
La réforme du lycée a entraîné la disparition de l’histoire-géographie des enseignements obligatoires en terminale S. Les élèves de première S suivent un nouveau programme qui est commun aux autres séries générales de L et ES. Les classes de première et de terminale étudiaient le monde contemporain du milieu du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. La même période a donc été condensée pour être étudiée en un an.

Pour justifier le temps réduit consacré à l’étude d’événements aussi fondamentaux que les guerres mondiales, la colonisation ou bien les régimes totalitaires, l’histoire contemporaine a été divisée en grandes rubriques fourre-tout (la «guerre», la «République», le «totalitarisme») qui regroupent des petits morceaux d’histoire.
Concrètement,  le thème intitulé «la guerre au XXe siècle» englobe comme supports d’étude les deux guerres mondiales, les organisations internationales nées à la suite de ces deux conflits (SDN et ONU), la guerre froide et différents conflits depuis 1990. Il est conseillé officiellement de consacrer au maximum 17 heures pour l’ensemble du thème.
Certes, chaque « support d’étude » est problématisé, par exemple, la Première Guerre mondiale est abordée sous l’angle de l’expérience combattante dans une guerre totale mais, au final, les élèves ont bénéficié de deux-trois heures pour étudier 1914-1918. Avec un peu de bonne volonté de la part de leur professeur, un tout petit plus pour la Seconde Guerre mondiale : Trois heures et trente minutes ; contrôle compris.


Vichy a donc disparu du lycée pour les élèves français

«La genèse et l’affirmation des régimes totalitaires (soviétique, fasciste et nazi)» peuvent être abordées en deux-trois  heures !  L’étude de la France pendant la Seconde Guerre mondiale (deux-trois heures, c’est en gros toujours le même tarif) est problématisée ainsi : «Les combats de la Résistance (contre l’occupant nazi et le régime de Vichy) et la refondation républicaine».
Les documents officiels pour guider les professeurs précisent qu’il «convient de rappeler les principes de ce régime [Vichy] et de sa politique». En effet, cela se limitera à un rappel d’un quart d’heure. Vichy a donc disparu du lycée pour les élèves français.  Quant à la Commune elle passe à la trappe. Mai 68 et mai 1981 aussi, car l’histoire de France s’achève… en 1962. Pour la majorité des élèves de la section S, elle n’ira pas plus loin.  

La chronologie a été largement abandonnée car ces thèmes rassemblent des «questions» très distinctes (par exemple le 11 septembre 2001 est rangé dans le même thème que la Première Guerre mondiale). Le professeur qui suit les thèmes dans l’ordre proposé (et c’est difficile de faire autrement) abordera en premier le génocide des populations juives pendant la Seconde Guerre mondiale (thème : la guerre), un peu plus tard le régime nazi (thème : le totalitarisme), puis encore plus tard l’affaire Dreyfus (thème : la République).
Le flashback comme outil méthodologique. Bonne chance à tous les élèves pour bien comprendre les causes de l’extermination des Juifs européens. Une dernière remarque en ce qui concerne la géographie. Les élèves en S n’aborderont pas dans leur cursus au lycée ni la mondialisation, ni l’Asie de l’Est. Par contre, ils auront étudié leur ville, leur région, et l’Union européenne.

Les élèves de S vont continuer à fournir le vivier des élites françaises ; grâce au nouveau programme, celles-ci seront pleinement éclairées sur les enjeux du monde contemporain. Mais, après tout, les élites actuelles avaient bénéficié d’un programme un peu plus cohérent, pour le résultat que nous connaissons.

Jeudi 29 Décembre 2011
Yannick Le Gruiec - Tribune

http://www.marianne2.fr/Reforme-du-programme-d-Histoire-le-nazisme-en-trois-heures_a213856.html?preaction=nl&id=2935077&idnl=26570& 

 

petain

 

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6 décembre 2006

L'école d'Athènes, iconographie




L'école d'Athènes, iconographique



I) fiche d'identité de l'oeuvre

- L'école d'Athènes, 1509-1510.

- artiste :  Raffaello Santi, appelé aussi Sanzio (Raphaël), né en 1483 mort en 1520.

- commanditaire :  le pape Jules II.

- localisation : Rome, Chapelle Sixtine au Vatican, Chambre de la Signature.

- matériaux : fresque peinte.

- dimensions : 4,40 m sur 7,70 m.

