Les 51 anciens élèves de l'École pratique de Saint-Chamond, morts pour la France

 

 

Pierre CHAZET

mort pour la France

 

 

Chazet Pierre fiche MPLF

 

Le cas de Pierre Chazet présente plusieurs énigmes et particularités.

son origine et les raisons de sa présence à Saint-Chamond

Si l'orthographe de son patronyme, reproduite sur la plaque, est exacte, on ne trouve que la fiche ci-dessus, dans la liste des "morts pour la France" publiée par Mémoires des Hommes.

Un seul indice permettrait de rattacher les indications de cette fiche à un ancien élève de l'École Pratique de Saint-Chamond : la localité à laquelle est adressé l'acte de son décès, Charolles, sous-préfecture de Saône-et-Loire.

Pourquoi cette piste ?

 

Charolles Festival 1913
Charolles, à l'été 1913 ; Pierre Chazet est âlors âgé de 16 ans

Si Pierre Chazet est né à Paris, sa famille a ensuite résidé à Charolles, dans un département qui est aussi celui où se trouve, à Cluny, l'École nationale des Arts et métiers (appellation de 1901) que Claude Lebois avait fréquentée dans sa jeunesse avant de venir à Saint-Chamond fonder l'École Pratique d'industrie (1879).

Charolles est située à 40 km de Cluny. On peut imaginer plusieurs hypothèses... Pierre Chazet a peut-être tenté d'entrer à l'école de Cluny sans succès, et a pu être dirigé vers l'École Pratique de Saint-Chamond. Ou les écoles de Charolles ont pu aussi le renseigner...

Notons que Charolles est une sous-préfecture dotée de plusieurs institutions scolaires et, notamment, d'une école professionnelle destinée aux jeunes filles.

 

Charolles école prof filles
École professionnelle de jeunes filles à Charolles,
ville où résidait la famille de Pierre Chazet

La famille Chazet est absente des recensements de la ville de Charolles en 1901 et en 1906. Mais elle apparaît l'année 1911. On y apprend que Pierre avait un frère, Maurice, de quatre ans plus âgé que lui, né également à Paris. Ce qui est surprenant est l'indication "sans profession" notée pour son père et sa mère...

Son père, Louis Chazet, était né en 1863 à Jonquières dans le département du Vaucluse (précisément, le 11 septembre) d'un père et d'une mère cultivateurs, selon l'acte de naissance (archives départementales du Vaucluse).

Sa mère, (Marie Clémentine) Marguerite Laugier était née le 7 septembre 1868 à Nans dans le Var, d'un père âgé de 42 ans, Charles Joseph Laugier, instituteur, et de Félicité Florence Jourdan âgée de 28 ans (archives départementales du Var).

Le grand-père maternel de Pierre Chazet était donc instituteur. Mais a-t-il connu son petit-fils, né vingt-neuf ans plus tard ? A-t-il joué un rôle dans l'orientation scolaire de Pierre ?

 

famille Chazet en 1911 à Charolles
recensement de la ville de Charolles (Saône-et-Loire) en 1911

 

La famille Chazet n'est plus mentionnée dans le recensement de 1921 de la ville de Charolles. Le nom de Pierre Chazet figure en tout cas sur le monument aux morts de la commune (référence).

 

son statut militaire

La mention soldat de "2e classe" biffée et remplacée par "aspirant" semble assez improbable.

Chazet aspirant jaune

À son âge, et compte tenu du peu de temps passé dans l'armée, il n'a pu accéder au grade d'aspirant qui est le premier grade d'officier.

 

son régiment

L'unité portée sur la fiche le ferait appartenir au 4e Régiment de Zouaves.

 

Chazet 4e Zouaves entouré

 

Or, on ne trouve pas son nom dans l'Historique de ce régiment qui, pourtant, les publie tous. On peut toujours, certes, envisager un oubli...
Par ailleurs, le 4e Zouaves était un régiment d'infanterie d'Afrique. Comment Pierre Chazey s'y serait-il retrouvé ? Peut-être avait-il demandé à être incorporé dans cette unité lors de son engagement volontaire ?

En effet, Pierre Chazet est né en 1897 et appartient donc, théoriquement, à la classe d'âge 1917. Cette classe a été incorporée par anticipation dès janvier 1916.

