lundi 19 novembre 2007

Apothéose de Napoléon III, par Cabasson (1854)

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Apothéose de Napoléon III,

une peinture de Cabasson, 1854



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Guillaume Alphonse Cabasson, l'apothéose de Napoléon III, 1854,
musée national du Château de Compiègne

 

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autre reproduction
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lecture du tableau

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On peut distinguer trois registres (bandes horizontales) regroupant des blocs de personnages, différenciés par une inégale luminosité du fond céleste : la clarté augmente en allant du bas vers le haut du tableau. (cliquer sur l'image pour l'agrandir et l'imprimer)

 

identification des personnages

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registre médian

- 1 : Napoléon III, debout sur le char (comme les héros fêtés lors des triomphes à Rome)

- 2 : la France tenant le drapeau tricolore surmonté de l'aigle impérial.

- 3 : l'attelage de trois chevaux guidé par les deux personnages suivants.

- 4 : Hercule (Héraklès, chez les Grecs), héros symbole de la force, parfois aussi du peuple ; il est vêtu de la peau du lion de Némée tué à l'occasion du premier des douze travaux ; et tient une massue.

- 5 : Athéna (Minerve chez les Romains), déesse de l'intelligence au combat (stratégie), portant l'égide (cuirasse assurant l'invulnérabilité) coiffée du casque, tenant un bouclier rond décoré de la tête de la Gorgone Méduse (gorgonéion) tuée par Persée, et une lance.

3 figures féminines représentant les arts :

- 6 : allégorie de l'architecture.

- 7 : allégorie de la sculpture.

- 8 : allégorie de la peinture.

3 figures féminines représentant les pouvoirs :

- 9 : l'Autorité.

- 10 : la Justice, assise sur un lion.

- 11 : la Loi.

 

registre supérieur

- 12 : une Victoire couronne (laurier) l'empereur et tient un rameau d'olivier dans l'autre main.

- 13 : une Renommée annonce l'événement.

- 14 : l'aigle impérial napoléonien.

- 15 : au paradis, Napoléon 1er salue son neveu ; il est accompagné des maréchaux d'empire.

- 16 : deux petits anges (putti) tiennent l'urne du suffrage universel et la feuille du résultat victorieux de Napoléon III (21 novembre 1852 : restauration de la dignité impériale).

 

registre inférieur

- 17 : allégorie de l'Abondance ; elle tient dans son bras droit Amalthée, la corne d'abondance.

- 18 : Hermès, dieu du Commerce et messager des dieux ; il porte le caducée.

- 19 : Démeter (Cérès, chez les Romains), déesse de la fertilité et des moissons.

- 20 : deux anges tiennent les armoiries impériales.

 

analyse spatiale

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À chaque registre correspond un univers distinct. Le registre médian dessine la puissance de l'empereur divinisé et servi par tous les attributs de la force, de la compétence au combat, de l'autorité, de l'intelligence et des beaux-arts. Le registre supérieur l'inscrit dans la félicité céleste et l'éternité contemplative. Le registre inférieur assure qu'il est le protégé des dieux nourriciers, que la richesse et l'opulence matérielle lui sont garanties.

 

interprétation

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L'apothéose est la déification d'un mortel, c'est-à-dire l'admission parmi l'univers des dieux. Dans l'ancienne Rome, l'empereur n'était divinisé qu'après sa mort. Ici, Napoléon III reçoit l'apothéose de son vivant. C'est une façon dithyrambique de glorifier l'empereur en l'assimilant à Héraklès (L'apothéose d'Hercule, tableau de François Lemoyne, 1733-1736, à Versailles) ou aux souverains de la Rome impériale.

On remarque deux anomalies dans cet ordonnancement. En haut à droite, que vient faire l'évocation du suffrage universel dans l'univers céleste ? Cela veut peut-être dire que l'empereur en est dépendant, qu'il ne le contrôle pas. Le suffrage est un principe situé au-dessus de lui.

En bas à gauche, les armoiries impériales semblent remonter du tréfonds des cieux, comme un héritage provenant de ses aieux. Ce qui est bien le cas : Napoléon III est un Bonaparte et bénéficie du prestige de son ancêtre.

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- une lecture de ce tableau (contexte historique, analyse de l'image, interprétation) sur le site de la Réunion des Musées Nationaux : l'histoire par l'image, 1789-1939

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- Musée du Second Empire à Compiègne













la famille impériale

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- L'apothéose d'Hercule par François Le Moyne, 1733-1736, château de Versailles (plafond peint, fragment)

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samedi 17 novembre 2007

Préparation du voyage à Auschwitz - Documentation

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Préparation du voyage à Auschwitz

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natifs de Saint-Chamond, morts en déportation

Dechaud (Pierre, Marius), né le 9 mars 1922 à Saint-Chamond (Loire)
décédé le 23 décembre 1944 à Buchenwald  (Allemagne).

Gilbertas (Paul, Jean, François), né le 10 mars 1922 à Saint-Chamond (Loire)
décédé le 13 avril 1945 à Bergen-Belsen (Allemagne).

Gonon (Joannes, Antoine), né le 22 décembre 1890 à Saint-Chamond (Loire)
décédé le 22 avril 1945 à Ravensbrück (Allemagne)

Mahinc (René, Louis), né le 2 janvier 1926 à Saint-Chamond (Loire)
décédé le 8 juillet 1944 à Melk (Autriche)

Maillon (Mathieu, Marcel), né le 11 novembre 1925 à Saint-Chamond (Loire)
décédé le 4 juin 1944 à Oranienburg (Allemagne)

Pague (Henri), né le 30 mai 1885 à Saint-Chamond (Loire),
décédé le 7 janvier 1945 à Hamburg-Neuengamme (Allemagne).

Rambeaud (Antoine, Marius, Claudius, François), né le 29 mai 1893 à Saint-Chamond (Loire)
décédé le 9 novembre 1943 à Natzwiller (Bas-Rhin).

Richard (Marius, Mathieu, Antoine), né le 17 juin 1908 à Saint-Chamond (Loire)
décédé le 25 novembre 1944 à Neuengamme (Allemagne).

Verrier (Marius), né le 21 novembre 1898 à Saint-Chamond (Loire)
décédé le 13 octobre 1944 à Mauthausen (Autriche).

Verth (Marius, Pierre), né le 10 février 1919 à Saint-Chamond (Loire)
décédé le 2 juillet 1944 à Dachau (Allemagne).



natifs de la Loire, morts à Auschwitz

Alexandre, née Gompel (Rachel), née le 20 décembre 1883 à Saint-Étienne (Loire)
décédée le 5 juillet 1944 à Auschwitz (Pologne).

Alexandre, née Levy (Suzanne), née le 1er avril 1877 à Saint-Étienne (Loire)
décédée le 15 février 1944 à Auschwitz (Pologne).

Barret, née Ressort (Clothilde), le 8 mai 1910 à Briennon (Loire)
décédée le 4 juin 1944 à Auschwitz (Pologne)
et non le 30 mai 1944 à Drancy (Seine).

Chaux née Sapin (Marie, Mathilde), le 14 août 1875 à Saint-Etienne (Loire)
décédée le 15 février 1943 à Auschwitz (Pologne).

Dzviga (Suzanne), née le 24 juin 1926 à Saint-Etienne (Loire)
décédée le 25 novembre 1943 à Auschwitz (Pologne)

Levy (Denise, Caroline), née le 19 juillet 1923 à Saint-Etienne (Loire)
décédée le 12 octobre 1943 à Auschwitz (Pologne).

Lévy, née Nordman (Hélène), née le 3 septembre 1899 à Saint-Etienne (Loire)
décédée le 1 octobre 1944 à Auschwitz (Pologne)

Moise (Simone, Eva), née le 24 janvier 1944 à Saint-Etienne (Loire)
décédée le 4 juin 1944 Auschwitz (Pologne)

Salomon, née Levy (Jeanne), le 10 décembre 1873 à Saint-Etienne (Loire)
décédée le 6 août 1944 à Auschwitz (Pologne).

Samuel, née Wahl (Jeanne, Adèle), le 18 mai 1881 à Saint-Etienne (Loire)
décédée le 25 mai 1944 à Auschwitz (Pologne).

Schlotterer, née Bloch (Jeanne), le 18 avril 1887 à Lure (Loire)
décédée le 15 mars 1944 à Auschwitz (Pologne).

Schnerb (Jacques, Marc), né le 10 septembre 1920 à Saint-Etienne (Loire)
décédé le 21 janvier 1944 à Auschwitz (Pologne).

Seches (Danielle, Emilie), née le 5 mars 1932 à Saint-Etienne (Loire)
décédée le 18 avril 1944 à Auschwitz (Pologne).

Szurek (Hélène), née le 22 février 1934 à Roanne (Loire)
décédée le 4 juin 1944 à Auschwitz (Pologne).