 

II) vues d'ensemble et de détail

Raphael_Ecole_Athenes



platon-détail-de-l-école-d-athènes-de-raphaël
Platon


aristote-raphael-ecole-d-athenes
Aristote


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Diogène le Cynique

 

SocrateRRR
Socrate et son auditoire


xenophon-ecole-d-athenes-raphael
Xénophon, à la gauche d'Alcibiade


Zénon
Zénon


epicure_raphael
Épicure


Averroes-et-Pythagore
Averroès


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Pythagore


Parménide
Parménide


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Héraclite


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Euclide et ses élèves


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avec des sphères, Zoroastre et Ptolémée


Ad-Raphael
Raphaël et Sadoma

 

ME0000073201_3

 

 


à droite, Socrate



III) l'identification des personnages

1) une description

L’école d’Athènes met en scène les philosophes de l’antiquité entourés de leurs disciples. Au centre du tableau se trouvent Platon (index tendu vers le plafond) et Aristote. À leur gauche Socrate instruit un groupe de jeunes athéniens. À l’extrême gauche du tableau Épicure est plongé dans la lecture d’un livre en s’appuyant sur une colonne.
Au premier plan sur la gauche Pythagore écrit ses théorèmes. Le personnage accoudé au premier plan central représente certainement Michel-Ange. On ignore si celui-ci a été intégré à la composition à la demande du pape ou si Raphaël a souhaité rendre hommage à son rival qui travaillait à ce moment là sur le plafond de la chapelle Sixtine.
Le personnage avachi sur les marches représente Diogène, fondateur de l’école cynique, méprisant les conventions et les apparences. Le groupe à droite entoure Euclide qui fait une démonstration sur une ardoise à l’aide d’un compas. Derrière lui, les astronomes Zoroastre et Ptolémée tiennent les sphères céleste et terrestre. Tout à fait à droite, le jeune homme qui regarde le spectateur n’est autre que Raphaël qui s’est placé lui-même au milieu des personnages.
Cet ajout de personnages divers est un apport moderne que fait Raphaël à la tradition qui se serait limitée à la seule représentation des 7 philosophes qui font le sujet du tableau. Il réussit à créer une scène équilibrée tout en prenant certaines libertés avec la symétrie de la composition.

source

2) une identification de 17 personnages

ecoled_athenes1
L'école d'Athènes

1 Épicure (-341-270), Grec, "Le plaisir est le souverain bien"
2 Averroès (+1126-1198) Arabe, humaniste
3 Zenon de Citium (-335-264), Grec, fondateur du stoïcisme
4 Alcibiade (-450-404), Grec, général et politicien
5 Pythagore (-600), Grec, mathématicien
6 Xénophon d'Athènes (515-450), Grec, auteur d'une biographie sur Socrate
7 Socrate (-470-399), Grec, Pas d'écrits, connu par les dialogues de Platon, enseigne par l'interrogation
8 Parménide (-515-450), Grec, Première théorie de l'être en occident
9 Héraclite (-540-480), Grec, Membre de famille royale, philosophe du devenir, s'oppose au philosophies de Platon, Zénon et Parménide
10 Platon (-430-348), Grec, père de la philosophie occidentale, fondateur de l'académie d'Athènes
11 Aristote (-384-322), Grec, fils de médecin du roi Philippe, fondateur de l'école Péripatéticienne
12 Diogène le Cynique (-431-323), Grec, méprisait les hommes, logeait dans un tonneau
13 Zoroastre (-700), Iranien, institue la caste des mages, enseigne le dualisme
14 Euclide le Socratique (-450-380), Grec, auteur de la théorie des Idées développées par Platon
15 Ptolémée  (+200), Grec, astronome (plaçait la terre au centre de l'univers fixe)
16 Raphaël (+1483-1520), Italien, peintre de la fresque "École d'Athènes"
17 Le Sodoma Giovanni Bazzi (+1477-1549), Italien, peintre

source de ce travail (corrigé)

 

3) pour une identification complète

Diapositive1
cliquer sur l'image pour l'agrandir (et l'imprimer)

Le tableau de Raphaël met en scène la philosophie et le savoir scientifique apparus dans la Grèce ancienne et quelques-uns des continuateurs de cette sagesse.
Il montre les savants mais aussi leur public. Les premiers sont identifiables, les seconds  moins cernables voire même anonymes. Par ailleurs, tous les personnages ne sont pas reconnus avec certitude. Deux, parfois trois, suppositions sont formulées pour un même individu.

