dimanche 30 août 2009

Repères chronologiques en histoire

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Repères chronologiques en histoire

 

La chronologie, c'est la base de l'histoire. Elle permet de situer dans le temps un événement, de l'envisager par rapport à d'autres, et d'évaluer la durée des phénomènes. Faire de l'histoire, c'est tenter de comprendre le passé à partir de la chronologie.

La chronologie utilise des repères et des unités de temps (jours, années lunaires ou solaires, siècles, ères...).

Une ère historique est définie par un événement repère qui sert de point de départ au décompte des années.

 

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septembre 2006 - cliquer sur l'image pour l'agrandir

 

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septembre 2007

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septembre 2007 - cliquer sur l'image pour l'agrandir

 

 

- le 1er de l'an 5768 du calendrier hébraïque correspond au 13 septembre 2007 ; les 13 et 14 septembre sont les jours de fête du nouvel an juif : Rosh Hashana.

- les prochaines fêtes principales du calendrier chrétien sont : a) le 1er novembre (fête de la Toussaint = fête de tous les saints ; à ne pas confondre avec le 2 novembre qui est la fête des défunts) ; b) la fête de Noël correspondant à la naissance de Jésus.

- l'année 1428 de l'Hégire (calendrier musulman) a commencé le 20 janvier 2007 (1er jour = 1er muharram) ; le jeudi 13 septembre a commencé le mois de ramadan (9e mois du calendrier lunaire musulman) au cours duquel s'effectue le jeûne.

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septembre 2008

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septembre 2008 - cliquer sur l'image pour l'agrandir

 

 

- le 1er de l'an 5769 du calendrier hébraïque correspond au 30 septembre 2008 ; les 30  sept. et 1er oct. 2008 ont les jours de fête du nouvel an juif : Rosh Hashana.

- les prochaines fêtes principales du calendrier chrétien sont : a) le 1er novembre (fête de la Toussaint = fête de tous les saints ; à ne pas confondre avec le 2 novembre qui est la fête des défunts) ; b) la fête de Noël correspondant à la naissance de Jésus.

- l'année 1429 de l'Hégire (calendrier musulman) a commencé le 10 janvier 2008 (1er jour = 1er muharram) ; le lundi 1er septembre a commencé le mois de ramadan (9e mois du calendrier lunaire musulman) au cours duquel s'effectue le jeûne.




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septembre 2009

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septembre 2008 - cliquer sur l'image pour l'agrandir

 

- le 1er de l'an 5770 du calendrier hébraïque correspond au 9/10 septembre 2009 ; les 9 et 10 sept. 2009 sont donc les jours de fête du nouvel an juif : Rosh Hashana.

- les prochaines fêtes principales du calendrier chrétien sont : a) le 1er novembre (fête de la Toussaint = fête de tous les saints ; à ne pas confondre avec le 2 novembre qui est la fête des défunts) ; b) la fête de Noël correspondant à la naissance de Jésus.

- l'année 1430 de l'Hégire (calendrier musulman) a commencé le 29 décembre 2008 (1er jour = 1er muharram) ; le samedi 22 août 2009 a commencé le mois de ramadan (9e mois du calendrier lunaire musulman) au cours duquel s'effectue le jeûne.17035150_jpeg_preview_medium

** voir l'excellente explication de l'astrophysicien algérien, Nidhal Guessoum sur la détermination du 1er jour du mois de Ramadan qui montre que ce mois ne pouvait absolument pas commencer le 21 août 2009 (comme certains États musulmans l'ont pourtant déclaré), mais le 22.

 

 

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septembre 2014

 

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- le 1er de l'an 5777 du calendrier hébraïque correspond au 3 octobre 2016 ; les 3 et 4 octobre 2014 sont les jours de fête du nouvel an juif : Rosh Hashana. La fête de Yom Kippour (Jour du Grand Pardon) correspond au 4 octobre 2014.

- les prochaines fêtes principales du calendrier chrétien sont :  a) la fête de Pâques (Passion du Christ) ; b) la fête de Noël correspondant à la naissance de Jésus , c) le 1er novembre (fête de la Toussaint = fête de tous les saints ; à ne pas confondre avec le 2 novembre qui est la fête des défunts).

- l'année 1438 de l'Hégire (calendrier musulman) commence le 3 octobre 2016 (1er jour = 1er muharram). Le mois de ramadan (9e mois du calendrier lunaire musulman) au cours duquel s'effectue le jeûne, a lieu du 27 mai au 24 juin 2017.

 

liens

- le sens de Roch Hachana dans la religion juive (2009)

- 1er muharram : calendrier lunaire ou islamique (2006)

 

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* voir la page Chronologie de l'Institut de mécaniques céleste et de calcul des éphémérides (Observatoire de Paris).
Attention ! cette page évoque "l'année zéro"... - qui n'existe pas pour les historiens.
Par ailleurs, quand on lit sur cette page : "L'ère chrétienne a débuté le 25 décembre de l'an 753 de la fondation de Rome...", il faut comprendre qu'il s'agit de l'année 1 et que la fondation de Rome se situe en 753 av. J.-C.

 

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bâtiment Perrault de l'Observatoire de Paris

 

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samedi 29 août 2009

classes de M. Renard : 2009-2010

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ancien hospice de la Vieille Charité à Marseille ; aujourd'hui musée et université :
cette dédicace me convient parfaitement



pages des classes de M. Renard :

2009-2010


- 2e 2

- 2° 5

- 1e STG

- 1e S2

- 1 ES


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la mer à Marseille, vue de la Corniche ; au fond les îles du Frioul avec
le château d'If
évoqué par Alexandre Dumas dans Le Comte de Monte-Cristo


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samedi 18 juillet 2009

Salamanca

Salamanca

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vendredi 3 juillet 2009

Aguirre, la colère de DIeu

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Aguirre, la colère de Dieu

images et itinéraire d'un conquistador au XVIe siècle


Aguirre est le personnage, joué par Klaus Kinski, dans un film de Werner Herzog datant de 1972. Mais c'est d'abord une histoire réelle qui a servi de trame au scénario du film. L'histoire d'une expédition qui se déroule en 1560-1561 au Nouveau Monde, sur les territoires actuels du Pérou, du Brésil, du Vénézuela...

On l'appela l'expédition de l'Omagua et d'El Dorado. Elle devait trouver le territoire où l'or coulait à profusion. Mais l'entreprise fut marquée par la mutinerie d'un capitaine, le Basque Don Lope de Aguirre. Il fit assassiner le gouverneur Don Pedro de Orsua, ses compagnons et sa maîtresse, et fit désigner un jeune noble, Don Fernando de Guzman, comme roi avant de se débarrasser de lui quelques temps plus tard.

L'expédition continua sous l'autorité délirante d'Aguirre qui cherchait à remonter l'Atlantique jusqu'au Panama et à attaquer le Pérou par le Nord. Des crimes odieux finirent par dresser les soldats contre Aguirre. Celui-ci, abandonné, fut abattu à Barquisimeto au Vénézuéla. Entre temps, il avait rédigé la première déclaration d'indépendance du Nouveau Monde et rendu publique un réquisitoire contre le roi d'Espagne, Philippe II.




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- Relation du voyage et de la rébellion d'Aguirre, Francisco Valdez

Édition établie d’après le manuscrit. Traduction originale de Ternaux-Compans révisée par Bernard Emery. Dans l’année 1559, des gentilshommes espagnols et portugais descendent l’Amazone à la recherche de l’Eldorado. À partir du manuscrit de Francisco Vázquez, membre de l’expédition, voici exposée l’épouvantable et «véridique» histoire de don Lope de Aguirre, rebelle à son roi, 192 pages, 1ère éd. 1989.




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Aguirre, la colère de Dieu, de Werner Herzog : le carnaval du pouvoir

par André-Michel BERTHOUX

Werner Herzog n’a pas encore trente ans lorsqu’il réalise Aguirre, la colère de Dieu en 1972. Ce film marque le début d’une collaboration fructueuse et souvent houleuse entre le cinéaste et son acteur fétiche, Klaus Kinski, qui obtient enfin un véritable rôle à sa dimension.

À la fin de l’année 1560, une expédition d’aventuriers espagnols partie des sierras péruviennes et conduite par Don Gonzalo Pizarro, dévale les pentes abruptes de la cordillère des Andes. Parvenue aux abords d’un affluent en pleine forêt amazonienne, elle se heurte à une nature sauvage et hostile qui l’oblige à s’arrêter.

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Pizarro charge alors un détachement formé d’une quarantaine d’hommes de trouver des vivres et de se renseigner sur la situation exacte de l’El Dorado ainsi que sur la présence d’indiens en descendant le fleuve en radeaux. Il nomme Don Pedro de Ursua [ou : Orsua], accompagné par sa fiancée Dona Inez de Atienza, commandant, et en second, Don Lope de Aguirre qui amène sous sa garde sa fille Florès.

Le moine Gaspar de Carvajal, auteur du journal de l’expédition, aura pour mission d’évangéliser les païens du nouveau continent, autre but des conquistadors. Don Fernando de Guzman, preux chevalier qui donna l’assaut à la forteresse de Saxahuaman dix ans auparavant, représentera la Maison Royale.

Afin de rendre compte de sa décision Pizarro signe un document qui sera soumis au Conseil des Indes pour approbation. Ce microcosme reflète la société très hiérarchisée de l’époque. Toutes les institutions sont présentes : l’armée, le roi, l’Église. Chacune symbolisant les valeurs essentielles de la civilisation conquérante, le devoir et l’obéissance, la puissance et l’autorité, la foi chrétienne ; mais toutes animées par la même soif de conquête du nouveau monde. La signature de Pizarro donne à cette structure un aspect officiel que rien, semble-t-il, ne peut venir déstabiliser ou compromettre.

