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sortie du film "Katyn" (avril 2009)


Fils de l'un des 12 000 officiers polonais assassinés, et cinéaste inspiré par l'histoire de son pays, il est le premier à aborder ce sujet tragique, longtemps tabou.

«Katyn» - Drame historique d'Andrzej Wajda, avec Maja Ostaszewska, Artur Zmijewski, Andrzej Chyra. Durée : 2 heures.

- Katyn le film - galerie

- bande annonce du film

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LE FIGARO - Quand avez-vous su exactement ce qui s'était passé à Katyn ?
Andrzej WAJDA - Je l’ai appris comme tout le monde, au printemps 1943, quand les Allemands ont publié des listes d’officiers massacrés. Le nom de Wajda y figurait, mais le prénom n’était pas celui de mon père, qu’on a retrouvé beaucoup plus tardivement. À aucun moment je ne me suis dit : mon père est mort. Il n’y a pas eu de choc, mais une longue période où l’espoir alternait avec la disparition de l’espoir.

- Sur quelles bases avez-vous écrit le scénario ?
Andrzej WAJDA - Si le film avait été consacré à ce qui s'est passé dans la forêt de Katyn, on n'y aurait vu que des hommes. Et leur histoire aurait eu un sens si ces hommes avaient eu à faire des choix, s'il avait été question de patriotisme, de trahison, de responsabilité. Mais il n'y a rien eu de tel : on ne leur a donné aucun choix, et ils n'imaginaient pas ce qui les attendait. L'un des personnages, Andrzej, qui tient son journal jusqu'à la fin, écrit : «On nous emmène dans une forêt…»

- Katyn reste-t-il un enjeu de mémoire nationale ?
Andrzej WAJDA - Katyn a représenté une perte très lourde pour un pays déjà dépourvu d’élite. Beaucoup d’officiers n’étaient pas militaires de carrière, ils se trouvaient mobilisés à cause de la guerre. Cette histoire s’est maintenue et renforcée dans la mémoire polonaise d’autant plus que c’était des familles qui écrivaient et qui ont laissé des traces, lettres, carnets…

- Le film montre que ce crime s'est répercuté sur plusieurs générations.
Andrzej WAJDA - Ce qui s’est perpétué, c’est le mensonge d’attribuer le massacre aux Allemands. J’ai connu des gens qui disaient à voix haute que c’était un crime soviétique. Une de mes condisciples à l’école de cinéma de Lodz a été emprisonnée, et n’a jamais réintégré l’école. Il fallait vraiment faire des choix. Pour moi, je savais qu’on ne vivait pas dans un pays libre, et j’ai toujours considéré qu’il fallait partir de cette réalité si on voulait la changer. Il fallait profiter des possibilités du moment (après Staline, il y a eu un certain dégel) pour raconter quelque chose de vrai. Le scénario de L’Homme de marbre a attendu douze ans avant que je puisse le réaliser. Jusqu’en 1989, faire un film sur Katyn était hors de toute possibilité. À la fin, le mensonge s’était transformé en silence complet sur le sujet.

- Aujourd'hui, faut-il considérer que le dossier Katyn est clos ?
Andrzej WAJDA - Les Russes essaient à présent d'accréditer la thèse que ce ne fut pas un crime de masse signé par Staline, mais le résultat d'une quantité d'incidents fragmentaires. Les Polonais qui viennent demander des renseignements sur leurs vingt-deux mille compatriotes massacrés ne sont guère compris d'un pays où les victimes se comptent par millions, et qui ne réclame pas. Mais il y a des exceptions. Lorsque Katyn a été montré à Moscou, lors de la discussion qui a suivi, une femme a fait passer un bout de papier jusqu'à la scène : elle demandait d'honorer les officiers polonais par une minute de silence. Pour cette minute de silence, il valait la peine de faire le film.

