vendredi 23 mars 2012

analyse d'un tableau : la Joconde

joconde

 

 

analyse du tableau de Léonard de Vinci

La Joconde (1503-1506)

 

Pourquoi La Joconde a-t-elle une renommée mondiale aussi exceptionnelle, exprimant la peinture en général et l'idéal féminin en particulier ? Qu'est-ce qui constitue l'attirance de ce tableau ? En quoi exprime-t-il l'idéal humaniste de la Renaissance tout en prenant des distances avec les lignes de conduite de cette époque ?

On dit souvent que ce tableau est incontournable, mais on dit rarement pourquoi. Comme si le raisonnement échouait par avance à expliquer ce que "cache" une image... Comme si l'intelligence en était réservée à une élite dotée d'une faculté, d'une intuition à saisir - sans en rendre compte - ce que le commun des mortels était incapable de sentir. Non...! La peinture peut se déchiffrer, s'élucider.

L'explication qui suit tient en grande partie à l'analyse et à la vision de Daniel Arasse (1944-2003), dans Histoires de peintures (Folio, 2004). Elle prend aussi comme références les décryptages du site Peintre-Analyse.com et celle du site la-mona-lisa.oldiblog.com.

 

1) désignation et origine du tableau

Le commanditaire de l'oeuvre est Francesco del Giocondo, riche marchand florentin qui s'adresse au peintre le plus célèbre de son temps, Léonard de Vinci. Celui-ci commence à travailler en 1502/1503. La jeune femme est âgée de 23 ou 24 ans et a déjà donné la vie à deux garçons. La famille déménage et le mari, heureux, veut installer dans la nouvelle demeure, le portrait de son épouse.
Finalement Francesco del Giocondo ne reçut jamais La Joconde car le tableau était inachevé quand Léonard quitta Florence pour Milan en 1506. Il emporta l'oeuvre en France en 1516 et mourut au clos Lucé, à côté d'Amboise,  le 2 mai 1519, protégé par François 1er jusqu'au terme de sa vie. Le tableau est resté en France.
Le titre est La Joconde ou Mona Lisa, pour "ma dona" (Madame), simplifié en "Mona" et son premier prénom, "Lisa".

 

2) identification et cadrage des éléments du tableau

Deux parties composent l'ensemble. Le choix est fait de représenter un mi-corps : buste et bras de la jeune femme, assise, positionnée de trois quarts mais pointant son regard vers le spectateur. Elle est assise sur un fauteuil sans dossier dans le cadre d'une loggia : on perçoit le rebord plat d'un muret et la naissance de deux colonnes, à gauche et à droite.
La Joconde est au centre de la composition, reflétant par ce lieu géométrique la place primordiale que l'humanisme accorde à l'individu. Et l'intersection des diagonales désigne le coeur du personnage.

Joconde diagonales coeur


Ce portrait est installé dans l'arrière-plan d'une nature minérale privée de toute présence humaine. Ce qui est assez inhabituel à l'époque de la Renaissance.
La jeune femme est, en effet, encadrée par deux blocs d'une nature plutôt inhospitalière. La partie droite est plus haute que la partie gauche mais on ignore comment s'effectue le passage de l'une à l'autre puisque le visage de Mona Lisa coupe cet arrière-plan (cf. Daniel Arasse).

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identification des éléments du tableau, d'après la lecture de Daniel Arasse
©
graphisme Michel Renard

3) la lumière

La lumière provient de la gauche et illumine le visage, la gorge et les mains du personnage. Le choix de vêtements sombres accentue la centralité visuelle des parties éclairées. C'est l'humain qui compte, la vitalité de cette jeune femme opposée à l'incertitude inquiétante du paysage auquel elle tourne le dos.

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d'après Peintre-Analyse.com

4) les couleurs

"Les couleurs chaudes sont réservés au modèle. Les couleurs froides à la nature". (source : Peintre-Analyse.com) Il est plus difficile de le voir aujourd'hui car le tableau s'est assombri.

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5) le sfumato

La douceur, la légèreté, le velouté de l'image sont issus dune technique appelée sfumato, que Léonard de Vinci maîtrisait parfaitement. Cela signifie "enfumé", "vaporeux". Les lignes et les contours disparaissent et semblent se fondre les uns dans les autres grâce à la superposition raffinée de plusieurs couches de peinture. ("glacis") Il en ressort une impression de douceur et de sérénité.

- analyse technique (article du journal Libération du 16 juillet 2010 - extraits)

Glacis superposés. La radiographie elle aussi se révélait impuissante, tant elle était elle-même brouillée : les radios des Vinci sont fantomatiques. Avec le concours du Synchrotron européen de Grenoble, et de Bruno Mottin, spécialiste du laboratoire au Louvre, Laurence de Viguerie et Philippe Walter ont mis au point une méthode de modélisation, fondée sur la «spectrométrie de fluorescence des rayons X», permettant de calculer l’épaisseur de couches infimes de peinture et la composition des pigments. La demi-douzaine de Léonard au musée du Louvre a été analysée, les jours de fermeture, directement dans les salles.
Les chercheurs se sont attachés aux visages, dont le réalisme, la finesse de traits et le dégradé des couleurs témoignent d’une exceptionnelle maîtrise technique. Qui n’avaient jamais pu faire l’objet de prélèvements. L’analyse a révélé que Vinci avait déposé à la surface de sa peinture une superposition de glacis lui permettant d’ombrer subtilement sa composition. Pour Philippe Walter, c’est par ce moyen que Léonard pouvait obtenir à la fois une représentation hyperréaliste de la nature et ses fameux effets vaporeux. Le système fonctionne comme un verre opaque : chaque couche translucide lui permettait de jouer sur des variantes dans les clartés et les coloris.

Il faudrait plutôt parler de films, dont chacun fait 1, 2 ou 3 microns. Léonard pouvait ainsi déposer sur sa peinture jusqu’à trente microcouches, le tout inférieur à une quarantaine de microns, l’épaisseur d’un demi-cheveu. Chaque film demandait un temps de séchage pouvant s’étaler de plusieurs jours à quelques mois, ce qui explique que le biographe des peintres de l’époque, Giorgio Vasari, ait pu affirmer que Léonard avait pu passer «quatre années à travailler sur le portrait de la Joconde, avant de le laisser inachevé», tout en se disant ébahi de sa capacité à rendre des tons «plus noirs que noirs».

Résine et huile. Il n’aurait pas été le seul, ni même le premier, à user de cette superposition de glacis, inventée par les peintres flamands avant d’être introduite en Italie. Il avait cependant su jouer de pigments noirs comme l’oxyde de manganèse pour obtenir son effet «fumé». Auquel il a ajouté, pour certains visages, un soupçon de cuivre pouvant donner un reflet bleuté. Il a aussi retranscrit cette méthode avec la nouvelle technique de l’huile, en utilisant un liant probablement composé d’un mélange de résine et d’huile. L’addition des glacis, et la forte présence de manganèse ou de cuivre, apparaît clairement dans les trois chefs-d’œuvre du Louvre, Monna Lisa, Saint Jean Baptiste, et la Vierge à l’enfant avec sainte Anne. [article du journal Libération]

 

6) le sourire de La Joconde

D'après Daniel Arasse, "c'est Léonard qui a inventé l'idée de faire un portait avec un sourire. Il n'y a pas de portrait souriant avant La Joconde (...)". Il l'explique simplement par l'anecdote historique d'un mari comblé par son épouse qui a lui a donné deux enfants mâles : "tout ce qu'on a élaboré autour du sourire de la Joconde s'effondre devant l'analyse historique" (p. 35-37).

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7) le lien entre le sourire et le paysage

"Mais ce n'est pas ce qui fait que ce sourire est fascinant. Je crois que la raison est plus profonde, et il m'a fallu du temps pour percevoir ce que j'en percevais. En fait, ce qui me fascine, c'est ce qui lie profondément la figure au paysage de l'arrière-plan.
Si vous regardez bien ce dernier, vous vous rendrez compte qu'il est incohérent, c'est-à-dire que dans la partie droite, du point de vue du spectateur, vous avez des montagnes très hautes, et tout en haut un lac, plat comme un miroir, qui donne une ligne d'horizon très élevée.
Dans la partie gauche, au contraire, le paysage est beaucoup plus bas, et il n'y a pas de moyen de concevoir le passage entre les deux parties. En réalité, il y a un hiatus, caché, transformé par la figure elle-même et par le sourire de La Joconde. C'est du côté du paysage le plus haut que sourit la Joconde. La bouche se relève très légèrement de ce côté-là, et la transition impossible entre les deux parties du paysage se fait dans la figure, par le sourire de la figure." (Daniel Arasse, p. 37-38).

 

8) l'interprétation du sourire : le temps qui passe, la grâce et le chaos

"Vous me direz, et alors ? Eh bien, je crois qu'à ce moment-là il faut avoir lu les textes de Léonard, se rappeler qu'il était un grand admirateur d'Ovide et de ses Métamorphoses, et que pour Léonard comme pour Ovide - c'est un thème classique et courant -, la beauté est éphémère.
Il y a de fameuses phrases d'Hélène chez Ovide à ce sujet : «Aujourd'hui, je suis belle mais que serai-je dans quelque temps ?».
C'est ce thème-là que traite Léonard avec une densité cosmologique assez extraordinaire, car La Joconde c'est la grâce, la grâce d'un sourire. Or, le sourire est éphémère, ça ne dure qu'un instant. Et c'est ce sourire de la grâce qui fait l'union du chaos du paysage qui est derrière, c'est-à-dire que du chaos on passe à la grâce, et de la grâce on repassera au chaos.
Il s'agit donc d'une méditation sur une double temporalité, et nous sommes là au coeur du problème du portrait, puisque le portrait est inévitablement une méditation sur le temps qui passe. [...] On passe donc, avec ce sourire éphémère de La Joconde, du temps immémorial du chaos au temps fugitif et présent de la grâce, mais on reviendra à ce temps sans fin du chaos et de l'absence de forme." (Daniel Arasse, p. 38-39)

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le cercle rouge indique ce mouvement, du sourire éphémère
au temps immémorial du chaos

 

9) le pont

"Restait ce pont dont je ne comprenais pas la présence jusqu'au moment où j'ai lu Carlo Pedretti, le grand spécialiste de Léonard de Vinci, capable d'écrire comme lui de la main gauche et à l'envers. C'est un homme admirable qui a passé toute sa vie avec Léonard de Vinci.
À propos de cette interrogation sur la présence du pont, il dit une chose très simple à laquelle je n'avais pas pensé, à savoir que c'est le symbole du temps qui passe ; s'il y a pont, il y a une rivière, qui est le symbole banal par excellence du temps qui passe. C'est un indice donné au spectateur que l'étrangeté du rapport entre ce paysage chaotique et cette grâce souriante est le temps qui passe. Le thème du tableau c'est le temps.
C'est aussi pour cette raison que la figure tourne sur elle-même, car un mouvement se fait dans le temps... Et l'analyse peut repartir à ce moment-là. Le tableau est fascinant parce que sa densité et sa sobriété font qu'il n'arrête pas de renvoyer la réflexion et le regard au regard..." (Daniel Arasse, p. 39-40).

"Le thème du tableau c'est le temps"

 

10) un idéal de l'humanisme ?

En quoi La Joconde exprime-t-elle l'idéal de la Renaissance et de l'humanisme ? Léonard a donné de l'idéal de l'humanisme une vision peut-être plus profonde que certains de ses contemporains qui représentaient des personnages dans un environnement plus coloré, plus humain et avec une profusion d'éléments naturels plus rassurants (Botticelli, Ghirlandaio, Piero di Cosimo...).
Léonard de Vinci a inséré le portrait d'un femme souriante (la vie, la grâce) dans la philosophie d'une nature qu'il sait toute-puissante sans que l'on sache vraiment la part que le divin peut prendre au cycle du temps qui passe mais auquel l'homme peut échapper quelques instants.
La peinture disait Léonard de Vinci est cosa mentale (une chose mentale), donc une méditation.


La Joconde est une oeuvre humaniste parce ce que :
1) le modèle, en l'occurrence une femme, est au centre du tableau ;
2) son sourire et sa quiétude sont le signe de la confiance dans l'humanité de l'homme dégagée des terreurs d'un certain discours religieux apocalyptique tel celui de Savonarole (1452-1498) ;
3) le sourire et la simplicité du modèle (sans vêtements rutilants, sans bijoux...) replacent l'homme (la femme) au coeur d'une vie sans artifice ; ces éléments lui donnent une dimension quasi universelle dans laquelle on peut se reconnaître aujourd'hui encore ;
4) si l'humanisme fait de l'homme l'axe d'une dignité nouvelle, il n'en fait pas un nouveau dieu auto-suffisant.

Michel Renard
professeur d'histoire

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questions

 

topelement

 

1) La Joconde serait un homme

Des chercheurs italiens spécialisés dans la levée des mystères artistiques ont affirmé mercredi qu'un jeune homme avait servi de modèle pour La Joconde, une thèse qui laisse sceptiques les experts du Louvre.