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le gouverneur Don Pedro de Orsua et son épouse, Dona Inez de Atienza

Durant la première nuit, les membres d’équipage d’un des radeaux pris dans un tourbillon sont tués. Ursua, malgré le danger que cela représente, décide de les enterrer chrétiennement. Aguirre suggère alors à Perucho, son fidèle homme de main, de détruire à coup de canon l’embarcation afin de ne pas retarder la mission. Le lendemain, la perte des deux autres radeaux, à la suite de la montée des eaux, pousse Ursua à rebrousser chemin et à rejoindre Pizarro demeuré en amont avec le reste de la troupe. Mais Aguirre, qui a déjà donné l’ordre de construire un nouveau radeau, s’y oppose.

En s’appuyant sur l’exploit de Hernando Cortez qui conquit Mexico malgré l’ordre de faire demi-tour, il exhorte les hommes à poursuivre la descente du fleuve et à se rendre maître de la vallée de l’or. Perucho tire sur Ursua et le blesse. Aussitôt la foule se range autour de leur nouveau commandant rebelle. Nous n’assistons pourtant pas à une simple mutinerie mais à une véritable carnavalisation de la société dans laquelle était jusqu’ici enraciné l’ensemble de l’expédition.

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Aguirre, à la fois visionnaire et aveugle à la réalité

L’ordre hiérarchique est renversé et laisse la place à un monde à l’envers. Tout le rituel du préambule est tourné en ridicule, les valeurs officielles sont profanées. Aguirre en maître de cérémonie organise un véritable simulacre de prise du pouvoir. Il propose d’élire Guzman comme nouveau chef, façon de faire participer, sous la contrainte, le peuple à la constitution de cette monarchie. Lors de son intronisation, véritable parodie de cérémonies officielles, Guzman est déclaré empereur de l’El Dorado en lieu et place de Philippe II roi de Castille.

Ce rite rappelle la nomination bouffonne du roi carnaval. Mikhaïl Bakhtine, dans son ouvrage La poétique de Dostoïevski, a décrit longuement ce processus [1] : «Au premier plan [des actes carnavalesques] figurent ici l’intronisation bouffonne puis la destitution du roi carnaval. (...). Il y a, à la base de l’acte rituel de l’intronisation-détronisation, la quintessence, le noyau profond de la perception du monde carnavalesque : le pathos de la déchéance et du remplacement, de la mort et de la renaissance. Le carnaval est la fête du temps destructeur et régénérateur. (...). L’in-détronisation est un rite ambivalent, "deux en un", qui exprime le caractère inévitable et en même temps la fécondité du changement-renouveau, la relativité joyeuse de toute structure sociale, de tout ordre, de tout pouvoir et de toute situation (hiérarchique). L’intronisation contient déjà l’idée de la détronisation future : elle est ambivalente dès le départ.

D’ailleurs, on intronise le contraire d’un vrai roi, un esclave ou un bouffon, et de fait éclaire en quelque sorte le monde à l’envers carnavalesque, en donne la clef. Dans le rite de l’intronisation, tous les moments de la cérémonie, les symboles du pouvoir que reçoit l’intronisé, les vêtements dont il est paré, deviennent ambivalents, se teintent d’une rivalité joyeuse, sont presque des accessoires du spectacle (mais des accessoires rituels) ; leurs significations symboliques se situent sur deux plans (alors qu’en dehors du carnaval, en tant que symboles réels du pouvoir, ils se trouvent sur un plan unique, absolu, lourd et monolithiquement sérieux). À travers l’intronisation on aperçoit déjà la détronisation et cela s’applique à tous les symboles carnavalesques : tous contiennent en perspective la négation et son contraire».

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Don Fernando de Guzman, preux chevalier qui donna l’assaut à la forteresse
de Saxahuaman dix ans auparavant, représente la Maison Royale ;
Aguirre le déclare
empereur de l’El Dorado en lieu et place de Philippe II roi de Castille

Tout le grotesque de la situation est révélé par les propos mêmes de Aguirre concernant le trône sur lequel Guzman rechigne à s’asseoir : «qu’est-ce un trône sinon une planche et un peu de velours, majesté» [2]. Aguirre glisse ensuite, en guise de sceptre, dans la main du monarque enfin intronisé et qui ne peut retenir ses larmes le document qui officialise la création du nouveau royaume et décrète la rupture des liens avec l’Espagne. Ce simulacre d’intronisation laisse toutefois présager de la fin.

En effet, une fois la liesse terminée, Guzman sera déchu de son trône, véritable cette fois, puisqu’il sera étranglé à côté des toilettes. Lors du jugement de Ursua le moine Gaspar de Carvajal prononce la sentence tel un inquisiteur et déclare le condamné, comble d’ironie, coupable de trahison. On ne peut imaginer meilleure parodie de la société officielle. Le carnaval réfléchit tel un miroir tous les éléments constitutifs de cette société. C’est en quelque sorte une "vie à l’envers" selon la propre expression de Bakhtine.

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Mais naturellement, cette carnavalisation n’est pas une fête, malgré la musique interprétée à la flûte par un indien. L’humanisme que l’on ressent chez Pizarro et Ursua cède sa place à la cruauté de Aguirre. C’est pourquoi on a souvent considéré ce film comme une tentative d’analyser la folie meurtrière des conquistadors générée par la soif de l’or symbole de pouvoir et de liberté.

Mais, me semble-t-il, si l’on demeure au niveau psychologique en expliquant le comportement de ces hommes par la démence qui les gagnait progressivement on ne peut pleinement comprendre l’interprétation de Kinski. En effet, Aguirre n’est ni un fou, ni un mutin. Toute son attitude témoigne du désir intense d’imiter son modèle, Hernando Cortez.

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C’est en désobéissant à ses supérieurs que Cortez a acquis gloire et reconnaissance. La rébellion de Aguirre s’inscrit dans cette volonté qui l’anime d’imiter le conquérant de Mexico. Mais Aguirre est envahi par un désir encore plus grand, puisqu’il veut détrôner Philippe II, le puissant roi de Castille, avoir une emprise totale sur le Destin et sur la nature, devenir ainsi Dieu lui-même. Il demeure insensible aux choses qui touchent les humains : la faim, les flèches, la mort.

Ses propos ne sont pas le fruit du délire, mais symbolisent la démesure de son désir mimétique. En tant que Dieu, il ne peut concevoir d’unions charnelles qu’avec sa fille. Mais il n’est pas dupe de son illusion. “Nous mettrons en scène l’histoire comme d’autres mettent en scène des pièces de théâtre”, déclare-t-il.

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Dans la séquence finale, pure merveille cinématographique, toute l’intensité dramatique de son monologue n’a d’équivalent que le grotesque de la situation dans laquelle il se trouve : dernier survivant et entouré de singes, il est devenu, mais pour peu de temps, bouffon à son tour.

André-Michel Berthoux, février 2003
source

notes
[1] Editions du Seuil, 1970, page 171-172
[2] Procédé littéraire analysé pour la première par fois Chkolovski dans son essai Théorie de la prose (1929 ; traduction française, L’âge d’homme, 1973) et désigné en russe par le terme "ostranienie". Il s’agit de transformer quelque chose de familier (un objet, un comportement, une institution ; ici le trône de Guzman) en quelque chose d’étrange, d’insensé, de ridicule. Pour une étude approfondie de ce procédé, voir l’ouvrage de Carlo Ginzburg , À distance (Gallimard, Bibliothèque des Histoires, 2001, ch. 1 : L’estrangement. Préhistoire d’un procédé littéraire).

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Aguirre, der Zorn des Gottes

von Werner Herzog

Werner Herzogs Meditation über den Wahnsinn ist selbst durchzogen von den Obessionen seines Stars Klaus Kinski, mit dem Herzog eine offen ausgelebte Hassliebe verband. Der Film spielt im 16. Jahrhundert, in Peru:  Eine Expedition spanischer Konquistadoren ist auf der Suche nach El Dorado, dem sagenhaften Goldland der Inkas. Der machtbesessene Unterführer Aguirre reißt das Kommando über einen Voraustrupp an sich, der auf Flößen den Amazonas herab fahren und die Gegend erkunden soll. Aguirre erklärt den spanischen König für abgesetzt und einen mitreisenden Adligen zum "Kaiser von El Dorado". Dann stößt er mit den Flößen weiter ins Land vor, inmitten einer feindlichen Umwelt, bedroht durch die Giftpfeile der Indianer, Hunger, Erschöpfung, Krankheit und Meuterei. Die Gruppe wird immer weiter dezimiert. Am Ende sehen wir Aguirre dem Wahnsinn verfallen, auf einem von Leichen bedeckten Floß, das den Amazonas hinabtreibt.

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Aguirre, la colère de Dieu

La quête d’un idéaliste, décalage pathologique

entre réalité et fiction

            

par Gilles Visy, université de Limoges
            

Introduction
            
Dans une Amazonie où nul conquistador ne s’était aventuré Klaus Kinski et ses hommes traquent la piste du mythique Eldorado (1). Au fur et à mesure de l’expédition les guides les abandonnent, les accidents s’accumulent, la nature devient hostile, le relief est dangereux, le fleuve reste imprévisible et les flèches empoisonnées des indiens s’abattent sur les Espagnols comme le jugement dernier. Kinski fait fit de toutes les difficultés, ses hommes tentent même une mutinerie mais il fait taire la rébellion : personne ne peut résister à Aguirre.
            
Réalisé en 1972, le film d’Herzog fut le premier tournage avec Klaus Kinski et l’un des plus dur tant par les conditions climatiques que par les relations passionnées entre l’acteur et le cinéaste. Présenté pour la première fois à Munich, Herzog a voulu créer un événement cinématographique.