Le Figaro, 1er avril 2009

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chronologie

1939

23 août : pacte  de non-agression germano-soviétique (+ clauses secrètes sur le partage de la Pologne)

1 septembre : l'armée allemande envahit la Pologne

14 septembre : prise de Varsovie par les troupes allemandes

17 septembre : attaque soviétique contre la Pologne

9 septembre : prise de Vilno et Brest-Litovsk par l'Armée rouge

27 septembre : capitulation de la Pologne

28 septembre : accords de Moscou germano-soviétique sur le partage de la Pologne

1940

5 mars : lettre de Beria, commissaire du Peuple à l'Intérieur (URSS) demandant que le NKVD juge 14 700 anciens officiers polonais et 11 000 autres cadres "pour leur appliquer le châtiment suprême : la peine de mort par fusillade. L'étude des dossiers se fera sans comparution des détenus et sans acte d'accusation". Cette proposition fait l'objet, le même jour, du protocole de décision n° 13 de la séance du Politburo du Parti communiste de l'Union soviétique. [documents rendus publics après 1991 et la chute de l'URSS]

avril : le NKVD – la police politique soviétique héritière de la Tchéka et du GPU – organise à Katyn, près de Smolensk (Biélorussie), le massacre méthodique de milliers d'officiers polonais. D’autres furent exécutés en d’autres régions d’URSS (Ukraine notamment), ce qui porta à plus de dix mille le nombre des victimes. L’Allemagne nazie n’est pas en reste et ses Einsatzgruppen liquident une bonne partie des élites polonaises.

1943

13 avril : les autorités allemandes, stationnant dans la région, découvrent le charnier de Katyn et le rendent public mondialement ; elles invitent une mission de la Croix Rouge internationale à venir constater sur place.

avril : une commission médicale internationale, composée d'alliés des Allemands mais aussi d'un célèbre professeur de médecine légale de l'université de Genève, François Naville, travaille sur place et publie, le 30 mai, des conclusions qui accusent les Soviétiques d'avoir fusillé les officiers polonais au printemps 1940.

- un membre de cette commission, le professeur Vincenzo Palmieri, directeur de l'Institut de médecine légale de l'université de Naples a laissé le témoignage suivant : "Une puanteur, une puanteur terrible que je n'oublierai jamais. Il était difficile de travailler, même si les cadavres étaient bien conservés dans le terrain aride : dans les poches des uniformes, les cartes d'identité, lettres, coupures de journaux, photographies de famille s'étaient parfaitement conservées. [...] Il n'y avait aucun doute, parmi nous personne n'eut le moindre doute, il n'y eut d'ailleurs aucune objection. L'autopsie du crâne effectuée par le professeur Orsos de Budapest fut décisive : sur la paroi interne, il trouva une substance qui commence à se former trois ans après la mort. Le petit bois planté sur la fosse avait lui aussi trois ans. Nous restâmes debout jusqu'à trois heures du matin pour rédiger le rapport parce que nous devions avoir l'approbation de tous les signataires sur les corrections et nuances les plus minimes. Le rapport est irréfutable" (cité par Victor Zaslavsky, Le massacre de Katyn, éd. Perrin, 2007, p. 39-40).

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source

1944

15 janvier : les Soviétiques, qui ont repris le contrôle du territoire lors de l'avancée de l'Armée Rouge, ont envoyé une commission d'enquête (Commission Burdenko) chargée de déclarer que le crime a été commis par les Allemands, et ont invité sur place des journalistes occidentaux et la fille de l'ambassadeur des États-Unis à Moscou ; la Commission prétend que le massacre a eu lieu en août-septembre 1941 (donc après l'attaque allemande contre l'URSS et l'occupation de la région par les nazis) alors que tous les corps exhumés portaient des vêtements d'hiver ; l'élément de conviction avancé fut que les exécutions avaient utilisé des balles de fabrication allemande (fait qui n'a jamais été contesté).

1946

Les Soviétiques échouent à faire endosser le crime de Katyn aux Allemands lors du procès de Nuremberg. Un des procureurs soviétiques, Nikolaï Zoria, qui avait refusé de participer à l'entreprise de falsification des dirigeants soviétiques (car il avait servi auparavant de consultant juridique pour le Comité de libération nationale de la Pologne, et connaissait les témoignages de cette partie), fut assassiné le 23 mai par les agents de Beria.

 


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images de Katyn, film de Wajda


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La Pologne revit le drame de Katyn


Un film d’Andrzej Wajda ranime le souvenir du massacre d’officiers par les Soviétiques en 1940.
par
Maja Zoltowska
Libération, mardi 18 septembre 2007
Varsovie, de notre correspondante

Wajda_KatynLe cinéaste polonais Andrzej Wajda a présenté hier soir son dernier film Katyn, un hommage aux 22 500 officiers polonais - dont faisait partie son père - massacrés par la police secrète soviétique sur ordre de Staline en 1940. Il s’agit d’un des films les plus ­attendus par la Pologne où le mot «Katyn» fut ­banni par la propagande communiste pendant plus d’un demi-siècle.

