lundi 28 avril 2008

Origines guerre 1914-1918

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l'étincelle dans les Balkans : 28 juin 1914 à Sarajevo

 

l'engrenage de l'été 1914

une représentation ondulatoire

 

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L'engrenage des événements et des décisions qui conduit à l'entrée en guerre des principales puissances européennes à l'été 1914 est comparable au jet d'un caillou dans un bassin. L'impact du projectile dans l'eau propage une onde de choc sous forme de ronds plus ou moins concentriques chaque fois plus grands et plus éloignés du centre.

Ce qui se propagea, l'été 1914, ce furent les perceptions réciproques de dangerosité des mouvements de l'adversaire, la nécessité d'y répliquer. La mécanique qui présida à cet engrenage fut le système des alliances en Europe, opposant deux blocs (Triple Alliance et Triple Entente).

 

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28 juin 1914
L’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche, et sa femme sont assassinés à Sarajevo par des nationalistes serbes. Au cours des semaines suivantes («crise de juillet»), le conflit s’envenime, il dépasse les frontières régionales et devient une crise européenne.

28 juillet 1914
Déclaration de guerre de l’Autriche-Hongrie à la Serbie. Suivent les déclarations de guerre de l’Allemagne à la Russie (1er août) et à la France (3 août). Après l’invasion allemande de la Belgique, la Grande-Bretagne entre en guerre aux côtés de l’Entente franco-russe (4 août). Seuls 17 États resteront neutres pendant toute la durée du conflit, parmi lesquels les Pays-Bas, l’Espagne, le Mexique et la Suisse. Entre 1914 et 1918, près de 70 millions d’hommes sont mobilisés.

Markus Pöhlmann
source

 



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samedi 26 avril 2008

images de la Première Guerre mondiale

fosse_commune_dans_la_Marne
fosse commune dans la Marne (début de la guerre)




images de la Grande Guerre

(liens vers collections)

- album n° 1

- album n° 2

- album n° 3

- album n° 4

- page accueil de ce site, Dominique Bac



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jeudi 24 avril 2008

polémique sur la transmission de l'héritage grec

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polémique sur la transmission de

l'héritage grec

à l'Occident médiéval

à propos du livre Aristote au Mont Saint-Michel


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un article de Roger Pol-Droit dans Le Monde,

3 avril 2008

Et si l'Europe ne devait pas tous ses savoirs à l'islam ?

Étonnante rectification des préjugés de l'heure, ce travail de Sylvain Gouguenheim va susciter débats et polémiques. Son thème : la filiation culturelle monde occidental-monde musulman. Sur ce sujet, les enjeux idéologiques et politiques pèsent lourd. Or cet universitaire des plus sérieux, professeur d'histoire médiévale à l'École normale supérieure de Lyon, met à mal une série de convictions devenues dominantes. Ces dernières décennies, en suivant notamment Alain de Libera ou Mohammed Arkoun, Edward Saïd ou le Conseil de l'Europe, on aurait fait fausse route sur la part de l'islam dans l'histoire de la culture européenne.

Que croyons-nous donc ? En résumé, ceci : le savoir grec antique - philosophie, médecine, mathématique, astronomie -, après avoir tout à fait disparu d'Europe, a trouvé refuge dans le monde musulman, qui l'a traduit en arabe, l'a accueilli et prolongé, avant de le transmettre finalement à l'Occident, permettant ainsi sa renaissance, puis l'expansion soudaine de la culture européenne. Selon Sylvain Gouguenheim, cette vulgate n'est qu'un tissu d'erreurs, de vérités déformées, de données partielles ou partiales. Il désire en corriger, point par point, les aspects inexacts ou excessifs.

"Ages sombres"

Y a-t-il vraiment eu rupture totale entre l'héritage grec antique et l'Europe chrétienne du haut Moyen Age ? Byzance_copisteAprès l'effondrement définitif de l'Empire romain, les rares manuscrits d'Aristote ou de Galien subsistant dans des monastères n'avaient-ils réellement plus aucun lecteur capable de les déchiffrer ? Non, réplique Sylvain Gouguenheim. Même devenus ténus et rares, les liens avec Byzance [ci-contre] ne furent jamais rompus : des manuscrits grecs circulaient, avec des hommes en mesure de les lire. Durant les prétendus "âges sombres", ces connaisseurs du grec n'ont jamais fait défaut, répartis dans quelques foyers qu'on a tort d'ignorer, notamment en Sicile et à Rome. On ne souligne pas que de 685 à 752 règne une succession de papes... d'origine grecque et syriaque ! On ignore, ou on oublie qu'en 758-763, Pépin le Bref se fait envoyer par le pape Paul Ier des textes grecs, notamment la Rhétorique d'Aristote.

Cet intérêt médiéval pour les sources grecques trouvait sa source dans la culture chrétienne elle-même. Les Evangiles furent rédigés en grec, comme les épîtres de Paul. Nombre de Pères de l'Eglise, formés à la philosophie, citent Platon et bien d'autres auteurs païens, dont ils ont sauvé des pans entiers. L'Europe est donc demeurée constamment consciente de sa filiation à l'égard de la Grèce antique, et se montra continûment désireuse d'en retrouver les textes. Ce qui explique, des Carolingiens jusqu'au XIIIe siècle, la succession des "renaissances" liées à des découvertes partielles.

La culture grecque antique fut-elle pleinement accueillie par l'islam ? Sylvain Gouguenheim souligne les fortes limites que la réalité historique impose à cette conviction devenue courante. Car ce ne furent pas les musulmans qui firent l'essentiel du travail de traduction des textes grecs en arabe. On l'oublie superbement : même ces grands admirateurs des Grecs que furent Al-Fârâbî, Avicenne et Averroès ne lisaient pas un mot des textes originaux, mais seulement les traductions en arabe faites par les Araméens... chrétiens !

Parmi ces chrétiens dits syriaques, qui maîtrisaient le grec et l'arabe, Hunayn ibn Ishaq (809-873),hunayn [ci-contre] surnommé "prince des traducteurs", forgea l'essentiel du vocabulaire médical et scientifique arabe en transposant plus de deux cents ouvrages - notamment Galien, Hippocrate, Platon. Arabophone, il n'était en rien musulman, comme d'ailleurs pratiquement tous les premiers traducteurs du grec en arabe. Parce que nous confondons trop souvent "Arabe" et "musulman", une vision déformée de l'histoire nous fait gommer le rôle décisif des Arabes chrétiens dans le passage des oeuvres de l'Antiquité grecque d'abord en syriaque, puis dans la langue du Coran.

Une fois effectué ce transfert - difficile, car grec et arabe sont des langues aux génies très dissemblables -, on aurait tort de croire que l'accueil fait aux Grecs fut unanime, enthousiaste, capable de bouleverser culture et société islamiques. Sylvain Gouguenheim montre combien la réception de la pensée grecque fut au contraire sélective, limitée, sans impact majeur, en fin de compte, sur les réalités de l'islam, qui sont demeurées indissociablement religieuses, juridiques et politiques. Même en disposant des oeuvres philosophiques des Grecs, même en forgeant le terme de "falsafa" pour désigner une forme d'esprit philosophique apparenté, l'islam ne s'est pas véritablement hellénisé. La raison n'y fut jamais explicitement placée au-dessus de la révélation, ni la politique dissociée de la révélation, ni l'investigation scientifique radicalement indépendante.

Il conviendrait même, si l'on suit ce livre, de réviser plus encore nos jugements. Au lieu de croire le savoir philosophique européen tout entier dépendant des intermédiaires arabes, on devrait se rappeler le rôle capital des traducteurs du Mont-Saint-Michel. Ils ont fait passer presque tout Aristote directement du grec au latin, plusieurs décennies avant qu'à Tolède on ne traduise les mêmes oeuvres en partant de leur version arabe. Au lieu de rêver que le monde islamique du Moyen Age, ouvert et généreux, vint offrir à l'Europe languissante et sombre les moyens de son expansion, il faudrait encore se souvenir que l'Occident n'a pas reçu ces savoirs en cadeau. Il est allé les chercher, parce qu'ils complétaient les textes qu'il détenait déjà. Et lui seul en a fait l'usage scientifique et politique que l'on connaît.

Somme toute, contrairement à ce qu'on répète crescendo depuis les années 1960, la culture européenne, dans son histoire et son développement, ne devrait pas grand-chose à l'islam. En tout cas rien d'essentiel. Précis, argumenté, ce livre qui remet l'histoire à l'heure est aussi fort courageux.

- Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l'Europe chrétienne, Sylvain Gouguenheim. Seuil, "L'Univers historique", 282 p., 21 €.

Roger Pol-Droit
Le Monde, daté du 4 avril 2008

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Jacques de Venise, passeur oublié

et homme "mériterait de figurer en lettres capitales dans les manuels d'histoire culturelle", écrit Sylvain Gouguenheim. Personne, pourtant, ne connaît plus le nom de Jacques de Venise le Grec, qui vécut au XIIe siècle, alla en mission à Constantinople et travailla ensuite au Mont-Saint-Michel, de 1127 à sa mort, vers 1150.

scriptotium_mont_Saint_MichelCe qu'on lui doit ? Rien de moins que la traduction intégrale, du grec au latin, d'un nombre impressionnant d'oeuvres d'Aristote, parmi lesquelles la Métaphysique, le traité De l'Ame, les Seconds analytiques, les Topiques, les traités d'histoire naturelle ou encore la Physique. Ces traductions, dont certaines sont accompagnées de commentaires, furent réalisées, selon les cas, de vingt ans à quarante ans avant celles de Gérard de Crémone, à Tolède, à partir des traductions en arabe.

Il faut ajouter que les traductions de Jacques de Venise ont connu un "succès stupéfiant". Alors que bien des oeuvres médiévales ne nous sont connues que par trois ou quatre manuscrits, on en dénombre une centaine pour la Physique, près de trois cents pour les Seconds analytiques. Diffusés dans toute l'Europe, lus par les plus grands intellectuels du temps, ces travaux méritaient d'être mis en lumière. Ce qu'a fait Sylvain Gouguenheim en rappelant l'importance de cet homme qui traduisait Aristote au Mont-Saint-Michel.

Roger Pol-Droit
Le Monde, daté du 4 avril 2008



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un article dans le Figaro, 17 avril 2008


Les tribulation des auteurs grecs dans le monde chrétien

Contredisant la thèse d'un "islam des Lumières", Sylvain Gouguenheim montre que le savoir grec antique n'a jamais disparu d'Europe et que les Arabes qui traduisirent ces textes n'étaient pas des musulmans

On se souvient de la récente polémique qui a entouré la conférence tenue à l'université de Ratisbonne, le 12 septembre 2006, par Benoît XVI, alors accusé d'avoir lié islam et violence. Loin de s'adresser au monde musulman, il s'agissait pour le Saint-Père d'aborder les ­rapports entre foi et raison et de dénoncer le «programme de déshellénisation» de l'Occident chrétien.

Éclairant fort à propos ce débat, l'historien Sylvain Gouguenheim montre que la qualification d'«âges sombres» ne convient pas à la période médiévale. En effet, l'Europe du haut Moyen Âge ne s'est jamais coupée du savoir grec, dont quelques manuscrits restaient conservés dans les monastères. Des noyaux de peuplement hellénophone s'étaient maintenus en Sicile et en Italie du Sud, Salerne ayant ainsi produit une école de médecine indépendante du monde arabo-musulman. Enfin, durant les premiers siècles du Moyen Âge, il existait aussi une «authentique diaspora chrétienne orientale». Car, nous dit l'auteur, si l'islam a transmis le savoir antique à l'Occident, c'est d'abord «en provoquant l'exil de ceux qui refusaient sa mont_saint_michel_abbaye_cloitre_1domination». Assez naturellement, les élites purent se tourner vers la culture grecque, favorisant ces mouvements de «renaissance» qui animèrent l'Europe, de Charlemagne à Abélard.

D'ailleurs, avant même que les lettrés ne vinssent chercher en Espagne ou en Italie les versions arabes des textes grecs, d'importants foyers de traduction de manuscrits originaux existaient en Occident. À cet égard, M. Gouguenheim souligne le rôle capital joué par l'abbaye du Mont-Saint-Michel [ci-contre] où un clerc italien qui aurait vécu à Constantinople, Jacques de Venise, fut le premier traducteur européen d'Aristote au XIIe siècle. Ce monastère serait donc bien «le chaînon manquant dans l'histoire du passage de la philosophie aristotélicienne du monde grec au monde latin».


Une hellénisation restée superficielle

Le savoir grec n'avait pas davantage déserté le monde oriental. Byzance n'a jamais oublié l'enseignement de Platon et ­d'Aristote et continua à produire de grands savants. Il faut ici saluer l'influence essentielle des chrétiens syriaques, car «jamais les Arabes musulmans n'apprirent le grec, même al-Farabi, Avicenne ou ­Averroès l'ignoraient». L'écriture arabe coufique fut forgée par des missionnaires chrétiens qui donnèrent aussi aux Arabes musulmans les traductions des œuvres grecques. De ce point de vue, l'arrivée au pouvoir des Abbassides, en 751, ne constitua pas une rupture fondamentale.

Contredisant la thèse d'un « islam des Lumières», avide de science et de philosophie, l'auteur montre les limites d'une ­hellénisation toujours restée superficielle. Il est vrai que la Grèce représentait un monde radicalement étranger à l'islam qui «soumit le savoir grec à un sérieux examen de passage où seul passait à travers le crible ce qui ne comportait aucun danger pour la religion». Or ce crible fut très sélectif. La littérature, la tragédie et la philosophique grecques n'ont guère été reçues par la culture musulmane. Quant à l'influence d'Aristote, elle s'exerça essentiellement dans le domaine de la logique et des sciences de la nature. Rappelons que ni La Métaphysique, ni La Politique ne furent traduites en arabe.

