homme Vitruve photo

 

l'homme de Vitruve

dessin de Léonard de Vinci (1492/1496)

 

exercice sur l’Homme de Vitruve

Dessin à la plume, encre et lavis (usage d’une seule couleur diluée pour obtenir différentes intensités) sur papier, intitulé Étude des proportions du corps humain selon Vitruve, réalisé par Léonard de Vinci aux alentours de 1492. L’homme de Vitruve est le symbole de l'humanisme, l’homme étant conçu selon des proportions mathématiques et étant considéré comme le centre de l’univers. Pourquoi ?

 

- au compas (ou à la main), surligner de jaune le périmètre du cercle.

-  à l’aide d’une règle, surligner de rouge le périmètre du carré.

1) sur la paume de votre main, poser les quatre doigts joints de l’autre main. Que remarquez-vous ?

2) sur la plante de votre pied, poser la paume de votre main (ou plusieurs fois les doigts joints). Que remarquez-vous ?

3) sur votre coudée (allant du coude jusqu'à l'extrémité de la main), poser la paume de votre main (ou plusieurs fois les doigts joints). Que remarquez-vous ?

4) à l’aide d’une règle graduée, mesurer votre coudée et comparer-la à votre taille. Que remarquez-vous ?

5) combien de paumes faut-il ajouter pour faire un homme ?

6) combien de coudées font un double pas ?

7) comparer la longueur de vos bras étendus et votre propre taille. Qu’observez-vous ?

8) comparer la dimension entre la racine de vos cheveux et le bas du menton. Combien en faut-il pour égaler la hauteur d’un homme ?

9) comparer la dimension entre le sommet de votre tête et le bas du menton. Combien en faut-il pour égaler la hauteur d’un homme ?

10) comparer la dimension depuis les tétons jusqu’au sommet de la tête. Combien en faut-il pour égaler la hauteur d’un homme ?

11) combien de fois la plus grande largeur des épaules est-elle contenue dans la taille d’un homme ?

12) comparer la distance depuis le dessous du genou jusqu’au début des parties génitales. Qu’observez-vous ?

13) comparer la distance du bas du menton au nez, et des racines des cheveux aux sourcils est la même, ainsi que l’oreille. Qu’observez-vous ?

 

 __________________________

 

texte de Léonard de Vinci

et réponses aux questions ci-dessus

 

Traduction du texte manuscrit de Léonard de Vinci : «[...] que la Nature a distribué les mesures du corps humain comme ceci. Quatre doigts font une paume, et quatre paumes font un pied, six paumes font une coudée : quatre coudées font la hauteur d’un homme. Et quatre coudées font un double pas, et vingt quatre paumes font un homme ; et il a utilisé ces mesures dans ses constructions.

Si vous ouvrez les jambes de façon à abaisser votre hauteur d’un quatorzième, et si vous étendez vos bras de façon que le bout de vos doigts soit au niveau du sommet de votre tête, vous devez savoir que le centre de vos membres étendus sera au nombril, et que l’espace entre vos jambes sera un triangle équilatéral.

La longueur des bras étendus d’un homme est égale à sa hauteur.

Depuis la racine des cheveux jusqu’au bas du menton, il y a un dixième de la hauteur d’un homme. Depuis le bas du menton jusqu’au sommet de la tête, un huitième. Depuis le haut de la poitrine jusqu’au sommet de la tête, un sixième ; depuis le haut de la poitrine jusqu’à la racine de cheveux, un septième. Depuis les tétons jusqu’au sommet de la tête, un quart de la hauteur de l’homme.

La plus grande largeur des épaules est contenue dans le quart d’un homme. Depuis le coude jusqu’au bout de la main, un quart. Depuis le coude jusqu’à l’angle de l’avant bras, un huitième. La main complète est un dixième de l’homme. Le début des parties génitales est au milieu.

Le pied est un septième de l’homme. Depuis la plante du pied jusqu’en dessous du genou, un quart de l’homme. Depuis sous le genou jusqu’au début des parties génitales, un quart de l’homme.

La distance du bas du menton au nez, et des racines des cheveux aux sourcils est la même, ainsi que l’oreille : un tiers du visage».

 

__________________________

 

"la Nature a distribué les mesures du corps humain

comme ceci", Léonard de Vinci

 

Diapositive1

 

Diapositive1

 

Diapositive1

 

Diapositive1

 

Diapositive1

 

Diapositive1

 

Diapositive1

 

 Diapositive1

 graphismes : Michel Renard

__________________________

 

Mais qui est donc l’homme de Vitruve ?

hypothèse d’analyse symbolique

image007
L’homme de Vitruve de Léonard de Vinci

 

Au-delà de la question des proportions anatomiques idéales, on trouve dans l’homme de Vitruve de Léonard de Vinci, un enseignement ésotérique, mobilisant certains archétypes universels fondamentaux. Livrons nous donc à une analyse plus approfondie du symbole afin comme disait le grand métaphysicien Ibn Arabî «de dissocier l’écorce du noyau et l’apparent du caché».

Examinons donc le premier archétype qui est symbolisé par le carré. Cette figure géométrique illustre la stabilité et la matière. Les quatre cotés représentent l’Homme limité dans une réalité finie, l’Homme basant son raisonnement sur les données sensibles ou rationnelles, en somme l’homme contemporain dont l’esprit est dominé par la raison, le calcul, la prévision et l’évaluation.