Véritable manifeste du cinéma allemand, Volker Schlöndorff dira au cours d’une diffusion sur Arte : «C’est un film qui a la fraîcheur et la violence d’un jeune Picasso extrêmement tendre, comique, toujours excitant et visionnaire.» (2) Cette quête idéaliste se joue en 1560, des mercenaires espagnols prennent le départ sous le commandement de Pedro de Ursúa. (3)

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Rapidement Aguirre prend le pouvoir en élisant un empereur fantoche et il conduira l’expédition à sa perte. La maladie finit de décimer l’équipage, Aguirre termine sa course sur une nouvelle variation du Radeau de la méduse. Kinski, entouré de petits primates sur son embarcation, sombre dans la folie poursuivant son rêve de mégalomane mystique. Il incarne une sorte de primitif illuminé, un guerrier avide d’or et de pouvoir : dégénéré, il reste néanmoins grandiose de par son rôle de composition.

Dès le générique, l’intertitre nous évoque rétrospectivement cette aventure jusqu’au-boutiste : «il n’en resterait pas la moindre trace si n’était pas parvenu jusqu’à nous le journal du moine Gaspar de Carjaval.» (4)

Aguirre nie totalement la réalité, absorbe pathologiquement le mythe de L’Eldorado qu’avaient fomenté les Incas afin de tronquer cette cupidité que l’église espagnole alimentait pour ses intérêts personnels. De surcroît, le règne de Philippe II de Castille fut marqué par les faillites financières. Aguirre incarne le traumatisme d’une ambition européenne quasi romantique qui fit verser le sang plus d’une fois au cours de l’histoire.
            
Ce décalage maladif entre réalité et fiction est une manifestation poétique de la volonté de puissance qui conduit l’individu à sa perte. Aguirre représente l’homme qui voulait être Dieu pour mieux défier les lois de la nature. C’est également celui qui va au-delà du religieux pour conquérir le pouvoir absolu. Kinski est la réminiscence d’un rêve aryen (5) à l’image d’une chute programmée malgré lui.

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I) L’homme qui voulait être Dieu : défier la nature
            
Péché d’orgueil, Aguirre veut être l’égal de Dieu, créer un nouveau royaume en réaction contre le poids de l’apostolat catholique espagnol. Kinski est un desperado, l’envers négatif du Christ, un archange déchu qui manifeste sa haine puisque d’entrée de jeu il sait qu’il court à sa perte. En arrivant devant l’Amazone, après l’incident du canon précipité et englouti par le fleuve, il dira : «Ici, commence notre chute.» Ce sera l’ultime soubresaut de lucidité.

Herzog traque les êtres bizarres qui peuplent les marges de la société. Il combat les affres de la lucidité par l’excès provocateur : «Préférant le regard visionnaire né de la fascination au constat serein issu de l’examen neutre, il aboutit à formuler des mises en scène qui fonctionnent sur le trop-plein (6), voire la grandiloquence.» Dans L’homme qui voulut être roi de John Huston, Sean Connery et Michael Caine ont aussi défiés les déserts de l’Afghanistan pour accéder à une cité du Kafiristan dont ils prendront le pouvoir. Ils ont été trop loin pour se séparer de leur nouvelle vie dans laquelle ils sont considérés comme des rois.

Kinski pénètre dans une impasse : la colère de Dieu. L’exerce -t-il ou en est-il victime ? Son déterminisme le pousse à défier la nature qui le renvoie à son destin fragile. Le cinéaste évoque la jungle sous forme d’une allégorie : «C’est comme une malédiction sur un paysage tout entier, et quiconque y pénètre trop profondément reçoit sa part de malédiction. Nous sommes maudits ici. Dieu s’il existe, a dû créer cette terre dans un moment de colère. C’est le seul lieu où la création n’est pas achevée.» (7)

La solitude d’Aguirre fait peut-être écho à la nostalgie romantique du réalisateur : «son subjectivisme poétique cherche dans l’intensité solitaire du rêve une harmonie primordiale.» (8) Le fleuve est un bouillonnement de vie, mais aussi un pôle informel. Celui-ci reste sournois et un premier radeau fera les frais du projet présomptueux d’Aguirre.

Jouer avec la nature reste dangereux, l’eau du fleuve n’est pas une bénédiction, ce n’est pas sans rappeler l’aventure de ces quatre américains, dans le film Délivrance, qui finiront traumatisés à vie pour avoir fait un pari avec «la rivière». Le film d’Herzog est «un piège en eaux troubles» et même les rives du fleuve sont imprévisibles. De longs travellings latéraux nous font scruter les bords avec une angoisse sur le qui-vive. On lit sur les visages la peur de la mort comme le châtiment suprême de ceux qui ont commis «l’expérience interdite».

Coppola pour son film Apocalypse Now se sera probablement inspiré de cette attente. Martin Sheen et ses hommes ne sont pas à la recherche de l’Eldorado mais du général Kurtz, une sorte de nouvel Aguirre asiatique. Après avoir franchi le dernier pont américain, ils le retrouvent dans un univers de jungle étouffante, infernale et l’élimine comme un sacrifice divin.

Kinski poursuit l’œuvre de Dieu en éradiquant la couronne d’Espagne, la volonté de puissance ne peut être exercée que par un seul homme : «Nous déclarons les Habsbourg déchus de leurs droits et toi, Philippe II, détrôné. Par la force de cette déclaration, tu n’es plus rien. A ta place nous proclamons don Fernando de Guzmán, gentilhomme de Séville, Empereur d’Eldorado.» Aguirre tranche les liens avec l’Espagne et le nouveau roi ne sera que la face cachée de la haine de ce nouveau Dieu aryen.


II) Au-delà du religieux pour un pouvoir absolu

Kinski est un mercenaire, idéaliste dangereux, il se moque du pouvoir politique, la religion lui est indifférente. Le protagoniste méprise les hommes et n’a qu’un amour possessif et maladif pour sa fille Florès. Dans un sentier à travers la jungle, des indiens portent la litière où se trouve la fille d’Aguirre. Celui-ci s’approche d’eux et, pour les presser, les bat et les injurie : «Avancez, fils de chiens !» Bien au-dessus de l’humain, Aguirre pense faire partie de ses rares hommes élus par le divin qui n’ont pas besoin des chimériques représentations religieuses pour accomplir son œuvre : celle de Dieu.

En réalité, le religieux n’est qu’un prétexte à l’accomplissement de sa tâche : «avec ou sans le secours du spirituel, il allie diaboliquement conformisme et convergence des intérêts, et rend toute loi purement formelle, toute vérité sordidement relative.» (9) Aguirre reste un homme de pouvoirs qui désire posséder et non conquérir. Autoritaire, il requiert toujours l’obéissance. Il exerce une forme de pouvoir par la violence : «L’autorité est incompatible avec la persuasion qui présuppose l’égalité et opère par un processus d’argumentation.» (10) Aguirre ne transige pas, son parcours n’est pas héroïque, il reste tout simplement humain avec ses faiblesses physiques, ses mauvaises capacités d’analyse et de jugement.

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Sa fille meurt d’une flèche, l’empereur décède de la dysenterie, la folie le pousse à une situation de non-retour ; mais qu’importe ! Ce qui compte le plus c’est : «ensemble, nous règnerons sur ce continent. Nous allons réussir, je suis la colère de Dieu. Qui est prêt à me suivre ?» Cette fureur contribue à la déréalisation de la quête aussi absurde que les religieux dans Mission qui tentèrent d’apporter la bonne parole en Amérique latine. Tout ceci manifeste l’incarnation d’un pouvoir occidental qui relève plus de l’économie que du divin. Les conquistadores sont le fruit d’une déviation colonialiste dégénérée : «ils ont arraché les hommes à leur culture, dans le moment même où ils se ventaient de les cultiver.» (11)

Cette dégénérescence est bien représentée au cours de la séquence finale : Kinski, seul sur le radeau, déambule comme un pantin désarticulé. Il touche l’absolu sans le pouvoir, cette chute étourdissante éclate lorsque la caméra clôture le film par une rotation autour de l’embarcation. Le cinéaste dira lui-même : «Je montre le délire d’un pays tout entier qui s’infiltre peu à peu à l’intérieur des gens et qui aboutit à un délire humain.» (12) L’empire du conquistador est anéanti par un tourbillon métaphorique, il s’agit de la fin d’un rêve comme Harrison Ford qui tenta de faire de la glace dans la jungle du Honduras dans le film Mosquito coast.
            
Presque aussi surréalistes que les images d’un film de Buñuel, les protagonistes à la fin de leur périple ont des hallucinations. Le bateau sur un arbre caractérise une métonymie de la mer, c’est la partie pour le tout : le souhait d’Aguirre de rejoindre l’océan. Cette image annonce Fitzcarraldo tenant du mythe de Sisyphe : faire passer un bateau d’une branche de l’Amazonie à une autre par une colline.

L’histoire d’un pari impossible mais nécessaire car selon le cinéaste : «la vie quotidienne est une illusion qui masque la réalité des rêves.» (13) Aguirre ouvre un chemin mystique voire métaphysique : peu importe qu’un objet dont on est convaincu de l’existence existe matériellement, croire en lui suffit à le rendre réel. Les conquistadores étaient persuadés que l’or se trouvait quelque part. Le film d’Herzog traduit finalement la quête de l’espace vital.


III) Rêve aryen : chute programmée

Il est certain que le cinéma allemand a du mal à digérer son passé historique, depuis l’expressionnisme des années 20 préfigurant la catastrophe de la seconde guerre mondiale en passant par le «nouveau cinéma» de Fassbinder : «L’histoire du cinéma allemand se confond avec celle du siècle. Le cinéma est devenu l’histoire même de l’Allemagne, il en est partie prenante […]. Les ruptures y sont plus visibles qu’ailleurs.» (14)

Herzog illustre ce songe prométhéen et aryen. Il est probable que la musique du groupe Popol Vuh construit l’image de ce rêve. Cette musique est de type minimal car elle aurait sans doute moins d’intérêt en dehors du contexte d’écoute dramatique : «sa valeur esthétique est inexistante et ne trouve sa véritable fonction artistique qu’en présence de l’image.» (15) Le synthétiseur, qui rappelle celui de Vangelis dans Blade Runner, développe un facteur de présence irréel : la douceur du son contraste avec l’hostilité de L’Amazonie.