Parler donc à son propos d'hellénisation «dénature la civilisation musulmane en lui imposant par ethnocentrisme ? une sorte d'occidentalisation qui ne correspond pas à la réalité, sauf sous bénéfice d'inventaire pour quelques lettrés».

Félicitons M. Gouguenheim de n'avoir pas craint de rappeler qu'il y eut bien un creuset chrétien médiéval, fruit des héritages d'Athènes et de Jérusalem. Alors que l'islam ne devait guère proposer son savoir aux Occidentaux, c'est bien cette rencontre, à laquelle on doit ajouter le legs romain, qui «a créé, nous dit Benoît XVI, l'Europe et reste le fondement de ce que, à juste titre, on appelle l'Europe».

Stéphane Boiron
Le Figaro, 17 avril 2008

- Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l'Europe chrétienne, de Sylvain Gouguenheim Seuil, 280 p., 21 €.

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dossier du Monde des livres, 24 avril 2008

Polémique sur les  "racines" de l'Europe


ans son édition du 4 avril, sous le titre "Et si l'Europe ne devait pas ses savoirs à l'islam ?", "Le Monde des livres" publiait le compte rendu d'un ouvrage de Sylvain Gouguenheim, professeur d'histoire médiévale à l'École normale supérieure de Lyon. Intitulé Aristote au Mont-Saint-Michel. Les racines grecques de l'Europe chrétienne, le livre venait de paraître aux éditions du Seuil dans la prestigieuse collection "L'Univers historique".

Cet article a suscité une vive émotion dans une partie de la communauté universitaire. Ainsi, quaranteH_l_ne_Bellosta historiens et philosophes des sciences, emmenés par Hélène Bellosta (CNRS), nous ont fait parvenir un texte intitulé "Prendre de vieilles lunes pour des étoiles nouvelles, ou comment refaire aujourd'hui l'histoire des savoirs", dans lequel ils expriment leur "surprise". S'élevant contre les thèses de Sylvain Gouguenheim, qu'ils assimilent aux "propos d'un idéologue", ils écrivent : "Il n'est aucun philosophe ou historien des sciences sérieux pour affirmer que "l'Europe doit ses savoirs à l'islam" ; la science en tant que telle se développe selon ses voies propres et ne doit pas plus à l'islam qu'au christianisme, au judaïsme ou à toute autre religion. En revanche, l'idée que l'Europe ne doit rien au monde arabe (ou arabo-islamique) et que la science moderne est héritière directe et unique de la science et de la philosophie grecques n'est pas nouvelle. Elle constitue même le lieu commun de la majorité des penseurs du XIXe siècle et du début du XXe siècle, tant philosophes qu'historiens des sciences, dont le compte rendu du Monde reprend tous les poncifs."

alaindeliberaDe même, le médiéviste Alain de Libera [il n'est pas médiéviste - on dit cela d'un historien -, mais philosophe, spécialiste de la phisophie au Moyen Âge], directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études, par ailleurs directeur de collection au Seuil, fustige "un plaisant exercice d'histoire fiction", digne des "amateurs de croisades", et propre à déclencher la "mobilisation huntingtonienne" du choc des civilisations.

"Encore un pas et l'on verra fanatiques religieux et retraités pavillonnaires s'accorder sur le fait que, après tout, l'Europe chrétienne, qui bientôt n'aura plus de pétrole, a toujours eu les idées...", ironise-t-il. "Je croyais naïvement qu'en échangeant informations, récits, témoignages, analyses et mises au point critiques, nous, femmes et hommes de sciences, d'arts ou de savoirs (...), nous, citoyens du monde, étions enfin prêts à revendiquer pour tous, comme jadis Farabi pour les Arabes, le "grand héritage humain". C'était oublier l'Europe aux anciens parapets. (...). Cette Europe-là n'est pas la mienne", écrit encore Alain de Libera. Une position partagée par les historiens Gabriel Martinez-Gros et Julien Loiseau, dont nous avons publions la tribune, et qui résument à leur manière la plupart des arguments utilisés par leurs collègues.

Nous donnons également la parole à Sylvain Gouguenheim. Quant aux éditions du Seuil, enfin, elles manifestent leur perplexité : " Je ne comprends pas très bien toute cette agitation, affirme Monique Labrune, responsable des sciences humaines. De notre côté, nous n'avons que des échos positifs sur ce livre. C'est un peu étrange. Je voudrais être sûre qu'il n'y a pas autre chose que le livre derrière tout cela. J'aimerais avoir toutes les clefs..."

Jean Birnbaum
"Le Monde des livres"
Le Monde daté du 25 avril 2008

Penser_au_Moyen_Age







un livre d'Alain de Libera (1991)




une réplique de deux historiens médiévistes

24 avril 2008

Une démonstration suspecte

rmé d'une solide réputation de sérieux (acquise par ses travaux sur la mystique rhénane), fort également d'une position institutionnelle prestigieuse, Sylvain Gouguenheim entend réviser une idée largement reçue et même redresser une véritable injustice de l'histoire : l'Europe chrétienne du Moyen Age n'a pas reçu l'héritage grec, passivement, des Arabes ; elle a toujours conservé la conscience de sa filiation grecque ; mieux, elle s'est réapproprié, de sa propre initiative, ce legs qui lui revenait de droit, accueillant les savants grecs fuyant l'islam, entreprenant de retrouver la lettre des textes grecs en les traduisant directement en latin. C'est la gloire oubliée de Jacques de Venise et de l'abbaye du Mont-Saint-Michel.

Si l'on suit Sylvain Gouguenheim, la civilisation islamique se serait avérée incapable d'assimiler l'héritage grec ou d'accepter Aristote, faute de pouvoir accéder aux textes sans les traductions des chrétiens d'Orient, faute de pouvoir subordonner la révélation à la raison (ce qu'au passage personne ne put faire en Europe avant le XVIIIe siècle). Il devient dès lors possible de rétablir la véritable hiérarchie des civilisations, ce que fait Sylvain Gouguenheim en prenant comme mètre étalon leur degré d'hellénisation. À sa droite, l'Europe, dont la quête désintéressée du savoir et la modernité politique plongent leurs racines dans ses origines grecques et son histoire chrétienne. À sa gauche, l'islam, quatorze siècles de civilisation qu'il convient de ramener à ses fondations religieuses sorties nues du désert, à son littéralisme obsessionnel, à son juridisme étroit, à son obscurantisme, son fatalisme, son fanatisme.

Dans son éloge de la passion grecque de l'Europe chrétienne, Sylvain Gouguenheim surévalue le rôle du monde byzantin, faisant de chaque "Grec" un "savant", de chaque chrétien venu d'Orient un passeur culturel. On sait pourtant que dans les sciences du quadrivium, en mathématiques et en astronomie surtout, la production savante du monde islamique est, entre le IXe et le XIIIe siècle, infiniment plus importante que celle du monde byzantin. Dans sa démystification de l'hellénisation de l'islam, Sylvain Gouguenheim confond "musulman" et "islamique", ce qui relève de la religion et ce qui relève de la civilisation. Les chrétiens d'Orient ne sont certes pas musulmans, mais ils sont islamiques, en ce qu'ils sont partie prenante de la société de l'islam et étroitement intégrés au fonctionnement de l'État.

On ne peut nier la diversité ethnique et confessionnelle de la civilisation islamique sans méconnaître son histoire. Dans sa révision de l'histoire intellectuelle de l'Europe chrétienne, Sylvain Gouguenheim passe pratiquement sous silence le rôle joué par la péninsule Ibérique, où on a traduit de l'arabe au latin les principaux textes mathématiques, astronomiques et astrologiques dont la réception allait préparer en Europe la révolution scientifique moderne.

D'Aristote, Sylvain Gouguenheim semble ignorer que la pensée scolastique du XIIIe siècle a moins retenu la lettre des textes que le commentaire qu'on en avait déjà fait, comme celui d'Averroès, conceptualisant les contradictions entre la foi et une pensée scientifique qui ignore la création du monde et l'immortalité de l'âme. Alain de Libera l'a montré, c'est moins l'aristotélisme qui gagne alors l'université de Paris que l'averroïsme : le texte reçu par et pour son commentaire.

Le livre aurait pu s'arrêter là et n'aurait guère mérité l'attention, tant il nie obstinément ce qu'un siècle et demi de recherche a patiemment établi. Mais Sylvain Gouguenheim entreprend également de mettre sa démonstration au coeur d'une nouvelle grammaire des civilisations, où la langue et les structures mentales qu'elle porte jouent un rôle déterminant. La langue, dont la valeur ontologique expliquerait l'inanité des traductions d'un système linguistique à un autre, d'une langue indo-européenne (le grec) à une langue sémitique (l'arabe) et retour (le latin). La langue, à la recherche de laquelle Sylvain Gouguenheim réduit la longue quête de savoir des chrétiens de l'Occident médiéval, quand Peter Brown montre à l'inverse comment le christianisme a emprunté les chemins universels de la multitude des idiomes. La langue, à laquelle Gouguenheim ramène le génie de l'islam, qui n'aurait jamais échappé aux rets des sourates du Coran.

L'esprit scientifique, la spéculation intellectuelle, la pensée juridique, la création artistique d'un monde qui a représenté jusqu'à un quart de l'humanité auraient, depuis toujours, été pétrifiés par la Parole révélée. Le réquisitoire dressé par Sylvain Gouguenheim sort alors des chemins de l'historien, pour se perdre dans les ornières d'un propos dicté par la peur et l'esprit de repli.

Dans ces troubles parages, l'auteur n'est pas seul. D'autres l'ont précédé, sur lesquels il s'appuie volontiers. Ainsi René Marchand est-il régulièrement cité, après avoir été remercié au seuil de l'ouvrage pour ses "relectures attentives" et ses "suggestions". Son livre, Mahomet. Contre-enquête, figure dans la bibliographie. Un ouvrage dont le sous-titre est : "Un despote contemporain, une biographie officielle truquée, quatorze siècles de désinformation". Or René Marchand a été plébiscité par le site Internet de l'association Occidentalis, auquel il a accordé un entretien et qui vante les mérites de son ouvrage. Un site dont "l'islamovigilance" veille à ce que "la France ne devienne jamais une terre d'islam". Qui affirme sans ambages qu'avant la fin du siècle, les musulmans seront majoritaires dans notre pays. Qui appelle ses visiteurs à combattre non le fondamentalisme islamique, mais bel et bien l'islam. Qui propose à qui veut les lire, depuis longtemps déjà, des passages entiers de l'Aristote au Mont Saint-Michel.

Les fréquentations intellectuelles de Sylvain Gouguenheim sont pour le moins douteuses. Elles n'ont pas leur place dans un ouvrage prétendument sérieux, dans les collections d'une grande maison d'édition.

Gabriel Martinez-Gros, Professeur d'histoire médiévale à l'université Paris-VIII
Julien Loiseau, Maître de conférences en histoire médiévale à l'université Montpellier-III
Le Monde
, (Le Monde des Livres) édition datée du 25 avril 2008

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Gabriel Martinez-Gros



une réponse de Sylvain Gouguenheim, auteur du livre

"On me prête des intentions que je n'ai pas"

- Sylvain Gouguenheim, comment réagissez-vous à la polémique suscitée par votre livre ?
9782020965415FS Je suis bouleversé par la virulence et la nature de ces attaques. On me prête des intentions que je n'ai pas. Pour écrire ce livre, j'ai utilisé des dizaines d'articles de spécialistes très divers. Mon enquête porte sur un point précis : les différents canaux par lesquels le savoir grec a été conservé et retrouvé par les gens du Moyen Age. Je ne nie pas du tout l'existence de la transmission arabe, mais je souligne à côté d'elle l'existence d'une filière directe de traductions du grec au latin, dont le Mont Saint-Michel a été le centre au début du XIIe siècle, grâce à Jacques de Venise. Je ne nie pas non plus la reprise dans le monde arabo-musulman de nombreux éléments de la culture ou du savoir grecs. J'explique simplement qu'il n'y a sans doute pas eu d'influence d'Aristote et de sa pensée dans les secteurs précis de la politique et du droit ; du moins du VIIIe au XIIe siècles. Ce n'est en aucun cas une critique de la civilisation arabo-musulmane. Du reste, je ne crois pas à la thèse du choc des civilisations : je dis seulement - ce qui n'a rien à voir - qu'au Moyen Age, les influences réciproques étaient difficiles pour de multiples raisons, et que nous n'avons pas pour cette époque de traces de dialogues telles qu'il en existe de nos jours.

Certains s'étonnent de vous voir citer et remercier René Marchand, auteur de pamphlets contre l'islam.
M. Marchand fait partie des gens qui ont attiré mon attention sur les problèmes de traduction entre l'arabe et le grec et sur les structures propres à la langue arabe. Voilà pourquoi je le remercie, parmi d'autres. Je l'ai cité en bibliographie car je me dois d'indiquer tous les articles et tous les livres que j'ai consultés. Cela ne fait pas de chaque volume cité un ouvrage de référence. Je m'étonne qu'on s'attarde sur ce point, alors que j'utilise de nombreux livres remarquables, dont ceux de Dominique Urvoy, de Geneviève Balty-Guesdon, ou d'autres spécialistes.

Comment expliquer que plusieurs mois avant sa parution, des extraits de votre livre se soient retrouvés sur un site d'extrême droite ?
J'ai donné depuis cinq ans - époque où j'ai "découvert" Jacques de Venise - des extraits de mon livre à de multiples personnes. Je suis totalement ignorant de ce que les unes et les autres ont pu ensuite en faire. Je suis choqué qu'on fasse de moi un homme d'extrême droite alors que j'appartiens à une famille de résistants : depuis l'enfance, je n'ai pas cessé d'être fidèle à leurs valeurs.