1 - Platon (427-347), montre le ciel ou monde des idées, il tient le Timée dans sa main gauche
2 - Aristote (384-322), désigne le monde de l'expérience terrestre, il tient l'Éthique dans sa main gauche
3 - Socrate (470-399), fondateur de la tradition philosophique occidentale, n'a laissé aucun écrit
4 - Eschine (389-314), orateur athénien, l'un des dix orateurs attiques - ou Alcibiade
5 - Xénophon (426-355) - ou Antisthène (444-365), fondateur de l'école cynique
6 - Alcibiade (460-404), stratège - ou Alexandre le Grand (356-323)
7 - personnage saluant l'arrivée d'un ami [Gorgias de Léontine (483-375), maître de rhétorique, sophiste] dont la tête seule et une main levée apparaissent derrière la figure n° 9
8 - personnage (Eschine ?) semblant accueillir un nouvel arrivant ; ce serait Critias d'Athènes (460/450-403), homme politique et philosophe, a critiqué les mythes comme des histoires destinées à asservir les hommes, passe pour athée
9 - personnage porteur d'un livre et d'un manuscrit, semble arriver en courant : Diagoras de Melos (chassé d'Athènes en 415 - mort vers 400), disciple de Démocrite, a critiqué les mystères d'Eleusis et passe pour athée
10 - Zénon d'Élée (490-?) - ou Zénon de Citium (335-262), fondateur de l'école des Stoïciens
11 - Épicure (342-270), fondateur de l'épicurisme (vivre en accord avec la nature ; atomisme, sensualisme)
12 - Averroès (Ibn Ruchd) (1126-1198), philosophe musulman né à Cordoue, commentateur d'Aristote
13 - Pythagore (570-480), philosophe présocratique, inventeur du mot "philosophie"
14 - Anaximandre (610-545), présocratique, maître de l'école de Milet - ou Empédocle (490-435) - ou Boèce (480-525), philosophe latin né à Rome
15 - Télaugès (Ve siècle av.), fils de Pythagore
16 - Hypatie d'Alexandrie (370-415), mathématicienne et philosophe, dirigeait l'école néo-platonicienne d'Alexandrie - ou Francesco Maria Ier della Rovere (1590-1538), condottiere, duc d'Urbin
17 - Parménide (fin VIe-mi Ve s. av), philosophe présocratique
18 - Héraclite (576-480), philosophe présocratique
19 - Diogène le Cynique (404-323, ou 413-327)
20 - étudiant ou assistant d'Euclide ou d'Archimède
21 - étudiant ou assistant d'Euclide ou d'Archimède
22 - étudiant ou assistant d'Euclide ou d'Archimède
23 - étudiant ou assistant d'Euclide ou d'Archimède
24 - Euclide (325-265), mathématicien, auteur des Éléments - ou Archimède de Syracuse (287-212), physicien et mathématicien, entouré d'étudiants
25 - Ptolémée (90-168), né en Haute-Égypte, astronome, géographe, tient une sphère terrestre dans sa main gauche
26 - Giovanni Antonio Bazzi, dit Sodoma (1477-1549), peintre, ami de Raphaël
27 - Raphaël (1483-1520)
28 - Zoroastre (vers 600 av.), fondateur de l'ancienne religion de la Perse, tient une sphère céleste dans la main droite - ou Strabon (57 av.-21/25 ap.), géographe grec, dialoguant avec Ptolémée
29 - Empédocle (490-435), parmi un groupe de  trois personnages, tient un bâton dans sa main droite, disciple de Pythagore et d'Héraclite
30 - Plotin (205-270), fondateur du néoplatonisme, auteur des Ennéades
31 - personnage semblant lire par-dessus l'épaule de son voisin ; ce serait Pyrrhon d'Elis, (365-275) philosophe sceptique (on doit douter de tout), fondateur du pyrrhonisme
32 - jeune étudiant prenant des notes
33 - Aristippe de Cyrène (380-300), philosophe hédoniste
34 - disciple d'Aristote
35 - Théophraste de Lesbos (372-288), successeur d'Aristote à la tête du Lycée
36 - vus de dos, deux personnages non identifiés
37 - groupe de 5 personnages ; le premier serait Eudème de Rhodes (370-300), disciple d'Aristote
38 - groupe de 5 personnages dont le premier est Xénocratès de Chalcédoine (396-314), disciple de Platon et troisième recteur de l'Académie après la mort de Platon-; le deuxième Menexène, jeune homme interlocuteur de Socrate dans un dialogue de Platon ; le troisième Speusippe (407-339), neveu de Platon et premier recteur de l'Académie après Platon
39 - personnage non identifié

M. Renard

4) d'autres identifications des personnages

Sanzio_Scuola_di_Atene
vue éclaircie du tableau (source)

- un diagramme de l'université du Québec à Montréal

- un repérage interactif : The New Banner Institute, Inc

IV) la composition du tableau

 

-1

F : point de fuite
_______  : ligne d'horizon (en bleu)
______   : lignes de fuite (en rouge)




________________________________________________________________________

 

une étude de la perspective : source

 

75299668
le tableau sans repères

 

75297528
la symétrie



composition
le pont de fuite, au centre

 

Diapositive1
des lignes qui convergent en utilisant les corniches



Diapositive1
des lignes qui convergent en utilisant le pavage du sol

 

Diapositive1
série de cercles placés autour de la scène, accentuant la profondeur



M. Renard
professeur d'histoire

- un lien vers une autre analyse :

http://www.cineclubdecaen.com/peinture/peintres/raphael/ecoledathenes.htm

 

_____________________________________________

Un visiteur de votre blog "Profs d'Histoire lycée Claude Lebois" a souhaité vous contacter via le lien 'Contactez l'auteur' présent sur votre blog.

Voici son message :

École d'Athènes : conservez !!

Bonjour, félicitations à tous, j'ai trouvé la seule page du Web capable de décrire l'École d'Athènes exhaustivement.
Merci, et SURTOUT : conservez cette page accessible, même dans 10 ans, elle est la plus précieuse de toutes celles que j'ai visitées.