Triolet (Antonin, Claudius), né le 21 janvier 1920 à Saint-Etienne (Loire)
décédé le 2 décembre 1944 à Auschwitz (Pologne).

Wisental (Germaine, Anne), née le 13 juin 1894 à Saint-Etienne (Loire)
décédée le 25 novembre 1943 à Auschwitz (Pologne).

- source : http://mortsdanslescamps.com/france.html


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vendredi 16 novembre 2007

le calendrier républicain

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le calendrier républicain

adopté le 24 octobre 1793



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liens

- Fabre d'Églantine , Rapport sur le calendrier révolutionnaire, 24 octobre 1793

- le calendrier républicain, université d'Orléans  

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les quatre saisons et le nom de tous les jours


l'automne

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l'hiver

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le printemps

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l'été

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Calendrier révolutionnaire établi et signé par Fabre d'Eglantine

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L’abandon du calendrier révolutionnaire - 9 septembre 1805                   
Le 22 fructidor an XIII un senatus-consulte impérial, sur rapport de Laplace, a abrogé le calendrier «français» (républicain) et établi le retour au -calendrier «romain» (grégorien) «à partir du 11 nivôse prochain» (1er janvier 1806). Ainsi prenait fin, après 12 ans, 2 mois et 27 jours, le parcours de ce calendrier instauré par le décret de la Convention du 24 octobre 1793 avec l’ambition de rompre au nom de la raison avec une nomenclature jusque-là fondée sur «la superstition et le fanatisme». Une campagne active et des mesures autoritaires en avaient assuré le succès en l’an II, en l’an III, puis en l’an VI (1798). Le Directoire en avait rappelé le caractère obligatoire.

Mais très tôt, si les administrations en avaient tant bien que mal respecté les clauses, de vives résistances s’étaient fait jour tant dans les classes populaires, et principalement dans les campagnes, que dans les élites restées attachées à la religion.On soulignait aussi les imperfections, voire le caractère «utopique», de ce calendrier calqué sur la nature… mais dont l’universalisation eût posé des -problèmes sous d’autres climats et d’autres latitudes.

La généralisation des -résistances, la «renaissance religieuse» expliquent, après brumaire, les étapes qui voient le repos du dimanche rétabli après le Concordat et les almanachs rechristianisés, même si, significativement, le calendrier républicain est resté officiel jusqu’à la date rappelée ci-dessus. Les rapporteurs du décret ont exprimé leur regret du système abrogé et le souhait qu’un jour «l’Europe calmée, rendue à la paix et à ses conceptions utiles sentira le besoin de perfectionner ses -institutions sociales» en réutilisant «les débris perfectionnés du calendrier auquel la France renonce à ce moment», certains que Sa Majesté Impériale et Royale eût préféré attendre du temps qui fait triompher la raison des préjugés «l’occasion de faire adopter un meilleur systèmede mesure des années». On ne se risquera pas, en 2005, à réitérer ce vœu : victorieuse dans son ambition de remodeler les structures de l’espace, par le système métrique, la Révolution a échoué dans sa tentative à l’égard de celle du temps.

Michel Vovelle
professeur émérite à l’université de Paris I
source

            



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jeudi 15 novembre 2007

statue de Marianne à Saint-Chamond, place de la Valette

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21 juin 2007



statue du centenaire de la Révolution,

place de la Valette (1889)



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statue du centenaire de la Révolution, place de la Valette à Saint-Chamond (42)


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statue du centenaire de la Révolution, place de la Valette à Saint-Chamond (42)


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- photos prises le 21 juin 2007 - © Michel Renard

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la statue, le 22 octobre 2007


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statue du centenaire de la Révolution, place de la Valette à Saint-Chamond (42)


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statue du centenaire de la Révolution, place de la Valette à Saint-Chamond (42)


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statue du centenaire de la Révolution, place de la Valette à Saint-Chamond (42)


- photos prises le 22 octobre 2007 - © Michel Renard

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images utilisées en classe

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samedi 3 novembre 2007

la Commune de Paris (1871)

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documents sur la Commune

de Paris (1871)



La "Commune de Paris" est une période révolutionnaire au cours de laquelle s'installa, à Paris, un contre-gouvernement opposé au pouvoir officiel de la République établi à Versailles (Thiers et la Chambre) ; elle dura du 18 mars 1871 jusqu'à la «semaine sanglante» (21-28 mai).


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un récit dans un manuel d'Ernest Lavisse, Histoire

de France, cours moyen, 1921

 

La guerre civile

La guerre civile - Nous n'étions pas au bout de nos malheurs. La guerre contre les Allemands était à peine finie quand une guerre entre Français commença.
Les esprits étaient très troublés à Paris à la fin du siège. Des patriotes étaient exaspérés par nos défaites. Beaucoup de républicains se défiaient de l'Assemblée nationale, qui était venue de Bordeaux à Versailles, et qui semblait disposée à rétablir la royauté. Des révolutionnaires voulaient changer toute la société. Enfin, il y avait à Paris, comme dans toutes les grandes villes, des hommes qui aimaient le désordre et les violences.
En mars 1871, les Parisiens nommèrent un gouvernement révolutionnaire qui s'appela la Commune.

Le second siège - Un second siège commença. Cette fois, ce fut une armée française qui assiégea Paris. Mac-Mahon la commanda.
L'armée entrée dans Paris le 21 mai. Les insurgés se défendirent derrière les barricades. Ce fut une affreuse guerre de rues. Vaincus, les insurgés fusillèrent l'archevêque de Paris et plusieurs autres personnes que la Commune avait emprisonnées.
Les insurgés incendièrent des maisons et des monuments. L'Hôtel de Ville et le palais des Tuileries furent brûlés.
Les Allemands occupaient encore les environs de Paris. Ils entendirent avec joie la fusillade et la canonnade. la nuit, ils regardèrent la flamme et la fumée des incendies. La France semblait se détruire elle-même dans un accès de folie furieuse.
Beaucoup de soldats périrent pendant la bataille dans les rues. Un plus grand nombre de Parisiens furent tués en combattant ou après un jugement de conseil de guerre. La répression fut terrible.
L'année terrible, c'est le nom que Victor Hugo a donné à cette année qui vit la guerre étrangère et cette criminelle guerre civile faite sous les yeux de l'étranger. Ce fut un des moments les plus tristes de toute notre histoire.

 

éd. Armand Colin, 1921, p. 232

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porte Maillot, mai 1871

 

un résumé événementiel dans un manuel de 1986

La Commune, 26 mars - 28 mai 1871

Paris assiégé : 10 septembre 1870 - 28 janvier 1871
Avec la défaite de la France devant l'Allemagne, Paris est encerclé. La faim, le bombardement, quatre mois de siège pendant l'hiver le plus froid du siècle éprouvent cruellement Paris. Patriotes, les Parisiens condamnent la politique du gouvernement de la Défense nationale qui a succédé à l'Empire. La signature de l'armistice [26 janvier 1871] les scandalise. Les élections législatives du 8 février 1871, organisées à la demande du chancelier allemand Bismarck qui souhaite traiter avec des élus incontestés du pays, prouvent que paris est jacobin et pour la guerre ; que la province - sauf dans l'Est et les grandes villes - est monarchiste et pour la paix.
[traité de Francfort entre la Prusse et la France : 10 mai 1871, mais les préliminaires avaient été signés le 26 février 1871]

Paris insurgé
Le 10 mars, le gouvernement légal présidé par Thiers, en s'installant à Versailles, paraît "décapitaliser" Paris. Ses troupes essaient, en vain, de récupérer les 227 canons de la Garde nationale regroupés à Montmartre. Paris se rebelle. Le 26 mars, une Commune est élue qui s'érige en gouvernement insurrectionnel sous l'emblème du drapeau rouge. Son programme social interdit les amendes sur les salaires, abolit le travail de nuit des ouvriers boulangers, prévoit une instruction gratuite, obligatoire et laïque, jette les bases d'importantes réformes.

Paris ensanglanté
130 000 versaillais - dont nombre de prisonniers libérés par Bismarck - se rassemblent sous le commandement de Mac-Mahon contre 20 000 insurgés, ouvriers et artisans parisiens. Un second siège de Paris commence. L'assaut est donné le 21 mai. Aux exécutions sommaires du petit peuple de Paris répondent les exécutions d'otages par les communards. la "semaine sanglante" s'achève le 18 mai dans le cimetière du Père-Lachaise. La répression est atroce : 25 000 fusillés sommairement, 4 586 déportés, 4 606 condamnés à la prison. Elle dure pendant deux ans encore, écrasant pour longtemps le mouvement ouvrier.

Dernière des grandes révolutions parisiennes, la Commune est à la fois un sursaut patriotique, un mouvement républicain et égalitaire et un mouvement de révolte contre l'autorité de l'État. Première révolution ouvrière, elle est devenue, depuis l'interprétation qu'en a donnée Karl Marx, le symbole d'un mouvement révolutionnaire anticapitaliste.