Propos recueillis par Jean Birnbaum


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Quelques réactions des abonnés du Monde.fr

HENRI B.
26.04.08 | 10h41

Comment se fait-il que Roger Pol Droit ne réponde pas ? Pourquoi Birnbaum doit-il s'y coller ? Encore une bourde éditoriale de Monde...

CLAUDE W.
25.04.08 | 13h32

J'ajoute ne pas bien comprendre la vindicte des deux historiens (G.Martinez-Gros et J.Loiseau) ; la façon dont ils prennent argument de certaines utilisations du livre par une officine anti-islamique n'est pas des plus honnêtes. Le style Caroline Fourest, dont nombre de dénonciations sont fondées sur des amalgames peu probants mais rudement interprétés, commence à faire beaucoup d'émules. Je suis étonné d'ailleurs que Le Monde ouvre si généreusement ses colonnes à cette personne.

CLAUDE W.
25.04.08 | 13h23

Que se passe-t-il au Seuil ? Alain de Libera n'y est-il pas directeur de collection ? Pourquoi alors ce règlement de comptes,ces accusations fortes ('plaisant exercice d'histoire fiction')? Quant au Monde, la recension du livre était dotée d'un titre grossier, outrancier, et l'entame de l'article fort maladroite. Pour autant, la thèse était présentée avec des nuances. Mieux distinguer héritages scientifiques et héritages philosophiques (ou culturels au sens large) éviterait une part de confusion.

anne-marie l.
25.04.08 | 10h28

J'ignorais la possibilité de réagir en (500 X 2) signes! Je persiste, resigne et précise: Votre censure porte sur les arguments fournis par les "quarante" et Alain de Libera (que tout lecteur et moi-même,connaissant quelques uns de leurs travaux et publications, souhaitions lire). On ne peut ignorer les enjeux "cosmopolitiques", hélas guerriers, de cette "polémique". Les "clercs-croisés" (intellectuels, artistes et journalistes)peuvent "matraquer" l'opinion et pour quels plats de lentilles...

anne-marie l.
25.04.08 | 08h16

La moindre déontologie intellectuelle et journalistique, certes "archaïque", eût exigé du Monde des Livres de faire paraître les textes des universitaires-chercheurs (ou version réduite acceptée par eux). Or vous faites un montage de citations de style "pipolisant", redonnez de la place à Gougenheim, pauvre victime, condescendez, certes, à publier texte d'historiens censés "résumer" les textes censurés par vous. 0/20 à votre copie (déontologie et confusion entre pub et esprit critique).aml




Landerneau terre d'Islam, par Alain de Libera

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Alain de Libera est directeur d’études à l’École pratique des hautes études, Professeur ordinaire à l’université de Genève, Vice-président de la Société internationale pour l’étude de la philosophie médiévale, Directeur de la collection Des Travaux aux Éditions du Seuil.

 

En 1857, Charles Renouvier faisait paraître Uchronie (l’utopie dans l’histoire) : esquisse historique apocryphe du développement de la civilisation européenne tel qu’il n’a pas été, tel qu’il aurait pu être. L’histoire alternative (What-if history) était née. Ce qui s’énonce sous le titre Et si l’Europe ne devait pas ses savoirs à l’Islam ? pourrait annoncer un plaisant exercice d’histoire fiction. Le public du Monde se voit au contraire offrir l’éloge d’une histoire réelle, étouffée par les « réjugés de l’heure» et les «convictions devenues dominantes ces dernières décennies», en suivant (au choix) «Alain de Libera ou Mohammed Arkoun, Edward Saïd ou le Conseil de l’Europe». L’« étonnante rectification » à laquelle le « travail » (mirabile dictu !) récemment publié aux Éditions du Seuil soumet les thèses de la nouvelle Bande des Quatre, autrement dit : une vulgate « qui n’est qu’un tissu d’erreurs, de vérités déformées, de données partielles ou partiales », vient de loin. Elle courait depuis beau temps sur les sites néoconservateurs, traditionnalistes ou postfascistes stigmatisant pêle-mêle mon « adulation irrationnelle » et ma « complaisance » pour l’« Islam des Lumières » ou le « mythe de l’Andalousie tolérante », sans oublier l’accumulation de « mensonges destinés à nous anesthésier » (« on ne nous dit jamais que les textes grecs ont été traduits par des Chrétiens d’Orient, à partir du syriaque ou directement du grec » ; on nous cache soigneusement que « ni Avicenne, ni Averroès ne connaissaient le grec », comme, serais-je tenté de dire, on ne nous dit pas volontiers qu’il en allait de même pour Pierre Abélard, Albert le Grand, Thomas d’Aquin ou Guillaume d’Ockham)

Après l’extraordinaire publicité faite à Aristote au Mont-saint-Michel, « nous » voilà définitivement débriefés. L’univers des blogs souffle : le « lavage de cerveau arabolâtre » par une « triste vulgate universitaire de niveau touristique », «tiers-mondiste» et «néostalinienne» n’opérera plus sur «nous». Les médiévistes, eux, ont du mal à respirer. Si détestable soit l’air ambiant, leurs réponses viendront. Étant nommément mis en cause, je me crois autorisé ici à quelques remarques personnelles, supposant que «le Conseil» incriminé ne se manifestera guère, non plus qu’Edward Saïd mort en 2003, et espérant que mon ami Mohammed Arkoun trouvera le moyen de se faire entendre.

Si Ernest Renan a cru bon d’écrire en 1855 que « les sémites n’ont pas d’idées à eux », aucun chercheur virtuellement mis au ban du « courage » intellectuel par l’article paru le 3 avril 2008 dans Le Monde n’a jamais parlé d’une « rupture totale entre l’héritage grec antique et l’Europe chrétienne du haut Moyen Âge », ni soutenu que la « culture grecque avait été pleinement accueillie par l’islam », ni laissé entendre que « l’accueil fait aux Grecs fut unanime, enthousiaste » ou «capable de bouleverser culture et société islamiques». Aucun historien des sciences et des philosophies arabes et médiévales n’a jamais présenté « le savoir philosophique européen » comme « tout entier dépendant des intermédiaires arabes » ni professé qu’un « monde islamique du Moyen Âge, ouvert et généreux » soit venu « offrir à l’Europe languissante et sombre les moyens de son expansion ». La vulgate dénoncée dans Le Monde n’est qu’un sottisier ad hoc, inventé pour être, à peu de frais, réfuté

En ce qui me concerne, j’ai, en revanche, «répété crescendo» depuis les années 1980 que le haut Moyen Âge latinophone avait préservé une partie du corpus philosophique de l’Antiquité tardive, distingué deux âges dans l’histoire de la circulation des textes d’Orient (chrétien, puis musulman) en Occident, l’âge gréco-latin et l’arabo-latin, marqué la différence entre «philosophie en Islam» et «philosophie de l’islam», mis en relief le rôle des Arabes chrétiens et des Syriaques dans « l’acculturation philosophique des Arabes » et souligné la multiplicité des canaux par lesquels les Latini s’étaient sur la « longue durée » (le «long Moyen Âge» cher à Jacques Le Goff) réapproprié une partie croissante de la pensée antique.

Un historien, dit Paul Veyne, «raconte des intrigues», qui sont « autant d’itinéraires qu’il trace » à travers un champ événementiel objectif «divisible à l’infini» : il ne peut «décrire la totalité de ce champ, car un itinéraire doit choisir et ne peut passer partout» ; aucun des itinéraires qu’il emprunte «n’est le vrai», aucun «n’est l’Histoire». Les mondes médiévaux complexes, solidaires, conflictuels dont j’ai tenté de décrire les relations, les échanges et les fractures ne sauraient s’inscrire dans une hagiographie de l’Europe chrétienne, ni s’accommoder de la synecdoque historique qui y réduit l’Occident médiéval : il y a un Occident musulman et un Orient musulman comme il y a un Orient et un Occident chrétiens, un kalam (le nom arabe de la «théologie») chrétien, juif, musulman.

Vue dans la perspective de la translatio studiorum, l’hypothèse du Mont-saint-Michel, « chaînon manquant dans l’histoire du passage de la philosophie aristotélicienne du monde grec au monde latin » hâtivement célébrée par l’islamophobie ordinaire, a autant d’importance que la réévaluation du rôle de l’authentique Mère Poulard dans l’histoire de l’omelette.

Pour construire mon propre itinéraire, j’ai utilisé, en l’adaptant, l’expression de translatio studiorum (transfert des études) pour décrire les transferts culturels successifs qui, à partir de la fermeture de la dernière école philosophique païenne, l’école néoplatonicienne d’Athènes, par l’empereur chrétien Justinien (529), ont permis à l’Europe d’accueillir les savoirs grecs et arabes dans ses lieux et institutions d’enseignement. L’homme dont le nom «mériterait de figurer en lettres capitales dans les manuels d’histoire culturelle», Jacques de Venise, que tout le monde savant connaît grâce à Lorenzo Minio Paluello et l’Aristoteles Latinus, figure en bas de casse dans l’index de mon manuel de Premier cycle, désormais (providentiellement) rebaptisé Quadrige, où il occupe plus de deux lignes, comme celui, au demeurant, de Hunayn Ibn Ishaq. Les amateurs de croisades pourraient y regarder avant d’appeler le public à la grande mobilisation contre les sans-papiers

Vue dans la perspective de la translatio studiorum, l’hypothèse du Mont-saint-Michel, «chaînon manquant dans l’histoire du passage de la philosophie aristotélicienne du monde grec au monde latin» hâtivement célébrée par l’islamophobie ordinaire, a autant d’importance que la réévaluation du rôle de l’authentique Mère Poulard dans l’histoire de l’omelette. Le sous-titre de l’ouvrage paru dans la collection «L’Univers historique» est plus insidieux. Parler des «racines grecques de l’Europe chrétienne» n’est pas traiter des «racines grecques du Moyen Âge occidental latin». On ne peut annexer Byzance ni à l’une ni à l’autre. Les interventions de Charlemagne dans la «querelle des images», le schisme dit «de Photios», le sac de Constantinople par les «Franks», le nom byzantin des «croisés», le Contra errores Graecorum ne plaident guère en faveur d’une réduction des christianismes d’Orient et d’Occident à une Europe chrétienne étendue d’Ouest en Est.

Quant aux fameuses «racines grecques» opposées à l’« hellénisation superficielle de l’Islam », faut-il encore rappeler que la philosophia a d’abord été présentée comme une science étrangère («du dehors») chez les Byzantins avant de l’être chez les penseurs juifs et musulmans, l’appellation de « science étrangère » – étrangère à la Révélation et au «nous» communautaire qu’elle articule – étant née à Byzance, où la philosophie a été longtemps qualifiée de «fables helléniques» ? Faut-il encore rappeler que si les chrétiens d’Occident se sont emparés de la philosophie comme de leur bien propre, ce fut au nom d’une théorie de l’acculturation formulée pour la première fois par Augustin, comparant la sagesse des païens et la part de vérité qu’elle contient à l’or des égyptiens légitimement approprié par les Hébreux lors de leur sortie d’Égypte (Ex 3, 22 et Ex 12, 35) ?

Je «nous» croyais sortis de ce que j’ai appelé il y a quelques années, dans un article du Monde diplomatique : la «double amnésie nourissant le discours xénophobe». Voilà, d’un trait de plume, la falsafa redevenue un événement marginal, pour ne pas dire insignifiant, sous prétexte que «l’Islam ne s’est pas véritablement hellénisé». Averroès ne représente qu’Ibn Rushd, Avicenne qu’Ibn Sina, c’est-à-dire « pas grand-chose, en tout cas rien d’essentiel ». Encore un pas et l’on verra fanatiques religieux et retraités pavillonnaires s’accorder sur le fait que, après tout, l’Europe chrétienne qui, bientôt, n’aura plus de pétrole a toujours eu les idées. J’ai assez dénoncé le «syndrome de l’abricot» pour ne pas jouer la reconnaissance de dette contre le refus de paternité ni tout confondre dans la procédure et la chicane accompagnant tout discours de remboursement. Le lieu commun consistant à recommencer l’inlassable inventaire des emprunts de l’Occident chrétien au monde arabo-musulman n’a pas d’intérêt, tant, du moins, qu’il ne s’inscrit pas dans une certaine vision philosophique et culturelle de l’histoire européenne. De fait, aller répétant que le mot français abricot vient de l’espagnol albaricoque, lui même issu de l’arabe al-barqûq (« prune ») ne changera rien au contexte politique et idéologique teinté d’intolérance, de haine et de refus que vit une certaine Europe – sans parler évidemment des États-Unis d’Amérique – par rapport à l’Islam. Qu’elle soit ou non « étrangère », reste que la philosophie n’a cessé de voyager. C’est la longue chaîne de textes et de raison(s) reliant Athènes et Rome à Paris ou à Berlin via Cordoue qui a rendu possibles les Lumières : Mendelssohn lisait Maïmonide, qui avait lu Avicenne, qui avait lu Alfarabi, et tous deux avaient lu Aristote et Alexandre d’Aphrodise et les dérivés arabes de Plotin et de Proclus.