Jean-Claude Syre
31 janvier 2010


 

 

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28 février 2019

les élèves et professeurs du lycée Claude Lebois "morts pour la France" en 1914-1918

plaque du souvenir École pratique 1914-1918

 

 

les élèves et professeurs du lycée Claude Lebois

"morts pour la France"

en 1914-1918

 

 

Le lycée Claude Lebois, de Saint-Chamond, a pour origine l'École pratique d'industrie créée en 1879. Cette école a rendu hommage à ses maîtres et élèves, morts pour la France au cours de la Première Guerre mondiale, par une plaque commémorative érigée au début des années 1920.

Nous poursuivons ce témoignage mémoriel en présentant leurs biographies individuelles et une étude synthétique de ce groupe.

 

 

4 "maîtres"

Marius BADARD (voir fiche des quatre professeurs)

Joseph BRACCIANO (voir fiche des quatre professeurs)

Julien CARUELLE (voir fiche des quatre professeurs)

Constant GARNIER (voir fiche des quatre professeurs)

 

51 "élèves"

Louis ARRIVET (voir la fiche)

Placide BABOIN (voir la fiche)

Joannès BADOR (voir fiche)

Jean BOTTE (voir fiche)

Jacques BUNARD (voir fiche)

Laurent CHAMPAGNAT (voir fiche)

Pierre CHAZET (voir fiche)

Paul CHORLIOT (voir fiche)

Marius CLAVEL (voir fiche)

Antoine DEFAIX (voir fiche)

Jean DEPOUILLY (voir fiche)

Claudius DUBREUIL (voir fiche)

Jean DUBREUIL (voir fiche)

Marius FARA (voir fiche)

Louis FOND (voir fiche)

Philippe FRANÇON (voir fiche)

Pierre FRÉCON (voir fiche)

François GACHON (voir fiche)

Jean GACHON (voir fiche)

François GIRARD (voir fiche)

Pierre GOBERT (voir fiche)

Marius GRANJON (voir fiche)

Jean GRENIER (voir fiche)

Joseph GUICHARD (voir fiche)

Antoine JOUBERT (voir fiche)

Antoine LARDERET (voir fiche)

Jean LEZEY (voir fiche)

Jean MAISONNIAL (voir fiche)

Jean MALLET (voir fiche)

Jean MOREL (voir fiche)

Antoine MOULIN (voir fiche)

Pierre NANTAS (voir fiche)

Marcel NOUVEAU (voir fiche)

Claudius PACCALIER (voir fiche)

Marius PASCAL (voir fiche)

René PLÉNET (voir fiche)

François POYET (voir fiche)

Marius POYET (voir fiche)

Léon PROST (voir fiche)

Félix RELAVE (voir fiche)

Marius REMILLIER (voir fiche)

Jules REYMOND (voir fiche)

Henri SEYTRE (voir fiche)

Émile STOECKEL (voir fiche)

Wilfrid VIGOUROUX (voir fiche)

Claudius VINCENT (voir fiche)

André MARCELLIN (voir fiche)

Pierre REYNAUD (voir fiche)

Pierre FONTVIEILLE (voir fiche)

Marius PORTE (voir fiche)

Marcel VACHER (voir fiche)

 

* à partir du nom de Claudius Vincent, l'ordre alphabétique n'est plus observé. On passe à André Marcellin qui fait partie des cinq noms ajoutés probablement après une première liste dont le marbrier avait déjà gravé tous les noms.

Michel Renard
professeur d'Histoire au lycée

 

 

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14 octobre 2017

La Bête humaine, Émile Zola, 1890 - dossier documentaire d'histoire sociale

Bête humaine couv (1)

 

 

La Bête humaine, Émile Zola, 1890

dossier documentaire d'histoire sociale

 

 

 

 

la ligne Paris - Le Havre

 

Chemin de fer de l'Ouest 1851 carte (1)

 

Chemin de fer de l'Ouest 1851 carte (2)

 

source : Chemin de fer de l'Ouest, de Paris au Havre..., 1851 [BnF Gallica]

 

 

 

la locomotive (la Lison)

 

La Lison, nom de la locomotive du mécanicien Jacques Lantier, dans La Bête humaine de Zola (1890) qui évoque les années 1869-1870, était une rapide de classe 021 (selon la codification française) dont les premiers exemplaires ont été construits à partir de 1849 pour la Compagnie de l'Ouest. La 021-229 est fabriquée entre 1859 et 1864 (cf. page Roland Arzul).

Elle ne ressemblait pas à celle du film de Renoir (1938). Celle-ci était une imposante Pacific, locomotive de vitesse de classe 231.