Présenté en grande pompe à l’Opéra de Varsovie, le film, qui sera dans les salles polonaises vendredi, constitue en soi un événement national. Andrzej Wajda et le ministère de la Culture ont choisi un jour symbolique pour sa présentation : le 17 septembre 1939, ­date où l’Armée rouge pénétrait dans l’est de la Pologne, déjà envahie à l’ouest le 1er septembre par l’Allemagne. Une fois de plus, les deux grands voisins se partageaient le pays.

«Mensonge»
Hier matin, le président polonais Lech Kaczynski s’est rendu en Russie pour se recueillir sur les tombes des officiers dans la forêt de Katyn, un petit village près de Smolensk où, en avril 1940, les officiers polonais furent exécutés, un par un, d’une balle dans la nuque par la NKVD. Pour cette première visite en Russie, il ne fera pas le déplacement jusqu’à Moscou et ne participera à aucune rencontre officielle. Ce séjour éclair, non dénué de considérations électoralistes, ne devrait pas améliorer les relations entre Varsovie et Moscou, tendues depuis l’arrivée au pouvoir, en 2005, du président conservateur qui ne cache pas sa méfiance envers la Russie.

Le même soir, aux côtés des proches de victimes, le président polonais a pu imaginer les scènes de leur mort. «Cela a vraiment dû se passer ainsi. J’ai cru ­assister à l’exécution de mon ­père», a reconnu la gorge serrée Krystyna Brydowska, fille de Feliks Miszczak, tué à 44 ans à Miednoïé, un autre lieu de massacre des officiers polonais.

Dix-huit ans se sont écoulés depuis la chute du communisme et aucun cinéaste n’avait encore osé adapter à l’écran cette tragédie nationale. «Ce film n’aurait pas pu voir le jour avant, ni dans la Pologne communiste ni en dehors de la Pologne, où il n’y avait pas d’intérêt pour le sujet», a déclaré le cinéaste lors d’une présentation à la presse. Wajda a, malgré la censure, mis en scène de nombreux épisodes de l’histoire de la Pologne du XXe siècle.

Dans Kanal, il exaltait le drame de l’Insurrection de Varsovie, dans Cendre et Diamant, la résistance à l’instauration du communisme, dans l’Homme de marbre, les années staliniennes et dans l’Homme de fer la naissance de Solidarité, qui lui aura valu la Palme d’or à Cannes en 1981. Mais faire un film sur Katyn aurait été impossible à l’époque communiste où les Soviétiques étaient présentés uniquement comme des libérateurs : «Sur ce mensonge reposait toute la ­soumission de la Pologne à Moscou» , a déclaré le ­cinéaste.

Wajda, qui s’était promis de le réaliser depuis des années, considère ce film comme un devoir national et un devoir envers sa famille : «J’ai compris que je ne pouvais plus attendre, Katyn est sans doute un de mes derniers films sinon le dernier», a déclaré le cinéaste bientôt âgé de 82 ans.

Attente
Sur un scénario écrit d’après le roman post mortem d’Andrzej Mularczyk, Katyn est dédicacé à ses parents  car ce film est aussi l’histoire de sa famille. Son père, Jakub, capitaine au 72e régiment d’infanterie, fut parmi les officiers tués par les Soviétiques dans la forêt de Miednoïé, autre lieu de massacre, dont Katyn est devenu le nom symbolique.

Les emprunts à l’histoire familiale sont nombreux. «Ma mère s’est bercée d’illusions jusqu’à sa mort, car le nom de mon père figurait avec un autre prénom sur la liste des officiers massacrés», raconte Wajda. Sa mère, Aniela, porte dans son film le nom d’Anna et Anna aussi espère et une erreur dans le prénom prolonge cet espoir. C’est justement à travers les femmes - les épouses des officiers, leurs mères, sœurs ou filles - et leur attente désespérée que Wajda raconte ­l’histoire de Katyn.

Les charniers ont été découverts par les troupes allemandes lors de leur avancée en territoire russe après la rupture du pacte germano-soviétique en 1941. Révélé par les nazis en 1943, le massacre de Katyn a ­toutefois été imputé par la ­propagande communiste aux troupes allemandes pendant plus de quarante ans .