Histoire de France, Gérard Labrune, Philippe Toutain,
"Repères pratiques Nathan", 1986, p. 85

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Saint-Cloud, le café d'Elcombe, février 1871

 

une explication dans une Histoire de France de 1987

La Commune. La question du régime reste pendante. Devant une Assemblée en majorité monarchiste, Thiers s'est engagé à ne pas prendre parti sur le régime. La crainte d'une restauration, l'humiliation de la défaite, les misères du siège, l'effervescence révolutionnaire de la capitale depuis la fin de l'Empire, tels sont les aspects du malaise de Paris, dont les élections de février avaient montré les sentiments républicains. L'Assemblée nationale s'installe à Versailles et non à Paris, supprime la solde des gardes nationaux et le moratoire des loyers : ces maladresses mettent le feu aux poudres. Le 18 mars, les émeutes éclatent à Montmartre. Thiers, instruit par l'expérience de la monarchie de Juillet, préfère quitter Paris pour Versailles, abandonnant la ville à l'insurrection.
La Commune s'installe, affirmation de l'autonomie parisienne. Le Conseil général de la Commune est élu le 26 mars avec 50% d'abstentions, mais la Commune n'a guère le temps d'accomplir une oeuvre en profondeur car toutes les énergies sont absorbées par la guerre entre versaillais et communards (ou fédérés - car les combattants parisiens de la Commune s'étaient constitués en une fédération des gardes nationaux de la Seine en février 1871) qui commence en avril. Elle s'achève de façon atroce par la "semaine sanglante" du 22 au 28 mai. De 20 000 à 35 000 insurgés sont exécutés sans jugement-; le reste est condamné à l'exil ou à la déportation.
Les communards sont issus du vieux Paris des métiers qualifiés et de l'artisanat, pour leur majorité. Ils représentent des courants très divers : patriotes déçus, jacobins révolutionnaires, blanquistes, proudhoniens, socialistes de l'Internationale. Proche des sans-culottes et des insurgés de 1848, dernier avatar des soulèvements parisiens venus de la Révolution française, la Commune est interprétée par Marx comme la première des révolutions futures. Mais l'essor du mouvement ouvrier n'en est pas moins brisé pour dix ans en France. La première conséquence de la Commune est de démontrer qu'aucun régime autre que la République n'est tolérable pour la capitale et pour les grandes villes de province, Lyon, Marseille, Toulouse, qui ont connu elles aussi d'éphémères Communes.

Histoire de France, dir. Jean Carpentier et François Lebrun, Seuil, 1987, p. 291-292.



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la préfecture de Police prend feu, 24 mai 1871



images d'époque

 

 

 

textes, déclarations de la Commune de Paris


Manifeste du Comité central de la Commune

(26 mars 1871)
"La Commune est la base de tout État politique comme la famille est l'embryon de la société.
Elle implique comme force politique la République, seule compatible avec la liberté et la souveraineté populaire. La liberté la plus complète de parler, d'écrire, de se réunir, de s'associer, la souveraineté du suffrage universel.
Le principe de l'élection appliqué à tous les fonctionnaires et magistrats (...).
Suppression quant à Paris, de l'armée permanente. Propagation de l'enseignement laïque intégral, professionnel.
Organisation d'un système d'assurances communales contre tous les risques sociaux y compris le chômage.
Recherche incessante et assidue de tous les moyens les plus propres à fournir au producteur le capital, l'instrument de travail, les débouchés et le crédit, afin d'en finir avec le salariat et l'horrible paupérisme."


Le programme de la Commune
Élu le 26 mars 1871, le conseil municipal de Paris, dominé par des républicains radicalisés et des socialistes, s'est proclamé Commune de Paris. Ce gouvernement insurrectionnel expose son programme.

" Dans le conflit douloureux et terrible qui menace encore Paris des horreurs du siège et du bombardement, (...) la Commune de Paris a le devoir (...) de préciser le caractère du mouvement du 18 mars, incompris, inconnu et calomnié par les hommes politiques qui siègent à Versailles.
[Paris demande]
- La reconnaissance et la consolidation de la République, seule forme de gouvernement compatible avec les droits du Peuple.
- L'autonomie absolue de la Commune étendue à toutes les localités de la France et assurant à chacune l'intégralité de ses droits.
- Les droits inhérents à la Commune sont : le vote du budget communal, recettes et dépenses ; la fixation et la répartition de l'impôt ; (...) l'organisation de sa magistrature, de la police intérieure et de l'enseignement ; l'administration des biens appartenant à la Commune.
- Le choix par l'élection ou le concours, avec la responsabilité et le droit permanent de contrôle et de révocation des magistrats ou fonctionnaires communaux de tous ordres. La garantie absolue de la liberté individuelle, de la liberté de conscience et de la liberté de travail (...).
- L'intervention permanente des citoyens dans les affaires communales par la libre manifestation de leurs idées. (...)
- L'unité, telle qu'elle nous a été imposée jusqu'à ce jour par l'Empire, la monarchie et le parlementarisme, n'est que la centralisation despotique, inintelligente, arbitraire et onéreuse. L'unité politique telle que la veut Paris, c'est l'association volontaire de toutes les initiatives locales. (...)
La Révolution communale, commencée par l'initiative populaire du 18 mars (...) c'est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l'exploitation, de l'agiotage, des monopoles, des privilèges auxquels le Prolétariat doit son servage, la Patrie ses malheurs et ses désastres."

extrait de l'Enquête parlementaire sur l'insurrection du 18 mars 1871

 

Extrait de la Déclaration au peuple français du 19 avril 1871
«Il faut que Paris et le pays tout entier sachent quelle est la nature, la raison, le but de la Révolution qui s’accomplit. […]
La Commune a le devoir d’affirmer et de déterminer les aspirations et les vœuxde la population de Paris ; de préciser le caractère du mouvement du 18 mars, incompris, inconnu et calomnié par les hommes politiques qui siègent à Versailles. […] Que demande-t-il ?
La reconnaissance de la consolidation de la République, seule forme de gouvernement compatible avec les droits du peuple et le développement régulier et libre de la société. […]
Nos ennemis se trompent ou trompent le pays quand ils accusent Paris de vouloir imposer sa volonté ou sa suprématie au reste de la nation, et de prétendre à une dictature qui serait un véritable attentat contre l’indépendance et la souveraineté des autres communes.
Ils se trompent ou trompent le pays quand ils accusent Paris de poursuivre la destruction de l’unité française, constituée par la Révolution, aux acclamations de nos pères, accourus à la fête de la Fédération de tous les points de la vieille France.
L’unité, telle qu’elle nous a été imposée jusqu’à ce jour par l’empire, la monarchie et le parlementarisme, n’est que la centralisation despotique, inintelligente, arbitraire ou onéreuse. […]
La lutte engagée entre Paris et Versailles est de celles qui ne peuvent se terminer par des compromis illusoires : l’issue n’en saurait être douteuse. La victoire, poursuivie avec une indomptable énergie par la Garde nationale, restera à l’idée et au droit. […]
Nous avons le devoir de lutter et de vaincre !»

Paris, le 19 avril 1871, La Commune de Paris.

 


la répression de la Commune de Paris par les Versaillais

 

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témoignages sur les massacres après la défaite de la Commune



Catulle Mendès

Au 1 place du Châtelet, se tient, pendant et après la Semaine sanglante, une cour martiale chargée de juger les insurgés. L'écrivain et poète Catulle Mendès (1841-1909) en décrit les méthodes expéditives dans Les 73 jours de la Commune : «On amène les fédérés, vingt par vingt-; on les condamne ; conduits sur la place, les mains liées derrière le dos, on leur dit : "Tournez-vous". À cent pas, il y a une mitrailleuse ; ils tombent vingt par vingt. […] J’ai vu tout cela de mes propres yeux.» (source)


Marie Mercier
«J’ai vu fusiller à la barricade du faubourg Saint-Antoine une femme qui avait son enfant dans les bras. L’enfant avait six semaines et a été fusillé avec la mère. Les soldats qui ont fusillé cette mère et son enfant étaient du 114e de ligne. On l’a fusillée pour avoir dit : "Ces brigands de Versailles ont tué mon mari". On a fusillé la femme d’Eudes, enceinte de sept mois. Elle avait une petite fille de quatre ou cinq ans qui a disparu. On la dit fusillée aussi. À la petite Roquette, on a fusillé environ deux mille enfants trouvés dans les barricades et n’ayant plus ni père ni mère
Témoignage de Marie Mercier, extrait des archives de Victor Hugo. Marie Mercier, dix-huit ans, était la compagne de Maurice Garreau, directeur de la prison de Mazas sous la Commune, fusillé à la fin de la Semaine sanglante. Marie deviendra la maîtresse de Hugo à Vianden.  (source)


Geroge Sand

«Tout est bien fini à Paris. On démolit les barricades ; on enterre les cadavres ; on en fait, car on fusille beaucoup et on arrête en masse. Beaucoup d’innocents, ou tout au moins de demi-coupables, paieront pour les plus coupables qui échapperont. Alexandre [Dumas fils] dit qu’il en fait délivrer beaucoup sur les affirmations de sa science physiognomoniste, enseignée par le docteur Favre. Sa lettre est bizarre et je ne vois pas comment il s’y prend pour faire écouter ses essais d’application par les cours martiales. Hugo est tout à fait toqué. Il publie des choses insensées et, à Bruxelles, on fait des manifestations contre lui

Journal de George Sand, 1er juin 1871  (source)

 

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photo : Adolphe Eugène Disderi

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cliquer sur l'image pour l'agrandir

 

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Disderi était un photographe célèbre, portraitiste officiel de l'Empereur

cliquer sur l'image pour l'agrandir

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photographie d'André Adolphe Eugène Disderi (1819-1889), cadavres de Communards
(Bodies of militants of the ''Commune de Paris'')

des hommes jeunes...