Silvano Vincenti, président du Comité national pour la valorisation des biens historiques, a assuré devant la presse étrangère à Rome qu'un jeune assistant de Léonard de Vinci, le génie de la Renaissance, appelé Salai fut le modèle du célèbre portrait de Mona Lisa. Salai, de son vrai nom Gian Giacomo Caprotti, entré au service de l'artiste à 16 ans et resté 25 ans à ses côtés, aurait été sa muse et son modèle pour plusieurs tableaux. Selon M. Vincenti, les deux hommes entretenaient une relation "ambiguë" et étaient probablement amants.

M. Vincenti a fait état de fortes similitudes entre les traits des visages des protagonistes du Saint Jean Baptiste et L'Ange incarné avec le nez et la bouche de Mona Lisa. Pour ce chercheur, le peintre avait laissé des indices en peignant dans les yeux de La Joconde un minuscule L pour Leonardo et un S pour Salai.

Le chercheur, auteur d'un livre sur le sujet, a dit que son équipe s'était fondée sur l'analyse de reproductions numériques de haute qualité. Mais les affirmations de M. Vincenti sont contestées par le Louvre, propriétaire de la Joconde. Le musée rappelle que "le tableau a été soumis à toutes les analyses de laboratoire possibles en 2004 et en 2009. Aucune inscription (lettre ou chiffre) n'a été décelée lors de ces examens". "Le vieillissement de cette peinture sur bois a provoqué un grand nombre de craquelures dans la matière picturale, qui sont à l'origine de nombreuses formes qui ont souvent été l'objet de sur-interprétations", a-t-il souligné.

Le musée a en outre indiqué "ne pas avoir eu communication de pièces démontrant ces nouvelles hypothèses". M. Vincenti, dont l'équipe s'était fait connaître en juillet en identifiant les restes du Caravage, a mis cette réaction sur le compte de l'embarras. "Je comprends leur incrédulité et leur surprise, au fond c'est la peinture la plus étudiée au monde (..) ils sont vraiment aveugles", a-t-il dit. Appelant les spécialistes du Louvre à "être sérieux et reconnaître" qu'ils se trompent, il a offert sa collaboration avec l'envoi d'une équipe pour faire "des prélèvements de petits fragments de peinture" là où se trouveraient les chiffres et lettres "pour voir s'ils ont été faits à l'époque ou sont apparus avec le temps".

(L'essentiel Online/AFP)
3 février 2011 13:20

 

2) La Joconde serait un assemblage de deux visages

Après cinq siècles de questionnements, le spécialiste Silvano Vincenti prétend avoir enfin percé le mystère de l'identité de la femme au sourire énigmatique. Un examen à l'infrarouge lui permet d'affirmer que le maître ne s'est pas inspiré d'un, mais de deux modèles.

Et si deux visages se cachaient derrière l'ovale gracieux au mystérieux sourire ? Et si La Joconde était aussi un homme ? La défense de ces deux thèses audacieuses est le combat de l'historien de l'art Silvano Vincenti depuis 2011: «Nous sommes en présence de deux modèles. Le premier modèle était Lisa Gherardini, dite Mona Lisa ou la Joconde. Le seco nd modèle était... le jeune Gian Giacomo Caprotti, dit Salaï.» Dans une vidéo, le chercheur prétend en avoir aujourd'hui la preuve irréfutable.

 

 

Salaï, c'est ce petit garçon loqueteux d'une dizaine d'années que Léonard de Vinci rencontre par hasard dans les rues de Milan. Pour quelques florins, le peintre obtient de son père de le prendre dans son atelier.

Léonard de Vinci s'attache vite à celui qu'il surnomme affectueusement «petit diable». Il le forme et en fait un de ses disciples. En grandissant, son protégé affiche une troublante beauté androgyne, qui va inspirer le peintre. Très proche de son maître, l'assistant va rester vingt-cinq ans à ses côtés. Disciple, ami, sans doute amant, et muse, Salai entretient avec Léonard une relation pour le moins ambiguë.

 

On retrouve les traits de Salaï sur le «Saint Jean-Baptiste» de Léonard de Vinci.
Saint-Jean-Baptiste, Léonard de Vinci

 

En 2011, un premier constat conduit Vincenti et son équipe à penser que Salai a servi de modèle à La Joconde. Le nez et la bouche du personnage ressemblent de manière frappante aux traits du Saint Jean-Baptiste, pour lequel Salai avait officiellement posé, visible au Louvre.

 

Mona Lisa, anagramme de «Mon Salaï» ?

Si cette thèse laisse sceptique le conservateur du musée parisien, elle séduit divers chercheurs. Le moindre détail plastique est interprété comme un indice, voire des clefs secrètes qui auraient été disséminées par le maître.

Non visibles à l'œil nu, deux minuscules lettres seraient inscrites dans les yeux de la Joconde: un L pour Léonard et un S pour Salaï... Les examens de la toile n'ont néanmoins pas permis de déceler ces inscriptions qui ne seraient que des craquelures.

Autre théorie fantaisiste : «Mona Lisa» serait une anagramme de «Mon Salaï» : deux mots pour le même ensemble de lettres, à l'image de deux modèles pour un même tableau?

 

pas de sourire sur une première couche

De nouvelles «preuves» s'ajoutent donc maintenant selon Vincenti. «Nous avons percé le mystère de l'identité de La Joconde grâce au passage à l'infrarouge de sa première couche, détaille-t-il. Sur cette première couche, elle ne sourit pas et n'est pas joyeuse. Nous avons superposé tous les détails des peintures de Léonard de Vinci dans lesquels il a pris pour modèle Salai. Et certains détails obtenus correspondent exactement à ceux du portrait de Mona Lisa.»

Peinte à partir des années 1500 et peaufinée jusqu'à la fin de la vie de son auteur, La Joconde est une œuvre de maturité. Léonard a une cinquantaine d'années et y met tout son génie et sa conviction. Pour Vincenti, elle est l'expression de la perfection humaine, d'un idéal de beauté néoplatonicien. Soit une Joconde «homme et femme dans un même corps. D'où cette androgynie qui frappe au premier coup d'œil».

Le Figaro, 25 avril 2016

 

 

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vendredi 2 mars 2012

réponse à la propagande des opposants à Darwin

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réponse à Saidadjoul sur le darwinisme

Gérard MOLINA, agrégé de philosophie

 

[contrairement à ce que disait Saidadjoul dans ces commentaires, nous ne le censurons pas ni ne fuyons la controverse sur la théorie de l'évolution... Voici ses textes - ci-dessous - et la réponse d'un spécialiste qui démonte la pauvre aurgumentation de Saidadjoul. Celui-ci n'apporte aucun argument de fond contre la théorie de l'évolution... il ne fait que reprendre les grosses ficelles des sites "créationnistes américains" sans jamais aborder le fond du débat... et pour cause... La théorie darwinienne de l'évolution et ses développements sont la base de l'activité scientifique de 98% des biologistes actuels]. Michel Renard.

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Le commentaire de Saidadjoul, publié ci-dessous, développe quatre types d'argumentation bien connus depuis l'Antiquité grecque et réfutés par divers logiciens et philosophes dès cette époque.

1 - L'argumentation du nombre. Deux listes de créationnistes sont proposées (reprises et recopiés des sites créationnistes américains). Et Saidadjoul ajoute, bien sûr, "qu'ils sont en réalité des milliers" !

La liste 1 comprend 217 noms, la liste 2 en totalise 55 (H. Morris est cité deux fois). Cela ne prouve rien du tout. Sinon, il suffirait de faire les listes de ceux qui croient aux fantômes, à l'astrologie, aux extra-terrestres, etc. pour valider une certitude. Ou bien dire qu'il y a un milliard trois cents millions de musulmans (chiffre supposé) pour assurer que l'islam est la seule religion vraie. Les chrétiens répondraient qu'ils sont près de deux milliards (chiffre aussi supposé).

Rappelons d'ailleurs que Galilée et Copernic étaient à peu près seuls, aux XVIe et XVIIe siècle, à dire que le soleil était au centre du monde, c'est-à-dire du système solaire, seul univers connu à l'époque – et encore imparfaitement – et que la Terre tournait autour.

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Contre l'immense majorité des populations et des autorités diverses qui s'appuyaient sur certaines formules de la Bible (ou du Coran) pour soutenir que la Terre était fixe, au centre, et que le Soleil tournait autour avec les autres planètes connues.

Les deux solitaires avaient raison contre les autorités religieuses.

L'argument du nombre pourrait avoir une pertinence si la masse des biologistes travaillant dans des laboratoires de recherche avaient adopté "la science de la création". Malheureusement, ils la rejettent à 98% au profit de l'évolutionnisme, et de façon écrasante dans sa version darwinienne augmentée des connaissances génétiques propres au XXe siècle.

C'est donc un argument qui, en lui-même, n'a aucune valeur dans un sens ou dans l'autre. Seulement, et c'est fondamental, "la science de la création" est purement critique de la théorie de l'évolution, alors que les biologistes évolutionnistes produisent des découvertes et des informations nouvelles chaque année au sein des laboratoires de recherche en activité dans le monde entier. Ils sont créatifs et producteurs de connaissances, de savoir.

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2 – L'argument d'autorité. C'est le but visé par la liste 2 qui aligne de "grands noms" de la pensée scientifique. C'est indéniable, même si leurs apports respectifs s'ont d'inégale importance. Mais cette liste pose plusieurs problèmes.

D'abord, sur les 55 noms, 30 sont nés avant 1809, date de la naissance de Charles Darwin, et la plupart de ceux-ci n'ont jamais entendu parler de l'évolution biologique. Ils ne l'ont donc jamais discutée, encore moins réfutée. Ni Bacon, ni Boyle, ni Brahé, ni Copernic, ni Léonard de Vinci, ni Galilée, ni Newton, ni Pascal, ni Steno, etc, ne sont concernés par ce débat. On peut seulement dire qu'ils étaient chrétiens (sous des formes d'ailleurs diverses) et qu'ils acceptaient plus ou moins le récit de la Création.

Plusieurs des noms cités ne sont pas biologistes : Babbage, Brewster, Davy, Faraday, Fleming, Herschel, Joule, Kelvin-Thompson, Maxwell, Ramsay, Rayleigh, Riemann, etc. eux aussi étaient chrétiens, de telle ou telle obédience (ou juifs convertis) et ne faisaient qu'exprimer des doutes ou des questions de façon souvent incidente et marginale.

D'autres noms sont des biologistes contemporains de Darwin qui se sont opposés à sa théorie mais qui ont échoué à la réfuter de façon convaincante : Agassiz, Blyth, Conybeare, Fabre, Lister, Pasteur, Sedgwick et Virchow. Ajoutons que Linné a été surtout discuté par Buffon, que Cuvier a polémiqué avec Lamarck et que Mendel – qui était moine – n'a rien écrit sur Darwin.

Les derniers noms cités (Barnes, Burdick, Carver, Clark, Macht, Marsh, Millika,, Morris, Price, Wilder-Smith…) sont des scientifiques du XXe siècle qui ont essayé de combattre le darwinisme mais leurs divers essais furent tellement peu concluants qu'ils ont totalement disparu des sources de la recherche biologique actuelle. Ce sont des cas d'échec total d'alternatives du paradigme reçu par la quasi-totalité des chercheurs actifs.

Il ne faut ni s'en étonner ni s'en offusquer : c'est ainsi que le savoir avance, par essais et erreurs, tentatives de réfutation, expériences cruciales, objections et controverses, etc. Ils ont eu raison d'essayer si telle était leur conviction de départ. Simplement, c'est raté.

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3 – L'argument de compétence. Sur les 217 noms de la liste 1, beaucoup ont une thèse de sciences (aux États-Unis, principalement ou exclusivement). Sous-entendu : ils savent de quoi ils parlent et donc il faut les croire. Démontons l'argument.

D'abord, il faut éliminer les diplômés en physique, météorologie, horticulture, électricité, chimie, sciences des matériaux, mécanique, théorétique (sic !), aéronautique, physique nucléaire, mathématiques, recherche des opérations, astronomie, science du tournant (sic !), ingénierie, pharmacologie, métallurgie, science ophtalmique (sic !), kinésiologie (sic), géographie, kinetique des gazes (sic !), psycho-linguistique, etc. Ces spécialistes n'ont rien à voir avec l'évolution.

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Éliminons également les noms qui ne sont suivis d'aucune qualité précisée.

Si l'on conserve seulement les diplômés en biologie, génétique, zoologie, écologie, anthropologie, il ne reste qu'environ 50 noms (je dis "environ" car si la géologie était en temps de Darwin impliquée dans l'histoire du vivant, ce n'est plus le cas aujourd'hui).

50 noms en tout et pour tout ! Comparez avec les dizaines de milliers, voire les centaines de milliers de titulaires de licences ou de thèses en sciences biologiques depuis d'un siècle qui ont adopté la théorie darwinienne… En outre, parmi ces 50 diplômés (et c'est valable pour tous les autres), combien ont travaillé sur des questions non directement liées à la théorie de l'évolution ? C'est souvent le cas en anatomie, physiologie, biochimie, génétique, zoologie descriptive, etc.

Bref, ce sont des gens qui utilisent leur diplôme pour faire croire qu'ils possèdent une compétence particulière sur le darwinisme. Et c'est pour cela que beaucoup d'entre eux sont salariés des institutions chrétiennes fondamentalistes américaines (collèges, universités, muséums) voués à défendre le récit biblique littéral sous l'étiquette actuelle de "science de la création".