Or, Pierre Chazet est mort le 23 avril 1915. Il avait donc été incorporé avant les jeunes gens de sa classe d'âge.
La raison est simple : il s'était engagé sans attendre l'incorporation officielle. Ce qu'indiquent les lettres "E.V.", pour "engagé volontaire", placées dans la rubrique "classe 1917".

 

Chazet EV rempli

Pierre Chazet a dix-huit ans le 25 février 1915 et disparaît, tout juste âgé de dix-huit ans et deux mois, le 23 avril suivant.

comment Pierre Chazet est-il mort ?

Le lieu et la date de son décès renvoient aux terribles combats du 23 avril 1915 dans la région d'Ypres en Belgique où furent utilisés, pour la première fois, par les Allemands, les gaz asphyxiants qui surprirent les troupes françaises.

Le problème est l'absence de mention de son nom et de son unité (4e Zouaves) dans les Journaux de Marche et d'Opérations (J.M.O.) des régiments impliqués dans cette zone.

Pierre Chazey a perdu la vie à Boesinghe, lieu d'une bataille sur laquelle, par contre, de nombreuses informations et des témoignages peuvent être produits.

carte Boesinghe entouré
carte du front à l'été 1917

schéma du secteur corrigé et fléché
schéma du secteur, J.M.O. du 2e bis Régiment de Zouaves à la date du 15 avril 1915

gros plan Boesinghe
secteur de Boesinghe, gros plan

extrait de l'Historique du 2e bis Régiment de Marche des Zouaves

"Le 21 avril 1915 le 1er Régiment de Tirailleurs et les 1re et 2e Cie du 2e bis régiment de Zouaves occupent les tranchées de 1re ligne et de soutien immédiat sous les ordres du Lieutenant-Colonel Bourgeois, commandant le Bataillon de tirailleurs ; les 3e et 4e Compagnies du Régiment sont chargés d'assurer la défense du pont de Boesinghe. Les autres unités du Régiment cantonnent à Westvleteren.

À 17 heures, brusquement le 22 avril, une violente attaque allemande se prononce. Pour la première fois de la guerre, l’ennemi emploie les «gaz asphyxiants» formant un nuage épais de chlore que le vent pousse sur nos lignes. Suffoquée, et en butte a un intense bombardement la première ligne est contrainte de se replier, après avoir subi de fortes pertes.

Les 1re et 2e Compagnies du 2e bis Régiment de Zouaves placés en réserve, essayent en vain d'arrêter ce mouvement de retraite ; immédiatement débordées et violemment prises à partie par l’artillerie lourde ennemie soumises d'ailleurs à l'action des gaz délétères, elles sont bientôt décimées et obligées de se retirer à leur tour : la deuxième à droite sur les Canadiens la première à gauche sur le canal.

L’ennemi s'avance rapidement en colonnes serrées dans le but de franchir le canal de l’Yser, qu’il passe en trois points : à Stennstraat et Het-Sas et à Boesinghe mais au delà l’ennemi est arrêté net par nos feux.

Dans la direction d'Ypres, vers le Sud, les Allemands semparent de Pilckem et de la ligne de crête, leurs patrouilles arrivent même jusqu'au canal, sans pouvoir le franchir

Les deux bataillons du 2e bis Régiment de Zouaves alertés arrivent à Elverdinghe à 19 heures 30. À 20 heures le 3e Bataillon est mis à la disposition du 7e Zouaves pour contre-attaquer sur la rive Est du canal dans la direction de Pilckem.

À 3 heures 30, le 23 avril, le 2e Bataillon (Commandant de Metz), franchit le canal en liaison à droite avec le 7e Zouaves qui contre-attaque les Allemands entre Boesinghe et Pilckem à gauche avec les canadiens."

 

Zouaves 24 avril 1915 Boesinghe
Zouaves sur la route de Lizerne à Boesinghe le 24 avril 1915 (Pierre Chazet est mort le 23 avril)

 

canal de l'Yser
le canal de l'Yser à hauteur de Boesinghe pendant la guerre

 

café de Lizerne
le café de Lizerne, secteur de Boesinghe

 

Boesinghe 1917 montage de bois
Boesinghe en 1917 (autochrome)

 

Boesinghe en 1917
Boesinghe en 1917 (autochrome)

 

 

 

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