Documentariste au départ, le réalisateur ne manquera pas de faire quelques plans fixes sur les Indiens et les animaux, mais son objectif principal repose sur la construction d’un parcours romantique qui depuis Goethe a conduit l’Allemagne à la «défaite de la pensée». Celle-ci reposerait sur le concept de Vokseist : «c’est à dire le génie national». (16) Les Nazis voulaient créer un empire de mille ans, Aguirre exprime sa volonté de puissance : «Moi, la colère de Dieu, j’épouserai ma fille et fonderai la dynastie la plus pure que la terre n’aie jamais portée.» La quête de l’impossible, de l’eugénisme, programme la chute.

Aguirre ne réglera pas ses comptes devant un interlocuteur imaginaire comme Clamence dans le roman de Camus ; il sera seul devant Dieu, plutôt face à lui-même dans la réalité. Ce film se caractérise par un double mouvement : «la passion pour le réel, la volonté de le saisir, mais aussi la fascination pour les aspects les plus négatifs et les plus sombres de l’existence.» (17)
            
C’est une sorte de néoréalisme révisé issu de la nouvelle objectivité de la république de Weimar caractéristique du Septième Art allemand des années 70, bien que le cinéma d’Herzog soit atypique, plutôt visionnaire. Cette réalisation contraste avec la production américaine. Dans Les Aventuriers de L’Arche perdue, Indiana Jones trouve avant les Nazis l’arche d’alliance qui aurait donné le pouvoir absolu, mais il s’agit d’une vision fantastique, pour ne pas dire merveilleuse au sens littéraire du terme.

Chez Herzog, la vision reste réaliste. L’Eldorado n’existe pas, il s’agit d’une sorte d’Eden originel qui correspond à une pensée idéaliste, romantique et merveilleuse remontant à Siegfried. L’Amazonie devient un dragon vert. Nous ne sommes pas dans les exhibitions esthétiques du Reich telles qu’avait pu les filmer Leni Riefenstahl dans Le Triomphe de la volonté ; au contraire, la caméra du cinéaste dévoile subtilement et poétiquement les frasques d’un Hitler refoulé par l’inconscient allemand masquant à peine la violence la plus primitive.

Aguirre révèle ce qu’il est réellement : «Celui qui songe à s’enfuir sera coupé en 198 morceaux. On piétinera son corps et on en enduira les murs.» Volonté de puissance qui repose en fait plus sur le désir, la frustration et le vouloir que sur la modalité du pouvoir et de sa capacité à agir sur les événements : «Si je veux que les oiseaux tombent morts des arbres, ils tomberont morts des arbres.»

L’acteur devient presque risible en Attila latin, il perd la foi en son illumination, le prêtre Carjaval finira par se rendre compte que : «L’Eldorado n’est qu’une illusion.» Rien ne rattrape la chute. Alors qu’Aguirre finit de haïr le genre humain, Nexus 6, alias Rutger Hauer incarnation du parfait aryen dans Blade Runner, revient sur sa faute et sauve l’agent Deckard.

Dans un dernier sursaut d’idéalisme poétique Nexus 6 dira : «J’ai vu de grand navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion, j’ai vu des rayons briller dans la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie.» Le film de Ridley Scott se termine par une eau rédemptrice venant du ciel Aguirre achève son rêve, paralysé dans une eau à l’image d’une surface horizontale, liquide, amniotique et régressive.

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Conclusion

Il est difficile de concevoir Aguirre sans Kinski, son regard inquiétant, sa démarche conquérante, son jeu d’acteur reste inégalable. Ecorché vif, il fut le faire valoir des films d’Herzog. On se souviendra principalement de Nosferatu, fantôme de la nuit, de Cobra verde, sans oublier La ballade de Bruno et Fitzcarraldo, la production la plus commerciale du cinéaste.

Il est vrai que le mythe de L’Eldorado a déjà été traité quelques fois dans l’histoire de l’art en passant par Candide de Voltaire ou dans les représentations en or du chef des indiens sur le radeau illustrant la légende. D’autres semblables ont été trouvées dans les lacs de montagne de Colombie. (18) Le cinéaste défie l’impossible : «pour transformer la vie en œuvre d’art à partir de conditions d’existence minimales.» (19) Herzog nous donne une belle leçon sur la force de la nature, fable écologique qui renvoie au courant allemand pacifiste des années 70.

L’Amazonie présentée par le réalisateur demeure plus complexe et discrète que La forêt d’Emeraude de John Boorman. Elle reste aussi moins maniériste que la gaste forêt magique d’Excalibur. Comme tous les romantiques possédés avant l’heure par le Sturm und Drang (20) Aguirre ne comblera jamais le fossé entre la réalité de la jungle et l’inaccessible Eldorado. Il se précipitera dans le gouffre chimérique sans avoir pu localiser réellement ce pays fabuleux que l’on situait traditionnellement entre l’Amazonie et l’Orénoque.

Cette quête déambulatoire quasi rimbaldienne renvoie à l’obsession principale du réalisateur qu’il décrit dans son autobiographie Sur le chemin des glaces : «En moi, une seule pensée, dominant toutes les autres : partir !». (21) Cette production est difficile à classer, celle-ci s’apparente au documentaire de fiction et en même temps elle a toutes les caractéristiques du film d’aventures : un sujet percutant qu’est l’exploration, un mercenaire extravagant, un lieu marqué par l’exotisme.

De surcroît, le film s’étend sur le mélodrame, par moment la caméra frôle le pathétique qui anime le genre. Aguirre, la colère de Dieu représente une aventure de la jungle, un documentaire sur l’extrême, une extase fiévreuse mélodramatique relevant d’une certaine mythomanie latino-germanique.
            

Gilles Visy, universitaire à Limoges,
auteur récemment du livre Le Colonel Chabert au cinéma aux Editions Publibook
source de cet article

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bibliographie sélective
ARENDT (H.).- La crise de la culture, Paris : Gallimard, 1972.
EISENSCHITZ (B.).- Le cinéma allemand, Paris : Nathan, 1999.
EMERY (B.).- Relation du voyage et de la rébellion d’Aguirre : d’après le manuscrit de Francisco Vásquez, Grenoble : Million, 1997.
ESQUENAZI (J.P.).- "Un radeau nommé délire", in L’Avant scène, Paris : 15 juin 1978.
FINKIELKRAUT (A.).- La défaite de la pensée, Paris : Gallimard, 1987.
HAUSTRATE (G .).- Le guide du cinéma : initiation à l’histoire et à l’esthétique du cinéma, Paris : Syros, 1985, tome III (1968-1984).
HERZOG (W.).- Sur le chemin des glaces, Paris : Hachette, 1979.
LITWIN (M.).- Le film et sa musique, Paris : Romillat, 1992.
PALMIER (J.M.).- L’expressionnisme et les arts, Paris : Payot, tome II, 1980.
SCHNEIDER (R.).- Histoire du cinéma allemand, Paris : Cerf, 1990.
            
notes
1 - Au XVIe siècle un espagnol nommé Martinez aurait été jeté sur les côtes de la Guyane au cours d’une tempête. Conduit à Manoa, capitale d’un pays soumis à un prince allié des Incas, il parvint à s’échapper et se retira à Saint-Jean de Porto-Rico où il mourut. Mais le récit de son voyage excita et enflamma les aventuriers et l’église catholique qui tentèrent plusieurs expéditions à la recherche de L’Eldorado. Sa capitale Manoa renfermerait des temples et des palais couverts d’un métal précieux. La zone géographique reste floue car on situe aussi bien L’Eldorado en Guyane qu’en Colombie.
2 - Thématique consacrée à Herzog, Arte, 1995.
3 - Il s’agit d’un gentilhomme natif de Navarre qui partit à la recherche de nouvelles contrées notamment L’Eldorado. Pedro de Ursúa avait en tout trois cents hommes bien équipés avec des chevaux, des indiens, cent arquebusiers et quarante arbalétriers. Il emporta également d’abondantes provisions de bouche, de la poudre, du plomb, et du souffre. Il était accompagné de don Lope de Aguirre, mestre de camp, qui selon les manuscrits, était considéré comme un fou sanguinaire aliéné par le mirage de L’Eldorado ou au contraire un des grands libérateurs de l’Amérique latine. Ce récit de voyage oscille entre le mythe et la réalité comme toute légende bien que l’expédition ait eu lieu réellement.
4 - Le manuscrit le plus connu est celui de Francisco Vásquez. Il l’a traduit en 1842 à partir d’une copie du XVIIIe siècle conservée dans la bibliothèque de la cathédrale de Séville. Le journal original de Gaspar de Carjaval, retranscrit à plusieurs reprises, remonte aux années 1561-1562.
5 - C’est la représentation d’un monde harmonieux tels qu’avaient pu l’imaginer les nazis, sorte d’Eldorado allemand. Il s’étaient inspirés d’un peuple de l’antiquité qui avait envahi le nord de l’Inde. Chez les théoriciens racistes, l’aryen caractérise un grand dolichocéphale blond issu de ce peuple. Il serait une métaphore de la race blanche pure et supérieur. Dans le film d’Herzog, Klaus Kinski en est une manifestation refoulée avec son physique atypique et son comportement agressif et expansionniste.
6 - HAUSTRATE (G .).- Le guide du cinéma : initiation à l’histoire et à l’esthétique du cinéma, Paris : Syros, 1985, tome III (1968-1984), p. 52.
7 - Documentaire sur le tournage de Fitzcarraldo réalisé par Maureen Gosling, production Flowers Films, 1981.
8 - SCHNEIDER (R.).- Histoire du cinéma allemand, Paris : Cerf, 1990, p. 164.
9 - EMERY (B.).- Relation du voyage et de la rébellion d’Aguirre : d’après le manuscrit de Francisco Vásquez, Grenoble : Million, 1997, p. 184-185.
10 - ARENDT (H.).- La crise de la culture, Paris : Gallimard, 1972, p. 123.
11 - FINKIELKRAUT (A.).- La défaite de la pensée, Paris : Gallimard, 1987, p. 37.
12 - ESQUENAZI (J.P.).- "Un radeau nommé délire", in L’Avant scène, Paris : 15 juin 1978, p. 4.
13 - Documentaire sur le tournage de Fitzcarraldo.
14 - EISENSCHITZ (B.).- Le cinéma allemand, Paris : Nathan, 1999, p. 5.
15 - LITWIN (M.).- Le film et sa musique, Paris : Romillat, 1992, p. 56.
16 - La défaite de la pensée…, op. cit., p. 16.
17 - PALMIER (J.M.).- L’expressionnisme et les arts, Paris : Payot, tome II, 1980, p. 242.
18- Ne pas confondre le pays imaginaire de L’Eldorado et la légende de «l’homme doré» nommé aussi Eldorado. Ils ont un point commun sur le plan sémantique dorado en espagnol signifie «doré». Un chef indien, «l’homme doré» avait pour épouse la princesse Bachue. Il était d’une jalousie maladive et l’accusa d’infidélité. Désespérée, elle se précipita dans un lac et depuis habiterait un magnifique palais en or élevé dans les profondeurs du lac Guatavita en Colombie. Cela n’a plus de rapport avec la capitale Manoa (cf. note 1). Il semblerait que L’Eldorado ait une certaine polysémie ambiguë.
19 - Histoire du cinéma allemand…, op. cit., p. 164.
20 - Ces deux termes en allemand signifient au premier abord «tempête» et «assaut», mais ces substantifs restent difficilement traduisibles en français, les mots les plus justes seraient «violence» et «désir». Les romantiques allemands tels que Goethe et Schiller exprimaient un sentiment de révolte et l’affirmation d’une image indomptable. Aguirre semble bien répondre à ces critères.
21 - HERZOG (W.).- Sur le chemin des glaces, Paris : Hachette, 1979, p. 12.