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Charles Darwin (1809-1882)

 

4 - L'argument du refus de la discussion. La preuve que j'ai raison, c'est que vous refusez de débattre avec moi. C'est ainsi, dit Saidadjoul, que "tous les darwinistes sut terre fuient les débats scientifiques quant à l'authenticité de leur théorie imaginaire". Quelle plaisanterie !

La puissances des fondamentalistes chrétiens américains qui veulent que "la science de la création" soit enseignée dans les établissements scolaires, est telle depuis 20 ou 30 ans que les biologistes authentiques ont été obligés de réagir, de répondre point par point et de répliquer à toutes les critiques.

Au début, ils ne voulaient pas perdre du temps avec des objections qui remontaient au XIXe siècle, mais ils comprirent peu à peu que le danger allait croître en raison des moyens financiers et politiques déployés par ceux qui défendent la lecture littérale stricte des écrits religieux, même s'ils prétendent ne parler que de science pour éviter d'être renvoyés à leurs croyances privées.

C'est ainsi que de nombreux biologistes américains ont témoigné dans les procès visant à changer les programmes scolaires. C'est le cas de Stephen Jay Gould ou d'Ernst Mayr, pour ne citer qu'eux. Et ces dernières années, plusieurs excellents ouvrages ont été publiés pour démonter avec précision, point par point, chacune des prétendues réfutations, des difficultés supposées ou des critiques artificielles apportées à la théorie darwinienne de l'évolution par la soi-disant "science de la création"

Ses élucubrations ont aussi subi, dans la période récente, un démolissage en règle qui a porté ses fruits aux États-Unis. Aujourd'hui, "la science de la création" est sur la défensive, en partie discréditée. Mais elle se répand dans des pays qui, jusqu'ici l'ignoraient, en Europe, en Asie, en Afrique à cause du militantisme d'organisations religieuses chrétiennes ou musulmanes.

S'il n'y avait qu'un seul ouvrage à lire ou par quoi commencer, ce serait celui d'Eugenie C. Scott, Evolution vs creationism, seconde édition, University of California Press, 2009.

Evolution+vs2

 

J'ajoute deux précisions fondamentales.

A) Dans cette brève réponse, je n'ai discuté aucune objection éventuelle avancée par la dite "science de la création" car il n'y en a pas dans le texte proposé par Saidadjoul. On trouvera les conceptions de ce créationnisme (pseudo) "scientifique" et leurs réfutations soignées et minutieuses dans le livre d'Eugenie. C. Scott et dans les nombreuses références qu'elle mentionne.

B) Le darwinisme, le néo-darwinisme et la théorie synthétique de l'évolution ne sont nullement incompatibles avec le croyance en Dieu. Darwin, lui-même, dans la première édition de L'Origine des espèces (1859) mentionne le Créateur. Il évolua ensuite, pour diverses raisons, vers un agnosticisme circonspect et réservé (une opinion réfléchie et avisée, pas une certitude savante).

Aujourd'hui, des biologistes darwiniens de premier plan sont des croyants sincères. Mais alors, où est le problème ? Il existe bien une incompatibilité absolue entre l'évolutionnisme darwinien et une certaine attitude religieuse, celle qui affirme la vérité littérale, totale et exclusive du récit de la Création, proposé dans la Bible et repris dans le Coran.

coran

 

"Nous avons créé en six jours les cieux, la Terre et ce qui se trouve entre les deux, sans éprouver aucune fatigue" (Coran, sourate L, verset 38, traduction Denise Masson, Folio, tome II, p. 646). Ou encore : "Il a créé les cieux sans colonnes visibles ; il a jeté sur la Terre des montagnes comme des piliers afin qu'elle ne branle pas et vous non plus ; il a propagé toutes sortes d'animaux. Nous avons fait descendre du ciel une eau et nous avons fait pousser sur la Terre toutes sortes d'espèces utiles" (Coran, sourate XXXI, verset 10, traduction Denise Masson, Folio, tome II, p. 506).

Et encore : "Dieu a créé, pour vous, huit animaux par couples : deux parmi les bovins et deux parmi les caprins" (Coran, sourate VI, verset 143, traduction Denise Masson, Folio, tome I, p. 173).

On peut citer également : "On voit parmi ses Signes la création des cieux, de la Terre, et des êtres vivants qu'il y a disséminés" (Coran, sourate XLII, verset 29, traduction Denise Masson, Folio, tome II, p. 601).

Si vous croyez que ces passages (et quelques autres) relatent exactement ce qui s'est passé réellement, décrivent des faits indiscutables, vous devez rejeter une grande partie de la science moderne depuis Galilée.

Mais si vous y voyez des énoncés allégoriques qui s'adressent à l'âme du fidèle et des paraboles destinées à ouvrir son cœur à la Toute-Puissance de la Divinité,  rien de vous empêche par ailleurs de connaître et de comprendre les multiples découvertes des sciences physiques et biologiques. Si Dieu a donné la raison à l'homme, c'est pour qu'il s'en serve.

Gérard Molina, agrégé de philosophie,
spécialiste du darwinisme, auteur de
nombreux articles sur ces questions notamment dans
le Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution, dir. Patrick Tort, Puf, 1996.

 

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tombe de Charles Darwin dans l'abbaye de Westminster

 

 

13 février 2012, 22 H 10 - Message commenté : le Louvre et l'ignorance des "anti-illuminati"

Knowledge is power
Bonjour Michel Renard, tu dis donc (sauf par quelques idéologues fondamentalistes musulmans tel que Harun Yahia en Turquie)C'est exactement la même réponse que donnent tous les darwinistes sur terre pour fuir les débats scientifiques quand à l'authenticité de leur théorie imaginaire! la preuve, toi même tu l'a apprise par cœur!tu introduis la religion pour créer une diversion, la question qui se pose n'a rien à voire avec la religion, mais uniquement avec la science ! DONC, récapitulons,la théorie de l'évolution est-elle avérée et basée sur des faits scientifiques
irréfutable ? He bien NON !Tu peux raconter n'importe quoi ce sera toujours
un mensonge vous êtes tous des démagogues ! je vois que tu ne connais aucun
scientifique qui réfute le darwinisme alors je te cite quelque uns des plus
renommés dans le monde :

Les gens suivants sont des défenseurs contemporains de science de création et ont un ou plus d'un des degrés de diplômé dans une discipline de science. Ajoutez des noms à cette liste utilisant la liste principale.

Earl M.J. Aagaard Ph.D. biologie
Gerald E. Aardsma
Nathaniel Abraham
Gary L. Achtemeier Ph.D. météorologie
E. Theo Agard Ph.D. physique
Jim Allan Ph.D. génétique
Mark Armitage M.S. biologie
Russell Arndts Ph.D. chimie
Chris Ashcraft M.S. biologie, M. Ed.
Steven Austin Ph.D. géologie
Geoff Barnard Ph.D.
Don Batten Ph.D agronomie et science horticole
John Baumgardner Ph.D. Geophysique et physique d'espace
Michael Behe Ph.D. biochimie
David Bergman M.S. ingénieur-électricien
Jerry Bergman Ph.D. biologie
Guy Berthault
Kimberly Berrine
Vladimir Betina
Raymond Bohlin Ph.D. biologie
Andrew Bosanquet
Edward Boudreaux Ph.D. chimie
Stephen Boyd
David Boylan
Walter Bradley Ph.D. Science des matériaux
Patrick Briney Ph.D. Microbiologie
Walt Brown Ph.D. ingénierie mécanique
John Byl Ph.D. astronomie
Linn Carothers
David Catchpoole Ph.D. physiologie des plantes
Art Chadwick Ph.D. biologie
Eugene Chaffin Ph.D. physique théorétique
Choong-Kuk Chang
Donald Chittick Ph.D. chimie physique
John Cimbala Ph.D. aéronautique
Kenneth Cumming Ph.D. biologie
Harold Coffin Ph.D.
Bob Compton Ph.D. physiologie
Daniel Criswell Ph.D. biologie moléculaire
Jack Cuozzo D.D.S.
William Curtis M.S. aéronautique et physique nucléaire, Th.D.
Malcolm Cutchins
Lionel Dahmer
Raymond Damadian M.D.
Chris Darnbrough
Nancy Darrall Ph.D. botanie
Bolton Davidheiser Ph.D. zoologie (génétique)
Percival Davis M.A. zoologie
Bryan Dawson Ph.D. mathématique
Douglas Dean
Stephen Deckard M.S. biologie, Ph.D. éducation chrétienne
Richard Deem M.S. microbiologie
William Dembski Ph.D. mathématique
David DeWitt Ph.D neuroscience
Donald DeYoung Ph.D. physique
Geoff Downes physiologie des plantes
Ted Driggers Ph.D. recherche des opérations
Robert Eckel M.D.
André Eggen Ph.D. génétique des animaux et moléculaire
Martin Ehde Ph.D. mathématique
Dennis Englin M.Sc., Ed.D.
Raul Esperante-Caamano
Danny Faulkner Ph.D. astronomie
Carl Fliermans Ph.D. biologie
Dwain Ford Ph.D. chimie
Wayne Frair Ph.D. biologie
Robert Franks M.D.
Alan Galbraith Ph.D. science de tournant
Robert Gentry Ph.D. physique nucléaire
Paul Giem M.D.
Maciej Giertych Ph.D. génétique
Alan Gillen
Duane Gish Ph.D. biochimie
Werner Gitt doctorat en ingénierie
D.B. Gower Ph.D. biochimie
Russell Grigg M.Sc. chimie
Dianne Grocott MBBS.
Stephen Grocott Ph.D. chimie organique-métallique
Donald Hamann
Charles Harrison
John Hartnett Ph.D. physique
Mark Harwood Ph.D.
George Hawke Ph.D. météorologie de pollution atmosphérique
Alan Hayward
Margaret Helder Ph.D. botanie
Tom Hennigan M.P.S. ecologie
Harold Henry
Jonathan Henry
Joseph Henson
Robert Herrmann Ph.D. mathématique
Andrew Hodge M.B., B.S., FRACS
Bill Hoesch MS géologie
Kelly Hollowell Ph.D. pharmacologie moléculaire et cellulaire
Ed Holroyd Ph.D. science atmosphérique
Bob Hosken Ph.D. biochimie
George Howe Ph.D. botanie
Neil Huber anthropologue physique
James Huggins Ph.D. biologie
Russell Humphreys Ph.D. physique
Cornelius G. Hunter Ph.D. biophysique
Max Hunter
Andrey A. Ivanov Ph.D. physique
Yuri N. Ivanov Ph.D.
Tim Iverson M.A. mathématique
Evan Jamieson Ph.D. hydro-métallurgie
George Javor Ph.D. biochimie
Thomas Griffith Vernon Jenkins B.Sc.Hons, M.Sc. ingénierie de minier
Karen E. Jensen Ph.D. biologie
Pierre Gunnar Jerlström Ph.D. biologie moléculaire
James J. Scofield Johnson
John Johnson Ph.D. mathématique appliée
Robert Bowie Johnson A.A.D. science générale
Renard Lee David Jolly M.S. biologie
Arthur Jones Ph.D. biologie
Jonathan Jones
Raymond Jones
Ross Jones PhD linguistique
Stephen E. Jones B.S. administration de santé
Taylor B. Jones PhD chimie
R. D. Jonsonbaugh
Greg S. Jorgensen M.S. ingénierie
Pierre Y. Julien Ph.D ingénierie géologique
Valery Karpounin
Elaine Kennedy
Dean Kenyon Ph.D. biophysique
John Klotz Ph.D biologie
Vladimir Kondalenko
Leonid Korochkin
John K.G. Kramer Ph.D. biochimie
Johan Kruger Ph.D. zoologie (nematologie)
Walter Lammerts doctorat en génétique
John Leslie
Lane Lester Ph.D. génétique
Jean K. Lightner D.V.M.
Jason Lisle Ph.D. astrophysique
Alan Love
Marvin Lubenow
Heinz Lycklama Ph.D physique nucléaire
Ian Macreadie
Trevor Major M.Sc., M.A.
John Marcus Ph.D. biochimie
George Marshall Ph.D. science ophtalmique
Jobe Martin Th.M., D.M.D.
Joseph Mastropaolo Ph.D. kinesiologie
Ralph Matthews Ph.D. chimie de rayonnement
John McEwan Ph.D.
Andy McIntosh Ph.D. aérodynamique
David Menton Ph.D. biologie
Angela Meyer Ph.D. science horticole
John Meyer Ph.D. zoologie
Stephen Meyer Ph.D. histoire et philosophie de la science
Colin Mitchell Ph.D. la géographie de terrain-désert
Robert Mitchell M.D., B.A. biologie de la cellule
John Moore
John Moreland D.D.S.
John Morris Ph.D. ingénierie géologique
Len Morris
Graeme Mortimer
Stanley Mumma
Jay Nelson O.D.
Hee-Choon No
Eric Norman
Michael Oard M.S. science atmosphérique
Chris Osborne Ph.D. biologie
Bill Overn
Gary Parker M.S. in biologie/physiologie, Ed.D. in biologie
Johnson C. Philip Ph.D. physique quantique-nucléaire
Dave Phillips M.S. anthropologique physique
Sean D. Pitman M.D.
Georgia Purdom Ph.D. génétique moléculaire
Fazale Rana Ph.D. chimie
John Rankin Ph.D. physique mathématique
Walter ReMine M.S.
Ray Rempt Ph.D physique
Mark Robertson M.Sc. hydro-géologie
David Rogstad Ph.D. physique
Hugh Ross Ph.D. astronomie
Ariel Roth Ph.D. biologie
Robert Russell Ph.D. physique
John Sanford Ph.D. reproduction et génétique des plantes
Jonathan Sarfati Ph.D., F.M.
Joachim Scheven
Gerald Schroeder
Giuseppe Sermonti génétique
G. Thomas Sharp
Frank Sherwin M.A. zoologie
Emil Silvestru Ph.D géologie
Andrew Snelling Ph.D. géologie
Lee Spencer Ph.D. biologie
Lee Spetner Ph.D. physique
Timothy Standish Ph.D. biologie
Esther Su Ph.D. biochimie
Keith Swenson M.D.
Barry Tapp Ph.D. in géologie
Charles Thaxton Ph.D. chimie
Ker Thomson
Laurence Tisdall
Howard Van Till
Michael Todhunter Ph.D. génétique de forêt
Larry Vardiman Ph.D. science atmosphérique
Walter Veith Ph.D. zoologie
Charles Voss Ph.D. ingénieur-électricien
Linda Walkup Ph.D. génétique moléculaire
Graeme Watmuff
Keith Wanser Ph.D. physique
Jonathan Wells Ph.D. biologie
Monty White Ph.D. in kinetique des gazes
John Whitmore
Carl Wieland M.D.
Clifford Wilson M.A. archéologie Ph.D. psycho-linguistique
Jay Wile Ph.D. chimie nucléaire
Kurt Wise Ph.D. géologie
Bryant Wood
Todd Wood Ph.D. Biochemistry/Genomics
R. L. Wysong D.V.M
Henry Zuill Ph.D. biologie
Jeffrey Zweerink