 

essieux loco 021
la Lison est une locomotive de classe 021 (© Michel Renard)

 

la Lison dessin
Compagnie de l'Ouest, locomotive rapide type 021-229 (gouache de C. Buret)

 

la Lison gravure
Compagnie de l'Ouest, locomotive rapide type 021-229 : la Lison

 

Lison légendée
la Lison, principaux éléments de la locomotive (© Michel Renard)

 

la Lison photo
Compagnie de l'Ouest, locomotive rapide type 021-229

 

train photographié par Zola à Médan
Compagnie de l'Ouest, locomotive et train pris en photo par Émile Zola à Médan (Yvelines)

 

train photographié par Zola
Compagnie de l'Ouest, locomotive et train pris en photo par Émile Zola

 

 

 

fonctionnement d'une locomotive à vapeur

 

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schéma fonctionnement locomotive à vapeur
schéma de fonctionnement d'une locomotive à vapeur (source)

 

 

 

vidéos de locomotives à vapeur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gares et dépendances

 

Batignolles dépôt des machines (1)
Gare des Batignolles, dépôt des machines (années 1860)

 

 

 

 

Bâtiments de chemins de fer : embarcadères, plans de gares, stations, abris, vol. 1, Pierre Chabat (1827-1892), éd. A. Morel (Paris), 1862-1866 [BnF Gallica]

 

 

Bête humaine couv (1)   Bête humaine couv (2)

 

 

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17 janvier 2018

biographie de Claude Lebois (1845-1919) par Louis Challet

Buste_Claude_Lebois
buste se trouvant désormais dans le hall du
lycée Claude Lebois à Saint-Chamond

 

 

biographie de Claude Lebois

par Louis Challet, ancien professeur d'histoire au lycée Claude Lebois

 

Né à Chissey-les-Mâcon, en 1845, Claude Lebois se destine à la carrière d’enseignant. À 20 ans il est maître d’école élémentaire au collège de Mâcon.

En 1866, il obtient une bourse pour entrer à l’École d’Enseignement Spécial de Cluny, créée l’année précédente ; sans doute, a-t-il le goût des sciences et techniques, alors peu prisées. Sa formation une fois complétée, il est nommé professeur de sciences à l’école normale de Montbrison, de 1868 à 1870 puis à celle de Grenoble de 1871 à 1878. Durant la guerre de 1870, il est mobile dans l’armée de la République.

Il répond, en 1879, à l’appel du maire de Saint-Chamond, Marius Chavanne, qui désire fonder une École Professionnelle Municipale. Avec trois professeurs il ouvre cette école dans les bâtiments de l’ancien collège des Maristes récupéré en 1871 par le maire Deschamps. Claude Lebois, directeur et les professeurs logent dans de petites maisons, à proximité.

L’instituteur, M. Fournier qui l’a connu à cette époque le décrit comme un homme grave et modeste. S. Bertholon, historien de Saint-Chamond, qui n’apprécie guère l’enseignement public, estime qu’il est un homme remarquable. Claude Lebois ne reste que trois ans à Saint-Chamond. Il est nommé directeur, en 1882, de l’École Pratique d’Industrie de Saint-Étienne ; il reste à ce poste jusqu’en 1897. L’établissement qu’il décrit dans l’ouvrage Association pour l’avancement des sciences, (XXVIe session, août 1897, Saint-Étienne) est d’une autre ampleur que celui de Saint Chamond...

En 1898, ses services sont récompensés par la Légion d’Honneur et la nomination au poste d’inspecteur des écoles pratiques de la ville de Paris. En 1904, il est promu Inspecteur Général. Claude Lebois favorise la création des écoles pratiques de Firminy (1901 et 1907), Rive-de-Gier (1902), Vienne, Le Puy... d’une école de rééducation des mutilés.

Après 47 ans de services, il fait valoir ses droits à la retraite, en 1911. Huit ans plus tard, il meurt à Saint-Étienne, où il est inhumé, un homme d’une grande autorité, compétent dévoué, ferme dans ses résolutions, au point de braver, s’il le faut, les décisions d’un ministre. Doué d’une grande culture éclectique dans les domaines scientifiques et techniques, Claude Lebois a rédigé d’abord des ouvrages scolaires : cours d’algèbre élémentaire, de tissage, de mathématiques théoriques et pratiques pour les élèves des écoles normales, d’électricité industrielle...

Il a aussi écrit des ouvrages sur la mécanique de la platine de fusil, sur des l’électricité ; il a rédigé une partie du Catalogue de l’Exposition universelle de 1900. Il a préfacé des ouvrages de technologie électrique, de mécanique et sur le travail des métaux ferreux.

Louis Challet

Louis Challet 25 oct 1987 chez Pivot
Louis Challet, le 25 octobre 1987

 

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25 janvier 2018

la France dans la mondialisation

France dans mondialisation image

 

 

la France dans la mondialisation

 

 

Population française et population mondiale

France : 67 M. hab (dont 65 en pétropole)

Monde : 7,6 MM.

http://www.worldometers.info/fr/population-mondiale/

 

population mondiale classement
les 25 premières puissances démographiques

 

1 milliard : 1800

2 milliards : 1927

3 milliards : 1960

4 milliards : 1974

5 milliards : 1987

6 milliards : 1990

7 milliards : 2011

Au cours du XXe siècle, la population mondiale est passé de 1,65 milliard à 6 milliards.