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samedi 30 mai 2009

Serment du Jeu de Paume (J.-L. David)

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le Serment du Jeu de Paume

analyse du tableau de David (1791)

 

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Quatorze études pour le Serment du Jeu de Paume

Jacques-Louis DAVID (Paris 1748 - Bruxelles 1825)

Plume et encre noire, lavis gris, sur traits de crayon (excepté pour l’étude d’homme en haut à gauche, exécutée à la mine de plomb) sur papier crème, 0,490 x 0,600 m
Annotations au crayon de la main de David, en haut à gauche :
Martin d’Auch, au centre : ceux qui arrivent peuvent / encore avoir leurs chapeaux sur la tête / par distraction, à droite : arrivés donc arrivés donc. Le long du bord droit, essais de plume et de teintes de gris.
Mise au carreau partielle à l’extrême droite de la rangée médiane.
Pièce de papier irrégulièrement découpée collée en plein à droite du premier groupe, à gauche sur la rangée médiane.

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le Serment du Jeu de Paume

L'événement entré dans l'histoire sous le nom de "Serment du Jeu de Paume" a eu lieu le 20 juin 1789. Une année plus tard, en septembre 1790, le Club des Jacobins (Dubois-Crancé) a commandé au peintre Jacques-Louis David (1748-1825) un tableau célébrant cet épisode de la révolution. Il était destiné à être exposé dans l'Assemblée nationale. Sous forme de croquis et dessins, l'oeuvre fut exécutée entre septembre 1790 et septembre 1791.

L'idée centrale était de faire passer le message unitaire du Serment, réaffirmé par celui de la Fête de la Fédération (14 juillet 1790) : l'unité des patriotes, de la révolution. Or, en septembre-octobre 1791, cette unité est brisée et le tableau commémore donc une période finie de la révolution. Mais David voulut la proclamer à nouveau et maintenir l'idéal des Jacobins.
Par ailleurs, le tableau n'est pas une reconstitution exacte de la réalité. David y a introduit des absents.

M. Renard

 

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identification des personnages du tableau de David,

Le Serment du Jeu de Paume

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identification nominale de 35 personnages du tableau de David,
Le Serment du Jeu de paume (Michel Renard)

1 - Bailly, lit le serment, astronome (1736-1793)

2 - Target, a rédigé le serment, avocat (1733-1806)

3 - Siyès, abbé, grand vicaire de l'évêque de Chartres (1748-1836)

4 - Pétion (1756-1794)

5 - Robespierre (1756-1794)

6 - Merlin de Douai (1754-1838), s'appuie sur l'épaule de Pétion

7 - Dubois-Crancé

8 - le Père Gérard (Michel Gérard, dit), vêtu comme un paysan breton et les mains jointes (1735-1815)

9 - Mirabeau (1749-1791)

10 - Barnave, député du Dauphiné (1761-1793)

11 - Martin d'Auch, député de Catelnaudary, le seul qui ne prête pas serment (1741-1801)

12 - Dom Gerle, bénédictin, prieur de la Chartreuse du Port Sainte-Marie, jacobin (1736-1801) ; mais il était absent

13 - l'Abbé Grégoire, curé d'Embermesnil, député de Nancy (1750-1831)

14 - Rabaut Saint-Étienne, pasteur protestant, député de Nîmes (1743-1793)

15 - Barère, député de Tarbes (1755-1841)

16 - Reubell, député de Colmar (1747-1807)

17 - Thibault, curé de Saint-Clair de Souppes, élu du clergé à Nemours (1747-1813)

18 - Le Chapelier, député de Rennes, l'un des fondateurs du "Club breton" (1754-1794)

19 - Le Goarze de Kervelegan, élu de Quimper (1748-1825)

20 - Lanjuinais, député de Rennes (1755-1827)

21 - Delaville-Leroux, élu de Lorient (1747-1803)

22 - Gleizen, élu de Rennes (1737-1801)

23 - Marat, écrivant L'Ami du Peuple (1743-1793) ; mais Marat n'était pas député et son journal ne parut qu'en septembre

24 - Maupetit, élu de Tours, présenté comme malade, allégorie de la vieillesse (1742-1831)

25 - un des deux sans-culottes, présents dans la salle ; celui-ci porte un bonnet phrygien ; il soutient Maupetit

26 - Muguet de Nanthou, député de Vesoul (1760-1808)

27 - Prieur de la Marne, élu de Châlons-sur-Marne, ami de David (1756-1827)

28 - Camus, élu de Paris, cherche à faire voter Martin d'Auch (1740-1804)

29 - Guilhermy, l'autre député de Castelnaudary, dissuade Camus de forcer le vote de Martin d'Auch (1761-1829)

30 - Jallet, Jacques, curé de Chérigné en Poitou (1732-1791)

31 - Lecèsve, René, curé de Sainte-Triaise de Poitiers (1733-1791)

32 - Ballard, David-Pierre, curé de Poiré-sur-Velluire (1728-1798)

33 - Malouet, député de Riom (1740-1814), fixe dans les yeux le député de Saint-Domingue, Gouy d'Arsy (1753-1794)

34 - Laborde de Méréville, riche financier, député du tiers à Étampes (1761-1802)

35 - Dupont de Nemours (1739-1817)

36 - le docteur Guillotin (1738-1814)

37 - Mounier, député du Dauphiné (1758-1806)

 

repérer Marat

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l'angle en haut à droite du tableau de David


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quelques identifications

 

quelques gros plans

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l'union des religieux

 

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Martin d'Auch

 

liens

- voir la belle animation avec identification de plusieurs prestataires du Serment : http://www.histoire-image.org/media/media.php?i=518

- le Serment du Jeu de paume, une oeuvre éminemment maçonnique

 

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analyse des images

La scène prend place dans la salle du Jeu de paume dont David dessina l’architecture in situ. Dans la composition d’ensemble connue par le grand et magnifique dessin de Versailles exposé au Salon de 1791, les députés sont regroupés au delà d’une ligne fictive comme sur la scène d’un théâtre, laissant ainsi au public l’illusion d’appartenir à l’autre moitié (invisible) des spectateurs de la scène.

Cette théâtralité est encore relevée par la gestuelle des députés prêtant serment. Sur la toile inachevée, la nudité suggérée sous les vêtements concourt encore à l’idéalisation de la scène à laquelle David n’assista pas, mais qu’il souhaita hisser au rang d’acte universel. Tous les regards convergent vers Bailly, maire de Paris, ébauché sur la toile au crayon blanc, comme l’ensemble des figures encore nues. C’est Bailly, doyen du tiers état, qui répond au marquis de Dreux-Brézé, émissaire du roi : «Je crois que la nation assemblée ne peut pas recevoir d’ordres.»

Sur ces dessins à l’anatomie parfaite, héroïque, sont esquissés les habits à la peinture grise, puis les corps sont à nouveau, toujours nus, remodelés à la peinture grise ombrée de bistre. Le grand fragment de la toile inachevée de David présente quatre portraits presque finis : Barnave, Michel Gérard, Dubois-Crancé et Mirabeau. Parmi les personnages ébauchés on distingue Robespierre, Dom Gerle, l’abbé Grégoire, Rabaut-Saint-Etienne, le docteur Guillotin et Treilhard.