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cadavres de Communards : photographie Disderi

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cadavres de Communards : photographie Disderi

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cadavres de Communards : photographie Disderi

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cadavres de Communards : photographie Disderi

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cadavres de Communards : photographie Disderi

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cadavres de Communards : photographie Disderi

 

...ont été fusillés par milliers.



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mardi 23 octobre 2007

Qui était Claude Lebois ?

Buste_Claude_Lebois__2_
Claude Lebois (1845-1919), buste datant de 1921
(ce buste trône dans le hall du lycée Claude Lebois à Saint-Chamond)

 

Qui était Claude Lebois ?

1845-1919



Claude Lebois est né à
Chissey-les-Mâcon (Saône-et-Loire) le 6 décembre 1845 sous la monarchie de Juillet (1830-1848).  Pour établir une comparaison chronologique, sa vie fut parallèle à celle de l'écrivain Anatole France (1844-1924). Mais sa destinée fut différente.

Il fut un modèle d'homme savant et intègre et associa son nom à la promotion de l'enseignement technique. Sans cesse attentif à la nouveauté technologique qui marqua son âge adulte, il accompagna ce qu'on désigne sous le nom de "seconde révolution industrielle" et en rendit compte dans ses cours et dans ses livres.

Le père de Claude s'appelait François Lebois ; il était âgé de 34 ans lors de la naissance de son fils et exerçait la profession de meunier. Sa mère s'appelait Pierrette Mansau (?) - source : archives départementales de Saône-et-Loire.

 

acte naissance Claude Lebois
extrait de la transcription de l'acte de naissance de Claude Lebois en 1845

 

Petit enfant sous la IIe République (1848-1851), il a grandi sous le Second Empire (1852-1870). Sa formation date de cette époque. En 1866, il est envoyé à l'École normale d'enseignement spécial de Cluny en Saône-et-Loire - l'enseignement spécial signifiant alors professionnel - qui vient juste d'ouvrir ses portes. On l'appelle aussi "école Victor Duruy" du nom du ministre de l'Instruction publique (1863-1869) désigné par Napoléon III. (...)

 

Cluny_Arts_et_m_tiers__1_
l'École normale d'enseignement spécial de Cluny (ouverte en 1866), devenue École
Nationale
Pratique d´Ouvriers et de Contremaîtres en 1891, puis École Nationale
des Arts et Métiers en 1901. Claude Lebois y séjourna de 1866 à 1868
(ancienne carte postale ayant circulé en 1905)

 

fa_ade__cole_Cluny_1866
le bâtiment principal de l'École normale d'enseignement spécial de Cluny
(communiquée par Chantal Clergue, étudiante en master d'histoire contemporaine, déc. 2008)

 

_cole_normale_de_Montbrison
l'École Normale de Montbrison

 

Claude Lebois avant 1899
Claude Lebois, avant 1899

 

 

 

suite de l'article en préparation



buste_Claude_Lebois___Saint__tienne
le buste de Claude Lebois
dans la cour de l'école professionnelle
à Saint-Étienne dans les années 1932-1935

Michel Renard
professeur d'histoire
au lycée Claude Lebois

 

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Claude Lebois, photographies

 

Claude_Lebois_vers_1872
Claude Lebois vers 1866/68 (environ 21/23 ans)
à
l'École normale d'enseignement spécial de Cluny

 

Claude_Lebois_l_gion_d_honneur    Claude_Lebois_portrait
officier de la Légion d'honneur en 1898
                                             

Claude_Lebois____droite

 

Claude_Lebois_ao_t_1911
août 1911 : à droite Claude Lebois et assise au centre Lucie Lebois, sa fille ;
assis à gauche, Gabriel Dailloux ; debout, M. Roussin



Claude_Lebois_15_ao_t_1911
15 août 1911 à Vichy devant la Source de l'Hôpital ; de g. à d. : M. Roussin,
professeur à l'École Carnot à Vichy ; Élise Dailloux ;
M. Ardiller, directeur d'École Normale à Orléans ; Lucie Lebois ; Claude Lebois ;
A(?) Debin (?) ; Gabriel Dailloux, père d'Élise


menhir
16 octobre 1912, menhir de Nobles, ou menhir du hameau de Pierre-Levée,
à proximité du château de Nobles dans la commune de La Chapelle-sous-Brancion
en Saône-et-Loire


menhir_de_Nobles__2_
photo récente du menhir de Nobles et du paysage que
Claude Lebois a pu contempler



Claude_Lebois_campagne


Claude_Lebois__g_


Claude_Lebois_buste_dans_hall_d_honneur
buste de Claude Lebois dans le hall d'honneur
de l'école
professionnelle de Saint-Étienne


Nous devons ces photographiques, inédites à ce jour, à l'obligeance et à la gentillesse d'Anne Le Goff, arrière-petite-fille de Claude Lebois et petite-fille de Lucie. Qu'elle en soit vivement remerciée.

Michel Renard
janvier 2009

 

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Buste_Claude_Lebois
buste se trouvant désormais dans le hall du
lycée Claude Lebois à Saint-Chamond

 


biographie de Claude Lebois figurant
sur le site du lycée et due

à Louis Challet, ancien professeur d'histoire au lycée Claude Lebois

 

Né à Chissey-les-Mâcon, en 1845, Claude Lebois se destine à la carrière d’enseignant. À 20 ans il est maître d’école élémentaire au collège de Mâcon.

En 1866, il obtient une bourse pour entrer à l’École d’Enseignement Spécial de Cluny, créée l’année précédente ; sans doute, a-t-il le goût des sciences et techniques, alors peu prisées. Sa formation une fois complétée, il est nommé professeur de sciences à l’école normale de Montbrison, de 1868 à 1870 puis à celle de Grenoble de 1871 à 1878. Durant la guerre de 1870, il est mobile dans l’armée de la République.

Il répond, en 1879, à l’appel du maire de Saint-Chamond, Marius Chavanne, qui désire fonder une École Professionnelle Municipale. Avec trois professeurs il ouvre cette école dans les bâtiments de l’ancien collège des Maristes récupéré en 1871 par le maire Deschamps. Claude Lebois, directeur et les professeurs logent dans de petites maisons, à proximité.

L’instituteur, M. Fournier qui l’a connu à cette époque le décrit comme un homme grave et modeste. S. Bertholon, historien de Saint-Chamond, qui n’apprécie guère l’enseignement public, estime qu’il est un homme remarquable. Claude Lebois ne reste que trois ans à Saint-Chamond. Il est nommé directeur, en 1882, de l’École Pratique d’Industrie de Saint-Étienne ; il reste à ce poste jusqu’en 1897. L’établissement qu’il décrit dans l’ouvrage Association pour l’avancement des sciences, (XXVIe session, août 1897, Saint-Étienne) est d’une autre ampleur que celui de Saint Chamond...

En 1898, ses services sont récompensés par la Légion d’Honneur et la nomination au poste d’inspecteur des écoles pratiques de la ville de Paris. En 1904, il est promu Inspecteur Général. Claude Lebois favorise la création des écoles pratiques de Firminy (1901 et 1907), Rive-de-Gier (1902), Vienne, Le Puy... d’une école de rééducation des mutilés.

Après 47 ans de services, il fait valoir ses droits à la retraite, en 1911. Huit ans plus tard, il meurt à Saint-Étienne, où il est inhumé, un homme d’une grande autorité, compétent dévoué, ferme dans ses résolutions, au point de braver, s’il le faut, les décisions d’un ministre. Doué d’une grande culture éclectique dans les domaines scientifiques et techniques, Claude Lebois a rédigé d’abord des ouvrages scolaires : cours d’algèbre élémentaire, de tissage, de mathématiques théoriques et pratiques pour les élèves des écoles normales, d’électricité industrielle...