En 1970, la population mondiale représentait la moitié de celle d’aujourd’hui.

Les taux de croissance diminuant, il faudra plus de 200 ans pour que la population double de nouveau.

  • la France représente (un peu moins de) 1% de la population mondiale.

 

 

Pib français et Pib mondial

 

Pib classement mondial
les trente premiers pays selon leur Pib

 

Selon les critères et les années, la France est classée 5e ou 6e puissance économique mondiale.

 

 

les flux et densités du commerce mondial

 

commerce mondial 2011
commerce mondial de marchandises, 2011

 

commerc mondial marchandises 2014
commerce mondial de marchandises, 2014

 

Ces cartes de flux soulignent la diversité et l’intensité des échanges de marchandises dans le monde en 2011 et en 2014.

On y retrouve les trois pôles majeurs de l’économie mondiale que sont l’Europe occidentale (essentiellement les pays de l’UE), l’Asie orientale (autour du binôme Japon-Chine) et l’Amérique du Nord.

Les flux entre ces trois pôles sont très importants mais restent dominés par l’intensité des flux intra-régionaux qui sont représentés sur ces cartes par des cercles proportionnels aux poids de ces échanges.

 

 

la France dans le commerce mondial

 

commerce extérieur France 2010
le commerce extérieur de la France en 2010

 

  • Dresser un tableau à trois colonnes (part des régions dans le total, excédentaire/déficitaire) du commerce extérieur français.

 

IDE France en 2010
les flux d'investissements directs français à l'étranger (IDE) en 2010

 

  • Dresser un tableau, par ordre d'importance, des régions d'IDE français dans le monde

 

les flux d'investissements directs à l'étrangers (IDE)

Les flux financiers appelés flux d'investissements directs à l'étranger (IDE) regroupent les acquisitions ou cessions de participations, le réinvestissement de bénéfices et les prêts interentreprises.

Les flux sortants représentent les opérations qui accroissent l'investissement que les investisseurs de l'économie déclarante ont réalisé dans les entreprises d'un autre pays, par exemple en procédant à des prises de participations ou au réinvestissement de bénéfices, moins les opérations qui font régresser l'investissement que les investisseurs de l'économie déclarante ont réalisé dans les entreprises d'un autre pays, comme les cessions de participations ou les emprunts souscrits par les investisseurs résidents auprès d'entreprises de l'autre pays.

 

 

10 premières FTN française 2010
les dix premières FTN françaises, selon le magazine Fortune

 

FNT : firme transnationale.

Entreprise qui contrôle des filiales implantées dans plusieurs pays et qui a des activités de production et non simplement de vente à l'étranger. (Appelée auparavant : firme multinationale)

GDF-Suez s'appelle désormais Engie. C'est le troisième plus grand groupe mondial dans le secteur de l'énergie (hors pétrole) en 2015. Son principal actionnaire est l'État français qui détient un quart du capital (24,1 % du capital et 27,6 % des droits de vote d'Engie).

 

 

  • l'exemple d'Axa

présence géographique d'Axa dans le monde
présence géographique d'Axa dans le monde

 

Axa collaborateurs dans le monde
employés d'Axa dans le monde, par continent

 

  • l'exemple de Total

activites_mondes_prod_hydrocarbures_fr
la localidsation de la production d'hydrocarbures de Total dans le monde

 

activites_monde_collaborateurs_fr
la localidsation des employés de Total dans le monde

 

  • l'exemple de BNP Paribas

BNP Paribas dans le monde
les sites de BNP Paribas dans le monde

 

  • l'exemple de Carrefour

parcfr
les magasins Carrefour dans le monde

 

 

  • l'exemple de GDF-Suez

GDF-Suez chiffre d'affaires par zone géographique
chiffre d'affaires d'EDF-Suez par zone géographique dans le monde

 

GDF-Suez employés dans le monde
employés d'EDF-Suez par zone géographique dans le monde

 

GDF-Suez implantations filiales dans le monde
implantation des filiales d'EDF-Suez dans le monde

 

  • l'exemple du Crédit Agricole

 

6_credit_agricole_cib

Crédit Agricole CIB, ancré en Europe, est actif sur les grandes places financières mondiales

  • AMÉRIQUES - Argentine, Brésil, Canada, États-Unis, Mexique
  • AFRIQUE - Algérie, Libye
  • ASIE ET PACIFIQUE - Australie, Chine, Corée du Sud, Hong-Kong, Inde, Japon, Singapour, Taïwan
  • EUROPE CENTRALE ET ORIENTALE - Russie
  • EUROPE DE L’OUEST - Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Grèce, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Suède, Suisse
  • MOYEN-ORIENT - Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis

Chiffres clés

  • 1200 clients entreprises

  • 500 institutions financières

  • 33 implantations

  • 7 260 collaborateurs dans le monde (hors banque privée)

  • 3 712 millions d’euros de Produit Net Bancaire

 

 

  • l'exemple de PSA

Carte_implentations_FR-810x456
carte des implantations du groupe PS dans le monde

  • voir le détail par zones géographiques :

https://www.groupe-psa.com/fr/groupe-automobile/presence-internationale/

 

 

 

la francophonie dans le monde

 

territoires francophones dans le monde
les territoires francophones dans le monde, en 2010

 

 

 

le déploiement militaire français dans le monde

 

déploiement militaire de la France dans le monde
le déploiement militaire français dans le monde, en 2010

 

 

l'origine et la répartition des touristes étrangers en France, 2009

 

touristes étrangers en France, 2009
répartition des touristes étrangers par pays d'origine en France, 2009

 

La France reste la première destination touristique mondiale malgré des chiffres en baisse en 2016.