Quant au grand dessin d’ensemble, même si plusieurs personnages, dont Bailly, y sont déjà reconnaissables, le livret du Salon de 1791 précisait curieusement que «l’Auteur n’a pas eu l’intention de donner la ressemblance aux membres de l’Assemblée». David n’en avait pas moins commencé à peindre quelques têtes

Robert Fohr et Pascal Torrès
source


Interprétation

David souhaite ici fonder une nouvelle peinture à l’image de la nouvelle France révolutionnaire : toile symbole s’il en est, Le Serment du Jeu de paume aurait dû rivaliser avec L’École d’Athènes d’un Raphaël tant par l’ampleur de la composition que par le souffle qui l’anime, par son théâtral dépouillement, sa pureté inspirée de l’antique, que par l’ordre et la clarté qui président à la distribution des personnages et à la rigueur de l’action. La notion même de serment, symbole de l’engagement de la nation dans son unité indestructible, sera au cœur de tous les grands engagements de la Révolution.

C’est l’idée de la fête unificatrice (comme celle de la Fédération) qui préside donc à l’exécution de ce chef-d’œuvre dont la destination, voulue par la Constituante, était la salle des séances de l’Assemblée. Le destin du Serment du Jeu de paume est à l’image de la mouvance révolutionnaire : la souscription lancée par les jacobins pour financer sa réalisation n’aboutit point.

La Constituante décida de financer l’œuvre de David aux frais du «Trésor Public», mais l’engagement progressif de l’artiste dans la Révolution et le fossé qui se creusa entre les modérés et les extrémistes rendirent caduque cette divinisation de l’unité nationale, et la toile ne fut jamais achevée. Elle reçut même, selon le témoignage de Vivant Denon, de nombreux coups de baïonnette lors de l’insurrection du 10 août 1792, alors qu’elle était entreposée dans la Grande Galerie du Louvre.

 

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La salle du Jeu de paume, à Versailles, le 20 juin 1789. 
Bailly, debout sur la table,
prête serment le premier.
Dessin de Prieur (Musée du Louvre).
 

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Sylvain Bailly (1736-1793), astronome, maire de Paris,
tenant le texte du Serment du Jeu de Paume
,
Jacques-Louis David (1748-1825) (d'après)

 

______________________________________________________

 

texte du serment du 20 juin 1789

«L’Assemblée nationale, considérant qu’appelée à fixer la Constitution du royaume, opérer la régénération de l’ordre public et maintenir les vrais principes de la monarchie, rien ne peut empêcher qu’Elle ne continue ses délibérations dans quelque lieu qu’Elle soit forcée de s’établir, et qu’enfin, partout où ses membres sont réunis, là est l’Assemblée nationale ; Arrête que tous les membres de cette Assemblée prêteront à l’instant serment solennel de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides, et que, ledit serment étant prêté, tous les membres et chacun d’eux en particulier confirmeront par leur signature cette résolution inébranlable.»

* Qui a rédigé le texte du Serment du Jeu de Paume ?

Traditionnellement, on avance le nom de Target, député de Paris. Mais on trouve aussi Jean-Baptiste-Pierre Bevière (1723-1807). Ou encore Mounier, le député du Dauphine qui avait organisé l'Assemblée de Vizille le 21 juillet 1788, dont on dit qu'il fut l'inspirateur de l'idée du serment. On lit parfois qu'il est la co-rédaction de Target, Bevière et Sieyès...

 

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la salle du Jeu de Paume (source)

 

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samedi 2 mai 2009

le génocide des juifs dans l'histoire

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un groupe de tuerie mobile (Einsatzgruppe) en action
source : site de l'université de Pembroke, Caroline du Nord





die Endlösung der Judenfrage

la "solution finale" de la question juive

la politique génocidaire de l'Allemagne hitlérienne

Le terme allemand Endlösung signifie "solution finale". Au départ, son sens est tout à fait anodin. Mais par suite de son emploi dans la langue des nazis comme euphémisme d'extermination des juifs, il est devenu , à lui tout seul, synonyme de ce phénomène.

Dans le cadre de la Seconde Guerre mondiale, la politique hitlérienne a visé le génocide des populations juives en Europe. Le nombre de victimes s'est élevé à 5 ou 6 millions. C'est une partie des nombreuses victimes de ce conflit.

Dans le cas du génocide, cependant, la volonté d'exterminer un peuple en tant que tel a été plusieurs fois exprimée explicitement et le processus d'élimination a été systématiquement mené sous des formes diverses sur une population sans défense. Pourquoi une telle haine homicide ?

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un groupe de tuerie mobile (Einsatzgruppe) en action
source : site de l'université de Pembroke, Caroline du Nord



1) l'antlsémitsme de la société allemande

La vigueur des idées antisémites est largement répandue dans toute la société allemande bien avant l'apparition du N.S.D.AP. (parti de Hitelr) et bien avant l'accession de ce dernier au pouvoir (janvier 1933).

(à suivre)

2) l'extermination des juifs "prophétisée" par Hitler

Le 30 janvier 1939, Hitler déclarait devant le Reichstag :

- «Aujourd'hui, je serai encore un prophète : si la finance juive internationale en Europe et hors d'Europe devait parvenir encore une fois à précipiter les peuples dans une guerre mondiale, alors le résultat ne serait pas la bolchevisation du monde, donc la victoire de la juiverie, au contraire, ce serait l'anéantissement de la race juive en Europe».

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Hitler au Reichstag le 30 janvier 1939

Par la suite, Hitler a plusieurs fois fait référence à ce discours du 30 janvier 1939, en le datant du 1er septembre 1939 (invasion allemande en Pologne).

Le 30 janvier 1942, par exemple :

- «Le 1er septembre 1939, j'ai déjà dit au Reichstag allemand, et je me garde de toute prophétie précipitée, que cette guerre ne tournera pas comme les Juifs se l'imaginent, à savoir que les peuples européens seront anéantis, mais au contraire, que le résultat de cette guerre sera l'anéantissement des Juifs».

Le 24 février 1942 :

- «Ma prophétie s'accomplira, ce n'est pas l'humanité aryenne qui sera anéantie par cette guerre, mais bien le Juif qui sera exterminé. Quoi que ce combat apporte, quelle que soit sa durée, c'est cela qui en sera le résultat final».

Le 30 septembre 1942 :

- «J'ai dit deux choses lors de la séance du Reichstag du 1er septembre 1939 : [...] deuxièmement, que si les Juifs trament une guerre mondiale internationale pour anéantir, disons, les peuples aryens, alors ce ne sont pas les peuples aryens qui seront exterminés, mais les Juifs. [...] Naguère, en Allemagne, les Juifs ont ri de ma prophétie. J'ignore s'ils rient encore aujourd'hui, ou si l'envie de rire leur a déjà passé. Mais à présent, je ne peux aussi qu'assurer : partout, l'envie de rire leur passera. Et avec cette prophétie, c'est moi qui aurai le dernier mot».

Le 8 novembre 1942 :

- «Une autre force, jadis très présente en Allemagne, a entre-temps appris que les prophéties national-socialistes en sont pas des paroles vaines. C'est la principale puissance que nous devons remercier de toutes les infortunes : la juiverie internationale. Vous vous souvenez encore de la réunion du Reichstag dans laquelle j'ai déclaré : "Si la juiverie croit d'une manière ou d'une autre pouvoir provoquer une guerre mondiale internationale pour exterminer les races européennes, il en résultera non pas l'extermination des races européennes, mais l'extermination de la juiverie en Europe". On s'est toujours moqué de mes prophéties. De tous ceux qui riaient alors, beaucoup ne rien plus aujourd'hui. Et ceux qui rient encore aujourd'hui cesseront peut-être eux aussi de le faire d'ici peu».

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exécutions au ravin de Babi Yar (près de Kiev en Ukraine)

3) la mise en oeuvre de l'extermination des juifs

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4) interprétations

Les questions que posent ces discours ont conduit les historiens à différentes interprétations du génocide. On distingue notamment la thèse intentionnaliste et la thèse fonctionnaliste.

Pour la première, le génocide est le résultat des conceptions antisémites de Hitler et de l'impulsion qu'il a donnée, par sa volonté, son autorité, sa détermination, à la réalisation du crime. L'intention de Hitler est le moteur de cette politique. Le génocide sort de Mein Kampf.

Pour la seconde, le génocide est le résultat d'un système impliquant de nombreux agents. Les institutions de mise à mort ne sont pas des machines inertes répondant à la volonté des dirigeants nazis. Elles sont animées par des hommes et des femmes, des Allemands, qui ont participé en toute connaissance de cause au massacre des juifs. Ces individus ordinaires sont les "bourreaux volontaires de Hitler", comme les qualifie l'historien Daniel Jonah Goldhagen dont le travail a été très discuté.

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vocabulaire

génocide :

shoah :

judéocide :

solution finale (die Endlösung) :

destruction des juifs d'Europe :

guerre d'anéantissement (der Vernichtungskampf) :

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5) quelques livres sur le génocide des juifs


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- La destruction des juifs d'Europe, Raul Hilberg, 1985/2005, éd. Gallimard/Folio, 2006.

résumé du livre

Raul Hilberg n'a pas voulu traiter seulement de la dimension éthique de la catastrophe "indicible", "innommable", "passage à la limite de l'humanité", a-t-on répété, le génocide est d'abord-on l'oublie trop souvent- un fait historique.
En cela il est justiciable des procédures qu'applique l'historien à ses objets d'étude. La première édition en langue française de La destruction des Juifs d'Europe a été établie en 1988 à partir de l'édition en trois volumes publiée à New York en 1985 sous le titre : The Destruction of the European Jews. Elle en reprenait l'intégralité du texte mais également des compléments et rajouts inédits de l'auteur pour la version française.
Cette nouvelle édition mise à jour, complétée et définitive est établie, avec l'aide de l'auteur, à partir de l'édition en trois volumes publiée à New Haven et Londres en 2003 sous le titre : The Destruction of the European Jews Third Edition. Semblablement, elle reproduit l'intégralité du texte mais comporte également des compléments et rajouts inédits de l'auteur pour cette version française. (présentation par l'éditeur)

avis sur ce livre

L'ouvrage de Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe (1988, 1ère éd. 1961), est l'ouvrage de référence. Je ferai néanmoins la réserve suivante. Hilberg s'intéresse avant tout à la manière dont fut accompli le génocide. Il propose un modèle : pour tuer les Juifs, il fallait les définir, les dépouiller, les concentrer, les transporter.
C'est vrai logiquement, mais le problème est qu'il présente les choses comme si le développement historique avait suivi ce modèle logique. D'où le rôle moteur qu'il prête à je ne sais quel déterminisme de la bureaucratie qui, une fois lancée dans son travail de persécution, n'aurait pu terminer sa course que dans l'extermination. D'où aussi l'évocation en quelques pages seulement, au début du chapitre sur les déportations, de la politique nazie d'émigration et des plans de réserve juive : comme s'il s'était agi de déviations de courte durée et sans réalité srieuse par rapport à la ligne qui menait au massacre.