Le film débute par une scène sur un pont. Deux vagues de civils se croisent : l’une vers l’est fuit la Wermacht, l’autre vers l’ouest l’Armée rouge. Nul ne sait lequel des deux agresseurs sera le moins cruel. Le film se termine par le massacre raconté dans les moindres détails sur un mode documentaire.

On devine le jeune Wajda dans le personnage d’un jeune résistant qui, à la fin de la guerre, vient à Cracovie pour étudier aux Beaux-Arts. Comme le père de Wajda, celui du jeune résistant est mort à Katyn mais il refuse, lui, de le renier dans son curriculum vitae comme beaucoup d’autres l’ont fait pour éviter les ennuis sous l’occupation soviétique. Le jeune homme meurt. «Un remords de conscience?», s’est interrogé un spectateur lors d’une avant-première : «Avec Katyn, vous laissez entendre que si vous n’aviez pas menti sur la mort de votre père, vous n’auriez pas pu étudier aux Beaux-Arts, à l’école de cinéma et que l’école polonaise du film n’aurait jamais vu le jour ?» Le cinéaste n’a eu d’autre réponse : «Je confesserai mes propres péchés devant un autre auditoire et ce sera certainement dans peu de temps.» Et de conclure : «Chacun militait à sa manière contre ce régime.»

Enquête 
Car le film parle aussi du mensonge qui a entouré Katyn et des diverses attitudes face à ce massacre. En Pologne, pratiquement jusqu’à la chute du communisme au début des années 1990, il était interdit de parler de cet événement. La censure rayait ce nom de tous les livres. Être parent d’une victime de Katyn pouvait entraîner une ­interdiction d’étudier, et briser une carrière professionnelle.

Il faudra attendre avril 1990 pour que le dernier président soviétique Mikhaïl Gorbatchev reconnaisse la responsabilité de l’URSS en transmettant au président polonais d’alors, le général Jaruzelski, des copies des listes des victimes, promettant une enquête. Durant la Guerre froide, l’Occident s’est tu pour ne pas envenimer ses relations avec l’URSS. Le crime est resté impuni.

En 2004, après quatorze années d’enquête, le parquet militaire russe a classé le dossier de Katyn, refusantWajda_Katyn de qualifier ces exécutions de crime de guerre ou de crime contre l’Humanité. Selon le parquet, il s’agissait d’un crime de droit commun, donc déjà prescrit. La justice russe a aussi refusé de transmettre les documents en sa possession à la Pologne qui, de son côté, poursuit toujours sa propre enquête. Varsovie recherche encore les tombes et les listes des disparus. Des traces mènent à Bykovnia, près de Kiev. Les restes d’un officier polonais viennent d’y être identifiés. En attendant, les proches des victimes attendent que la Cour des droits de l’homme à Strasbourg se penche sur leur plainte déposée contre la Russie.

http://www.liberation.fr/actualite/monde/279191.FR.php
© Libération


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affiche de propagande allemande, Deuxième Guerre mondiale ;
la légende, en slovaque dit : "la forêt de la mort à Katyn"

source

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un charnier de la forêt de Katyn (Biélorussie) mis à jour par les Allemands en 1943 ;
les autorités allemandes invitèrent la presse et la Croix-Rouge à venir sur place


bibliographie

- un article d'Alexandra Viatteau, politologue, spécialiste de l'URSS et des pays de l'Est : le massacre de Katyn (diploweb.com)

- de nombreuses photos des opérations allemandes d'exhumation des cadavres d'officiers polonais, sur le site en langue anglaise katyn.org

- site en langue polonaise sur le massacre et ses responsables, nombreuses photos et des documents : polonica.net/KATYN


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©
Archiwum Ośrodka Karta
- source

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cadavre exhumé ; on voit les mains liées dans le dos
source

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cadavres exhuméss - source

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source

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autres images du film Katyn de Wajda


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Maja_Ostaszewska_et_Wiktoria_Gasiewska


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officiers polonais abattus d'une balle dans la nuque par les Soviétiques

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drapeau polonais déchiré par des soldats soviétiques

Katyn_off_russes_et_allemands
dès l'automne 1939, la collusion des militaires soviétiques (les trois à gauche)
et des militaires allemands (les trois à droite)


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