"Selon des estimations, entre 82,5 et 83 millions de touristes étrangers ont visité la France en 2016, a déclaré vendredi 10 février le ministre des Affaires étrangères. Des chiffres en baisse par rapport au record de 85 millions enregistré en 2015 mais qui maintiennent le pays au rang de première destination touristique mondiale."

Le Monde, 10 février 2017

 

 

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15 décembre 2017

la dignité humaine, Lamartine, 1835

dignité (12)

 

 

la dignité humaine

Lamartine, 1835

 

 

L’homme ne peut être acheté, il ne peut même se vendre lui-même : car la dignité humaine ne lui appartient pas, elle appartient à l’humanité tout entière.

Alphonse de Lamartine, De l’émancipation des esclaves, 23 avril 1835
Discours à la Chambre des députés

 

 

Lamartine portrait
Alphonse de Lamartine, 1790-1869

 

Lamartine 25 février 1848
Alphonse de Lamartine, le 25 février 1848 à l'Hôtel de Ville de Paris

 

 

définition

Dignité : sentiment de la valeur intrinsèque d'une personne ou d'une chose, et qui commande le respect d'autrui. Prérogative ou prestige inaliénables dont jouit une personne en raison de son comportement, et qui lui vaut considération et respect ou y donne droit. (Cnrtl)

 

 

portraits de la dignité

 

dignité (1)

 

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dignité (27)

 

 

 

 

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3 novembre 2018

Louis Arrivet

 Les 51 anciens élèves de l'École pratique de Saint-Chamond, morts pour la France

 

 

Louis ARRIVET

mort pour la France

 

 

Arrivet fiche MPLF

 
Louis Arrivet est né le 4 novembre 1899 à Saint-Chamond. Il avait les cheveux châtains, les yeux marrons, le front moyen, le nez régulier, le visage ovale, la bouche "en dedans". Son père se prénommait Louis Bernard et sa mère s'appelait Jeanne Sauvage. Son adresse est notée : "rue du Garat (Hospice)".

Louis Arrivet, engagé volontaire à 17 ans

Sur sa fiche matricule, la profession de Louis Arrivet est enregistrée comme "élève à l'école pratique". Il s'est en effet engagé, à l'âge de 17 ans et quelques mois, le 1er mars 1917, à Saint-Étienne, "pour la durée de la guerre".

fiche matricule cerclée


son parcours de combattant, 1917-1918

Il est arrivé à son corps, le 28e Bataillon de Chasseurs, le 5 mars 1917. Puis est passé au 54e Bataillon de Chasseurs le 18 septembre 1918. Il lui reste, alors, vingt-quatre jours à vivre...

Auparavant, il avait été blessé "à son poste de combat", le 23 octobre 1917 à la Malmaison (nom du fort situé à proximité du terrain d'affrontement). Cette bataille se déroula le long du "Chemin des Dames", connu pour l'offensive meurtrière du général Nivelle en avril de la même année. Mais en octobre, l'armée française fait reculer l'adversaire.

La Malmaison 23-26 oct 1917
plan de la bataille de La Malmaison, 23-26 octobre 1917,
tiré de Pages de gloire du 28e Bataillon de Chasseurs alpins, 1921

Fort Malmaison pris et repris
ruines du fort de La Malmaison, à proximité du Chemin des Dames


ferme de La Malmaisonruines de la Ferme de La Malmaison, entre La Malmaison et la Potière


"Le but de l'attaque à laquelle doit collaborer le Bataillon - note le Journal de Marche et d'Opérations du Bataillon (J.M.O.) - est de reprendre au Boche toute la ligne des observations qu'il tient de la région du Panthéon au Moulin Laffaux, en passant par le fort de la Malmaison, c'est-à-dire toute la partie ouest de la crête du Chemin des Dames".
Dès le 23 octobre, donc, Louis Arrivet, "chasseur courageux", est touché à la main droite par éclat d'obus. Le J.M.O. enregistre le nom de tous les tués et blessés de cette bataille.
À la date du 23 octobre, parmi les blessés de la 3e Compagnie, on trouve le nom d'Arrivet.

JMO page Arrivet blessé 23 oct
page du J.M.O. du 28e B.C.A.