On ne peut pas nier les achèvements et les contributions des scientifiques créationnistes dans l'histoire de la science. Plusieurs des pères fondants de divers champs de science étaient créationnistes.

Les personnes dans la liste suivantes sont scientifiques créationnistes historiques. Pendant leurs vies ils avaient une conviction ferme en Dieu et ou ont possédé un ou plus diplômes avancées dans une discipline de la science ou ont contribué substantiellement au champ de la science.

Ajoutez des noms à cette liste utilisant la liste principale.
Henry M. Morris (1918 – 2006)

Louis Agassiz (1807-1873)
Charles Babbage (1792-1871)
Francis Bacon (1561-1626)
Thomas Barnes (1911-2001)
Edward Blyth (1810-1873)
Robert Boyle (1627-1691)
Tycho Brahe (1546-1601)
David Brewster (1781-1868)
Clifford Burdick (1919-2005)
George Washington Carver (1864-1943)
Harold W. Clark (1891-1986)
Melvin Alonzo Cook (1911-2000)
William Conybeare (1787-1857)
Nicolas Copernicus (1473-1543)
Georges Curvier (1769-1832)
Leonardo Da Vinci (1452-1519)
Humphry Davy (1778-1829)
Henri Fabre (1823-1915)
Michael Faraday (1791-1867)
John Ambrose Fleming (1849-1945)
Galiléo Galiléi (1564-1642)
Joseph Henry (1797-1878)
William Herschel (1738-1822)
James Joule (1818-1889)
Lord Kelvin Calvin Thompson (1824-1907)
Johannes Kepler (1571-1630)
Carolus Linnaeus (1707-1778)
Joseph Lister (1827-1912)
David Macht (1882-1961)
Frank Marsh (1899-1992)
Matthew Maury (1806-1873)
James Clerk Maxwell (1831-1879)
Gregor Mendel (1822-1884)
Robert Millikan (1868-1953)
Samuel Morse (1791-1872)
Henry Morris (1918–2006)
Isaac Newton (1642-1727)
Blaise Pascal (1623-1662)
Louis Pasteur (1822-1895)
Antonio Snider-Pellegrini (1802-1885)
George McCready Price (1870-1963)
John Ray (1627-1705)
Lord Rayleigh John William Strutt (1842-1919)
William Ramsay (1852-1916)
Francesco Redi (1626-1697)
Bernhard Riemann (1826-1866)
Adam Sedgwick (1785–1873)
Benjamin Silliman (1779-1864)
James Simpson (1811-1870)
Lazzaro Spallanzani (1729-1799)
Nicolaus Steno (1638-1686)
A. E. Wilder-Smith (1915–1995)
William Whewell (1794–1866)
John Woodward (1665-1728)
Rudolph Virchow (1821-1902)

Source : http://creationwiki.org/fr/Scientifique_cr%C3%A9ationniste

Je peux t’assurer qu'ils sont en réalité des Milliers ! je t'invite à jeter un coup
d’œil à mes vidéos sur youtube que j'ai recueillis sur le web en allant sur
la chaine "saidadjoul" et tu comprendras que les scientifiques ne sont pas tous honnêtes. Je te conseille de les visionner sans préjugé et oublier totalement les religions sois juste sensé et honnête. Allez portes toi bien et sans rancune !
salut !
saidadjoul


13 février 2012, 22 H 33 - Pour le gérant de ce blog :
en plein dans le mille n'est-ce pas ? Le fait que
tu supprime mes commentaires dévoile ta face cachée de sataniste ! tu perds ton temps à vouloir endoctriner le publique il s'avère plus sensé et réfléchi que tu ne le pense ! Ce qui m'étonne c'est que tu es en train de te battre contre ton propre créateur tu ne te rends pas compte de la gravité de ce que tu fais c'est l'Enfer pour l'éternité qui t'attend ! Fais ce que tu veux Allah t'as créé libre de choisir!
saidadjoul

charles-darwin

 

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lundi 6 février 2012

nourrir les hommes - le rôle de l'eau

 

 

le rôle de l'eau dans la production alimentaire

 

Diapositive1
 ©  Michel Renard (reproductible avec mention de la source)

 

- un aspect, à la fois proprement agricole mais aussi géopolitique, dans la production des denrées alimentaires : la part qu'y prend l'eau.

 

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lundi 30 janvier 2012

littérature et société - Musset et George Sand

 

 Les-Enfants-du-siecle-31791

 

 

littérature et société : le romantisme

Alfred de Musset et George Sand : Michel RENARD

 

L'année scolaire 2010-2011, une nouvelle "option" de la classe de Seconde, intitulée "Littérature et société" fut proposée aux élèves de lycée... et aux professeurs volontaires pour l'assurer.

Professeur d'Histoire, je m'y suis lancé, sensible à l'exaltation intellectuelle du romantisme pour lui-même et pour l'image qu'il donne du XIXe siècle. Les rapports entre l'histoire, telle que conçue dans dans les programmes scolaires, et le romantisme comme expression littéraire de cette époque me semblaient une source de curiosité pouvant susciter l'intérêt des élèves... comme il avait suscité le mien également.

Nous commençâmes par Musset et Sand. Lecture d'extraits de La confession d'un enfant du siècle de Musset et vision du film de Diane Kurys, Les enfants du siècle (1999), avec Juliette Binoche et Benoît Magimel. Film un peu surjoué par Binoche, Magimel et quelques autres mais présentant l'intérêt d'une tentative de restitution de l'atmosphère romantique, de ses libertés et de ses excès.

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L'étude du romantisme présente le double avantage d'une approche du XIXe siècle par-delà les implacables dynamiques économiques (révolution industrielle) ou bouleversements politiques (chute de l'Empire, 1830, 1848, Second Empire...), et d'un abord de la sémantique de l'émotion, des sentiments, de l'individualisme et des états d'âme qu'une jeunesse adolescente a un peu perdu d'appréhender dans ces temps de frustration et de violence des rapports entre filles et garçons. [mais il paraît que cette année, en "Littérature et société", on "étudie" le rap...!!]

Le film de Diane Kurys commence par une lecture de George Sand du livre de Musset, une fois leur histoire terminée (vingt mois...), La confession d'un enfant du siècle (1836). On entend Musset prononcer ces paroles : "Le monde était en ruines, et nous venions au monde. La guerre était finie, nous arrivions après la gloire, après l’idéal, il nous restait le désespoir pour seule religion et pour toutes passions et mépris.  Les femmes s’habillaient de blanc comme les fiancées, et nous les enfants du siècle, vêtus de noir comme les orphelins, nous les regardions, blasphème à la bouche et le cœur vide. J’allais dans ce désert, serré dans le manteau des égoïstes… quand soudain, je la rencontrai…"

J'ai cherché d'où provenaient ces mots. Mais je ne les trouvais pas dans La confession d'un enfant du siècle. Ni internet ni Google ne me renseignaient. On les indiquait comme des citations de Musset sans jamais fournir leur source. Agacé, j'ai fini par écrire au préfacier de la dernière édition du livre de Musset. (janvier 2012) Où donc Musset aurait-il écrit ces phrases ?

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Le professeur Frank Lestringant (université de Paris Sorbonne) me répondit immédiatement : "C'est tout simplement la substance du chap. II de la Confession, paraphrasée et résumée plutôt que citée. Sur le blanc et le noir, voir p. 69-70. Bien cordialement".

Voilà donc la vérité. Ce n'est pas une citation de Musset mais la reformulation condensée d'extraits de La confession d'un enfant du siècle. J'ajouterais même, aux évocations du chapitre II mentionnées par Frank Lestringant, les images du début de ce même chapitre, notamment cette fameuse phrase : "Alors il s'assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse".

 

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On lit dans le chapitre II : "Mais il est certain que tout d'un coup, chose inouïe, dans tous les salons de Paris, les hommes passèrent d'un côté et les femmes de l'autre ; et ainsi, les unes vêtues de blanc comme des fiancées, les autres vêtus de noir comme des orphelins, ils commencèrent à se mesurer des yeux" (p. 69-70).

Je remercie le professeur Lestringant d'avoir apporté cette précision. Les recueils de citation sur internet - qui ne fournissent quasiment jamais les sources des propos retenus - pourront mettre à jour leur chapitre Musset. Quant à Diane Kurys, elle a fait du Musset - c'est son droit de créatrice de fiction même appuyée sur l'histoire - mais les propos ne sont pas de la plume de l'Enfant du siècle...

Michel Renard

 

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vendredi 30 décembre 2011

l'histoire démantelée en 1e S

 

 

Réforme du programme d'Histoire :

le nazisme en trois heures ?

Yannick LE GRUIEC


Deux ou trois heures pour étudier la guerre de 14-18, trois heures et trente minutes, contrôle compris, pour étudier la Seconde guerre mondiale... C'est désormais le temps dont disposent les professeurs d'Histoire-Géo pour faire ingurgiter ces deux grandes parties de notre passé aux lycéens. Retour sur cette réforme qui a tout changé avec l'enseignant Yannick Le Gruiec.


(Salle de classe - Mica - wikimedia - cc)
La réforme du lycée a entraîné la disparition de l’histoire-géographie des enseignements obligatoires en terminale S. Les élèves de première S suivent un nouveau programme qui est commun aux autres séries générales de L et ES. Les classes de première et de terminale étudiaient le monde contemporain du milieu du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. La même période a donc été condensée pour être étudiée en un an.

Pour justifier le temps réduit consacré à l’étude d’événements aussi fondamentaux que les guerres mondiales, la colonisation ou bien les régimes totalitaires, l’histoire contemporaine a été divisée en grandes rubriques fourre-tout (la «guerre», la «République», le «totalitarisme») qui regroupent des petits morceaux d’histoire.
Concrètement,  le thème intitulé «la guerre au XXe siècle» englobe comme supports d’étude les deux guerres mondiales, les organisations internationales nées à la suite de ces deux conflits (SDN et ONU), la guerre froide et différents conflits depuis 1990. Il est conseillé officiellement de consacrer au maximum 17 heures pour l’ensemble du thème.
Certes, chaque « support d’étude » est problématisé, par exemple, la Première Guerre mondiale est abordée sous l’angle de l’expérience combattante dans une guerre totale mais, au final, les élèves ont bénéficié de deux-trois heures pour étudier 1914-1918. Avec un peu de bonne volonté de la part de leur professeur, un tout petit plus pour la Seconde Guerre mondiale : Trois heures et trente minutes ; contrôle compris.


Vichy a donc disparu du lycée pour les élèves français

«La genèse et l’affirmation des régimes totalitaires (soviétique, fasciste et nazi)» peuvent être abordées en deux-trois  heures !  L’étude de la France pendant la Seconde Guerre mondiale (deux-trois heures, c’est en gros toujours le même tarif) est problématisée ainsi : «Les combats de la Résistance (contre l’occupant nazi et le régime de Vichy) et la refondation républicaine».
Les documents officiels pour guider les professeurs précisent qu’il «convient de rappeler les principes de ce régime [Vichy] et de sa politique». En effet, cela se limitera à un rappel d’un quart d’heure. Vichy a donc disparu du lycée pour les élèves français.  Quant à la Commune elle passe à la trappe. Mai 68 et mai 1981 aussi, car l’histoire de France s’achève… en 1962. Pour la majorité des élèves de la section S, elle n’ira pas plus loin.  