Il a aussi écrit des ouvrages sur la mécanique de la platine de fusil, sur des l’électricité ; il a rédigé une partie du Catalogue de l’Exposition universelle de 1900. Il a préfacé des ouvrages de technologie électrique, de mécanique et sur le travail des métaux ferreux.

Louis Challet

Louis Challet 25 oct 1987 chez Pivot
Louis Challet, le 25 octobre 1987

 


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Claude_Lebois_l_gion_d_honneur


 

 

notice biographique sur Claude Lebois (1904)


M. LEBOIS

Au moment où M. Lebois quitte la direction de l'École de Saint-Étienne pour se consacrer exclusivement à ses importantes fonctions d'inspecteur général de l'enseignement professionnel, nous avons pensé que les camarades seraient heureux de revoir avec nous les diverses étapes de la carrière admirable qu'il a parcourue. La vie de M. Lebois offre, par sa simplicité même, l'exemple le plus clair et le plus fécond de ce que peut une activité continue, persévérantre, inlassable, mise au service d'une idée.

Origiaire, croyons-nous, du département de la Saône-et-Loire, M. Lebois a été un des premiers élèves de cette école de Cluny qui, dans sa courte existence, a su donner à l'Université nombre de maîtres d'allure indépendante, d'esprit personnel et animés surtout d'idées démocratiques. M. Lebois en était vers 1868 l'un des élèves les plus remarquables et les plus laborieux. La guerre de 1870 le trouve professeur à l'École Normale de Montbrison : il s'engage et fait son devoir de patriote comme il a toujours fait toutes choses : avec simplicité mais jusqu'au bout.

La guerre finie, il reprend son poste : en 1874 il est nommé à l'École Normale de Grenoble où il reste jusqu'en 1879. C'est, pour ainsi dire, sa période de recueillement et d'initiation : durant ces neuf années il acquiert cette expérience professionnelle dont nous avons tous apprécié la délicatesse et l'étendue ; il enrichit et complète ses connaissances personnelles en préparant l'agrégation des sciences physiques ; enfin, il mûrit en lui-même l'idée de l'enseignement dont il va être en France l'un des plus ardents promoteurs.

Comme tous les hommes de sa génération, M. Lebois a vécu sous l'impression de nos désastres de 1870 ; mais où d'autres ne voyaient que prétexte à déclamations ou à un pessimisme plus ou moins agrémenté de littérature, son esprit pratique saisissait et développait de plus en plus cette idée : qu'il ne fallait pas seulement renouveler notre organisation militaire mais aussi notre organisation industrielle ; que désormais la victoire n'était pas réservée aux meilleurs soldats mais aussi au peuple qui fournirait les industriels et les contre-maîtres les plus capables et les ouvriers les plus diligents et les plus consciencieux. Et lorsque le moment favorable lui est venu, c'est avec la belle audace de novateurs qu'il se mit à la besogne.

En 1879, un arrêté ministériel le nomme directeur de l'École primaire supérieure de Saint-Chamond. M. Lebois commence aussitôt ses démarches ; avant que l'École ne s'ouvre elle est débaptisée et s'appelera désormais : École professionnelle. Naturellement il ne pouvait s'agir pour M. Lebois d'un simple changement de titre ; c'est une organisation nouvelle qu'il veut créer et cette première tentative a un plein succès ; l'École ouverte avec 18 élèves en compte à son départ 80.

suite à venir

Diapositive1
dans le jardin public, à l'arrière de l'Hôtel de ville, à Saint-Chamond, il y avait l'inscription :
"École Pratique d'Industrie"
(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

ancienne inscription école Claude Lebois
une trace de l'ancienne École Pratique d'Industrie : la première inscription a été remplacée
par une seconde, après 1930, quand l'établissement prit le nom officiel de "Collège Claude Lebois"
(photo prise le 24 décembre 2014)

 

En 2014, on peut toujours lire l'inscription "École Claude Lebois" sur le fronton de l'aile Est (à droite quand on vient du Jardin des Plantes) de la galerie que forme la cour intérieure de la mairie.

 

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une lettre d'anciens élèves adressée à Claude Lebois, 1869


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Cher professeur

Un devoir que nous considérons toujours comme sacré parce qu'il a son fondement et sa raison d'être dans nos coeurs nous oblige aujourd'hui à vous exprimer les sentiments d'amour et de reconnaissance dont nous sommes tous animés. Depuis longtemps nous attendions ce moment, ce jour heureux, mille fois heureux puisqu'il nous fournit l'occasion de nous réunir autour de vous, pour vous dire combien nous vous aimons, combien nous sommes sensibles à toutes vos bontés, et pour vous remercier des peines que vous prenez pour nous faire suivre le cours rapide des progrès de notre siècle.

Ces progrès sont surtout notables dans les sciences physiques et naturelles. La raison en est bien simple : on en a reconnu la grande utilité et tous les agréments. Oui, je le répète : la physique, la chimie et l'histoire naturelle sont autant de sciences pleines d'attraits. Or cette branche d'enseignement devenue si nécessaire, est la partie dont, aimable Professeur, vous êtes chargé à l'École normale.

La bienveillance et le charme surtout avec lequel vous savez nous donner ces leçons de sciences font que c'est toujours avec bonheur que nous voyons arriver les moments pendants lesquels vous êtes chargé de nous instruire.

"Efforçons-nous donc chers condisciples de continuer à mériter tous les soins d'un Professeur animé du feu de la science, de l'amour du devoir qui domine en lui et qu'il nous communique à tous en nous remplissant d'une grande ardeur de nous rendre utile à la société, et d'un zèle ardent pour accomplir notre vocation. Promettons lui, si quelquefois nous avons eu la faiblesse de le rendre mécontent de nous, de mieux faire à l'avenir, et de le rendre content".

Cher Professeur vous ne vous contentez pas seulement de nous donner le pain de l'instruction, vous faites bien plus que tout cela ; vous vous sacrifiez tout entier pour nous ; vous employez tous les moyens que votre tendre cœur vous suggère pour nous faire passer agréablement et avec fruit notre séjour à l'École normale.

Mais hélas nous ces jouissances doivent un jour s'évanouir. Ce jour est bien près pour nous, élèves de 3ème année, qui en ce jour de bonheur éprouvons cependant beaucoup d'affliction à la seule pensée que nous serons bientôt obligés de quitter, pour peut-être ne plus le revoir, un maître si bon, si tendre, si sympathique et surtout si affectueux pour ses élèves. C'est bien de dire cela mais telle est notre destinée, car nous devons marcher où Dieu nous appelle. Mais lorsque nous quitterons le toit qui nous abrite, soyez persuadé que nous emporterons avec nous le  souvenir de tant de bonté pour nous et de votre tendre sollicitude ; qu'en quelque lieu que vous soyez, nous nous rappellerons toujours cet heureux temps passé auprès d'un si bon maître ; soyez persuadé que si nous ne pouvons vous voir en personne, vous vivrez du moins dans nos cœurs ; et que votre mémoire y sera éternellement chérie et vénérée.

Maintenant, cher Professeur, nous voudrions pouvoir vous récompenser de tous vos bienfaits. Nous ne sommes pas contents de ne pouvoir le faire. Car que pouvons-nous vous offrir ? Les biens de la terre ? mais ils ne sont pas à notre disposition. Nos cœurs seuls nous appartiennent, et déjà vous les possédez. Dans notre impuissance nous aurons recours à Celui qui peut tout, et nous espérons qu'il pourvoira à notre insuffisance : lui seul est capable de vous récompenser comme vous le méritez.

Nous le supplions donc de vous rendre au centuple ce que nous vous devons : le Souverain Appréciateur ne saurait rester insensible à nos prières. Oui il vous comblera de ses bienfaits, mais encore il prendra soin d'une existence qui nous est si chère et si nécessaire.

Cependant nous pouvons former des vœux : nous vous souhaitons donc collectivement une bonne année, un bonheur et une prospérité qui soient la récompense de votre grand dévouement, une santé inaltérable ; enfin, de tous les vœux, le plus cher que nous puissions former aujourd'hui est celui de voir, lorsqu'enfin sera arrivée l'heure qui sépare les amis, qui arrache un père à la tendresse de ses enfants, votre front ceint du diadème de l'immortalité bienheureuse.