Il est cité à l'ordre du Bataillon en date du 16 novembre 1917.


la mort au combat de Louis Arrivet

En septembre, il fait partie du 54e Bataillon de Chasseurs Alpins (voir ici). Voilà ce qu'on trouve au sujet des opérations de ce Bataillon en octobre 1918 :
"Le 2 octobre, le 54e Bataillon est engagé devant le Bois de l’Autruche, point d'appui fortement organisé de la ligne Hindenburg. Après cinq assauts et au prix d'héroïques sacrifices, il s'en empare le 5 octobre. Le 8 octobre, le 54e Bataillon pousse jusqu'à la route Fontaine-Uterte Essigny-le-Petit, réalisant une avance de 1.200 mètres.
Après quelques jours de repos au cours desquels la Fourragère aux couleurs de la Médaille Militaire, est remise au Fanion du Bataillon par le Général Debeney, la Division remonte en ligne." source 1 ; et 2 : Bnf-Gallica

Louis Arrivet est mort le 12 octobre 1918, à 19 ans, à quelques jours de ses 20 ans. Il a passé dix-huit mois à la guerre. Outre la citation à l'ordre du Bataillon, il fut décoré de la Croix de Guerre. Son nom figure dans l'Historique du 54e Bataillon alpin de Chasseurs à pied, page 16.

 

ligne Hindenburg
blockhaus sur la ligne Hindenburg

 

les lieux des derniers jours de Louis Arrivet

Diapositive1
les lieux actuels, désignés dans l'Historique du 54e B.C.A. pour les combats d'octobre 1918 ;
Louis Arrivet y a passé certainement les derniers instants de sa vie

Diapositive1
le "Bois de l'Autruche", en réalité "Bois de la Belière" (Aisne), enlevé après trois jours de combats
(du 2 au 5 octobre 1918) auxquels participa Louis Arrivet (54e B.C.A.) quelques jours avant sa mort

Le Chardon Vert
un peu au nord du "Bois de l'Autruche", Le Chardon Vert, un paysage semblable a été vu par Louis Arrivet


Louis Arrivet a livré ses derniers combats, en octobre 1918, dans cette région de l'Aisne (Picardie), quelques kilomètres à l'est de Saint-Quentin devant la ligne Hindenburg. Les pertes du 54e Bataillon de Chasseurs alpins, auquel il appartenait, furent considérables. Lui-même y fut mortellement blessé et expira le 12 octobre 1918, à 2 heures, un mois avant l'armistice.


lieu du décès de Louis Arrivet

La fiche "mort la France" de Louis Arrivet ne mentionne comme endroit du décès que l'ambulance 5/99 avec un point d'interrogation. En réalité, il s'agit de l'ambulance 5/59 logée dans l'hôpital temporaire n° 16 à Royallieu-les-Compiègne. Le registre précise bien qu'il y ait décédé "des suites de blessures de guerre".

Hôpital temp n° 16 Royallieu
l'hôpital temporaire n° 16, à Royallieu-les-Compiègne (Oise) comptait 2023 lits

 

Hôp temp n° 16
l'hôpital temporaire n° 16, à Royallieu-les-Compiègne comprenait aussi l'ambulance 5/59


Il a ensuite été inhumé dans un lieu que l'on ne connaît pas - peut-être dans l'enceinte même de l'hôpital ? -, puis transféré le 24 septembre 1921 dans le cimetière militaire de Royallieu à Compiègne (tombe n° 214, carré a).

Compiègne cimetière militaire de Royallieu
cimetière militaire de Royallieu à Compiègne dans lequel fut inhumé Louis Arrivet le 24 septembre 1921

 

acte de décès de Louis Arrivet

acte de décès marge

 

acte de décès de Louis Arrivet

 

 

 

 

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10 février 2018

Rainer Maria Rilke – Pour écrire un seul vers (1910)

oeuvre-d-art-contemporain-chloe-se-souvenir-des-bons-moments

 

 

Rainer Maria Rilke

Pour écrire un seul vers (1910)

 

 

 

Pour écrire un seul vers,

il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses,

il faut connaître les animaux,

il faut sentir comment volent les oiseaux

et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin.

Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues,

à des rencontres inattendues,

à des départs que l’on voyait longtemps approcher,

à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci,

à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas (c’était une joie faite pour un autre),

à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations,

à des jours passés dans des chambres calmes et contenues,

à des matins au bord de la mer,

à la mer elle-même, à des mers,

à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles

– et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela.

Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour,

dont aucune ne ressemblait à l’autre,

de cris de femmes hurlant en mal d’enfant,

et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient.

Il faut encore avoir été auprès de mourants,

être resté assis auprès de morts,

dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups.

Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs.

Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux,

et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent.

Car les souvenirs ne sont pas encore cela.

Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste,

lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous,

ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare,

du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.

 

Rainer Maria Rilke (1875-1926)

Les Cahiers de Malte Laurids Brigge (1910)

 

Rainer_Maria_Rilke,_1900

 

 

Laurent Terzieff dit un texte de Rainer Maria Rilke from Anne-Cécile Sanchez on Vimeo.

 

 

Rilke Les Cahiers de Malte

 

 

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