Philippe Burin, Hitler et les Juifs, genèse d'un génocide, 1989, éd. Points-Seuil, 1995, p. 179.


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- Les origines de la solution finale, Christopher R. Browning, éd. Les Belles Lettres, 2007 ;

l'auteur est professeur d'histoire à l'University of North Carolina.

présentation du livre
En 1939, l'Allemagne nazie, qui projette une recomposition démographique de l'Europe centrale et orientale, entreprend d'expulser les populations juives qui y habitent.
À l'automne 1941 est décidée la destruction totale des Juifs. Comment la politique nazie est-elle passée de l'expulsion massive à la destruction massive ? Quels sont les rouages, humains, circonstanciels et intellectuels qui ont mené à la prise de décision ? Quel a été le rôle de Hitler ? Telles sont les questions soulevées dans cette étude magistrale de Christopher R. Browning. Le livre, salué par la communauté scientifique mais aussi par le grand public, est l'étude la plus détaillée et la plus complète de cette période complexe et décisive où la politique raciale nazie a "bifurqué" de la persécution et du "nettoyage ethnique" vers la "solution finale  et le génocide juif.

Articulant son étude autour de deux dates clefs, l'invasion de la Pologne en septembre 1939 et le début des déportations vers les camps de la mort au printemps 1942, Christopher R. Browning montre comment la Pologne a servi de laboratoire à la politique raciale du IIIe Reich et comment, par la suite, l'offensive contre l'Union soviétique a joué un rôle déterminant dans la radicalisation qui a conduit à la "solution finale".
De cette évolution, Adolf Hitler est le chef d'orchestre sinistre : au débat entre fonctionnalistes et intentionnalistes, le livre apporte de nouveaux arguments et met en lumière les liens inextricables noués entre les hommes, leurs idéologies et les circonstances.


extrait 1
En tout juste deux ans, de l'automne 1939 à l'automne 1941, la politique antijuive des nazis connut une escalade, passant de l'émigration forcée en place avant-guerre à la "solution finale" telle que nous l'entendons aujourd'hui, à savoir l'extermination systématique de tous les Juifs tombés dans l'orbite allemande. Le massacre en masse des Juifs soviétiques commença à la fin de l'été 1941 ; à peine six mois plus tard, le régime nazi était prêt à étendre cette politique au reste de son empire et de ses sphères d'influence en Europe. Capitale pour comprendre la genèse de la "solution finale", l'étude de ces trente mois - de septembre 1939 à mars 1942 - est au coeur de cet ouvrage. Trente mois durant lesquels le IIIe Reich se prépara à commettre un crime qui allait marquer une véritable rupture dans l'histoire de l'humanité. Mais pourquoi, après deux millénaires d'antagonisme judéo-chrétien, dont mille ans d'un antisémitisme spécifiquement européen, ce crime sans précédent se produisit-il en Allemagne au milieu du XXe siècle ? (p. 15)

extrait 2
À la fin octobre 1941, la conception des la solution finale" a pris forme. Les Juifs d'Europe doivent être déportés dans des camps secrets conçus, pour perpétrer des assassinats de masse par gaz toxique, bien que d'autres méthodes ne sont pas exclues. Cependant, ce programme ne peut être totalement mis en route avant le printemps 1942 car ni les "usines de la mort", ni le "système d'approvisionnement" - l'appareil administratif et logistique nécessaire pour fournir les victimes - ne sont en place.

Entre octobre 1941 et mars 1942, le régime nazi s'emploie à remédier à ces déficiences. C'est la raison pour laquelle, il s'agit d'une période de préliminaires, d'expérimentations et de préparatifs. Près de 60 000 juifs et Tsiganes sont déportés du troisième Reich. Quelque 6 000 de ces Juifs allemands déportés sont assassinés à leur arrivée à Kaunas [en Lituanie] et à Riga [Lettonie] par des pelotons d'exécution. Le premier camp d'extermination - équipé de camions à gaz - commence à fonctionner à Chelmno et des camions à gaz sont également envoyés sur d'autres sites, notamment à Semlin (Sajmiste) dans la banlieue de Belgrade en Yougoslavie.

La construction des premières chambres à gaz fixes à Belzec est terminée et, à Birkenau, une cabane de paysan (Bunker I) est convertie en chambre à gaz. Finalement, la connaissance du programme d'assassinats de masse imminents se propage dans la bureaucratie et un éventail de plus ne plus large d'organismes gouvernementaux sont inclus dans le processus de destruction. En mars 1942, suite à ces préparatifs et ces expérimentations, le régime nazi est prêt à commencer la mise en oeuvre à grande échelle de la "solution finale". (p. 397)

14207
une foule contemple le résultat du massacre du garage Lietukis, où des nationalistes
lituaniens pro-allemands tuèrent plus de 50 Juifs. Les victimes furent battues,
arrosées, puis achevées à coups de barres de fer. Kovno (aujourd'hui Kaunas),
Lituanie, 27 juin 1941
(source)



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6) articles et points de vue



notes de lecture de l'ouvrage d'Arnö Mayer (1988-2002)


La «solution finale» (1) dans l’histoire :

questions de lecture (2)

Didier BUTZBACH

La lecture du livre d’Arno Mayer, La «solution finale» dans l’histoire, place le lecteur dans la nécessité de mettre en perspective ses recherches, sa réflexion et l’historiographie de ce  sujet. Les pages qui suivent tentent de vous en proposer un éclairage d’autant plus indispensable que les polémiques qui ont suivi la publication de sa version originale furent particulièrement vives et que la réflexion sur cette béance tragique du XXe siècle nourrit régulièrement notre actualité internationale.

«Pourquoi les cieux ne se sont-ils pas obscurcis et les étoiles n’ont-elles pas cessé de briller, pourquoi le soleil et la lune n'ont-ils pas recouvert d'ombre leur face ?» (3).

L’auteur de cet ouvrage est, comme il se présente lui-même, juif, issu de la classe moyenne luxembourgeoise et d’instruction militaire américaine ce qui l’a amené, dans l’immédiate après-guerre, à utiliser les prisonniers allemands pour obtenir des renseignements sur l’Armée rouge et à encadrer les savants allemands au profit de la défense états-unienne.

En nous rappelant le titre d’une des œuvres du philosophe Adorno Peut-on penser après Auschwitz ?, nous ne pouvons que souscrire à sa volonté, présente dès les premières pages de son ouvrage, «d’évaluer l’étendue et la profondeur du bouleversement qui disloquait la civilisation occidentale dans la première moitié du XXe siècle» (4). D’emblée il place ses exigences d’historien à une hauteur particulièrement ambitieuse.

D’une part, il s’agit de rendre compte de l’«indicible tourment» que constitue ce massacre méthodique et donc, à l’instar de ses prédécesseurs, de s’essayer à une mémoire de l’impensable. D’autre part, il s’agit de faire œuvre d’historien, c’est-à-dire de pratiquer le grand écart entre les impasses conceptuelles auxquelles nous accule l’énormité et la nécessaire froideur rationnelle du discours de l’analyste.

Cette tension amène ainsi l’auteur à nous présenter une courte autobiographie témoignant de son souci d’éclairer au mieux le lecteur pour lui permettre d’exercer la plus forte acuité de son sens critique. Or l’absence de toute note infrapaginale, paraît une démarche pour le moins étonnante aux yeux de la tradition universitaire européenne qui exige de toute recherche la présentation d’un appareil de preuves qui permette d’en vérifier la validité à chaque étape (5). Tentons malgré tout d’apprécier ici la démarche d’A. Mayer en interrogeant ses hypothèses à l’aune du débat historiographique tel qu’il nous est présenté par François Bédarida et Pierre Vidal-Naquet.

Quels enjeux ?
Évoquons dans un premier temps les enjeux de la réflexion autour du plan nazi de Endlösung. Une question de sémantique tout d’abord : «solution finale», «génocide», «Shoah», «Holocauste» ou «holocauste», quel terme choisir ? Cette hésitation traduit bien ce sentiment d’être face à «une sorte d’énigme pour la raison historique» (6). A. Mayer refuse ces termes pour leur préférer celui de «judéocide», revendiquant, dès ses premières pages, «la critique et la remise en question des certitudes (…) fondements de la réflexion et de la recherche historique» (7).

En effet, selon lui, la recherche est surdéterminée par les présupposés générés par la guerre froide qui empêchent d’étudier le lien entre anticommunisme et antisémitisme dans l’idéologie nazie, comme par une lecture providentialiste de l’histoire qui gêne l’élaboration d’un modèle d’interprétation global : «la crise générale du XXe siècle, notre guerre de Trente Ans» (8).