Le « creuset chrétien médiéval », «fruit des héritages d’Athènes et de Jérusalem», qui a «créé, nous dit Benoît XVI, l’Europe et reste le fondement de ce que, à juste titre, on appelle l’Europe», est d’un froid glacial, une fois « purifié » des « contributions » des traducteurs juifs et chrétiens de Tolède, des Yeshivot de « sciences extérieures » de l’Espagne du Nord, où les juifs, exclus comme les femmes des universités médiévales, nous ont conservé les seuls fragments attestés d’une (première) version arabe du Grand Commentaire  d’Averroès sur le De anima d’Aristote. Combien de manuscrits judéo-arabes perdus à Saragosse ? Combien de maîtres oubliés ? Autant peut-être que dans les abbayes bénédictines normandes du haut Moyen Âge. Je confie à d’autres le soin de rappeler aux fins observateurs des « tribulations des auteurs grecs dans le monde chrétien » que la Métaphysique d’Aristote a été traduite en arabe et lue par mille savants de l’Inde à l’Espagne, qu’un livre copié, a contrario, ne fait pas un livre lu, que la mise en latin de scholies grecques trouvées telles quelles dans le manuscrit de l’œuvre que l’on traduit n’est pas nécessairement une « exégèse » originale, qu’il a existé des Romains païens, que les adversaires musulmans de la falsafa étaient tout imprégnés des philosophies atomistes reléguées au second plan dans les écoles néoplatoniciennes d’Athènes et d’Alexandrie, et bien d’autres choses encore

Les médias condamnent les chercheurs au rôle de Sganarelle, réclamant leurs gages, seuls, et passablement ridicules, sur la grande scène des pipoles d’un jour. Je n’ai que peu de goût pour ce rôle, et ne le tiendrai pas. Je pourrais m’indigner du rapprochement indirectement opéré dans la belle ouvrage entre Penser au Moyen Âge et l’œuvre de Sigrid Hunke, «l’amie de Himmler», appelant les amateurs de pensée low cost à bronzer au soleil d’Allah. Je préfère m’interroger sur le nous ventriloque réclamant pour lui seul l’usufruit d’un Logos benoîtement assimilé à la Raison : nous les «François de souche», nous les «voix de la liberté», nous les «observateurs de l’islamisation», nous les bons chrétiens soucieux de ré-helléniser le christianisme pour oublier la Réforme et les Lumières. Je ne suis pas de ce nous-là.

Méditant sur les infortunes de la laïcité, je voyais naguère les enfants de Billy Graham et de Mecca-Cola capables de sortir enfin de l’univers historique du clash des civilisations. Je croyais naïvement qu’en échangeant informations, récits, témoignages, analyses et mises au point critiques, nous, femmes et hommes de sciences, d’arts ou de savoirs, aux expertises diverses et aux appartenances culturelles depuis longtemps multiples, nous, citoyens du monde, étions enfin prêts à revendiquer pour tous, comme jadis Kindi pour les Arabes, le «grand héritage humain». C’était oublier l’Europe aux anciens parapets. La voici qui, dans un remake qu’on voudrait croire involontaire de la scène finale de Sacré Graal, remonte au créneau, armée de galettes «Tradition & Qualité depuis 1888». Grand bien lui fasse. Cette Europe-là n’est pas la mienne. Je la laisse au «ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale» et aux caves du Vatican.

Alain de Libera
Publié le lundi 28 avril 2008 à 19h36 - Télérama

à lire - Alain de Libera :

 

- La philosophie médiévale, "Que sais-je ?", n° 1044, P.U.F.
- Penser au Mouen Âge, éd. du Seuil (Points).
- Averroès et l'averroïsme, "Que sais-je ?", n° 2631, [en collaboration avec M.-R. Hayoun], P.U.F


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résumé du livre, par l'éditeur

On considère généralement que l'Occident a découvert le savoir grec au Moyen Âge, grâce aux traductions arabes.

Sylvain Gouguenheim bat en brèche une telle idée en montrant que l'Europe a toujours maintenu ses contacts avec le monde grec. Le Mont-Saint-Michel, notamment, constitue le centre d'un actif travail de traduction des textes d'Aristote en particulier, dès le XIIe siècle. On découvre dans le même temps que, de l'autre côté de la Méditerranée, l'hellénisation du monde islamique, plus limitée que ce que l'on croit, fut surtout le fait des Arabes chrétiens.

Même le domaine de la philosophie islamique (Avicenne, Averroès) resta en partie étranger à l'esprit grec. Ainsi, il apparaît que l'hellénisation de l'Europe chrétienne fut avant tout le fruit de la volonté des Européens eux-mêmes. Si le terme de "racines" a un sens pour les civilisations, les racines du monde européen sont donc grecques, celles du monde islamique ne le sont pas.



Sommaire du livre

      
PERMANENCES ÉPARSES ET QUÊTE DU SAVOIR ANTIQUE : LA FILIÈRE GRECQUE
- La Grèce et sa culture : un horizon pour l'Europe latine
- Conséquence : permanence et diffusion de la culture grecque dans l'Europe latine
- Conséquence : l'esprit des renaissances médiévales, IXe- XIIe siècle

SURVIE ET DIFFUSION DU SAVOIR GREC AUTOUR DE LA MÉDITERRANÉE : BYZANCE ET LES CHRÉTIENTÉS D'ORIENT
- Les grands centres du maintien de la culture antique
- L'œuvre scientifique des Syriaques
- Les grands hommes de la science gréco-chrétienne

LES MOINES PIONNIERS DU MONT-SAINT-MICHEL : L'ŒUVRE DE JACQUES DE VENISE
- Jacques de Venise, premier traducteur d'Aristote au XIIe siècle
- Les autres traductions greco-latines et leur diffusion

ISLAM ET SAVOIR GREC
- L'Islam face au savoir grec : accueil, indifférence ou rejet ?
- L'Islam et le savoir grec : le crible musulman
- Une hellénisation limitée

PROBLÈMES DE CIVILISATION
- Identités en question
- Perméabilité ?
- Antagonismes

      
Biographie de Sylvain Gouguenheim
Professeur d'histoire médiévale à l'ENS de Lyon, Sylvain Gouguenheim travaille actuellement sur l'histoire des croisades. Il a récemment publié Les Chevaliers teutoniques (Tallandier, 2008).

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mercredi 23 avril 2008

images de la France d'avant 1980

VidalLablacheDet




images de la France d'avant 1980




projet de base iconographique



département de l'Aude - carte postale


cpa_Aude_avec_carte


cpa_Aude_carte_seule


- sites touristiques


- produits de l'agriculture et de l'industrie


- villes mentionnées




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mardi 8 avril 2008

photographies en couleurs de Paris occupé

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place de la Concorde



l'exposition de photographies en couleurs

de Paris occupé


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Gérard Lefort

Photo. Réalisés entre 1940 et 1944 par André Zucca, employé du magazine nazi «Signal», les 270 clichés en couleurs, exposés sans contrepoint pédagogique à la Bibliothèque historique de la ville, déclenchent une polémique.

Les Parisiens sous l’Occupation, photographies d’André Zucca, Bibliothèque historique de la ville de Paris, 22, rue Mahler, 75004. Mar-dim de 11 heures à 19 heures. Jusqu’au 1er juillet. Rens. : 01 44 59 29 60. Catalogue Gallimard/Paris Bibliothèques, 176 pp., 35 €.

«Oh, une étoile jaune…», dit une dame d’un certain âge en se penchant sur un des 270 clichés actuellement exposés à la Bibliothèque historique de la ville de Paris sous le titre «les Parisiens sous l’Occupation». Cette exclamation a la valeur d’une surprise à double tranchant. De fait, si on voit tant que l’étoile est jaune sur le manteau d’un vieux monsieur saisi dans la rue des Rosiers, c’est parce que la photographie est en couleurs, alors que la plupart des images de Paris pendant la guerre sont en noir et blanc.

20080402zuccalunettesDe ce point de vue, l’exposition est saisissante, qui réunit les nombreuses photographies en couleurs prises par André Zucca entre 1940 et 1944. Le «choc» visuel est tout aussi puissant que celui qui nous frappa lorsque, il y a quelques années, réapparurent les premières archives filmées en couleurs du débarquement en Normandie, puis de la libération des camps de concentration. Soudain, la dernière guerre devenait familière et l’horreur, proche.

Fanfare. L’exposition fait cet effet troublant d’actualité. On scrute d’autant plus les visages, les vêtements, les gestes et les attitudes. Tous ces civils qui pourraient être nos grands-parents deviennent des proches. Et Paris, qu’on reconnaît d’hier à aujourd’hui, à quelques détails près. Mais ce sont justement ces petits détails, scrutés de plus près, qui glissent des cailloux dans la chaussure du visiteur. «Les Parisiens sous l’Occupation», ce sont aussi les «touristes», tous ces soldats allemands omniprésents, qu’ils défilent aux Champs-Elysées, donnent de la fanfare sur les marches de la Madeleine, prennent le métro ou chinent aux Puces de Clignancourt.

De ce point de vue, la couleur n’ajoute rien, sauf à vérifier que le drapeau nazi était bien rouge sang, que les auxiliaires féminines de l’armée allemande furent adéquatement surnommées «souris grises» puisque habillées de tailleurs gris, et que l’étoile jaune était donc bien d’un jaune vif pour les juifs contraints de la porter.

D’autres questions surgissent. D’abord sur l’identité de cet André Zucca, qui avait toute latitude pour prendre des photos en ville alors que c’était interdit, et, qui plus est, en couleurs en ces périodes de pénurie de tout. La tâche ne lui fut pas bien compliquée puisque Zucca était employé par le magazine Signal, organe de propagande nazie vantant, entre autres, la légendaire «correction» de la Wehrmacht dans les pays qu’elle occupait.

Vélo-Taxis. Dès lors, la banalité des soldats nazis dans le décor parisien prend une autre tournure, ainsi que l’apparente bonhomie des Parisiens qui, en ces temps, c’est bien connu, n’aimaient rien moins que flâner sur les grands boulevards, boire un demi à la Madeleine, aller au cinéma, à la foire du Trône, aux courses à Longchamp ou vaquer gentiment au quotidien de leur travail. Bref, le gai Paris comme si de rien n’était, augmenté du pittoresque attaché aux vélo-taxis ou aux chaussures à semelles compensées au pied des élégantes. Le tout fixé sur pellicule Agfacolor gracieusement offerte par les autorités nazies. Et sous un beau ciel bleu, car cette pellicule et le temps d’exposition exigeaient le plein soleil.

Certes, l’exposition rappelle de-ci de-là ces informations essentielles ; mais pas assez nettement, faut-il croire, puisqu’à l’entrée un avertissement imprimé sur feuille volante précise : «Il semble que ces photographies n’aient jamais été publiées, que son travail soit resté en marge de la commande faite par la Propaganda Staffel, bien que Zucca se soit interdit toute manifestation d’opposition à l’égard de l’occupant.»

Collabos. Reste qu’on se demande pourquoi les nazis auraient empêché des images aussi optimistes, qui confortent la propagande d’un Paris normalement «occupé». Dans une bibliothèque qui se veut «historique», un effort supplémentaire de pédagogie n’aurait pas été superflu en cette matière plus que délicate. Et plutôt que le contrepoint d’affiches de cinéma avec des vedettes françaises de l’époque (pour exprimer quoi ? Tous collabos ?), d’autres photos auraient été bienvenues, certes en noir et blanc, certes moins spectaculaires car le plus souvent «volées», qui évoquent, elles, sinon la minorité résistante (bien qu’on en connaisse d’excellentes sur l’armée des ombres parisienne), du moins le rationnement, la vie difficile, les arrestations et l’exécution des «francs-tireurs» (leurs noms étaient placardés dans les rues de la capitale), et surtout, à tout le moins, les rafles de femmes et d’enfants juifs à partir de l’été 1942.

Alors, deux photos d’étoile jaune sur 270 photographies exposées, c’est ou trop (alibi ?) ou pas assez (remords ?). L’expo n’en demeure pas moins fréquentable : elle rend tangible, presque physique, la stupeur d’être occupé et instille, hier comme aujourd’hui, une envie de résister.

Gérard Lefort, Libération, 8 avril 2008


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- lien d'actualité : l'article de Libération, 8 avril 2008

- autre article de Libération, 8 avril 2008

- lien d'actualité : article de Rue89.com

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quelques photographies d'André Zucca (1897-1973)



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étendard nazi rue de Rivoli, au fond le Louvre, à droite le jardin des Tuileries


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jardin du Luxembourg, mai 1942


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rue de Belleville, 1944


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photo : André Zucca © Zucca - BHVP - Roger-Viollet
(source)


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rue de Rivoli, l'étoile jaune est obligatoire depuis juin 1942


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bassin du jardin du Luxembourg


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zoo de Vincennes


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tandem-taxi se rendant à Longchamp en août 1943


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les Halles, juillet 1942


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quartier du Marais, rue des Rosiers :
l'étoile jaune sur la veste de l'homme au second plan


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cinéma Lux, place de la Bastille, film "Haut le vent" de J. de Baroncelli


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Pont de la Tournelle, habitant de Noisy-le-Sec sinistré tirant une charrette


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signalisations allemandes au marché aux Puces à Saint-Ouen


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esplanade du Palais e Chaillot


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la station de métro Marbeuf-Champs-Elysées, en 1943
(aujourd'hui Franklin-Roosevelt)


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hippodrome de Longchamp, en août 1943


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permissionnaires allemands aux Puces de Saint-Ouen
en septembre 1941


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par manque de cuir, les semelles sont en bois


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les guichets du Louvre, 1942


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jeune cycliste cours de Vincennes, 1941


autres photographies en couleurs


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photo : Sam Presser © Maria Austria Institut Amsterdam (source)


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autre articles de presse



L'ambiguïté des images de Paris sous l'Occupation

André Zucca, payé par les nazis, renvoie de la capitale une image déconcertante qui gomme le tragique de la situation

Une promenade presque sereine et en couleurs à travers le Paris occupé. C’est ce que semble proposer, jusqu'au 1er juillet 2008, la Bibliothèque historique de Paris avec les 250 clichés troublants d’un reporter de la revue nazie Signal.

André Zucca (1897-1973), après avoir été correspondant de guerre au côté de Joseph Kessel pour Paris-Soir, est réquisitionné par le magazine de propagande jusqu’à l’été 1944. Aucun cliché du photographe ne sera cependant publié, la revue préférant les scènes de guerre aux balades urbaines. Le poste d’André Zucca lui permet de profiter de la technologie allemande. Il est le seul Français à disposer de pellicules Agfacolor et offre des images couleur de Paris occupé.