La chronologie a été largement abandonnée car ces thèmes rassemblent des «questions» très distinctes (par exemple le 11 septembre 2001 est rangé dans le même thème que la Première Guerre mondiale). Le professeur qui suit les thèmes dans l’ordre proposé (et c’est difficile de faire autrement) abordera en premier le génocide des populations juives pendant la Seconde Guerre mondiale (thème : la guerre), un peu plus tard le régime nazi (thème : le totalitarisme), puis encore plus tard l’affaire Dreyfus (thème : la République).
Le flashback comme outil méthodologique. Bonne chance à tous les élèves pour bien comprendre les causes de l’extermination des Juifs européens. Une dernière remarque en ce qui concerne la géographie. Les élèves en S n’aborderont pas dans leur cursus au lycée ni la mondialisation, ni l’Asie de l’Est. Par contre, ils auront étudié leur ville, leur région, et l’Union européenne.

Les élèves de S vont continuer à fournir le vivier des élites françaises ; grâce au nouveau programme, celles-ci seront pleinement éclairées sur les enjeux du monde contemporain. Mais, après tout, les élites actuelles avaient bénéficié d’un programme un peu plus cohérent, pour le résultat que nous connaissons.

Jeudi 29 Décembre 2011
Yannick Le Gruiec - Tribune

http://www.marianne2.fr/Reforme-du-programme-d-Histoire-le-nazisme-en-trois-heures_a213856.html?preaction=nl&id=2935077&idnl=26570& 

 

petain

 

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dimanche 13 novembre 2011

...et la France ? n'est-elle plus un "territoire" de proximité ?

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Mais où est donc passée la France ?

Rémy KNAFOU


Mis en oeuvre à partir de cette rentrée scolaire [2011], les nouveaux programmes de géographie de la classe de 1re ont été publiés dans l'indifférence générale, alors même qu'il s'agit d'un enjeu d'importance majeure pour la formation des jeunes Français et l'idée que nous pouvons nous faire de la France, de la République, de son territoire et de la société qui l'habite. On sait pourtant, ou on devrait le savoir, que l'enseignement de l'histoire et la géographie de la France a joué et joue encore un rôle important dans la manière dont se forge notre identité nationale.

Une identité ouverte, évolutive mais qui ne doit pas pour autant dépendre de l'air du temps interprété par un quarteron d'inspecteurs généraux de l'éducation nationale peu ou mal encadrés par ceux dont la responsabilité est de veiller à l'adéquation entre le contenu des programmes scolaires et l'idée qu'une collectivité souhaite se faire d'elle-même.

La «géographie de la France» n'est plus depuis longtemps celle d'un espace dont le mont Blanc est le point culminant et où la Loire prend sa source au mont Gerbier des Joncs, mais l'analyse raisonnée d'un territoire national produit, entretenu et renouvelé par une société qui elle-même s'est densifiée et transformée.

Autrement dit, la géographie de la France ne peut prétendre être uniquement un savoir positif et objectif ; elle est aussi pour partie - mais une partie politiquement déterminante - une idée que nous souhaitons collectivement proposer à nous-mêmes et aux jeunes que nous avons la charge de former.

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Or, à lire les nouveaux programmes de géographie de 1re, on reste pantois devant l'élision du niveau national : l'entité «France», celle de la République française, a purement et simplement disparu au profit de deux autres niveaux : le niveau européen, d'un côté, et celui des territoires qui composent la France, de l'autre, la part belle étant faite aux «territoires de proximité».

Il est permis de penser que la France ne se résume pas uniquement à l'addition ou à la juxtaposition des territoires qui la composent et que si, effectivement, on peut observer un recul du niveau national - l'État lui-même ayant transféré plusieurs de ses compétences ou prérogatives à des niveaux inférieurs ou à celui de l'Union européenne -, ce niveau existe toujours et constitue une partie importante du ciment qui lie une société. Le constat mérite d'être fait sans qu'on passe automatiquement pour un souverainiste.

À tout le moins, cet effacement aurait mérité un véritable débat politique et démocratique, car assurément, la question de l'identité nationale appelait une réflexion collective et non un médiocre travail d'experts sans vision générale et enfermés dans des enjeux disciplinaires de nature secondaire.

Quant à la consultation des enseignants qui a suivi, faite dans des délais anormalement limités, elle n'a été qu'un simulacre, ce qui en dit long sur l'idée que ceux qui nous gouvernent se font des professeurs : des intermédiaires, sortes d'opérateurs-relais, chargés de faire passer une vision très discutable de la géographie comme de l'histoire, et non des intellectuels pouvant avoir l'ambition de penser leur discipline, au contact qu'ils sont de la réalité sociale que constituent les élèves d'aujourd'hui et leurs familles.

Au-delà de la question de l'infaisabilité du nouveau programme d'histoire, cette indifférence de la hiérarchie au considérable potentiel que constitue le corps des professeurs d'histoire-géographie est probablement pour beaucoup dans le malaise qui alimente une fronde montante contre une réforme certes ambitieuse, mais mal pensée, sans appréciation des enjeux réels, et conduite avec une précipitation excessive.

On peut défendre l'idée qu'il est nullement incompatible de se sentir européen, de vivre dans des régions bien vivantes, de s'intéresser à son ou ses territoires de proximité et de penser que le niveau national signifie encore quelque chose, ne serait-ce qu'une certaine manière de vivre ensemble, qui ne ressemble pas tout à fait à celle des Allemands, des Britanniques, des Espagnols ou des Luxembourgeois.

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Et que ce vivre-ensemble ne peut se résumer au seul portage de la dette publique accumulée par un État de plus en plus empêtré dans ses contradictions et impuissant au point de payer des fonctionnaires littéralement irresponsables pour rédiger en toute bonne conscience l'acte de décès par omission de l'entité nationale.

Bref, ce nouveau programme de géographie de la classe de 1re est très représentatif d'une certaine désorientation collective et exemplaire de tout ce qu'il ne faut pas faire : une carence préoccupante d'interrogation sur l'objectif fondamental de formation des citoyens ; une absence inquiétante de mise en débat d'une question aussi importante ; une prise de pouvoir de la discipline au détriment de l'intérêt de la formation des jeunes : s'il est normal que les programmes scolaires s'appuient sur les avancées de la science, ils ne doivent pas pour autant devenir des béquilles pour les disciplines en mal d'affirmation.

Si l'école n'enseigne pas l'idée républicaine en lien avec un territoire, une société et son histoire, qui le fera ? La France est-elle devenue un niveau si obsolète que l'Éducation nationale en arrive à le passer par pertes et profits ? On ne peut que souhaiter que les politiques se saisissent, même tardivement, d'un enjeu au moins aussi important que la plupart des questions qui agitent la scène politique française depuis plusieurs mois. Mais il s'agit, il est vrai, d'un enjeu de long terme et l'on sait que la France contemporaine éprouve une difficulté croissante à se penser positivement dans la longue durée.

En cédant, en histoire à la tyrannie contemporaine de la mémoire et en géographie à la démagogie territoriale de la quotidienneté et de la proximité qui conduit à consacrer chaque individu comme centre du monde, les nouveaux programmes de la classe de 1re illustrent cruellement l'impuissance de nos «experts» à penser cette version française de la démocratie que l'on appelle République.

Rémy Knafou
professeur émérite de géographie à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne
Le Monde
, 5 octobre 2011

 

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samedi 12 novembre 2011

1 000 milliards de dollars d'aide à l’Afrique... Pour quel résultat ?

 Dambisa-Moyo

 

 

l'aide à l'Afrique est un échec

 Dambisa MOYO

 

Dans L’aide fatale, dont la traduction française est parue le 16 septembre 2009 aux éditions J.C. Lattès, un livre provocateur et implacablement documenté, Dambisa Moyo développe l’idée que l’aide à l’Afrique est en partie responsable des problèmes de développement du continent.

Elle affirme que l’assistance financière a été et continue d’être pour une grande partie du monde en développement un total désastre sur le plan économique, politique et humanitaire. Entre 1970 et 1988, quand le flux de l’aide à l’Afrique était à son maximum, le taux de pauvreté des populations s’est accru de façon stupéfiante : il est passé de 11% à 66%. Pourquoi ?

Adressée directement aux gouvernements, l’aide est facile à subtiliser, elle encourage la corruption à grande échelle et fragilise le pouvoir, objet des plus vives convoitises. Plus grave encore, l’aide sape l’épargne, les investissements locaux, la mise en place d’un vrai système bancaire et l’esprit d’entreprise. Dambisa Moyo propose une série de mesures souvent assez radicales pour sortir de cette spirale. On comprend pourquoi son livre a suscité de si vives réactions et débats au Nord comme au Sud et au cœur des institutions financières nationales et internationales.

Dambisa Moyo, diplômée en économie de Harvard et d’Oxford, a travaillé à la Banque mondiale et chez Goldman Sachs. Le site "la tribune.fr" a interviewé cette scientifique d’origine zambienne classée par le magazine Time parmi les cent personnalités les plus influentes du monde en 2008. Nous reproduisons ici cet interview. [l'Observatoire du Sahara et du Sahel]

 

Dans votre livre, vous défendez l’idée que l'aide à l'Afrique est en partie responsable des problèmes de développement. Pourtant, le plan Marshall a été très efficace pour relever l’Europe de la Seconde guerre mondiale...

Le plan Marshall était différent de l’aide accordée depuis près de cinq décennies à l’Afrique. Ce plan de 100 milliards de dollars était très ciblé et portait sur une période de cinq ans. En Afrique, il n’est pas question de sortir de l’aide qui est perçue comme une ressource permanente par les Etats récipiendaires. Cela permet à de nombreux gouvernements africains d’abdiquer leurs responsabilités puisqu’ils savent que d’autres financeront l’éducation, la santé ou les infrastructures nécessaires au décollage économique de leur pays.

 

Pourquoi l’aide ne marche pas ?

Au cours des cinquante dernières années, les pays riches ont déversé 1 000 milliards de dollars d'aide à l’Afrique. Pour quel résultat ? La croissance est moins forte et la pauvreté n’a cessé de grimper. Aujourd’hui, plus des deux tiers des Africains vivent avec moins d’un dollar par jour. L’aide des grands bailleurs de fonds, qu’il s’agisse de la Banque mondiale, des agences de développement ou encore de l’aide bilatérale, nourrit la corruption, alimente l’inflation, mine les services publics.

Aux États-Unis, un slogan affirme qu’il ne peut pas y avoir d’impôts sans représentation. En Afrique, c’est l'inverse. Les populations ne sont pas représentées car elles ne payent pas d’impôt. Nicolas Sarkozy se soucie de savoir ce que les Français veulent car il sait que l’action de gouvernement dépend de sa capacité à lever l’impôt. Les pays africains dépendant de l’aide n’ont pas à s’inquiéter de ce que souhaite véritablement la population puisque leurs ressources dépendent d’impôts levés à l’étranger.

 

Selon vous, la démocratie n’est pas indispensable au décollage économique, un dictateur éclairé serait parfois préférable...

Les parcours de la Chine, de Singapour ou encore du Chili illustrent le fait que la démocratie n’est pas un préalable au développement économique. Pas question pour moi de faire l’apologie de la dictature ou des régimes autoritaires. Mais la démocratie est un régime politique qui ne peut que se développer qu’avec l'émergence d’une classe moyenne en position de demander des comptes au pouvoir. Les pays occidentaux ont d’ailleurs pris acte de l’échec de la démocratie dans de nombreux pays africains. Au Kenya ou au Zimbabwe, la communauté internationale s’est efforcée de rapprocher la majorité et l’opposition pour qu’ils exercent le pouvoir ensemble. Il n’y a plus aujourd'hui d’opposition au Zimbabwe.

 

Que faire ?

L’aide des pays riches n’a jamais permis de sortir un pays de la pauvreté. Elle est un obstacle au développement car elle constitue une rente au même titre que le pétrole ou d’autres matières premières. C’est une incitation à ne rien faire pour améliorer l’environnement économique. Regardez le rapport annuel de la Banque Mondiale, ‘‘Doing Busines’’. Année après année, il montre que c’est en Afrique que l’environnement des affaires est le plus compliqué. Aussi longtemps que ces pays recevront de l’aide, ils n’ont aucune incitation à mettre en œuvre les réformes nécessaires.

 

Ne peut-on pas expliquer les difficultés du continent par la période coloniale ?

Combien de temps faudra-t-il attendre pour ne plus recourir à cette explication ? Cent ans ? Cela n’a rien à voir. La Chine, l’Inde, l’Indonésie ont été colonisés. Cela ne les empêche pas de se développer rapidement aujourd’hui.

 

Si l’aide est un échec, pourquoi les pays riches continuent de déverser autant d’argent en Afrique ?

Il faut souligner le poids des valeurs religieuses imprégnant le champ politique. Il y a comme un impératif moral pour les pays riches à aider les pays pauvres. Or, c’est une erreur de penser que le seul moyen d’aider l’Afrique est de l’assister financièrement. Les économies africaines tireraient un bien meilleur avantage d’une ouverture du marché européen à ses produits, notamment agricoles. Mais pour cela, il faudrait revoir la politique agricole commune (Pac) ; ce qui aurait pour conséquence de mettre les agriculteurs dans la rue et un grand nombre d’entre eux au chômage.