Tackh USHTE grand chef amérindien définissait d’ailleurs le cadre comme le symbole fondamental de l’homme blanc: «Le cadre de sa maison, des buildings où sont ses bureaux, avec des murs de séparation. Partout des angles et des rectangles : la porte qui interdit l’entrée aux étrangers, le dollar en billet de banque, la prison. Les rectangles, ses angles, un cadre. De même pour les gadgets de l’homme blanc – boîtes, boîtes et encore boîtes – téléviseurs, radios, machines à laver, ordinateurs, automobiles. Toutes ces boites ont des coins, des angles abrupts – des arêtes dans le temps, le temps de l’homme blanc, ses rendez-vous, le temps de ses pendules, ses heures de pointe – c’est ce que les coins signifient à mes yeux. Vous êtes devenus les prisonniers de toutes ces boîtes.» Affirmait-il.

 

carré, cercle

Et l’on oppose traditionnellement au carré, le cercle, symbole reflétant l’infini, l’idéal, l’unité et la perfection. Car l’homme contenu dans le cercle est celui qui a transcendé la matière par la réalisation spirituelle. L’homme dans le cercle est celui qui a consommé l’union avec sa part divine ou cosmique, à laquelle il ne retourne qu’en abandonnant son individualité.

Car le cercle est la figure géométrique des corps stellaires qui composent l’Univers. Toutes les formes de vie sont abritées dans le cercle, cercle tellurique de la terre d’abord puis cercle physiologique de l’utérus qui imprime au fœtus sa position arrondie. L’homme nouveau, apte à la renaissance est donc celui capable d’échapper à la finitude et aux contraintes liées au monde de la corruption et de la génération qu’est le monde de la matière. Il devient capable d’échapper aux limitations de temps et d’espace lorsqu’il s’élève au-dessus de sa conscience individuelle pour rejoindre la conscience cosmique qui englobe toute autre forme de conscience.

Symbole alchimique par excellence, l’homme de Vitruve tente de réaliser l’union du ciel (cercle) et de la terre (carrée) grâce au passage du rationnel au transcendant pour ainsi établir un équilibre entre ces deux principes opposées. Il réalise ainsi une renaissance et l’avènement de l’homme nouveau, l’Homme universel. Cet homme universel revient à l’androgynat primordial puisqu’il transcende la dualité des couples terre/ciel, féminin/masculin et passif/actif.

D’autre part la posture de l’homme de Vitruve nous rappelle celle de Jésus sur la croix. Léonard de Vinci ne tentait-il pas en soulevant cette énigme de nous initier à la symbolique hermétique de la crucifixion ? Le Christ cloué à la croix symboliserait ainsi l’homme aliéné à la matière qui ne peut se libérer de celle-ci que par une mort à lui-même, extinction de la conscience inférieure et individuelle, pour renaître à nouveau en tant que fils de Dieu lui-même.

La question qui se pose maintenant est : De quelle manière peut-on passer du carré au cercle ? En d’autres termes comment résoudre la quadrature du cercle ? La résolution de la quadrature du cercle est un problème qui hante les mathématiciens depuis l’antiquité ; de quelle manière construire un carré et un cercle de surface équivalente en tenant compte du nombre irrationnel π ? Ce problème n’a jamais été résolu en raison de la transcendance de π. Ce qui nous amène à nous éloigner de la perspective géométrique et algébrique pour tenter de résoudre le problème sous un angle nouveau.

Adoptons une approche symbolique du problème. Quel symbole pourrait réaliser la synthèse du carré et du cercle ? Comment faire en sorte que le carré devienne un cercle ? La réponse qui s’impose est «grâce au mouvement !»

Et le symbole du carré en mouvement est le swastika.

swastika

Le swastika est un carré en rotation autour d’un centre immobile. Il est tout à la fois, un symbole antique mésopotamien, chrétien, byzantin, celte, hindouiste et bouddhiste. Il représente le feu central, la lumière primordiale, les quatre éléments, les quatre forces primordiales et les quatre points cardinaux. Ce symbole renvoie également à la roue solaire dont le mouvement génère la lumière originelle, il est le symbole cosmique de la transcendance.

On peut également relever que roue mais aussi cercle se dit ‘chakra’ en sanscrit. C’est le nom des sept centres énergétiques du corps ; le coccyx, le sexe, le nombril, le cœur, la gorge, le front et la fontanelle. Mises en mouvement, ces sept roues ouvrent la porte des sept cieux qui conduisent à l’autoréalisation.

chakras

On peut donc conclure que l’homme de Vitruve de Léonard de Vinci définit à la fois les proportions anatomiques idéales du corps humain mais également la manière d’atteindre la plénitude de l’âme. Il est en cela le symbole de l’homme complet. Après tout «Mens sana in corpore sano» [un esprit sain dans un corps sain] n’était-elle pas la devise de la renaissance ?

http://lenversdelacaverne.unblog.fr/2011/06/19/mais-qui-est-donc-lhomme-de-vitruve/

 

__________________________ 

 

Diapositive1

 

L'inscription de l'homme de Vitruve dans la double géométrie du carré et du cercle fait de celui-ci un être double : l'homme terrestre, réalité finie, relative [carré], disposant certes de la raison mais pas de celle qui lui permettrait d'accéder à l'au-delà de celle-ci (si elle existe...) ; et l'homme pouvant entrer en contact avec l'infini [cercle], avec la transcendance, avec l'universel et le ciel. Le passage de l'un à l'autre s'effectue par la mise en mouvement du carré à partir de sa représentation sous l'antique forme du svastika qui se mue en cercle.
Les harmonies mathématiques de l'homme vitruvien appartiennent donc à à la fois à son existence terrestre (créature de Dieu) et à l'éventualité de son salut (témoin de Dieu dans l'Au-delà).

Michel Renard
professeur d'histoire

 

- retour à l'accueil