Images de scènes oisives

Le spectateur suit pas à pas les déambulations du photographe à travers les rues aisées, du quartier de la Concorde aux quartiers populaires de Belleville. André Zucca ne s’arrête pas sur le rationnement et les queues interminables. Avec lui, Paris est heureux, s’amuse. Il photographie la mode, gros plans sur les semelles compensées des promeneuses, les loisirs, les sorties bondées des salles de cinéma.

Les animations festives n’ont pas disparu et ces images de scènes oisives dérangent, dévoilant un aspect inattendu de l’Occupation. L’historien Jean-Pierre Azéma rappelle que Joseph Goebbels ordonna aux fonctionnaires de la «Propaganda Staffel» de relancer «à tout prix» l’animation de la ville (1). Mais cela suffit-il à expliquer les thèmes choisis par André Zucca ?

Le photographe ne s’arrête pas à ce Paris flâneur mais dessine une œuvre propagandiste. Les drapeaux nazis, d’un rouge éclatant, flottent sur une profonde rue de Rivoli, quasiment vide. Dans le Marais, une femme marche le regard hagard et, au second plan, un homme barbu porte une étoile jaune…

Personnage ambivalent

La couleur rehausse le caractère tragique du personnage. André Zucca, qui n’utilisait pas de zoom mais se rapprochait de ses sujets, capte ce détail. Mais cette photographie n’est qu’une exception, seulement deux clichés de l’auteur représentant des juifs sont connus.

Une autre image montre un père de famille, accompagné de ses deux filles, tirant une charrette à la force de ses bras où s’entassent les vêtements et meubles qu’il a pu sauver. L’image n’a pas été prise au hasard : cet homme a subi le bombardement des Alliés, le 19 avril 1944. Plus ambiguë encore, cette photographie des Halles où des personnes âgées, habillées de noir, fouillent les poubelles.

Le personnage ambivalent d’André Zucca déconcerte. Jean Baronnet, commissaire de l’exposition, prend sa défense et soutient qu’«à la différence d’un Robert Capa, il n’appartenait à aucun cercle politique». Le photographe serait plutôt un individualiste forcené. Arrêté début octobre, inculpé de collaboration avec l’ennemi, il sera libéré grâce à l’intervention d’un adjoint du général de Lattre de Tassigny.

Il s’est ensuite caché du côté de Dreux, où il ouvrira une boutique de photographie, sous un pseudonyme. Le passé d’André Zucca n’enlève cependant rien à son talent. Ses clichés demeurent un témoignage impressionnant, mais un témoignage bien incomplet.

Jean-Baptiste Mouttet, lacroix.com




L’Occupation sous l’objectif d’André Zucca

Les Parisiens sous l’Occupation. Photographies en couleurs d’André Zucca, Bibliothèque historique de la Ville de Paris, jusqu’au 1er juillet. Catalogue : Jean Baronnet, préface Jean-Pierre Azéma, coédition Paris bibliothèques-Gallimard, 176 pages, 35 euros.

À l’occasion d’une exposition à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris paraît le très beau catalogue les Parisiens sous l’Occupation, dans lequel le cinéaste Jean Baronnet nous présente le travail en couleurs du photographe André Zucca. Il y aurait bien des choses à dire4_le_releve_de_la_garde_1941_credit_andre_zucca_bhvp_roger sur ces 200 clichés : il faudrait parler de Paris, bien sûr, des promenades que constituent ces photographies, du texte de Jean Baronnet, mêlant la grande histoire au souvenir d’enfance. Une exposition et un livre d’une grande richesse, où l’usage de la couleur et le regard porté sur cette période sont agréablement déroutants.

André Zucca (1897-1973) parcourt le globe comme reporter-photographe depuis plusieurs années quand la France vaincue est occupée. De 1941 à 1944, il travaille pour la revue de propagande allemande Signal, ce qui lui permet d’obtenir une carte de presse et fait de lui le seul Français à avoir à sa disposition les pellicules Agfacolor, invention allemande grande concurrente de la Kodacolor américaine.

Ces photographies, réalisées au gré de flâneries à travers la capitale, constituent un travail personnel, qui n’a pas été publié à l’époque. Zucca nous y montre le paisible quotidien de sa ville, où les uniformes de la Wehrmacht cohabitent sans tension avec des Parisiens sereins. Les files d’attente devant les cinémas, les extravagances vestimentaires de jeunes coquettes, les terrasses de café ensoleillées n’ont pas disparu alors que dans les rues fleurissent les croix gammées. Quant au rationnement, à la misère et aux étoiles jaunes, ils sont plus que discrets. La position idéologique d’André Zucca, dont le regard ne laisse transparaître aucune germanophobie, est certes ambiguë. Mais nous est offerte une vision qui, toute partiale et partielle qu’elle soit, rappelle que la vie a continué entre 1940 et 1944 et nous donne à redécouvrir toute la culture de l’époque : la mode, les acteurs en vogue, les loisirs des Parisiens ; autant de choses parfois oubliées, à l’instar du tandem-taxi ou des vendeurs de chansons.

La couleur rend cette période si familière que s’en dégage paradoxalement un sentiment d’étrangeté. Dans ce bond de plus de soixante ans en arrière nous est dévoilé un Paris parfois presque vide, que nous connaissons sans vraiment le reconnaître. Et si le noir et blanc habituel des clichés de cette époque tend à rejeter la scène saisie dans un temps révolu et lointain, la couleur la réactualise avec force, la rapproche de nous, la rend à la réalité. Témoignage captivant, les Parisiens sous l’Occupation représente tout autant un voyage dans le temps qu’une invitation à penser le rapport que nous entretenons, individuellement et collectivement, à notre histoire.

Clémentine Hougue, l'Humanité, 5 avril 2008



Comment a échoué une exposition critique

des photos de Paris occupé
   

La polémique autour de l'exposition du photographe André Zucca (1897-1973), présentée à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP) jusqu'au 1er juillet sous le titre "Les Parisiens sous l'Occupation", ne cesse de rebondir.

Depuis quinze jours, plusieurs voix dénoncent un accrochage qui ne révèle que de jolies bluettes en couleurs et masque à la fois la réalité dramatique de l'époque et le fait qu'il s'agit de photos de propagande réalisées par un auteur au service du bimensuel allemand et nazi Signal.

La municipalité vient de supprimer des rues les affiches sur une exposition que Christophe Girard, adjoint (PS) au maire de Paris chargé de la culture, qualifie d'"indécente" et apparente à du "révisionnisme mondain".

Pourtant, Le Monde peut aujourd'hui révéler qu'une exposition André Zucca d'une tout autre ambition, conçue au début des années 2000 au sein même de la BHVP, fruit d'un long travail sur les archives, et qui visait à montrer toutes les facettes du personnage, a été préparée avant d'être abandonnée.

En 1986, le fonds Zucca - 22 000 négatifs dont 6 000 sur la période d'Occupation (1 058 en couleur) - est acheté 500 000 francs par la BHVP. Pendant trois ans, Liza Daum, de la BHVP, réalise l'inventaire de l'oeuvre, qui court des années 1930 à 1970. Cette dernière s'associe ensuite à Evelyne Desbois, chercheuse au CNRS, pour travailler, pendant trois ans, à une exposition et à un livre sur Zucca à la demande de Nicole Zucca, fille du photographe.

Mais au moment de finaliser, c'est le clash. "Nicole Zucca voulait minimiser la période de collaboration de son père", dénonce Evelyne Desbois. Cette accusation est reprise par Sylvie Quesemand-Zucca, veuve du photographe et cinéaste Pierre Zucca (1943-1995), fils d'André. Liza Daum, pour sa part, a refusé de répondre à nos questions, par devoir de réserve.

Nicole Zucca réfute l'accusation. Elle affirme que ce sont Liza Daum et Evelyne Desbois qui ont renoncé au livre et donc au projet. Elle dit même regretter le "minimalisme" de l'accrochage actuel et la "faiblesse" des légendes. Pourtant Nicole Zucca signe, dans le catalogue de l'exposition de la BHVP, une courte biographie de son père pour le moins complaisante. Jean Dérens, directeur de la BHVP - il part à la retraite le 27 avril -, dit que "Daum et Desbois ont arrêté le projet à la suite d'une mésentente familiale".

Le regard que porte Nicole Zucca sur son père semble loin de celui de son frère Pierre, si l'on en croit les films que ce dernier a réalisés, notamment Vincent mit l'âne dans un pré (1975), dédié "à tous les menteurs". Son père est visé en priorité. "Pierre se posait beaucoup de questions, raconte Sylvie Zucca. Il disait que son père était mythomane et antisémite." Elle ajoute qu'elle n'a été associée en rien à l'exposition. "Quand j'ai vu ces photos de propagande transformées en documentation de quartier, j'étais en colère."

Si l'exposition actuelle a provoqué une telle indignation, c'est qu'avant que ne soit ajoutée, récemment, une feuille d'explication à l'entrée, le contexte de propagande était minimisé : il n'était pas indiqué que Signal était un bimensuel allemand et nazi, pas un numéro de Signal ne figure dans l'exposition, et les légendes sont justes topographiques.

"C'est la fascination de découvrir un Paris inédit et en couleurs qui est mise en avant", expliquent Evelyne Desbois, Sylvie Zucca, mais aussi l'historienne Françoise Denoyelle, auteur de La Photographie d'actualité et de propagande sous le régime de Vichy (CNRS éditions, 2003). "L'exposition transforme Zucca en Doisneau de l'Occupation", s'indigne cette dernière.

Jean Dérens se justifie en expliquant que ces photos en couleurs n'ont pas été publiées dans Signal et suggère que Zucca a pu voler les pellicules couleur aux Allemands. Cette position indigne Sylvie Zucca, qui a appelé Jean Dérens au téléphone. "Il m'a raccroché au nez." Françoise Denoyelle est également choquée : "On laisse entendre que Zucca pouvait se promener et photographier à sa guise. C'est une plaisanterie." Elle ajoute : "Ce qu'ont fait les photographes français pendant l'Occupation reste tabou."

Cette exposition est réalisée par Jean Baronnet, un cinéaste qui n'est pas un spécialiste de la photo ni de la période de l'Occupation. "Baronnet a un œil", justifie Jean Dérens, qui ne "regrette rien". Mais M. Baronnet, qui n'a consulté, pour son projet, ni Françoise Denoyelle ni les auteurs du premier projet Zucca, affirme que "surinformer les visiteurs, c'est les prendre pour des imbéciles".

L'historien Jean-Pierre Azéma, auteur d'une préface dans le livre, dit, très énervé, qu'il n'est "pour rien" dans cette exposition, et reproche trois choses à l'accrochage : trop de photos, des légendes "indigentes", et un titre "qui aurait dû être "Des" Parisiens sous l'Occupation et non "Les" Parisiens".

Michel Guerrin
article paru dans Le Monde daté du 25 avril 2008


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ressources bibliographiques


Photo_sous_Vichy_Denoyelle_couv

La photographie d'actualité et de propagande
Françoise Denoyelle, CNRS Éditions – 512 pages – 39 €

Françoise Denoyelle, professeur à l’ENS Louis Lumière et enseignant-chercheur au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines, publie, chez CNRS Éditions, La photographie d'actualité et de propagande sous le régime de Vichy.

Le régime de Vichy est parmi  tous les gouvernements français celui qui a le plus utilisé la photographie comme vecteur de propagande. Les portraits de Pétain, les reportages sur ses voyages entretiennent le culte du Maréchal. Paradoxalement aucune étude d’envergure n’avait été entreprise sur les conditions de réalisation des images et d’exploitation du médium.

Françoise Denoyelle détermine dans quels cadres politique, législatif, économique et commercial la photographie d’actualités et de propagande s’est développée et a évolué de septembre 1939 à la Libération de Paris. Elle analyse le fonctionnement des mécanismes décisionnels, les moyens techniques mis en œuvre et les obstacles rencontrés par les officines de propagande et par le Service central photographique de Vichy dirigé par Georges Reynal, ardent serviteur de Pétain et résistant opposé à l’occupation des Allemands.

De nouvelles structures gouvernementales et privées diffusent la propagande, mais les agences anciennes comme France Presse Voir, Fulgur, Lapi, SAFRA et Trampus ou nouvellement créées comme ABC, DNP, Fama, Nora et Silvestre fournissent l’essentiel des photographies de presse et de propagande. Seule l’agence Keystone participe à la Résistance.Les autres prospèrent sans état d’âme, plus soucieuses de rentabilité que d’idéologie.

Alors que l’élite de l’École de Paris a émigré ou se cache, aucun photographe d’envergure n’émerge. Les chantres du régime sont souventdes photographes besogneux. Le plus brillant, André Zucca,devient le correspondant du magazine nazi Signal. Françoise Denoyelle montre comment la profession, constituée de boutiquiers, d’artisans et de studios, par le biais de ses instances dirigeantes, participe à la spoliation des photographes juifs, soit 10 % des professionnels parisiens, et s’accorde, à la Libération, un certificat de bonne conduite.

Contact  : Hermine Videau-Falgueirettes CNRS Éditions - tél 01 53 10 27 12
hermine.videau-falgueirettes@cnrseditions.fr

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réplique du commissaire de l'exposition


Les couleurs des années noires

parlent d’elles-mêmes

Jean Baronnet,  cinéaste et commissaire d’exposition

 

J’ai envoyé le 11 avril à Paris Bibliothèques une lettre de protestation concernant les changements effectués à mon insu dans les installations de l’exposition des photos d’André Zucca, changements qui sont contraires aux termes du contrat qui me lie à cet organisme. Monsieur Girard, responsable culturel à la mairie de Paris, regrettait, le 20 avril, particulièrement le titre de l’exposition de photos de Zucca, «Les Parisiens sous l’Occupation», devenu depuis : «Des Parisiens sous l’Occupation».