 

Que proposez-vous ?

Nous disposons de trois siècles d’expérience en matière de développement économique. Nous savons désormais ce qui marche et ce qui ne marche pas. La question qui se pose aujourd’hui est comment pousser les gouvernements africains à mettre en place les bonnes politiques. Il faut donc les préparer à la fin de l’aide. Les pays riches pourraient leur proposer un doublement de l’aide pendant dix ans avant d’y mettre un terme. Cela serait plus efficace que la perspective d’une aide permanente.

 

La Chine est de plus en plus présente en Afrique. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?

Elle n’est pas en Afrique par charité mais pour y faire des affaires. Les Chinois ne donnent pas leur argent sans retour. Ils y sont pour les ressources naturelles qu’il s'agisse du pétrole, du cuivre ou des terres arables. Mais les investissements chinois se diversifient très rapidement vers d’autres secteurs comme la banque. Les Africains ont besoin de travail. Est-ce que l’aide des pays riches a permis de créer les emplois dont les jeunes en particulier ont besoin ? La réponse est clairement non ! Les entreprises chinoises viennent parfois avec leurs propres salariés, mais elles ont contribué à créer de nombreux emplois. Une enquête réalisée par l’Institut Pew dans dix pays africains révèle que la Chine dispose d’une très bonne image en Afrique. Au Sénégal et au Kenya, par exemple, neuf personnes sur dix estiment qu’elle a une influence positive sur leur économie.

 

L’aide fatale, de Dambisa Moyo, éditions JC Lattès, Paris, septembre 2009, 280 pages.

Source : latribune.fr

http://www.oss-online.org/index.php?option=com_content&task=view&id=947&Itemid=664

 

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commentaires sur le livre

 

- http://www.unmondelibre.org/Vuillemey_Moyo_aide_FR_240909

- une critique politique de Dambisa Moyo : http://enjodi.blog.lemonde.fr/2009/08/24/aide-a-lafrique-moins-de-dambisa-plus-daminata/

 

 

 

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samedi 22 octobre 2011

"devoir de mémoire" ? avec M. Degraix et M. Renard

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"devoir de mémoire" (France)

ou "récupération de la mémoire" (Espagne) ?

un débat au cinéma de Rive-de-Gier, 20 octobre 2011

 

Le Progrès 22 oct 2011
cliquer sur l'image pour l'agrandir et lire l'article
(de gauche à droite : Michel Renard, Ginette Mouin, Jean-Luc Degraix)

- compte rendu du débat de jeudi dernier au cinéma de Rive-de-Gier à propos du film sur l'Espagne, "Les chemins de la mémoire", dans le journal Le Progrès de ce 22 octobre 2011, avec la participation de deux professeurs du lycée : Jean-Luc Degraix et Michel Renard.

- site du film "Les Chemins de la mémoire"

 

Éléments des interventions de Michel Renard

Le film, au regard du thème de la mémoire, n'est pas comparable à la situation française. En France, la notion de "devoir de mémoire" se répand largement à partir des années 1980. En Espagne, à la mort de Franco en 1975, la problématique est inverse et fondée sur le "pacte d'oubli". On décide de ne pas évoquer le passé pour rendre possible la démocratie, la coexistence politique d'anciens franquistes et de partisans du passé républicain.


De 1975 à 1995, l'Espagne développe une politique de réconciliation, avec le vote de lois diverses. De 1995 à 2004, naît et croît une vague mémorielle avec la création de l'Association pour la récupération de la mémoire historique qui milite activement pour l'ouverture des fosses et l'exhumation des corps. Depuis 2004, et l'élection du socialiste Zapatero, petit-fils d'un capitaine de l'armée assassiné par ses pairs, une nouvelle politique mémorielle est impulsée avec la longue élaboration et le vote de la loi de décembre 2007.


En France, le "devoir de mémoire" repose sur un consensus, notamment la condamnation de la persécution des juifs sous l'Occupation. En Espagne, la "récupération de la mémoire historique" fait largement débat et  même contestation.
Avec le "devoir de mémoire", on envisageait d'abord de rendre vérité et hommage aux victimes, puis on passe à l'idée de corriger la souffrance individuelle des descendants par la réparation matérielle.

***

Pourquoi cette émergence mémorielle en Espagne à partir des années 1990 ? On peut discerner trois causes :

1) un effet de génération avec la disparition de la plupart des témoins de la guerre civile ;

2) l'arrivée à l'âge adulte des petits-enfants (ex. Zapatero) des victimes de la guerre civile ; (l'effet "troisième génération" avait déjà été observé pour la mémoire des massacres d'Arméniens) ;

3) la levée de la crainte d'une résurgence d'un conflit armé en Espagne.

D'une manière plus générale, on relève une temporalité parallèle du phénomène mémoriel dans plusieurs pays, aux États-Unis, en France et en Espagne.

Aux États-Unis, dès 1988, on avait assisté à une politique de dédommagements des citoyens américains d'origine japonaise emprisonnés arbitrairement à partir de 1941. Puis, dans les années 1996-1998, se développèrent les class actions (plaintes collectives) contre les banques suisses pour indemniser les victimes ou descendants de victimes de l'Holocauste.

Le point commun de ces attitudes mémorielles ? C'est non seulement l'idée d'établir une vérité sur un passé conflictuel mais surtout l'idée d'obtenir une réparation matérielle. On passe du droit pénal au droit civil. Il s'agit d'un nouveau régime d'historicité. Le passé considéré comme indépassable et pensé d'abord en termes politiques (avec un jugement pénal du genre Tribunal de Nuremberg) est désormais conçu comme un passé à repenser juridiquement dans les termes du droit individuel même si les responsables ont disparu.

C'est l'idée qu'une société ne peut vivre démocratiquement de manière pacifiée que si ses traumatismes historiques donnent lieu à une compensation des victimes ou descendants de victimes. C'est "refuser que le temps consacre l'injustice" (Antoine Garapon, Peut-on réparer l'histoire ? éd. Odile Jacob, 2008, p. 65).

Mais, en Espagne, il a d'abord fallu passer par la restitution, la "récupération" d'un passé nié pendant 40 ans de dictature franquiste.

***

La caractéristique du film documentaire, Les chemins de la mémoire, est de n'évoquer que les victimes du franquisme - il est vrai plus nombreuses que les victimes du républicanisme durant la guerre civile. Les morts dus aux nationalistes puis au régime franquiste après la victoire de 1939 sont plus importantes en nombre, pour deux raisons.
D'abord parce que les territoires conquis dès 1936 puis jusqu'en 1939 furent plus étendus et que la répression s'y exerça sans mesure. Ensuite, parce que Franco ne fit pas la paix en 1939 et sa vengeance s'exerça pendant de longues années dans le cadre des tribunaux militaires (Auditorias de Guerra). Il y eut jusqu'à 270 000 prisonniers politiques en décembre 1939, et encore 112 000 trois ans plus tard. En 1944, on en comptait presque 50 000 et il fallut attendre 1950 pour que le chiffre descende sous les 30 000.

 

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Ceci dit, il y eut aussi une répression républicaine aveugle, de 1936 à 1939, contre les supposés nationalistes  (tous ne l'étaient pas forcément...) et à l'intérieur même de la Gauche. Et le film a choisi de ne pas en parler. À l'image du livre Les fosses du franquisme d'Emilio Silva et de Santiago Macías (éd. Calmann-Lévy, 2006).

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Mais alors, le film n'est effectivement qu'une vision des chemins d'une mémoire. Et oublie l'autre mémoire. On dira que l'autre a été largement célébrée pendant 40 ans. Cest vrai. La mémoire des victimes du franquisme pourrait cependant s'écrire au pluriel. Car les opposants au national-catholicisme de Franco ont eu aussi leurs propres divisions et se sont massacrés entre eux.

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Sans oublier que certains furent aussi sauvés par des nationalistes, des phalangistes... comme le faisait remarquer une participante à la soirée en évoquant le cas de son propre père sauvé d'une arrestation par le message d'un phalangiste qui l'avertit la veille au soir. Ou que certains républicains sauvèrent des phalangistes. Comme on le voit dans le roman Les soldats de Salamine de Javier Cercas (2002).

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Mémoire, histoire, quel rapport entre les deux ? J'écoute la mémoire, je réfléchis avec l'histoire.

Michel Renard
professeur d'histoire

 

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vendredi 16 septembre 2011

excursion "intégration" des lycéens de Seconde

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le sortie "intégration" des lycéens de 2e

 

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- classes de 2e6 et de 2e8

 

 

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jeudi 21 juillet 2011

La Reine Margot

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La Reine Margot

histoire, roman, film

 

La Reine Margot est un personnage historique, Marguerite de Valois (1553-1615), soeur de trois rois de France, première épouse de Henri de Navarre en 1572 (devenu Henri IV), objet du roman historique d'Alexandre Dumas (1845) et de plusieurs films dont celui de Patrice Chéreau (1994).

Ouvrage donné à lire aux anciens élèves de Seconde qui passent en Premère Littéraire, par leur professeur de Lettres pendant l'été 2011.

Je l'ai moi-même lu fin juillet 2011. Les distorsions avec la réalité historique sont évidemment gênantes pour un historien. Mais le souffle du roman l'emporte tout de même. Dumas a restitué une atmosphère assez proche de la réalité même s'il a mélangé les circonstances. Et chargé outre-mesure les Valois et notamment Catherine de Médicis.

 

histoire dynastique

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la dynastie des Valois à partir de François 1er. À partir de 1559, Catherine exerce
la réalité du pouvoir... (
©Michel Renard)

 

le roman d'Alexandre Dumas

Époque du récit 1572 à 1574

Résumé Catherine de Médicis règne, toute puissante, sur la France que gouverne tant bien que mal Charles IX, et sur ses enfants : ses fils, Charles évidemment, Henri duc d'Anjou, François duc d'Alençon, et sa fille Marguerite. Le roman s'ouvre sur le mariage de Marguerite de Valois, surnommée Margot, et Henri de Bourbon, roi de Navarre. Ce mariage entre une catholique et un protestant est destiné à ramener la paix dans le royaume. Mais Catherine et le roi Charles IX se préparent dans l'ombre à mater le parti protestant. Les frères de Charles complotent également pour prendre sa place et Henri de Navarre ne songe qu'à défendre sa vie.

Intrigues, alliances, complots, trahisons vont se succéder tandis que Margot entretient une tendre liaison avec un gentilhomme protestant, La Mole. Commence alors une lutte âpre et sans merci entre les deux camps, dont le point d'orgue sera le massacre de la Saint-Barthélémy. Charles IX, roi fantasque, d'une méfiance maladive, et perpétuellement sous l'influence de sa mère, finit par se prendre réellement d'amitié pour son beau-frère Henri (le futur Henri IV), au grand dam de Catherine de Médicis.

Après bien des évènements tragiques, Charles IX succombe à un mystérieux empoisonnement et meurt sans pouvoir assurer le trône à Henri de Navarre. C'est donc le duc d'Anjou, qui entre temps a été sacré roi de Pologne, qui revient en France pour prendre la succession de son frère, sous le nom d'Henri III. Quant à Margot, elle ne peut sauver son amant, que l'on accuse de la mort du roi, et doit fuir sur les terres de son époux, qu'elle n'a jamais cessé de soutenir.

Analyse Dumas s'est plongé avec bonheur dans cette période trouble, restituant avec talent le vieux Louvre et ses fêtes incroyables, où les protagonistes se perdent, se croisent et s'épient dans le labyrinthe des passages secrets. Tout le monde intrigue, complote, mais sans jamais oublier son propre plaisir, ce qui nous vaut un roman à la fois sanglant, où dominent les massacres, les poignards et les empoisonnements, et voluptueux, notamment grâce à Margot dont la beauté était sans pareille et les amants innombrables. Roman un rien pervers aussi : Margot entretient des rapports troubles avec ses frères, tandis que Charles IX, contradictoire et ambigu, aime à se repaître du spectacle de la violence...

Les personnages principaux, La Mole, Coconnas, Henri de Navarre et quelques autres, ont d'ailleurs cette faculté de courir au massacre avec rage et haine (les hommes s'étripent, s'égorgent sans hésitations ni regrets) puis de regagner avec autant de plaisir la couche de leurs belles maîtresses. Comme toujours chez Dumas, le cadre historique fournit autant de prétextes à mêler intrigues amoureuses et faits d'armes comme il les affectionnait. Si l'on ne retrouve point ici de héros à la mesure des Mousquetaires, ou de figure solitaire à la Bussy d'Amboise (dans La dame de Monsoreau), Dumas introduit tout de même une attachante histoire d'amitié entre un catholique et un protestant, Coconnas et La Mole, seul sentiment désintéressé de toute cette épopée, où plane l'ombre inquiétante de la redoutable Catherine de Médicis.

Signalons enfin que ce roman a donné lieu à une adaptation cinématographique remarquée, celle réalisée par Patrice Chéreau en 1994, avec Isabelle Adjani dans le rôle titre.

Sylvie Cardona
source

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Personnages du film

 

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personnages du film La reine Margot : la famille royale (© Michel Renard)

 

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personnages du film La reine Margot : protestants et autres personnages (© Michel Renard)

 

 

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Résumé

 

1572. La France des guerres de religion est devenue le champ clos des grands seigneurs et des prétendants au trône. À Paris, le jeune roi protestant de Navarre, le futur Henri IV, vient d'épouser Marguerite de Valois, dite Margot ; mariage politique qui n'empêche pas les Guise et le roi Charles IX de fomenter les horreurs de la Saint-Barthélemy.