Tel est cher Professeur le faible hommage de ceux qui aimeront toujours à ses dire vos respectueux et obéissants élèves.

suivent trente-trois signatures dont celle de J. Meygret qui semble être l'auteur de ce texte

 


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préface de Claude Lebois au manuel de Mécanique

de J. Roumajon (éd. Delagrave, 1914)

Les résultats obtenus dans l'enseignement technique depuis sa fondation, le nombre toujours croissant des demandes de création d'écoles pratiques faites par les municipalités, les situations rémunératrices offertes aux élèves sortants, malgré leur jeune âge, montrent bien que cet enseignement répond à des nécessités de la vie moderne.
Ces succès sont dus, en grande partie, aux efforts persévérants, au savoir et au dévouement des maîtres qui, persuadés de l'utilité de leur tâche, ont apporté dans son accomplissement la meilleure des bonnes volontés.
Provenant d'origines très différentes : sections normales, enseignement primaire, secondaire ou supérieur, ils ont su se plier aux exigences d'un enseignement nouveau et appliquer dans leurs leçons des méthodes nouvelles dont l'excellence est prouvée par les résultats obtenus.
Les élèves des écoles pratiques sont souvent moins privilégiés que leurs camarades des écoles primaires supérieures, des lycées ou des collèges. Ils doivent, en trois ou quatre années, acquérir tous les éléments nécessaires à leur instruction générale et à leur éducation professionnelle. Le nombre des heures d'études est très réduit. Après avoir passé la majeure partie de sa journée à l'atelier, l'enfant est peu disposé à travailler encore chez lui, où parfois il ne trouve d'ailleurs pas le calme et le confort indispensables à tout effort de l'esprit. Les leçons d'enseignement général doivent donc être réduites à leur strict minimum.
Nous sommes cependant loin de penser que l'instruction générale doive être négligée ; mais, dans nos écoles, cette instruction n'apparaît pas comme une fin : elle est subordonnée au but même de notre enseignement et doit tendre uniquement à faciliter, en l'éclairant, l'apprentissage de la profession.
Nous parviendrons ainsi à faire de nos élèves, non seulement des ouvriers sachant leur métier, capables de bien comprendre les divers travaux qui leur sont confiés, d'utiliser avec intelligence et dans les meilleures conditions les machines mises à leur disposition, mais encore des ouvriers conscients de leurs devoirs et de leurs droits.
En particulier, l'enseignement de la Mécanique offre de sérieuses difficultés dans nos écoles, et il est à craindre que nos élèves, attirés d'abord par cet enseignement, qui paraît devoir leur donner l'explication de tout ce qui se passe sous leurs yeux à l'atelier, ne soient rebutés, dès les premières leçons, par des raisonnements théoriques qu'ils ne peuvent généralement pas s'assimiler.
Il est donc nécessaire de supprimer les démonstrations qui pourraient offrir quelque difficulté. Une vérification expérimentale, faite sous les yeux de l'élève, frappe, d'ailleurs, davantage son imagination et grave plus profondément dans son esprit les principes qu'il doit connaître.
Les démonstrations, jugées indispensables par le professeur, doivent être faites sur des exemples numériques simples, avant d'être généralisées par l'emploi des notations algébriques. De nombreuses applications, portant sur les machines de l'atelier ou sur des faits que les élèves ont pu observer, préciseront les formules trouvées et leur feront comprendre, mieux que toute explication, si claire qu'elle soit, l'importance relative des diverses grandeurs figurant dans ces formules qui sont l'expression des lois de la Mécanique.
De plus, l'emploi des méthodes graphiques facilitera beaucoup la tâche du professeur. Ces méthodes lui permettront, en effet, de traiter un certain nombre de questions dont la solution mathématique est au-dessus du niveau de nos élèves ; elles obligeront aussi ces derniers à dessiner exactement, à raisonner le dessin qu'ils ont à faire et à mieux se rendre compte des rapports qui existent entre les données et les résultats.
C'est dans cet esprit que M. Roumajon a rédigé, avec compétence, clarté et précision, l'ouvrage de Mécanique qu'il présent aujourd'hui aux professeurs des écoles pratiques et des écoles nationales professionnelles. Son expérience de l'enseignement, acquise dans ces écoles où il a exercé, lui a permis de se rendre compte de ce qu'on peut y enseigner et de la façon dont on doit le présenter aux élèves.
Nous croyons donc que son ouvrage sera favorablement accueilli par ses anciens collègues et qu'il fera bonne figure dans la collection, déjà importante, des manuels composés pour nos écoles techniques du premier degré.

Claude Lebois
inspecteur général de l'enseignement technique
directeur de l'École normale d'Enseignement technique

 

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quelques ouvrages de Claude Lebois

 

couv_appareils_d_monstration
Enseignement expérimental de l'électricité industrielle :
appareils de démonstration



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Cours élementaire d'électricité industrielle

 

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le manuel d'électricité industrielle,

de Claude Lebois, édité en 1902-1919


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une page du livre :


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Claude Lebois, observateur

et témoin de la deuxième révolution industrielle :

Depuis une vingtaine d'années, le développement des industries électriques tient du prodige. Un nombre considérable de puissantes usines électriques se sont créées ou se créent sur des chutes d'eau naturelles ou artificielles, dans les vallées profondes des Alpes notamment ou sur quelques grands et rapides cours d'eau.

L'électricité qu'elles produisent par torrents est tantôt utilisée sur place à la fabrication du carbure de calcium, de l'aluminium, du magnésium, du zinc, des ferro-alliages, comme le ferro-silicium, le ferro-chrome, le ferro-tungstène, employés en métallurgie pour donner aux aciers des qualités spéciales de résistance, du chlore, des chlorates, des produits azotés divers, par exemple la cyanamide, l'acide nitrique synthétiques, etc.-; tantôt, et suivant le cas, elle est transportée au loin pour servir à l'éclairage, à la traction et à la commande de nombreux moteurs de toutes puissances, depuis les moteurs de 1/4 de cheval et d'autres minuscules de 1/8 et de 1/10, qu'on trouve au domicile même de l'ouvrier, jusqu'à ceux de 1000 chevaux et plus actionnant les machines de quantités d'ateliers, de fabriques ou d'usines.

La plupart des machines motrices, d'abord installées dans ces ateliers ou usines, sont déjà remplacées, et très avantageusement, sous tous les rapports, par des moteurs électriques peu encombrants, plus propres, d'un entretien et d'une manoeuvre si faciles. Dans les vallées des Alpes, ces machines avec leurs chaudières et soutes à charbon ne sont même plus déjà qu'à l'état de souvenir.

Pendant la guerre, sous l'empire des nécessités du moment et en raison de la grande pénurie de charbon due à la perte momentanée de nos houillères du Nord, aux difficultés de nous procurer chez nos alliés, le développement de nos industries électriques a été marqué par une nouvelle et extraordinaire impulsion, particulièrement en ce qui concerne l'électrométallurgie et l'électrochimie, si bien que la houille blanche, venant grandement en aide à la houille noire, a apporté à la défense nationale un concours des plus précieux, en prenant une part importante à la fabrication du matériel de guerre et en fournissant en abondance les explosifs et les produits chimiques divers qu'elle réclamait.

Sans rien dire de quelques grandes installations créées depuis déjà un certain nombre d'années, tant en France qu'à l'étranger, comme celle du Niagara (120 000 chevaux), de Brillanne sur la Durance et de Jonage sur le Rhône, de chacune 20 à 25 000 HP, de Paderno-Milan sur l'Adda (15 000 HP), de Lucerne sur l'Aa (12 000 HP)... sans rien dire non plus de quelques gigantesques projets à l'étude comme celui du Rhône à Bellegarde qui prévoit une puissance formidable de 250 000 HP, nous nous bornerons aux quelques renseignements suivants, extraits de documents qui nous ont été obligeamment fournis par le président de la Chambre de commerce de Grenoble, et qui ont trait aux nombreuses et importantes usines électriques existant dans la région qui nous intéresse le plus, celle des Alpes, où les chutes alimentées par les glaciers, les lacs des montagnes et l'eau qui y tombe en abondance sont si fortes : celles de 500 à 600 mètres y sont communes et on en trouve de 1 000 mètres et plus.

En 1902, 200 000 chevaux étaient captés et utilisés, soit sur place pour l'électrométallurgie et l'électrochimie, soit transportés au loin pour l'éclairage et la force motrice. Aujourd'hui on trouve, tant dans la région des Alpes du nord que dans celle du sud, une puissance hydraulique aménagée de 732 000 chevaux dont 306 000 transportés au loin, jusque dans la région de la Loire, servent à l'éclairage, à la traction et à la force motrice ; 405 000 sont utilisés sur place à la métallurgie et à la fabrication de produits chimiques divers, et 21 000 sont également utilisés sur place pour les industries du papier et du bois.

Comme groupes importants d'usines, on peut citer celui de l'Arve moyen autour du Fayret Saint-Gervais, d'une puissance de 60 000 HP ; un autre de 120 000 HP, sur l'Arc moyen, comprenant principalement les usines de Saint-Jean-de-Maurienne (23 000 HP), de Calypso et de la Saussaz (ensemble, 34 000 HP), de Prémont et La Praz ; un 3e groupe, d'égale importance, sur la Romanche, entre Livet et Séchilienne ; enfin, un 4e groupe dans la vallée de la Durance, où l'on trouve les deux plus fortes centrales : l'une à l'Argentière, de 40 000 HP, servant à la fabrication de l'aluminium, et l'autre, à Ventavon, de 30 000 chevaux, qu'on dirige sur Marseille par un fil de 150 km.