Étrange, car le premier de ces titres me semblait, à moi aussi qui suis le commissaire de l’exposition, imprécis ; je préférais celui que j’avais proposé, «Les couleurs des années noires», et qui m’a été refusé. Par qui ? Tant de gens participent à l’élaboration d’une exposition comme celle-ci que je l’ignore encore. Le désir de pédagogie de la mairie de Paris est comparable à celui dont on me parlait si souvent à la télévision : honorable, certes, mais toujours guidé par l’idée que le public sait peu de choses et qu’il est bon de l’instruire. Ce serait acceptable si le niveau culturel de nos instructeurs était supérieur à celui du public, ce qui n’est, hélas, pas toujours le cas.

Je parlerai peu de l’exposition précédente dont j’étais le commissaire, «Regard d’un Parisien sur la Commune», sauf pour citer Paris Bibliothèques : «Vous ne savez pas parler au vaste public qui est le nôtre.» Affirmation contredite par le grand succès du livre et de l’exposition. Il m’est apparu que pour l’exposition actuelle, les textes qui ont été demandés à Jean-Pierre Azéma, remplissaient cette fonction d’informer le public de l’histoire de l’Occupation. Instruit par l’expérience précédente, je me voyais mal raconter une histoire de l’Occupation lisse et sans scorie, qui serait comme un film de Walt Disney, conçue pour les grands et les petits ; une histoire sans trop de communistes, ni de groupe Manouchian, une histoire dans laquelle on parlerait de Jean Moulin, mais sans évoquer ceux qui l’ont livré à Klaus Barbie.

Je n’ai donc pas rédigé ces textes dont la fonction aurait été de «contextualiser» ces images et me suis abstenu également de placer à l’entrée les quelques instructions, (en plusieurs langues), qui auraient permis de reconnaître immédiatement une photo normale d’une photo faite par un collaborateur. J’ai préféré laisser au public le soin d’en juger par lui-même. Certaines critiques surprennent car elles recopient celles qui les ont précédées : il n’y a que deux étoiles jaunes… une seule file d’attente… pas de résistants photographiés… il fait beau… trop beau… Paris se baigne alors que… Y avait-il un quota des queues à respecter ? Y aurait-il une «ligne générale» qui se doit d’être suivie ? Delfeil de Ton tranche et va contre cet unisson, en disant : «Deux photos d’étoiles jaunes ? Une seule suffit, elle dit tout.»

Ce parti pris de suivre aveuglément un courant va jusqu’à l’absurde. Une historienne déclare à France Inter : «Je n’ai pas vu l’exposition, mais j’ai lu le livre ; nulle part on ne dit que Signal était un journal de propagande.» Je lis à la page 7 de ce livre ce qu’en dit Azéma, dans sa préface : Signal était un magazine de propagande, mais bien fait, à base de photos lisibles, vantant la puissance de la Wehrmacht.

Un historien souligne la maladresse du commissaire qui prétend que Zucca a été jugé et écarté de sa profession par ses collègues ; ils auraient fait, eux aussi, des photos pour des journaux subventionnés par les Allemands. C’est, hélas, malheureusement vrai ; il n’est que de lire les dernières pages du livre écrit en 2003 par Françoise Denoyelle : la Photographie d’actualité et de propagande sous le régime de Vichy, pour trouver la liste de ceux qui travaillaient durant l’Occupation et le nombre de leurs photos éditées. On y trouve les noms de photographes qui seront célèbres après la guerre. Une photo et sa légende sont considérées comme particulièrement ignobles ; il s’agit de la Rue de Rivoli. La couleur rouge du drapeau nazi exalte, dit-on, la puissance de l’occupant, c’est donc une photo de propagande.

Pourtant, on a pu voir depuis soixante-trois ans une photo célèbre, couverture du livre Paris sous la botte nazie, qui est le contrechamp de la photo en couleur de Zucca ; elle est fortement «contextualisée» car on indique aux lecteurs «qu’elle a été prise à l’insu de l’occupant et au péril de la vie de l’opérateur». Autre aspect d’une mystification : la photo d’une affiche de propagande pour la Légion des volontaires français (LVF). Reproduite maintes fois, elle devient, quand elle est photographiée en couleur par Zucca, une photo de propagande pour s’engager dans la LVF. Miracle sémantique. Constatons que trop souvent une photo n’est pas regardée pour ce qu’elle représente mais pour ce que l’on désire qu’elle représente.

A l’inverse, celui qui observe attentivement ces photos comprendra, sans discours, la misère de ce temps. Il reste de cette exposition un parcours hétéroclite dont les panneaux et les textes changent au jour le jour. La mairie de Paris vient d’inventer un nouveau concept d’exposition, celui de l’exposition à présentations variables ; happening permanent dont les variations deviennent un intéressant sujet d’étude.

À ceux qui me prêtent des idées qui ne sont pas les miennes, je voudrais préciser que mes deux documentaires sur l’Histoire du mandat français au Liban et en Syrie (1918-1945) ont été différés pendant deux ans et finalement diffusés, l’un à minuit, l’autre à une heure du matin ; totalement incorrects politiquement, je le crains. J’en profite pour dire que le film que j’ai fait avec Colette Castagno sur Germaine Tillon, Je me souviens, passe au musée de l’Homme le 21 juin à 17 heures.

Jean Baronnet
auteur de Communards en Nouvelle-Calédonie,
Mercure de France, 1987.
source : Libération, 8 mai 2008







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mercredi 2 avril 2008

calcul des taux démographiques

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calcul des taux démographiques

population française

 

Ci-dessous, les formules pour calculer les taux démographiques - de croissance, de natalité, de mortalité - à partir des données quantifiées :

Diapositive1
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Attention ! Les taux de natalité sont exprimés en ‰ (pour mille) et non en % (pour cent).
Pourquoi ? Tout simplement parce que les résultats seraient fréquemment inférieurs à zéro. Par exemple, le taux de croissance de la population en France en 2007 serait de 0,45%. Comme il est plus simple de manier et de retenir des nombres dont l'unité n'est pas inférieure à zéro, on choisit le "pour mille" : 4,5‰.

rappel de l'opération :

Diapositive1
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Un produit en croix permet de calculer une inconnue (x) à partir de trois données connues. Il comporte quatre éléments identifiés par leur position géométrique : en haut à gauche et en bas à droite, les extrêmes ; en haut à droite et en bas à gauche, les milieux.

Quand l'élément inconnu est un milieu, on fait le produit des deux extrêmes (on les multiplie l'un par l'autre) et on divise le résultat par le milieu qui reste.

On peut aussi se repérer par les diagonales : la diagonale des éléments connus (ici : 290 000 et 100), appelée aussi "diagonale complète", et la diagonale qui ne compte qu'un seul élément connu (ici : 63 800 000). Pour trouver le x, il faut multiplier entre eux les éléments de la diagonale complète et diviser le résultat obtenu par l'élément connu de la diagonale incomplète. C'est la même opération que ci-dessus mais décrite différemment, ce qui permet peut-être de mieux la mémoriser.

M. Renard

 

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jeudi 27 mars 2008

France : l'espace agricole

France_agricole_image_1moisson_bl__Beauce


l'agriculture et l'espace agricole

en France



1) géographie de l'agriculture française

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cliquer sur la carte pour l'agrandir et l'imprimer

source de cette carte



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source de cette carte




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2) les progrès de l'agriculture


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cliquer sur l'image pour l'agrandir et l'imprimer


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3) les outils de la modernisation


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femme conduisant un tracteur, années 1960-1970
(source crdp Limousin)


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industrie agroalimentaire


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usage de produits phytosanitaires


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arrosage d'un champ de maïs
à Saint-Sauvant dans la Vienne


Irrigation_ma_s_marais_poitevin
irrigation du maïs dans la plaine bordière
du marais poitevin (Deux-Sèvres)

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4) les productions


balleronde


















les céréales

2006 : 61,6 M. t
2007 : 59,2 M. t.

les céréales comprennent : le blé tendre (30,7 M. t.), le blé dur (1,9 M. t.), le seigle, l'orge et l'escourgeon (9,4 M. t.), l'avoine, le maïs (14,4 M. t.), etc.

les oléagineux

2006 : 5,7 M. t
2007 : 6,1 M. t.

les oléagineux comprennent : le colza (4,6 M. t.), le tournesol (1,3 M. t.), le soja, le lin oléagineux, etc.

les protéagineux

2006 : 1,3 M. t
2007 : 0,8 M. t.

les protéagineux comprennent : les féveroles (fèves), les pois protéagineux, le lupin doux.

à suivre...


source de ces chiffres : ministère
de l'Agriculture et de la Pêche - site Agreste

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5) documentation

agriculture_intensive










Qu’est-ce que la politique agricole commune (PAC) ?

La politique agricole commune (PAC) est la plus ancienne et la plus importante des politiques communes de l’UE (45 % du budget européen). Créée par le traité de Rome en 1957, elle a été mise en place en 1962. Ses objectifs sont :

  • d’accroître la productivité de l’agriculture ;
  • d’assurer un niveau de vie équitable à la population agricole ;
  • de stabiliser les marchés ;
  • de garantir la sécurité des approvisionnements ;
  • d’assurer des prix raisonnables aux consommateurs.

Depuis, s’y sont ajoutés les principes de respect de l’environnement et de développement rural.

Le Conseil de l’Union européenne (Conseil des ministres) adopte les actes de bases de la PAC et la section Garantie du FEOGA (Fonds européen d’orientation et de garantie agricoles) finance le soutien des marchés.

Les agriculteurs bénéficient :

  • d’aides indirectes, les "prix garantis", qui leur assurent aux agriculteurs un prix minimum pour leur production en comblant la différence entre prix du marché et prix garanti ;
  • des aides directes au revenu depuis la réforme de 1992 : en échange d’une baisse des prix garantis, l’UE verse des aides proportionnelles à la superficie de l’exploitation.

Par ailleurs, la préférence communautaire permet d’isoler l’agriculture européenne des variations des prix mondiaux en lui accordant des avantages en matière de prix par rapport aux produits importés.

La PAC est critiquée en raison de la difficulté à stabiliser son budget, des problèmes de fonctionnement posés par l’élargissement à 25 et de l’inégalité des aides qui profitent aux pays producteurs et aux propriétaires d’importantes exploitations, puisque les aides sont proportionnelles aux quantités produites.

Les réformes de 1992 et 1999 ont cherché à la rapprocher du marché en baissant les prix garantis et en les remplaçant par des aides directes. La dernière réforme du 26 juin 2003 les poursuit et tente de résoudre le problème des difficultés de financement lié à l’élargissement. Désormais, les aides ne seront plus liées à la production. Les agriculteurs toucheront un paiement unique par exploitation et à la condition de respecter des normes européennes en matière d’environnement et de sécurité alimentaire.

source : vie-publique.fr
La Documentation française


- lien : Bilan de santé de la Pac, document de la Commission européenne


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6) actualité


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Hier, à Nantes, devant les paysans de la FNSEA,

Nicolas Sarkozy a expliqué comment il voulait faire

de l'agriculture une priorité européenne.

Accueilli sans enthousiasme, le président de la République a fini par réchauffer son auditoire, au terme d'une intervention express. Morceaux choisis.

Cocorico. «La France est aujourd'hui le premier exportateur mondial de produits agricoles transformés. Pas par hasard. C'est le résultat de votre travail : 64 milliards d'euros de plus-value pour l'agriculture française.» Hier, à Nantes - où pour la première fois, un président de la République intervenait devant le congrès des agriculteurs de la FNSEA - Nicolas Sarkozy a plaidé la cause de l'agriculture. «C'est un secteur stratégique pour l'Europe, au même titre que les nanotechnologies ou le secteur pharmaceutique», a-t-il rappelé. Reste à convaincre les autres pays européens. Car, en juillet, la France présidera l'Union européenne pour six mois. Avec en ligne de mire deux dossiers difficiles : les négociations à l'OMC (Organisation mondiale du commerce) et le bilan de santé de la Pac (Politique agricole commune).

Comment l'Europe peut se protéger. Dans une économie mondialisée, l'Europe (400 millions de consommateurs) a l'obligation d'ouvrir ses frontières. Mais pas à n'importe quelles conditions. «Les produits importés doivent répondre aux normes sociales, sanitaires et environnementales de l'Union européenne.» C'est la meilleure façon, selon lui, de rallier «les pays qui n'ont pas de tradition agricole». Ce n'est pas «du protectionnisme», se défend-il d'avance. Mais une parade face à certaines concurrences déloyales. La France devra convaincre. «Dans une Europe à vingt-sept, on ne peut pas réussir tout seul

Prêt à l'affrontement. Depuis sept ans, les négociations commerciales patinent au sein de l'Organisation mondiale du commerce. Les États-Unis, le Brésil, l'Australie et d'autres encore voudraient voir l'Europe renoncer à l'essentiel des subventions accordées aux agriculteurs. Un accord est-il envisageable avec la France à la tête de l'Union européenne ? C'est peu probable. Pour Nicolas Sarkozy, «l'Europe doit cesser de faire preuve de naïveté. Les Américains ont reconduit leurs subventions à l'agriculture. Je veux de la réciprocité et de l'équilibre».

Silence sur les OGM. Pas un mot sur les OGM. Tout juste a-t-il rappelé sa demande d'un critère environnemental pour les agrocarburants. «Une grosse frustration», pour Philippe Meurs, le président des Jeunes agriculteurs. «C'est du ressort des parlementaires et pas du chef de l'État», tranche de son côté Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA.