Sur les pas du jeune comte de La Mole, dont s'éprend éperdument la belle Margot, et de son compagnon, le tonitruant Annibal de Coconnas, nous entrons dans ce labyrinthe d'intrigues, d'alliances, de trahisons. Les poignards luisent sous les pourpoints. René le Florentin fournit les poisons à l'implacable Catherine de Médicis. Le vieux Louvre avec ses fêtes brillantes, ses passages secrets, son peuple de soldats et de jolies femmes, est le théâtre où se déploient en mille péripéties les jeux de l'amour, de la politique, de la haine.

Mon commentaire

Lire La reine Margot en format poche, c'est assurément se casser les yeux sur une édition en très petits caractères, d'autant plus que la mienne était très mal imprimée. C'est aussi se buter contre un style d'écriture et de longues phrases alambiquées, auxquelles on doit s'habituer. Ça augure bien mal. Et pourtant... La reine Margot est un roman que j'ai apprécié pour deux raisons : le roman est particulièrement bien écrit et l'histoire est passionnante. L'humour côtoie les scènes sanglantes, il y a plusieurs revirements de situations surprenantes et on plonge dans ce roman comme dans un feuilleton. La reine Margot est d'ailleurs paru en feuilleton à l'époque. Le style s'y prête bien.
Dumas écrit très bien. Certaines phrases ou expressions sont savoureuses. On peut d'ailleurs lire en page 210 :

"...la fameuse balafre qui lui avait jadis donné tant de tracas par ses rapports prismatiques avec l'arc-en-ciel, avait disparu..."

ou alors

"...par une belle journée d'automne comme Paris en offre parfois à ses habitants étonnés, qui ont déjà fait provision de résignation pour l'hiver..."

C'est plutôt une belle façon de dire les choses !
Dumas excelle dans l'art d'accrocher le lecteur et de lui raconter une histoire. Il s'inspire d'anecdotes qui ont réellement eu lieues et revisite certains événements historiques en combinant réel et imaginaire. Des notes en fin de volume (pour mon édition) nous font état de très nombreux anachronismes. La postface d'Eliane Viennot est d'ailleurs très éclairante à ce sujet et à l'imagination de l'auteur versus les faits réels.
Toutefois, le roman est difficile d'approche au départ, du moins il l'a été pour moi. Ayant une connaissance approximative des rois et reines de France et étant tout à fait étrangère à toute cette période de l'histoire française, j'ai eu du mal à m'y retrouver. Je trouve également que près de 700 pages, c'est beaucoup. Le roman souffre de certaines lourdeurs, surtout vers la fin. J'ai cru lire quelque part que les écrivains étaient payés à la page à l'époque ? Est-ce le cas de Dumas ? Ceci expliquant peut-être cela.
Néanmoins, je crois qu'il faut lire La reine Margot. Pour l'écriture très maîtrisée. Pour les histoires dans l'histoire. Pour la présence des rois, des reines, des bourreaux, des conspirateurs, des empoisonneurs, des cachots, des complots.
On oublie (presque) les longueurs qui parsèment le récit...


source

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images du film de Patrice Chéreau (1994)

 

 

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l'amiral de Coligny

 

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le mariage présidé par le cardinal de Bourbon

 

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la scène du mariage, avec le long silence de Margot

 

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le soir du mariage, Henri et Margot se promettent
une fidélité politique ; mais Margot est gênée parce que
son amant, le duc de Guise, est caché derrière une cloison
et entend la conversation

 

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Margot à la recherche d'une aventure, le soir de sa nuit de noces
(ce n'est pas dans le roman de Dumas) ; c'est là qu'elle rencontre La Molle

 

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Margot s'adressant à La Molle qui ignore encore qui elle est
(le costume est totalement anachronique)

 

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les fêtes au lendemain du mariage : Margot et Henriette, la duchesse de Nevers

 

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Margot et Henriette identifiant les chefs protestants

 

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après le mariage, Henri de Navarre entouré
de ses fidèles, dont Coligny

 

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fêtes après le mariage : la foule assiste à un corps-à-corps entre Anjou et Guise

 

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après l'attentat contre Coligny, Margot vient prévénir les protestants qu'ils
sont menacés et devraient quitter Paris tout de suite ; mais il ne l'écoutent pas

 

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Charles IX vient d'apprendre que c'est sa mère qui a organisé l'attentat
contre Coligny ; les catholiques décident d'éliminer les chefs protestants ;
Henri (Anjou) soutient son frère ; dans le roman, c'est Charles qui décide l'attentat,
mais en vérité, ce ne sont ni Charles ni Catherine... peut-être les Guise, mais l'incertitude demeure

 

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le massacre de la Saint-Barthélémy dans le palais du Louvre

 

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Hannibal de Coconnas,
tueur impitoyable pendant la nuit
de la Saint-Barthélémy

 

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le duel acharné entre La Molle et Coconnas la nuit de la Saint-Barthélémy

 

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les protestants massacrés

 

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Margot convainc son frère, le roi,
d'assister au conseil qui doit décider du sort
d'Henri de Navarre le soir de la Saint-Barthélémy

 

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l'abjuration d'Henri de Navarre

 

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Henri, forcé pour survivre, renonce au protestantisme pour le catholicisme

 

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Margot, "prisonnière" au Louvre

 

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Henri de Navarre vient de terrasser le sanglier qui s'acharnait sur Charles IX
tombé de son cheval et coincé, alors que personne ne venait à son secours

 

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Charles IX, sauvé par Henri de Navarre au cours de la chasse,
s'adresse à son frère cadet, Anjou, et lui dit : "tu vois, tu n'es pas encore roi..."

 

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Charles IX entraîne Henri afin qu'il ne tombe pas dans le piège tendu par
Catherine de Médicis pour l'assassiner (puisqu'Henri vient de lui sauver la vie à la chasse)

 

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Charles, en compagnie d'Henri de Navarre, lui fait découvrir sa maîtresse,
Marie Touchet dont il a un fils

 

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la relation (brève) entre La Môle et Margot n'a eu lieu qu'en 1574

 

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Catherine de Médicis

 

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La Môle soigné par le bourreau qui l'a recueilli


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la reine Margot



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Cathérine de Médicis et Charlotte de Sauve (maîtresse d'Henri de Navarre)

 

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La Môle et Coconnas, venus chercher Margot, tombent dans un guet-apens,
sont blessés et faits prisonniers

 

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Margot demandant à son frère Charles,
qui est à l'agonie, la grâce de La Môle :
"Charles... il n'a fait que m'aimer"

 

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Margot et Henriette devant les cadavres décapités de leurs amants respectifs

 

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la reine Margot fuyant en Navarre

 

 

extraits du film La Reine Margot (1994)

- http://www.youtube.com/watch?v=yUN62okdADo

- http://www.youtube.com/watch?v=PtWw2Ha2naE

- http://www.youtube.com/watch?v=sKKvehvmZAU

- http://www.youtube.com/watch?v=rozaeQPJITQ

- la fabuleuse scène (un peu raccourcie) du mariage, avec la vraie musique :
http://www.youtube.com/watch?v=0MYnqDIzHGI

- le voilà René le Florentin... : http://www.youtube.com/watch?v=HGPjGt9OE9U

- et encore le mariage... et quelques scènes du film (avec une autre musique... débile...) :
http://www.youtube.com/watch?v=cVzLN9lGToE

- des extraits du film... mais avec une autre musique... (pas mal : un Kyrie eleison) :
http://www.youtube.com/watch?v=zQtrUHqkv1c

- la Saint-Barthélémy dans le film "La Reine Margot" (1994)... et on comprendra le prix que la France attache à l'éloignement du religieux et du politique, autrement dit à la laïcité...!
http://www.youtube.com/watch?v=-GwUKrBgRb0&feature=related

-

 

 

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différences entre le film, le roman et l'histoire réelle

Michel RENARD

 

Le réalisateur, homme de théâtre Patrice Chéreau, est l'auteur du film La Reine Margot (1994).

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Quelques différences entre le roman de Dumas et le scénario du film de Chéreau

- la première nuit de noces de Margot : dans le roman, elle ne sort pas, alors que dans le film elle cherche l'aventure et rencontre Le Môle.

- la première nuit passée à l'auberge où se rencontrent La Molle et Coconnas - l'annonce de l'attentat contre Coligny (l'aubergiste dans le roman ; René le Florentin qui achète le livre de La Molle).

- la décision d'assassiner Coligny est imputée à Charles IX dans le roman (p. 46-51) et à Catherine de Médicis dans le film. Les meurtres attribués à Maurevert ne sont pas les mêmes (le film parle de Leyrac de La Môle). Historiquement, l'incertitude demeure. On penche plutôt pour les Guise. Pour Crouzet, cela ne peut être ni le roi ni Catherine. Rôle d'Anjou. Affaires des deux déclarations contradictoires.

- dans le roman, La Môle va prévenir Coligny, alors que dans le film il apprend l'attentat par René le Florentin.

- dans le roman, la scène entre Margot et La Môle poursuivi et sauvé par elle est moins glorieuse que dans le film : dans le roman, Margot crie et est soutenu par Alençon, son frère ; alors que dans le film, elle affronte Coconnas par la menace du Jugement Dernier.

- la scène de rue où Coconnas rencontre la duchesse de Nevers est un raccourci du roman qui décrit l'affrontement avec de Mouy le chef protestant et Mercanton, le créancier de Coconnas.

- dans le roman, la tentative d'arrestation/assassinat de Navarre après la chasse se retourne contre de Mouy qui parvient à s'échapper, alors que dans le film, c'est Armagnac qui meurt.

- dans le film, aucune allusion n'est faite aux intrigues entre Navarre et d'Alençon (qui sont d'ailleurs anachroniques).

- dans le film, fusion des deux scènes de chasse avec tentative de fuite.

- Charlotte de Sauve ne meurt pas empoisonnée mais de la main de son mari dans le roman (en réalité, elle a vécu longtemps après…).

- disparition de l'arrestation et de l'emprisonnement de La Môle et de Coconnas dans le film, ils sont arrêtés et presque immédiatement exécutés…

- alors que le roman se déroule tout à Paris, le film imagine un voyage de La Môle aux Pays-Bas protestants, un retour d'Henri en Navarre…

Michel Renard
professeur d'Histoire (Loire)

 

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La Saint Barthélemy

Nos disciplines sont souvent vécues comme trop abstraites et trop encyclopédiques. L’observation de nombreuses leçons (fiches ; accumulation de notions, de dates, de lieux…) conduit à infléchir notre façon d’enseigner l’histoire et la géographie. La réflexion porte aujourd’hui essentiellement sur trois axes, même si il y en a bien d’autres notamment sur la question des gestes professionnels, des langages, du lien entre l’oral et l’écrit etc.

La question du sens :

Il y a le sens didactique attribué à un objet d’étude par le professeur en tenant compte à la fois de la recherche scientifique et des IO des programmes. Le sens n’est pas la problématique mais l’orientation d’un sujet. Il est l’expression d’un choix qui va ensuite déterminer des problématiques didactiques. Un exemple : la Révolution française. Si j’envisage d’aborder la Révolution française sous l’angle non pas d’une histoire politique traditionnelle, donc chronologique, mais par la revisitation de celle-ci par l’histoire culturelle, je vais insister sur la rupture dans les imaginaires, de l’identité royale : le mythe du droit divin s’effondre. Il y a le sens pédagogique, car c’est le sujet, ici l’élève qui construit le sens [charabia pédagogiste, M.R.].

C’est au professeur à anticiper le gouffre éventuel entre le premier et le second pour élaborer un projet qui puisse motiver l’élève et le conduire à la découverte du sens didactique. Il n’y a donc pas de leçon, en histoire ou géographie, sans réflexion sur le sens, ce qui conduit à renverser l’élaboration d’une séance. Je ne vais pas empiler des savoirs sur telle ou telle question, mais me poser la question simple : qu’est-ce qui me parait pertinent pour des élèves de cet âge, en fonction de l’élaboration du programme, de la classe, de l’école… qu’ils retiennent.

Cette réflexion, qui nécessite souvent du recul sur la période ou l’espace étudié, conduit à rejeter l’encyclopédisme. Pour qu’il y ait sens, il faut qu’il y ait un enjeu, une intrigue, une argumentation. La question de l’étude de cas : Pour éviter d’empiler des connaissances et d’être dans une trop grande conceptualisation on peut utiliser ce que l’on appelle l’étude de cas. Entrer dans le singulier pour comprendre un phénomène plus global est bien connu des historiens. Duby en son temps l’a démontré avec le Dimanche de Bouvines, ou Guillaume le Maréchal.