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usine électrique de Ventavon (Alpes-de-Haute-Provence, anc. Hautes-Alpes)

Les principales sociétés distribuant force et lumière sont :

1) la Société générale force et lumière, qui dispose de 60 000 HP, dont 26 000 provenant de ses centrales du Drac et de la Romanche, et les 34 000 autres de diverses usines de la Savoie et de Bellegarde ; elle dessert un grand nombre de communes de l'Isère, de la Haute-Savoie, de la Loire, de l'Ain et du Rhône ;

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usine hydro-électrique dans les gorges du Drac, ligne de la Mure ;
environs de La Motte-les-Bains (Isère) ; Société Force et lumière à Avignonnet (Isère)

2) la Société hydro-électrique de Fures et Morgue et de Vizille : 14 000 HP fournis par ses usines de Jouchy, de Champ et de Beaumont. Elle étend surtout son action sur les régions de Voiron et de Rives ;

3) la Société du Haut-Grésivaudan, 15 000 HP provenant principalement de l'usine de Bens. Son réseau recouvre les arrondissements de Chambéry et d'Albertville, et un certain nombre de communes de l'Isère ;

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usine électrique de la Société du Haut-Grésivaudan

4) la Société de Forces motrices et d'éclairage de la ville de Grenoble, qui dispose de 7-000 HP installés aux usines de Pont-Haut.

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usine électrique de Pont-Haut, environs de La Mure (Isère)

Ces sociétés, dont les réseaux se touchent et se croisent, s'entr'aident de façon à parer à tout arrêt accidentel.

Citons encore la Société du littoral méditerranéen (100 000 HP), la plus importante de toutes, dont les réseaux s'étendent sur 8 départements, depuis la frontière italienne jusqu'aux Cévennes.

Le prix de revient du cheval-heure transporté oscille autour de 6 centimes pour les petites installations, de 4, 5 pour les moyennes et de 3 pour les grosses.

Malgré cette grande et rapide extension des industries électriques, il reste cependant encore beaucoup à faire, car une partie relativement faible de l'énergie nécessaire à l'activité industrielle est fournie par l'intermédiaire de l'électricité. M. Audebrand [Éric Gérard, Leçons sur l'électricité] estime, en effet, à 8 000 000 les puissances hydrauliques disponibles en France où la puissance des machines à vapeur, locomotives comprises, atteint 7 000 000 de chevaux.

Il résulte d'études faites ultérieurement par MM. de la Brosse, ingénieur en chef des forces hydrauliques de France, et Barbillon, directeur de l'Institut électrotechnique de Grenoble, qu'on peut estimer à 7 000 000 de chevaux ces puissances hydrauliques, dont la moitié sur la région des Alpes, et qu'il est pratiquement possible d'installer en Dauphiné encore 2 millions de chevaux diversement utilisables.

Les transports par l'électricité se multiplient si rapidement qu'il viendra un moment où chaque pays civilisé, possédant des forces naturelles suffisantes, sera recouvert d'un immense réseau d'énergie électrique portant partout, même dans les moindres localités, lumière, chaleur et mouvement. Les chemins de fer fonctionneront par l'électricité, les bateaux sur les rivières et les canaux seront actionnés par le même agent, et peut-être arrivera-t-on - car aucune difficulté n'arrête nos ingénieurs - à établir des lignes au-dessus des principales routes afin que les automobiles, par un dispositif à trouver, puissent y cueillir le courant nécessaire à leur marche.

Claude Lebois, tome 1 de L'électricité industrielle, 1919, p. 462-465
les illustrations ne figurent pas le livre mais sont ajoutées par moi (MR)

 

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usine de Ventavon (Alpes-de-Haute-provence)


 original du texte ci-dessus, photographié dans le livre

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l'usine électrique de Jonage avant 1914

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l'usine électrique de Jonage avant 1914

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1898 : souvenir de la Légion d'honneur

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11 juin 1898 : menu du banquet offert par le
Grand Cercle à ses sociétaires promus dans la Légion d'honneur

 

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samedi 20 octobre 2007

E.C.J.S.

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La liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix, 1830



E.C.J.S.

Éducation civique, juridique et sociale



instruire le peuple, c'est l'améliorer ;

éclairer le peuple, c'est le moraliser ;

lettrer le peuple, c'est le civiliser

(Victor Hugo, 1830)



mai 1790, plantation des arbres de la liberté dans les communes de France
en présence du maire et des gardes nationaux





dossier Guy Môquet

- Dernière lettre de Guy Môquet (22 octobre 1941)

- Guy Môquet en toutes lettres (journal Libération)

- Guy Môquet, une enfance fusillée (un livre de Pierre-Louis Basse)

- Guy Môquet : le mythe et l'histoire (Jean-Marc Berlière et Sylvain Boulouque)

- Un peu de rigueur SVP (par Xavier Vigna, Jean Vigreux, Serge Wolikow, historiens)

- Guy Môquet a-t-il été "résistant" ? (M. Renard)


 

cours et documents

- la notion de civilité (M. Renard)

- photos du monument "Victor de l'Aveyron" prises par des élèves (M. Renard)

- dossier sur la notion de civilité : les enfants sauvages (M. Renard)


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Programme officiel

L'architecture d'ensemble du programme, sur les trois années du lycée, consiste à redécouvrir par l'analyse la notion de citoyenneté, à en étudier les principes, modalités et pratiques, et à la confronter aux réalités du monde contemporain. Il est naturel que l'accent soit mis sur des aspects différents de cette problématique dans chacune des classes du lycée.

En classe de seconde : "De la vie en société à la citoyenneté"
La découverte de la citoyenneté se fait à partir de l'étude de la vie sociale que l'élève peut comprendre pour remonter, par analyse, à sa source politique et à sa construction dans le temps. Des objets d'étude, choisis dans la vie sociale, servent de base à ce travail et permettent de faire découvrir par les élèves une ou plusieurs dimensions de la citoyenneté. Par là, on approfondit et enrichit ce qui a été acquis au collège.

En classe de première : "Institutions et pratiques de la citoyenneté"
L'étude de la citoyenneté permet l'analyse du fonctionnement des principales institutions politiques de la cité. Les grands principes constitutionnels ouvrent sur les institutions de la démocratie avec les partis politiques, les systèmes électoraux et les libertés publiques. La présentation des institutions judiciaires peut être faite à partir de divers niveaux intéressant particulièrement les classes concernées (prud'hommes et législation du travail, tribunal de commerce et technologies de la vente, autorité légitime et tribunaux d'exception par exemple). La diversité des conceptions, des institutions et des pratiques de la citoyenneté est appréhendée, par une méthode comparative, dans le temps et dans l'espace.

En classe terminale : "La citoyenneté à l'épreuve des transformations du monde contemporain"
La confrontation de la citoyenneté aux grandes transformations du monde contemporain permet de déboucher, hors de toute intention polémique, sur des thèmes faisant débat, par exemple les différentes conceptions de l'égalité, le rôle des médias, l'indépendance de la justice, ou sur des questions résultant des évolutions familiales, scientifiques ou sociales. On aborde aussi les problèmes posés par l'unification européenne et la mondialisation avec leur impact sur les institutions politiques. On traite notamment le thème de "la défense et la paix" sur lequel le système éducatif s'est engagé à faire réfléchir les élèves dans le cadre de la fin du système de conscription.


La salle des séances de l'Assemblée nationale


Programme de seconde


"De la vie en société à la citoyenneté"

I - Objectif général de la classe de seconde

Étudier dans toutes ses dimensions la citoyenneté et son exercice dans la société constitue l'axe de l'éducation civique, juridique et sociale (ECJS) dans les trois niveaux du lycée. L'objectif de cet enseignement en classe de seconde consiste à redécouvrir cette notion de citoyenneté, déjà définie au collège, en partant de la vie en société.

Cette confrontation au réel est une mise à l'épreuve. Elle permet l'appropriation active de cette notion. On partira donc de la vie sociale, saisissable par l'élève, pour remonter à sa source politique. Quel que soit le domaine de la vie sociale considéré, les individus rencontrent les règles collectives qui organisent leur vie en société et définissent les droits et les devoirs de chacun, les institutions chargées de les mettre en œuvre et de les faire respecter, les sanctions contre ceux qui enfreignent ces règles.

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lycée Charlemagne, une classe et son professeur d'histoire, 1960-61


L'apprentissage de la citoyenneté implique que le citoyen connaisse ces règles, sache d'où elles viennent et les valeurs qui les fondent. Cet apprentissage suppose d'en appréhender la diversité des pratiques dans le temps comme dans l'espace, et d'être éventuellement capable de les critiquer.
La démarche privilégiée consiste donc à choisir des objets d'étude dans la vie sociale pour faire découvrir par les élèves une ou plusieurs dimensions de la citoyenneté, à travers, notamment, la préparation et la tenue d'un débat argumenté.
Au terme de ce travail, on vérifie si les élèves ont acquis les notions qui fondent la citoyenneté.