Patrice MOYON
source : Ouest-France
3 avril 2008

- lien : la production et la valeur ajoutée de l'agriculture française en 2006 (Insee)

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samedi 22 mars 2008

blog de Cédric, élève de 1ère STG

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blog de Cédric sur les États-Unis


Le blog usa.skyrock.com que Cédric, élève de 1ère STG du lycée Claude Lebois à Saint-Chamond, consacrait depuis plusieurs mois aux États-Unis, a été victime d'un piratage anonyme qui l'a entièrement effacé. L'énorme travail de présentation (géographie, culture, société, politique...) de ce pays a donc définitivement disparu... Son blog connaissait une grande affluence et recevait de nombreux commentaires. L'hébergeur s'est montré impuissant (...?!) devant cette grave atteinte à la liberté. Le formidable outil que représente internet peut ainsi se révéler à la merci de la plus arbitraire, de la plus lâche et de la plus imbécile censure.

M. Renard, professeur d'histoire

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une image des États-Unis


Spirit_of_1776
L'Esprit de 1776


paine
Thomas Paine (1737-1809), Le Sens commun


thomas_paineThomas Paine est né en 1737 dans le Norfolk dans une famille d’artisans obscure et plutôt pauvre. Il émigra en 1774, à l’âge de 37 ans, dans les colonies britanniques d’Amérique du Nord et s’installa à Philadelphie pourvu d’une lettre de recommandation de Benjamin Franklin, rencontré à Londres.

À peine deux années plus tard, il fut propulsé sur le devant de la scène politique après qu’il eut exhorté, dans Le sens commun (Common Sense), les Américains à s’insurger contre l’Angleterre, à déclarer leur indépendance et à établir une république. Paine y mettait à mal toute tentative de réconciliation avec la couronne britannique, soulignait le comportement proprement monstrueux de la mère-patrie : «Je mets au défi l’avocat le plus ardent de la réconciliation de citer un seul avantage qui puisse revenir à ce continent du fait des liens avec la Grande-Bretagne».

Pour Paine, le moment était idéal, non seulement pour déclarer l’indépendance, mais aussi, puisque les colonies étaient jeunes et ne s’affrontaient pas encore, pour mettre en place un système républicain : «Le moment présent, c’est aussi ce moment particulier qui ne se présente pas deux fois à une même nation et où il lui est offert de se constituer en gouvernement». L’occasion était donnée d’«entamer la constitution de notre gouvernement par le bon bout», c’est-à-dire par la rédaction d’une charte. Paine voyait dans la révolution américaine le début d’une autre ère, «la naissance d’un monde nouveau», éclairé et républicain, et donnait une portée universelle aux événements (Le sens commun 99, 141, 163) : «L’Amérique ne s’est pas révoltée pour elle seule mais pour le monde entier» (Les droits de l’homme 151).

Nathalie Caron, source


lincoln_abraham_1861
Abraham Lincoln, seizième président des États-Unis,
élu en novembre 1860 puis en novembre 1864.
Le 1er janvier 1863, en pleine Guerre de Sécession, Lincoln proclame
l'émancipation des esclaves dans les États insurgés. Il meurt assassiné en avril 1865.
Le Congrès vote le 13e amendement («Ni esclavage, ni aucune forme de servitude
involontaire ne pourront exister aux États-Unis, ni en aucun lieu soumis à leur juridiction»
)
le 18 décembre 1865. Quelques mois plus tard, un 14e amendement
assure aux Noirs le droit de vote et l'égalité avec les Blancs devant la loi.


soldats_am_ricains_1917
soldats américains en France en 1917


enterrement_US_en_1918
enterrement d'un officier américain
du 16e Régiment d'infanterie en France le 3 mars 1918
(source photo)


6juin44_3
6 juin 1944 (source photo)


cimeti_re_am_ricain_Saint_Avold
Saint-Avold (Moselle, France), plus grand cimetière américain de la Seconde Guerre
mondiale : 10 489 tombes de soldats morts à l'occasion des batailles
aux frontières contre l'armée allemande en 1944-45 (source photo)



little_rock_desegregation_1957  CivilRights
le racisme et le refus du racisme à Little Rock en 1957


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samedi 15 mars 2008

portes ouvertes au lycée, 15 mars

r_fectoire

 

journées portes au lycée Claude Lebois

samedi 15 mars 2008

 

salle_conf_1
accueil en salle des conférences, avec les réalisations d'ouvrages chaudronnés
des élèves de Bac Pro "Roc"

 

salle_conf_2
accueil en salle des conférences, avec les réalisations d'ouvrages chaudronnés
des élèves de Bac Pro "Roc"

 

svt_1
salle de S.V.T., maquettes de crânes d'anthropoïdes de la préhistoire

 

svt_2
des millions d'années entre Australopithecus et le petit homo sapiens sapiens

 

svt_3
salle de S.V.T., les tables de travail et les professeures

 

svt_4
salle de S.V.T., les tables de travail et les professeures

 

svt_5
salle de S.V.T., vidéo-projecteur

 

svt_6
salle de S.V.T., microscope et ammonites


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salle de S.V.T., dans le microscope binoculaire

 

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salle d'électro-technique

 

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appareillages en salle d'électro-technique

 

chimie_1
salle de chimie


chimie_2
le professeur en salle de chimie

 

chimie_3
la précision et le soin apporté au réglage de l'expérience

 

 

chimie_4
en salle de chimie


informatique_1
le magicien de l'informatique


informatique_2
le maniement d'un stylo à infra-rouge de fabrication maison

 

atelier_1
atelier du lycée professionnel

 

atelier_2
atelier : centre d’usinage 3 axes de petites dimensions,
très économique,  à destination des secteurs de la petite mécanique.

 

atelier_3
atelier

 

structures_m_talliques
structures métalliques

 

_tau_1
énergie juvénile sur un étau à l'ancienne

 

parc_camion
le parc des camions (transport et logistique)

 

ISI_1
initiation aux sciences de l'ingénieur (Isi)

 

lyc_e_polyvalent_les_s_ries
les filières du lycée polyvalent

 

vue_d_ensemble_1
vue d'ensemble de l'espace d'information sur le lycée polyvalent

 

vue_d_ensemble_2
une écoute réciproque

 

vue_d_ensemble_3
le tour des disciplines

 

Lettres_1
professeurs de Lettres

 

Val_rie
Mme Goy, professeur d'histoire renseignant une ancienne élève

 

allemand
le stand des professeurs d'allemand

 

anglais_1
professeurs d'anglais


Ast_rix_en_latin
vous connaissiez Astérix en français, découvrez-le en latin...!

 

espagnol
discussion devant le stand d'espagnol

 

italien_1
le stand d'italien

 

italien_2
entre César et Garibaldi, la professeure d'italien

 

Mickael
M. Blandford, professeur d'anglais

 

philo
le stand de philosophie ; sur l'affiche on peut lire le sujet de dissertation suivant :
"L'apparence n'est-elle que l'ombre de la réalité ?"
...ou : l'absence (du professeur de philo...) n'est-elle pas encore un mode de présence ?
"Je passerai devant toi dans ma gloire (mais) tu ne pourras pas voir ma face"
(Exode, XXXIII, 18-20)

 

r_cr_ation_math_1
"récréation mathématique" (1), avec Mme Ferrand, professeure

 

r_cr_ation_math_2
"récréation mathématique" (2)

 

r_cr_ation_math_3
"récréation mathématique" (3)

 

_mile_et_Alexandre_1
"récréation mathématique" (4)


lyc_e_professionnel_1
présentation du lycée professionnel

 

lyc_e_professionnel_2
présentation du lycée professionnel

 

Pierre_Luc_1
M. Bouderlique, professeur d'histoire en discussion avec d'anciens élèves
(l'un est en 2e année d'histoire à l'université de Saint-Étienne)

 

Pierre_Luc_2
M. Bouderlique, professeur d'histoire

 

direction_1
de g. à d., M. Morinon, proviseur, Mme Bonnefond, gestionnaire,
Mme German, chef des travaux, Mme Ouahi, proviseur adjoint du lycée professionnel

 

direction_2
de g. à d., M. Vernay, proviseur adjoint, M. Morinon, proviseur, Mme Ouahi,
proviseur adjoint du lycée professionnel
, Mme Bonnefond, gestionnaire,

Mme German, chef des travaux

 

photos et légendes :
M. Renard, professeur d'histoire

MR___Port_Cros___copie







 

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vendredi 8 février 2008

grèves du Midi viticole en 1907

tumulus

 

les "troubles" du Midi en 1907

la révolte des viticulteurs languedociens

 

Marcellin_Albert_portrait
Marcellin Albert (1851-1921)

 

Corbi_res_vignoble

 

contexte historique

Des viticulteurs en lutte

En 1907, le Languedoc viticole s’estime menacé par la concurrence des vins d’Algérie et la chaptalisation. La Confédération générale viticole réalise une manière d’union sacrée entre les producteurs, des plus petits aux plus grands. De puissants rassemblements crédités de dizaines de milliers de participants se succèdent du 7 avril au 9 juin 1907.

Dans les quatre départements concernés, les conseils municipaux présentent leur démission collective et appellent à la grève de l’impôt. Des perceptions, préfectures et sous-préfectures sont attaquées. Le gouvernement fait appel aux gendarmes et à la cavalerie.

Le sang coule à Narbonne où quatre manifestants sont tués les 19 et 20 juin. À Béziers, le 21, le 17e régiment d’infanterie, majoritairement composé, selon l’usage, de réservistes et de conscrits du pays, craint que les soldats venus des régions septentrionales ne menacent leurs compatriotes. Ils quittent leur caserne, se portent devant la foule et mettent crosse en l’air (ce qui vaudra aux «mutins» d’être expédiés en Tunisie). Clemenceau réplique par de nouvelles démonstrations de force. Le 23 juin une loi est cependant votée, qui réprime la chaptalisation abusive.

Quatre ans plus tard, les viticulteurs de l’Aube se mobilisent pour une tout autre cause. Malgré la mauvaise récolte de 1910, le cours du raisin reste bas. Les viticulteurs de la Marne suspectent les marchands d’avoir acheté et vendu sous le nom de champagne des vins de l’Aube, en infraction au décret du 17 décembre 1908 qui limite l’aire géographique de l’appellation.

Ils s’attaquent aux chais et aux fûts des viticulteurs et négociants de l’Aube, qui répliquent sur un mode similaire à Ay et à Epernay en premier lieu. Tous sont soutenus par leurs élus respectifs. La troupe s’interpose. Le décret est finalement reporté.

Les statues de Ferroul, à Narbonne, de Gaston Chéry à Bar-sur-Aube ou le célèbre «Salut à vous…» de Montéhus sont là pour attester de l’inscription durable de ces événements dans l’histoire et la sensibilité régionales.

Danielle TARTAKOWSKY
professeur d'histoire contemporaine
à l'université Saint-Denis/Paris VIII

 

statue_Dr_Ferroul
statue du Dr Ferroul à Narbonne

la révolte des vignerons

Le 11 mars 1907, 87 vignerons du village d’Argeliers conduits par Marcellin Albert se rendent à Narbonne où siège une commission d’enquête parlementaire envoyée pour étudier la crise de mévente des vins qui sévit depuis sept ans. Afin d’obtenir le droit de vivre en travaillant leur terre, ils exigent que la lutte contre la fraude soit mise à l’ordre du jour et inaugurent une série de manifestations pacifiques qui envahissent, dimanche après dimanche, les esplanades des villes du Languedoc et du Roussillon pour atteindre le 9 juin, à Montpellier, le chiffre de 500 000 participants, inégalé depuis.

Marcellin_Albert_Comit_
Marcellin Albert

Bientôt rallié par Ernest Ferroul, maire socialiste de Narbonne, et appuyé sur une mobilisation générale sans distinction d’opinion ni de classe sociale, Marcellin Albert adresse au gouvernement de Clemenceau un ultimatum pour le vote d’une loi et déclenche, le 10 juin, la grève de l’impôt et la démission des municipalités.

Le Midi est occupé militairement, la plupart des dirigeants de la révolte sont emprisonnés, des fusillades font six morts à Narbonne les 19 et 20 juin. Le 17ème régiment d’infanterie de Béziers se mutine alors, et ne se soumet que sous promesse d’indulgence, avant d’être expédié à Gafsa (Tunisie).

Reçu par Clemenceau le 23 juin, Marcellin Albert est discrédité par le prêt d’un billet de 100 francs pour payer son retour.

Les 29 juin et 15 juillet sont votées les lois qui encadrent pour un siècle la production et le marché des vins en France, en imposant la déclaration des récoltes, en réglementant le sucrage, en pourchassant la fraude et en contrôlant le mouvement des vins. La Confédération générale des vignerons (C.G.V.), première organisation d’un grand secteur agricole, est créée à Narbonne, le 22 septembre, sous la présidence de Ferroul.

Le mouvement de 1907 a tenu en haleine la presse nationale et l’opinion publique pendant plusieurs mois, ce qui suffirait à justifier son évocation. Par sa masse, sa durée, l’unanimité manifestée, il représente la dernière grande révolte paysanne qui s’est déroulée en France, devenant une référence permanente pour d’autres mouvements. Par ses méthodes modernes : fixation des objectifs, propagation des mots d’ordre par la presse, pancartes, discours, interventions parlementaires, il illustre la démocratie participative.

Par ses résultats qui inaugurent une intervention permanente de l’État dans la régulation d’un secteur économique, il modifie profondément l’économie française. Enfin, il institue des préoccupations écologiques et éthiques, avec la défense du vin naturel, et politiques, avec la référence affirmée au midi occitan, la volonté de défendre l’emploi et la prise en compte des spécificités régionales dans la conduite des affaires publiques.

Rémy Pech
professeur d'histoire contemporaine
à l'université de Toulouse-le-Mirail
source

 

le_Tocsin

 

la période qui amena à la révolte de 1907

Le 30 avril 1905, Jean Jaurès venait parler aux arènes de Béziers, principalement aux ouvriers agricoles en grève. Mais Marcelin était présent, accompagné de 30 vignerons d’Argeliès, et ils avaient mis leur programme sur leurs chapeaux : «Viticulteurs méridionaux, travailleurs agricoles, ouvriers, commerçants, Debout, Debout pour le salut du Midi, Par la grève des corps élus, par le refus de l’impôt, défendons nos droits à l’existence».