Il s’agit de centrer son attention sur une famille, un événement, un homme, un espace particulier etc…pour faire comprendre des phénomènes plus larges donc plus complexes. La place de la Comédie à Montpellier peut nous permettre de mieux saisir l’influence de l’haussmanisation sur la restructuration des villes. Pourquoi ne pas partir de la création de la gare à Montpellier pour étudier la RI ? Pourquoi ne pas étudier la place du Peyrou pour évoquer l’absolutisme ? Pourquoi ne pas partir de la Pompadour et de son fameux portrait pour parler des Lumières ? La question du récit : Il est désormais essentiel de retrouver le bonheur de raconter des histoires (en géographie aussi) aux élèves et de faire raconter. L’histoire dit Paul Veyne est un roman, mais un roman vrai.

Sans se lancer, nous enseignants, sur une réflexion épistémologique (confère H White, P. Ricœur) sur l’écriture de l’histoire, le récit permet de faire vivre les objets étudiés. Il n’est pas difficile à mettre en œuvre et peut être objet de formation pour faire comprendre aux collègues quelle est la rhétorique du récit. Les enfants aiment les histoires. Racontant aux enfants des histoires pour qu’il puisse aimer l’Histoire.

L’étude de la Saint Barthélemy s’inscrit dans le cadre de cette réflexion : il ne s’agit pas de revenir à une histoire politique événementielle qui perdrait très vite les élèves. Mais bien de faire comprendre par l’étude d’un événement précis, ici violent, la Saint Barthélemy, l’univers mental des hommes du XVIe siècle. Nous sommes bien dans le cadre du sujet : l’autre un ennemi. Mais la revisisation de cet événement par la recherche historique, notamment par Joël Cornette et Denis Crouzet, en introduisant d’autres axes de recherches comme l’histoire des imaginaires, l’histoire de la paix et l’histoire de la violence.

Ces historiens aujourd’hui regardent la renaissance aussi comme un temps de peur et de violence. On se place dans le cadre de la fin du programme de 5e .

Renaissance, Humanisme, Réformes et la France au XVIe siècle. La problématique de «l’autre, un ennemi» convient tout à fait à cet événement. Et elle est bien liée à des imaginaires notamment dans la façon de tuer l’autre ici les protestants. On pourrait élargir la problématique ou le propos à d’autres thèmes d’étude comme l’émergence du sentiment national avec la Guerre de Cent ans… Prendre l’exemple aussi de la captivité de Roi François 1er /Charles Quint après la défaite de Pavie. L’idée d’honneur. J’ai le souvenir de deux chevaliers de France venant trouver le Roi Charles Quint pour se plaindre qu’il ne venait plus leur faire la guerre. Il les reçoit, les comble de présents et leur promet de revenir faire la guerre… On peut aussi se limiter à l’étude des michelades à Nîmes en 1567.

Depuis 1562 trois guerres de religion ont déjà eu lieu (printemps à printemps 1562-1563 ; sept 1567-mars 1568 ; été 1568-été 1570). Chacune est sanctionnée par des victoires du camp catholique mais des traités plutôt favorable aux protestants. L’édit de Saint-Germain en 1570 mécontente les catholiques. La tension est donc assez vive. Un événement étranger vient l’accroître : la relance de la révolte des huguenots des Pays-Bas contre Philippe II.

À Paris, dans les milieux de la Cour, deux positions antagonistes se font face sur la question de l’aide éventuelle à apporter aux insurgés. Gaspard de Coligny souhaite une intervention. Catherine de Médicis et surtout les Guise sont hostiles à toute intervention, lutter contre Philippe II signifiait engager la France dans le camp protestant et s’attirer l’hostilité du Pape. Pour tenter de souder la paix, Catherine de Médicis organise un mariage entre sa fille, Marguerite de Valois, et Henri de Bourbon, le fils d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret. Le mariage est célébré le 18 août 1572 à Paris.

Le 22 août, au matin, un attentat est perpétré contre l’amiral de Coligny, certainement par un fidèle des Guise, Catherine de Médicis, n’ayant certainement pas de responsabilité en cette affaire. Un coup d’arquebuse blesse légèrement l’amiral. Cet événement déchaîne les passions. L’attentat provoque l’inquiétude des protestants. Mais aussi la crainte de la famille royale. Le bruit d’une conjuration huguenote enfle.

L’atmosphère était déjà très tendue : fortes chaleurs, cherté du pain renforcée par la venue de nombreuses personnes du fait du mariage, sermons violents anti-protestants dans les églises dénonçant l’accouplement exécrable entre Marguerite de Valois et Henri de Navarre, des pamphlets annonçant la colère de Dieu, des bruits et des rumeurs disant que le roi lui-même voulait devenir huguenot.

Tout cela surchauffe les esprits. Paris est en état d’émeute dès le 23.

La décision du massacre des grands chefs protestants est prise en Conseil sous la pression semble-t-il des Guise et pas seulement sous la seule autorité du Roi Charles IX ou de Catherine. Dans la nuit du 23 au 24 août la décision est mise en application. Mais ce que n’avaient pas prévu les ordonnateurs du massacre politique c’est qu’une autre Saint Barthélemy verrait le jour, beaucoup plus violente.

Tous les contemporains ont témoigné de la «fureur incroyable» de cette événement, qui semblait ne pas pouvoir être contrôlé. Après avoir entendu le son du tocsin, à l’aube du 24, la rumeur se répand que le roi avait permis d’égorger les huguenots. De nombreux témoignages ont rapporté l’acharnement particulier sur les corps : dénudés, traînés dans la boue par des enfants, décapités, éventrés, émasculés.

Le traitement infligé au corps de l’amiral de Coligny est particulièrement significatif : il s’agit d’un véritable massacre purificateur. Traîné par les rues d’un carrefour à l’autre, il est châtré et décapité, puis brûlé. Ses restes son exhibés à la foule. Seins de femmes arrachés, page de bible mises dans la bouche de cadavres huguenots, sexe des hommes arrachés et enfoncés dans leur bouche, visages défigurés pour rendre manifeste la «laideur» intérieure et diabolique : la violence extrême des catholiques a pour but de détruire, dans l’apparence extérieure des huguenots, l’image même du pêché et du Diable, de réaliser, en quelque sorte, sur la terre, ici et maintenant, le Jugement dernier.

L’ex-prévôt des marchands, Claude Marcel qui venait d’être remplacé, guisard convaincu, ne fut pas étranger à ce «dérapage», et la milice bourgeoise forte de 5000 hommes ne fit rien pour calmer les ardeurs. Les assassins zélés ne se recrutèrent pas seulement dans la «populace» mais aussi dans les rangs de la bonne bourgeoisie parisienne.

Le mardi 26 août, devant le Parlement de Paris, lors d’un solennel lit de justice le Roi décide d’endosser la responsabilité de l’événement. Notons que des massacres eurent lieu aussi en Province : Orléans, le 26, Meaux, Bourges, Saumur, Angers, Lyon le 31 etc… On compte entre 5000 et 10000 morts. L’événement est suivi d’une vague de reconversions, et marque un reflux du protestantisme.

 

Ce que nous apprend la Saint Barthélemy :

L’historiographie s’est longtemps focalisée sur le seul problème des responsabilités : qui donna l’ordre du massacre ? Catherine de Médicis, Charles IX , les Guise ? Des études récentes permettent au contraire de mettre en avant ce qui fut en jeu dans le ou les massacres.

Denis Crouzet insiste sur une dimension plus générale : l’angoisse du châtiment divin. Dans le ciel et sur la terre apparaissent des signes qui disent l’imminence du jugement. Voici le temps des guerriers de Dieu : d’une violence d’abord intérieure surgit la force conquérante d’un prophétisme panique qui ordonne la mise à mort des hérétiques.

S’opposant à la violence désacralisatrice des huguenots (rappelons cet incident : le 1er juin 1528, des inconnus lacèrent de coups de couteaux et décapitent une statue de la Vierge à l’enfant dans une église parisienne. Le scandale est immense. Le roi, dit-on, en pleure pendant deux jours durant), la violence mystique des catholiques culmine en août 1572. N’oublions pas qu’ un mouvement iconoclaste a parcouru tout le XVIe siècle : bris de statues, profanation des hosties, destruction des images).

La Ligue marqua l’ultime retour de l’angoisse prophétique, force agissante d’un long XVIe siècle, qui vise à unir le peuple au Christ de la Passion. Avec la Saint Barthélemy se brise le rêve de concorde, une des dernières utopies de la Renaissance. Pour Charles IX et Catherine de Médicis il s’agissait de réunir les catholiques et les protestants dans une œuvre magique de paix. Mais face à l’attentat dirigé contre Coligny, Catherine, prise entre deux factions violemment opposées, se résigne à un acte préventif. Mais cet acte est suivi d’une toute autre tragédie que Charles IX dut assumer.

Pour Denis Crouzet, la Saint Barthélemy fut paradoxalement, le crime d’amour d’une monarchie humaniste, le crime d’un rêve d’harmonie universelle. Elle fut comme la chronique d’un rêve perdu de la Renaissance. «La Saint Barthélemy est une grande geste mystique, qui prend sa source dans une hallucination collective de la présence de Dieu : une présence qui se détecte dans la croix que les violents portent rituellement, en eux, dans le cadavre de l’Amiral miraculeusement frappé, et surtout dans ce qui est le seul vrai point d’origine de la grande déferlante massacrante, l’aubépine qui refleurit au petit matin».

En effet à l’aube du 24 août, on vit fleurir une dans le cimetière des Saints-Innocents une aubépine qui n’avait pas fleuri depuis 4 ans. Les aubépines étant considéré comme une image de la couronne du Christ. Christ était donc parmi eux. La Saint Barthélemy s’inscrit dans un contexte d’une immense angoisse qui traverse toute la Renaissance pour reprendre un titre de Denis Crouzet dans la revue L’Histoire. Une profonde angoisse, une attente de la fin du monde, d’où le goût pour les prophéties et la prospérité de l’astrologie dans un climat d’inquiétude générale surtout chez les catholiques, car avec Calvin la foi des protestants est apaisée.

Pour Joël Cornette au delà de cet imaginaire la Saint Barthélemy est aussi le moment de l’affaiblissement du pouvoir royal. Il donnait force et vie à la théorie de la résistance contre l’État. Une résistance qui pouvait aller jusqu’au régicide. Dans le camp protestant les monarchomaques énonçaient la légitimité du renversement du mauvais roi.

En 1573, paraissait la Franco-Gallia, de François Hotman. L’auteur rappelait la situation de la Gaule, divisée en cités aristocratiques ou monarchiques. À cette époque, tous les ans, se tenait une diète générale pour l’ensemble du pays, et à cette occasion, tous les chefs locaux étaient choisis par le peuple assemblé. Le monarque était désigné par acclamation. En 1575, dans du Droit des magistrats, Théodore de Bèze, successeur de Calvin, développe l’idée que le peuple crée le souverain. Donc les sujets peuvent se rebeller contre leur prince.

Du Plessis Mornay et Hubert Languet en 1579 écrivent Le Vindiciae contra Tyrannos. Les ligueurs aussi s’emparèrent de ces théories régicides. On voit donc comment la Saint Barthélemy éclaire le siècle de la Renaissance et donne à voir les imaginaires des hommes de ce temps. Elle illustre comment l"’autre" peut devenir un ennemi dans un contexte de peur collective du salut. "L’autre" c’est celui qui a une autre conception du salut, du dogme, de la Révélation.

L’Église catholique considère qu’elle véhicule une vérité absolue. Dès lors, la question de l’interprétation des Écritures est cruciale. Il y va du monopole de l’Église comme seule médiatrice entre le monde d’ici-bas et le monde de l’au-delà, du salut de chacun mais aussi de la communauté toute entière. C’est cette vérité absolue que remet en cause radicalement la réforme. Alors on ne se bat pas pour un chef ou un prince mais bien pour le salut de son âme et pour la survie du groupe. À cela il faut ajouter la dimension politique de ces conflits. Une entité nouvelle s’est progressivement mis en place : l’État moderne. On se bat donc désormais aussi pour façonner l’État à son image. C’est ce que les différents traités montrent.

Enfin, pour reprendre les thèses de Denis Crouzet, la Saint Barthélemy permet de revisiter la problématique de la Renaissance en France. Pas seulement qu’elle fut aussi un temps d’angoisse mais en remettant en cause son concept même pour la France. Il propose plutôt de parler d’un mince verni plaqué sur une profonde situation collective d’inquiétude. Il existe pour lui un écart qui s’accentue entre une cour pétrie d’humanisme, et d’autre part des populations qui vivent dans l’inquiétude et donc dans la quête d’un Dieu exclusif les appelant de part et d’autre à combattre.

Dès les années 1520, des images de violence ont surgi, acquérant de plus en plus de puissance au fur et à mesure des années qui passent. Il existe bien un humanisme royal de François 1er à Henri III, y compris donc dans l’entourage de Catherine de Médicis (Michel de L’Hospital qui partage un imaginaire de concorde), mais une partie de ces humanistes se range du côté des massacreurs, comme Ronsard qui annonce vers 1562 que les faux prophètes seront châtiés. Après la Saint Barthélemy, un nommé Jean Touchard écrit à son ami Jacques Amyot, grand traducteur en français de Plutarque, qu’enfin la vie va pouvoir reprendre après l’extermination des malfaisants. C’est pour cela qu’il est difficile de dissocier l’humanisme de la violence pour Denis Crouzet.

source
site pédagogique Académie de Montpellier (auteur ?)

 

 

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Posté par LCL42Histoire à 15:37 - - Commentaires [1] - Permalien [#]