II - Thèmes et notions

Afin de limiter les risques d'une trop grande dispersion, quatre thèmes sont proposés pour servir d'entrée dans le programme de la classe de seconde. Ils permettent d'appliquer la démarche retenue : partir de la vie en société pour illustrer une dimension de la citoyenneté. Ce sont :

Citoyenneté et civilité
Citoyenneté et intégration
Citoyenneté et travail
Citoyenneté et transformation des liens familiaux

On utilisera, au choix, un ou plusieurs de ces quatre thèmes qui ne sont pas énoncés dans un ordre contraignant. Un document d'accompagnement présente des illustrations possibles de la méthode préconisée. Il montre que le même thème peut être utilisé de plusieurs manières, suggérant qu'au fil du temps, ces illustrations pourront se périmer ou s'enrichir de matériaux fournis par l'actualité ainsi que des pratiques et innovations des professeurs.

À partir du travail sur l'un ou plusieurs de ces thèmes, les sept notions suivantes doivent être abordées et avoir reçu une première définition :

Civilité
Intégration
Nationalité
Droit
Droits de l'homme et du citoyen
Droits civils et politiques
Droits sociaux et économiques

Ces notions, présentes dans les programmes du collège et des autres disciplines de la classe de seconde, permettent de comprendre le sens de la citoyenneté en partant des expériences des élèves et de leurs représentations.

Au terme de la classe de seconde, une synthèse des différents acquis se réalisera autour de la définition de la citoyenneté.


(JPEG)
Assemblée nationale, Paris



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dimanche 14 octobre 2007

lire ou ne pas lire la lettre de Guy Môquet ? (controverse)

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lire ou ne pas lire

la lettre de Guy Môquet ?

controverse


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Réponse à 4 professeurs d'Histoire

du lycée de Rive-de-Gier

qui refusent de lire la lettre de Guy Môquet

Position des professeurs d'histoire-géographie [du lycée Georges Brassens à Rive-de-Gier] au sujet de la lecture de la lettre de Guy Môquet
1 - La mémoire de la période de l'occupation en France s'est élaborée avec difficulté ; ce n'est que récemment que cette mémoire peut être qualifiée de sereine et objective.
Nous ne souhaitons pas par cette "commémoration" retomber dans la vision gaulliste ou communiste de l'immédiat après-guerre qui exalte une France unanimement résistante.
Le discours de Jacques Chirac du 16 juillet 1995 nous paraît plus objectif qui parle de "la France, droite…fidèle à ses traditions" mais qui reconnaît que "la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français".

Réponse – Que la journée du 22 octobre soit appelée "commémoration" ne doit pas faire oublier que nous sommes avant tout des transmetteurs d'un savoir critique. Le degré d'évolution de telle ou telle mémoire ne saurait être un argument autorisant ou prohibant la délivrance d'une information historique à son sujet. Il n'y a ni à craindre les conceptions gaulliste et communiste d'immédiat après-guerre ni à préférer telle intervention présidentielle d'il y a douze ans. Toutes sont à contextualiser et à expliquer. Ainsi, la vision d'une France unanimement résistante existe dans le discours gaullien ("Paris libéré avec l'appui et le concours de la France tout entière", Hôtel de Ville, 25 août 1944), mais elle n'épuise pas le jugement du chef de la France libre. Dans les Mémoires de guerre, De Gaulle évoque, pour l'été 1944, les "divisions de la nation", les "fractions du peuple français"… Par ailleurs, la liste des Compagnons de la Libération, élaborée et close par le Général, ne comprend que 1038 noms. On est loin d'une France tout entière résistante… De toute façon, personne ne nous demande de propager un discours plutôt qu'un autre. Nous sommes maîtres du contenu historique à transmettre aux élèves. Il n'y a donc là aucun motif d'un refus de lecture de la lettre de Guy Môquet.

2 - La complexité de la période de l'occupation mérite donc des développements importants qui ne peuvent être expliqués en dehors du contexte. Or, ce contexte est étudié en fin de classe de 1ère et c'est à ce moment là que nous jugeons pertinent de lire cette lettre, avec d'autres témoignages.

Réponse – Quelle période n'est-elle pas "complexe"…? L'Occupation l'est tout autant que les causes de la Première Guerre mondiale, la montée des fascismes ou les raisons et modalités de la Guerre froide… Sur toutes ces questions, les lycéens ne partent pas de rien. Ils ont abordé ces thèmes en classe de 3e au collège. Par ailleurs, comme tout le monde, ils ont entendu parler de la lettre de Guy Môquet – jamais elle n'a été autant évoquée…- et les médias leur en rappelleront l'actualité le 22 octobre. Toute une conjoncture suscitant chez les élèves curiosité et attention propices à une exploitation pédagogique. Il serait superficiel de la reporter par fidélité rigide à l'agencement d'un programme.

Le précédent de la commémoration du 10 mai – choisie pareillement par un Président de la République -, "journée de mémoire de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions" au cours de laquelle il fallait lire en classe un texte choisi parmi des auteurs tels que Bernardin de Saint-Pierre, Condorcet, Alejo Carpentier, Senghor ou Césaire…, n'a pas occasionné les mêmes désapprobations… Et pourtant, la dimension réflexive et critique passait au second plan puisqu'il était dit qu'il "ne s’agit pas à proprement parler d’une action de nature pédagogique ni didactique (…) mais d’un moment de fraternité dans le souvenir des longues et terribles “nuits sans nom” et “sans lune” qui furent celles des esclaves" (B.O. du 16 avril 2006). Je ne connais pas de pétitions dénonciatrices ni de refus de lire ces textes. Pourquoi une telle réaction à propos de Guy Môquet ?

3 - Le choix de Guy Môquet se discute également.
Ce jeune homme de 17 ans n'a pas été exécuté en raison de son engagement net face à l'occupant, mais en tant qu'otage, choisi car communiste et surtout fils d'un député communiste alors interné en Algérie.
Arrêté à un moment (octobre 1940) où le PC lutte contre Vichy, mais non contre l'occupant nazi (pacte germano-soviétique), il est exécuté (octobre 41) à un moment où le PC s'est engagé massivement dans la Résistance (après l'invasion de l'URSS).
Voilà pourquoi nous ne souhaitons pas lire la lettre de Guy Môquet le 22 octobre 2007.
Les professeurs d'histoire-géographie du lycée Georges Brassens
G.Gentric - Th.Georget - J.Parizot - B.Charvet

Réponse – Il est léger de dire qu'à l'automne 1940, "le PC lutte contre Vichy mais non contre l'occupant nazi". À cette époque, "le" PC n'existe pas comme entité homogène et centralisée. Son appareil est désarticulé par la dissolution et par la répression, les militants dispersés, idéologiquement désorientés. Ce qui reste de direction – Jacques Duclos - a poussé à fond la logique du pacte germano-soviétique : demande de reparution légale de l'Humanité auprès des autorités nazies en juin 1940, appels à fraterniser avec les soldats allemands, absence de dénonciation du nazisme…

Mais - et c'est cela qui importe pour interpréter l'attitude du Guy Môquet, - d'autres communistes, y compris des responsables, ont agi, immédiatement après la défaite, sur une ligne à la fois anti-vichyste et anti-nazie. Charles Tillon, responsable régional à Bordeaux, appelle dès le 17 juin 1940 à la lutte contre Vichy et "contre le fascisme hitlérien". Auguste Havez en Bretagne, Georges Guingoin en Haute-Vienne, Auguste Lecoeur dans le Nord, également.

Guy Môquet distribue, certes, des tracts qui "dénoncent mollement l'occupation étrangère" (voir le livre de Pierre-Louis Basse, Guy Môquet, une enfance fusillée, Stock, rééd. 2007, p. 43), mais, avec deux camarades, il échappe aussi à une patrouille de soldats allemands durant l'été 1940 après avoir écrit sur le mur de leur caserne, boulevard Bessières : "Hitler… c'est la guerre" (cf. Pierre-Louis Basse, p. 89).

On ne peut inférer de la ligne officielle du PCF, énoncée par une direction dogmatique et coupée des militants, l'état d'esprit de ces derniers qui combinait le désarroi créé par le pacte germano-soviétique, l'opposition à la répression gouvernementale (celle de Daladier puis celle de Vichy) et la fidélité à l'antifascisme des années 1930. Guy Môquet a bien été résistant. Et il a été fusillé à 17 ans. Je lirai sa dernière lettre.

Michel Renard, professeur d'histoire
lycée Claude Lebois de Saint-Chamond



couverture





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