Les parlementaires de la majorité gouvernementale, socialiste Félix Aldy, les radicaux G. Doumergue et Albert Sarraut tentent d’obtenir de l’Assemblée un titre fiscal de mouvement pour les achats de sucre à partir de 50 kg, et une surtaxe sur les vins de sucre. Le 14 juin ce projet est repoussé par 386 voix contre 200.

Cette décision politique provoque une montée en puissance de l’action du Comité d’Argeliès. Le Conseil municipal d’Argeliès démissionne le 16 juin, et recueille une première pétition 400 signatures principalement, «les soussignés décident de poursuivre leurs justes revendications jusqu’au bout, de se mettre en grève contre l’impôt, de demander la démission de tous les corps élus, et engagent toutes les communes du Midi et de l’Algérie à suivre leur exemple aux cris de : Vive le vin naturel ! à bas les empoisonneurs !» suivi de celui d’Alignan du Vent, de Puissalicon, d’Aigues Vives.

Dans l’Hérault 33 conseils municipaux approuvent les démissions et sont près à suivre. Le 19 juin mille vignerons réunis à Sallèles d’Aude décident de s’opposer par la force aux interventions des huissiers qui venaient saisir les biens des plus endettés, et cette décision a une application immédiate, un huissier qui venait saisir un vigneron d’Argeliès, dut repartir, un peu secoué, avec un billet : «Les soussignés, agissant en vertu d’une décision prise par les contribuables et viticulteurs de la commune d’Argeliès, invitent le porteur de contraintes, à cesser toutes poursuites au sujet du recouvrement de l’impôt.».

Le Comité Régional Viticole prépare une manifestation de protestation pour le 2 juillet aux arènes de Béziers qui réunit 15 000 personnes, de nombreux ouvriers sont présents aux côtés des viticulteurs et des décisions sont prises, démission des élus, il ne sera pas opposé des candidats lorsque de nouvelles élections surviendront, les propriétaires promettent de ne plus licencier de personnel, mais cette volonté semble contestée par les municipalités des grandes villes, Béziers, les élus du Gard refusent la grève des impôts...

Jean Clavel, spécialiste
de l’histoire viticole languedocienne
source

 

tumulus__2_
tumulus dressés par les habitants à l'endroit où sont tombées les victimes

 

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images des "troubles du Midi"

 

porte_sous_pr_ecture_et_soldats
Narbonne en 1907, porte de la sous-préfecture enfoncée par les manifestants,
et gardée ensuite par la troupe

 

maire_d_missionnaire
le maire de Nabonne, le docteur Ferroul a présenté sa démission
en solidarité avec les viticulteurs

 

caserne_du_17e
légende de la carte :
la caserne du 17e après la mutinerie ;
le cadran de l'horloge brisé d'un coup de fusil ;
traces de balles Lebel sur la façade

 

troupes_9e_bd_Gambetta
soldats du 9e bivouaquant la nuit sur le boulevard Gambetta

 

cuirassiers_bivouaquant
cuirassiers et soldats du 9e bivouaquant

colonel_du_9e_et_ses_hommes
le colonel du 9e au milieu de ses hommes

 

arrestation_Dr_Ferroul
arrestation du Dr Ferroul, maire de Narbonne


dr_Ferroul_en_prison
"le défenseur des gueux est en prison quand les fraudeurs sont en liberté !"

 

femmes_manif_1907
femmes manifestant


Melle_C_cile_Bourrel_morte
Melle Cécile Bourrel morte


fun_railles__2_
funérailles de Melle Cécile Bourrel

 

fun_railles_victimes_du_20_juin
funérailles des victimes du 20 juin 1907 à Narbonne

 

potence_Clemenceau
potence érigée sur la place de l'hôtel de ville
à Narbonne à l'adresse de Clemenceau

 

retour_Marcellin_Albert
Marcellin Albert a été reçu par Clemenceau le 23 juin 1907

 

Marcellin_Albert_1907_port_
Marcellin Albert

 

barricades_H_tel_de_Ville
démontage des barricades de l'hôtel de ville de Narbonne

 

rassemblement____
rassemblement

 

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analyse d'images

tarta18_midi_001z
La révolte des viticulteurs du Midi [L'Illustration, 18 mai 1907]

 

tarta18_albert_001z
Le serment des vignerons fédérés à Montpellier [L'illustration juin 1907].

Les acteurs des manifestations

Ces photographies (ou cartes postales) donnent à voir les acteurs de quelques-unes de ces manifestations. À Carcassonne, une forte proportion d’hommes, accompagnés de quelques femmes. Tous sont en tenue du dimanche (on est monté en ville…), signifiée par les lavallières ou les spectaculaires chapeaux des dames. La visible disparité des tenues (des pantalons inégalement repassés) révèle la nature interclassiste du mouvement. En Champagne, des femmes, en plus grand nombre, ouvrent ostensiblement la marche, précédée, il est vrai, par deux «hommes de confiance» ; avec, dans les rangs, une partition des sexes.

Des hommes en tenue du dimanche, mais également ici, s’agissant en particulier des femmes, des tenues de travail (tablier, hottes de viticulteurs et harnachements), cependant rehaussées d’insignes aux allures de médailles distribuées lors des comices agricoles. Les manifestants arborent partout des pancartes de facture soignée. Celles de Narbonne constituent une exception si on les compare aux manifestations ouvrières contemporaines.

En se référant aux «gueux» et aux «paysans», elles affichent une identité revendiquée, mais sociologiquement peu conforme à celle des manifestants. Dans l’Aube, on s’en tient à désigner les villages mobilisés ; avec, dans ce département qui est aussi bien ouvrier, une majorité de drapeaux rouges au côté du tricolore. Partout prévaut le sentiment d’une organisation solide.

En face, la troupe, en charge du maintien de l’ordre. À Ay, les dragons chargent. À Béziers, la carte postale immortalise le geste des «mutins» qui mettent, stricto sensu pour deux d’entre eux, crosse en l’air et, pour d’autres, fusil bas. Au premier plan, une femme en cheveux, et en tablier, sans doute sortie de sa boutique, contemple la scène cependant. À l’arrière-plan, on distingue une foule de manifestants (ou de passants ?).

Poses
Des contraintes techniques obligent les photographes à privilégier des moments d’accalmie. La charge des dragons qui seule fait exception est-elle même photographiée dans un moment de calme relatif (des manifestants s’éloignent d’un pas vif mais d’autres, dont une femme, regardent la scène). Toutes les autres sont prises avec l’accord des acteurs qui prennent la pose comme s’il s’agissait là d’une fête convenue. Non sans risque accru s’agissant des «mutins».

Avec, en Champagne, des mines sévères mais des sourires dans le Languedoc. S’ensuit une image pacifiée de ces mouvements parmi les plus violents de la Belle Époque. Ces photographies constituent une source de premier ordre pour une anthropologie des manifestations d’alors. Pour des raisons largement techniques, elles révèlent beaucoup moins bien la violence à l’œuvre dans l’un et l’autre camp.

Danielle Tartakowsky
source

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chants de lutte

la Vigneronne

Chant des manifestants vignerons de 1907.Ce "Chant de Guerre" était extrait de l’Opéra «Le Dauphin Charles IV» d’Halévy. Adapté par le docteur Senty et le pharmacien Blanc, d’Argeliès dans l’Aude, compagnons du Comité de Marcelin Albert, sur un texte de leur création, ils le chantaient dans leurs assemblées.

source

voici le texte de la chanson :

"Jadis tout n’était qu’allégresse
Aux vignerons point de soucis
Hélas ! Aujourd’hui, la tristesse
Règne partout en ce pays (bis)
On n’entend qu’un cri de colère
Un cri de rage et de douleur (bis)

Guerre aux bandits narguant notre misère
Et sans merci guerre aux fraudeurs,
Oui, guerre a mort aux exploiteurs,
Sans nul merci guerre aux fraudeurs
Et guerre a mort aux exploiteurs
Oui...

En vain on veut sécher nos larmes
Nous berçant d’espoir mensongers ;
Les actes seuls donnent des armes
Quand la patrie est en danger (bis)
Tous au drapeau, fils de la terre
Et poussons tous ce cri vengeur (bis)

C’est dans l’union qu’on aiguise
Les glaives qui font les vainqueurs,
Et la victoire n’est promise
Qu’à l’union des gens de coeur (bis)
Quand la bataille s’exaspère
Il ne faut pas de déserteurs ! (bis)"

 

soldats_du_17e_crosses_en_l_air
soldats du 17e crosses en l'air

Gloire au 17e
par Montéhus, enregistré en 1907

Légitime était votre colère
Le refus était un devoir
On ne doit pas tuer ses père et mère
Pour les grands qui sont au pouvoir
Soldats votre conscience est nette
On n’se tue pas entre Français 
Refusant d’rougir vos baïonnettes
Petit soldats oui vous avez bien fait

Refrain
Salut salut à vous
Braves soldats du 17ème
Salut braves pioupious
Chacun vous admire et vous aime
Salut salut à vous
À votre geste magnifique
Vous auriez en tirant sur nous
Assassiné la République

Comm’ les autres vous aimez la France
J’en suis sûr même vous l’aimez bien
Et  sous le pantalon garance
Vous êtes restés des citoyens
La patrie c’est d’abord sa mère
Cell’ qui vous a donné le sein
Et vaut mieux même aller aux galères
Que d’accepter d’être son assassin

Espérons qu’un jour viendra en France
Où la paix la concorde régnera
Ayons tous au cœur cette espérance
Que bientôt ce grand jour viendra
Vous avez j’té la premièr’ graine
Dans le sillon d’l’Humanité
La récolte sera prochaine
Et ce jour là vous serez tous fêtés

montehus_g

Gaston Montéhus (1872-1952)

Le 9 juillet 1872, naissance de Gaston Montéhus (Gaston Mardochée Brunswick, de son vrai nom), à Paris. Chansonnier, un temps socialiste révolutionnaire et antimilitariste.
D'abord socialiste modéré, il évolue ensuite (1906) vers un antimilitarisme virulent proche des positions de Gustave Hervé et de son journal "La Guerre Sociale". Auteur de centaine de chansons dont les plus connues comme : "Gloire au 17e" (1907) et "La Grève des Mères" (1910) sont reprises par le Paris révolutionnaire. Elles sont souvent interrompues par les antisémites réactionnaires de Drumont ou par la police (à cause de leur contenu subversif), provoquant des bagarres lors des tours de chants.
Mais dès qu'éclate la guerre (1914), il suit le virage de Gustave Hervé applaudissant "l'Union sacré" et au patriotisme. Franc-maçon, membre du parti socialiste S.F.I.O, il obtiendra en 1947, (ironie de l'histoire) la "légion d'honneur". Il meurt en décembre 1952.

"Légitime était votre colère
Le refus était un devoir
On ne doit pas tuer ses père et mère
Pour les grands qui sont au pouvoir"

Ces quelques vers de "Gloire au 17ème" qui font l'apologie des soldats mutins du 17ème Bataillon de ligne qui refusèrent de tirer sur les vignerons révoltés du sud de la France (en 1907), ont valu à Montéhus de passer devant la Cour d'Assises.

source : éphéméride anarchiste

 

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cartographie

carte_languedoc
le Languedoc viticole

 

Le plus ancien Vignoble de France

Avec la construction du Canal du Midi au XVIIe siècle sous l’impulsion de Louis XIV, le commerce du vin et de tout le secteur économique en général, connaît une grande prospérité. Le Canal du Midi sillonne presque tout le Vignoble, de Toulouse à Agde.
En 1868, le Phylloxéra détruisit tout le vignoble. Avec la reconquête du Terroir par la vigne, le Languedoc produit le plus gros volume de Vin de Table en France, avec des rendements allant jusqu’à 120 hectolitres à l’hectare.
En 1945, après la création de l’INAO (Institut National des Appellations d’Origine) en 1936, le Vignoble et ses Terroirs extraordinaires commencent à être reconnus. Les premières appellations en VDQS (Vin De Qualité Supérieure) apparaissent sur tous les noms de Terroirs aujourd’hui en AOC (Appellation d’Origine Contrôlée).
Depuis le début des années 1980, le vignoble connaît un grand remaniement tant quantitatif que qualitatif. Connu jusque là, pour ses vins de table, le Languedoc réapprend son Terroir en arrachant plus de 100 000 hectares de cépages (pas toujours à bon escient). D’autres sont venus les remplacer en prenant les premières places qualitatives et tous les rendements ont fortement diminué pour se situer aujourd’hui sur des rapports de 30 à 35 hectolitres par hectare.

Les géographies du Languedoc – Un Amphithéâtre tourné vers la mer

Le Vignoble Languedocien s’étend sur trois départements, de l’Aude avec le Terroir de Fitou, au Gard avec les Costières de Nîmes. Ces derniers étant rattachés politiquement aux Vins de la Vallée du Rhône, mais dont la typicité méditerranéenne s’identifie sans conteste au Languedoc. En passant par l’Hérault, où se concentrent les principales appellations.
Grâce à cet étalement du vignoble et une superficie en AOC de 53 000 hectares (sur les 300 000 que compte le vignoble languedocien), on peut imaginer l’existence d’une incroyable diversité de sols, de climats et de cépages.
En bordure de mer, les sols sont à tendance sablonneuse, calcaire ou argileuse. Aux affleurements des petites crêtes et vallées, ils seront schisteux, marneux, avec de vastes terrasses de cailloux roulés. Sur certains Terroirs la vigne peut culminer jusqu’à 400 mètres.

source

Peyriac_Minervois
chevaux de labour, vigne Labouche, 1907

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liens

- photos des soldats du 17e par compagnies

vigne

 

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