La nature des camps d’extermination, l’absence de résistance juive et le rôle des Judenräte (9), la nature des victimes – malades mentaux, Juifs, Tziganes, Slaves - et ses correspondances avec la reconnaissance d’autres génocides (10), le degré de responsabilité de l’état vichyste, le nombre et ses calculs, le langage codé du génocide et l’usage méthodique de l’euphémisme dans des documents pourtant déjà marqués du timbre geheime Reichsache (11), le rôle des Einsatzgruppen (12) dans le massacre des Juifs sur le front Est, l’interprétation du comportement non-interventionniste des Alliés, tous ces problèmes sont autant d’éléments qui justifient la sensibilité exacerbée que suscite l’approche d’un tel sujet.

Cette émotion se double d’une controverse concernant la genèse du plan de Endlösung-: «programme ou engrenage (13)» ? Pour les uns, manifestant ainsi une vision «hitlérocentrique (14)» c’est la responsabilité personnelle d’Hitler qui est à l’origine de cette politique, déterminée. Qualifiés d’ «intentionnalistes» ces historiens voient dans Mein Kampf l’annonce du Judenrein (15) c’est-à-dire d’un plan d’anéantissement appliqué progressivement. Les «fonctionnalistes», quant à eux, préfèrent analyser les processus de décision à travers la structure et le fonctionnement du système nazi ce qui les amène à élargir le cercle des responsabilités dans la conception et l’application du plan de Endlösung. Parmi eux, certains attachent une importance primordiale aux circonstances voyant dans l’évolution de la «question juive» une «spirale de radicalisation» (16).

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Mémoire et commémoration
La volonté d’A. Mayer d’historiciser le phénomène le range dans cette dernière catégorie. De nombreux reproches lui ont été, par ce fait, adressés qui ont affecté son travail d’un parfum de scandale précédant sa publication en France. La plupart de ses détracteurs distribuaient en fait les accréditations, échaudés qu’ils sont, il est vrai, par l’irruption du négationnisme. Ils dessinent cependant en filigrane une histoire officielle célébrant l’unisson de la mémoire et participant en fait plus du sacré que de la recherche historique.
Pierre Vidal-Naquet trace parfaitement la frontière entre ces deux démarches : «L’historien sait reconnaître le sacré, comme objet d’étude ; il ne saurait, sous peine d’imposture, y participer. Tout discours fermé sur lui-même relève du mythe, non de l’histoire» (17).

La violence des propos de ses détracteurs (18) a conduit A. Mayer à rédiger une postface dans laquelle il renvoie dos à dos les dogmatiques, qui affirment que le «judéocide» n’a eu aucun précédent dans l’histoire et rejettent toute éventualité d’imprécision dans les données existantes, et les sceptiques qui contestent la validité même de ce malheur juif singulier préférant parler de guerre exceptionnellement meurtrière. Non seulement leur dualisme est contraire à la démarche de l’historien «qui est de penser et de dépeindre la réalité dans sa diversité et sa complexité déconcertantes» (19), mais ces «pseudo-positivistes» sont également responsables de «la perpétuation de polémiques stériles et souvent venimeuses» (20).

À cette typologie, A. Mayer ajoute deux autres profils : celui des «réductionnistes» et celui des «extentionnalistes» (21). Les premiers voient dans le caractère immanent de l’antisémitisme propre à l’idéologie nazie la source du «judéocide», faisant ainsi preuve d’un «déterminisme  idéologique absolu et mécanique». Leur défaut majeur, selon notre auteur,  est de négliger la complexité «instable» de cette idéologie, «amalgame syncrétique» où  «l’antisémitisme coexistait avec un darwinisme social raciste, avec l’anticommunisme et avec un expansionnisme territorial dirigé contre l’Europe orientale».

Quant aux seconds, ils croient en débusquer la cause absolue dans l’acuité des conflits de classe, de statut et de pouvoir que connut l’Allemagne contemporaine sans voir la cohérence générale, la logique interne de l’idéologie nazie. C’est donc au moyen de ce qu’il nomme, avec un humour provocateur inhabituel pour de tels travaux, «des lunettes trifocales» (22), qu’il convient de dessiner le cadre analytique du «judéocide» sous la prudente rigueur de la narration des événements. L’exposé minutieux de sa démarche est l’occasion pour A. Mayer de présenter la question cruciale au centre de sa réflexion : quel a été le premier moteur de la radicalisation du désastre juif après le milieu de 1941 ?


La combinaison de la durée et de la simultanéité
Selon cette belle expression de Pierre Vidal-Naquet, A. Mayer s’attache à étudier comment la longue durée, la durée moyenne et le temps court interagissent pour produire cette «indicible souffrance physique et mentale endurée par les Juifs au cours de la nuit la plus noire qu’ait connue l’Europe chrétienne» (23). Pour en rendre compte, il partage sa réflexion en trois parties précédées de 35 pages où, sous le titre «repères historiques», A. Mayer précise la figure de l’analogie qui fonde son étude : la guerre de Trente ans et la conjonction particulière qu’elle a développée entre guerre et religion.

Par un parcours vertigineux, il traverse ainsi la guerre sainte des croisés et les massacres contre les Juifs perpétrés à Jérusalem (15 juillet 1099) et à Mayence (mai 1096), pour s’intéresser aux persécutions commises par les Espagnols (massacres contre les Juifs dès 1391, politique de l’Inquisition dès le XVè siècle et expulsion par l’édit de 1492), jusqu’à la croisade interne contre les Cathares, sans négliger l’adoption par les protestants «[de] l’idée et [de] la pratique de la violence sanctifiée» (24), cette guerre sainte nécessaire à la défense et à la propagation de la foi.

Cette longue mise en perspective appuie l’hypothèse centrale selon laquelle le mythe et la tradition de la guerre sainte, la guerre de croisade, sont restés latents pour être exploités lors de ce qu’A. Mayer désigne sous les expressions apposées «crise générale du XXe siècle» et «notre guerre de Trente Ans» (25). La première croisade, parce qu’elle conjugue violence extrême, meurtre de masse et meurtre des Juifs et essentiellement parce qu’elle sacralise les armes et les méthodes de destruction, offre des similitudes remarquables avec la croisade d’Hitler contre le régime et l’idéologie bolcheviques : «ce n’était pas déguiser mais bien sanctifier ses propres ambitions géopolitiques et ses armes» (26).
C’est d’ailleurs, comme le note également Pierre Vidal-Naquet, un des apports importants de cet ouvrage, que l’étude systématique et littérale de la sémantique de la croisade et de ses soldats sanctifiés dans le discours nazi. C’est à l’analyse du déroulement de cette «guerre-et-croisade» que s’attelle A. Mayer dans la suite de son livre.

La première partie couvre la période qui précède la fondation du régime nazi et qu’A. Mayer désigne par l’expression «âge d’or» (27). La population juive dont les 3/4 des actifs vivaient du commerce, de l’artisanat, des professions libérales et de la banque (28), achève ici, en effet, son émancipation commencée dès les Lumières. Dans l’Allemagne weimarienne acculturante et assimilatrice, dans la France du Front Populaire ou dans l’Angleterre des quartiers juifs pauvres, mais aussi dans les Soviets ou chez les conservateurs italiens, les Juifs acquièrent des droits civils et politiques et accèdent à un plus grand nombre de carrières. En cela ils diffèrent des Juifs orientaux, les plus nombreux, mais les plus pauvres et ceux qui subissaient l’exclusion la plus forte.

Cependant la modernisation économique les amène à se fixer en zone urbaine et à y fondre leurs traditions dans le milieu environnant. A. Mayer souligne dans ces pages la dépendance étroite de leur condition à deux facteurs : «un fragile compromis à l’intérieur du pays, une fragile tranquillité à l’extérieur.» Rien d’étonnant à ce que ce chapitre s’ouvre donc sur une étude de la place de la prophétie antijuive lancée par Hitler dans Mein Kampf. Selon l’analyse d’A. Mayer, la Weltanschauung nazie est le produit d’une pratique politique novatrice : un «syncrétisme» entre l’antisémitisme et l’antimarxisme, né d’une haine ancienne de la modernité (29) dans laquelle se reconnaissaient les élites allemandes traditionnelles, les dirigeants nazis et les petits bourgeois qui constituaient leur électorat. 

La deuxième partie s’ouvre sur «la dynamique de la désémancipation» et se clôt sur le chapitre central de l’échec de l’opération Barberousse, temps de la guerre, temps court présidant au massacre des Juifs : ce n’est pas dans l’exaltation de la croisade victorieuse, nous dit A. Mayer, mais dans l’amertume de l’échec, que se décide le plan de endlösung, en automne 1941.

De la mise en place d’une coalition de «concentration nationale» à la création des sites d’extermination dans les territoires sous l’autorité suprême de l’armée régulière, des Waffen-SS et de leurs exécuteurs, les Einsatzgruppen, notre auteur s’interroge durant 170 pages sur le passage à l’acte dans le cheminement de l’idéologie hitlérienne. Ainsi, qu’il s’agisse des conditions de recrutement des SS sous les symboliques conçues par Himmler (30) et plus largement de la période31 durant laquelle sont élaborées les lois de Nuremberg (32) et au moment où les Juifs perdent leurs droits civiques, qu’il s’agisse de l’expansion territoriale des années 1938 à 1940 catalysant l’émigration forcée, les ghettos et les déportations, ou qu’il s’agisse encore de la conception de la croisade pour éliminer le «judéo-bolchévisme» (33), A. Mayer y perçoit une gradation dans laquelle la campagne anti-juive n’était pas un but en soi.

«S’il y a jamais eu dans le IIIe Reich un développement organique en vue d’un but préétabli, c’est sans doute la croissance inévitable d’un Béhémoth conçu pour la guerre et la conquête, fruit de la collaboration de Hitler avec les élites traditionnelles» (34), tel est le premier des arguments qui étayent sa thèse. Le deuxième concerne la naissance du «judéocide» à imputer aux «convulsions d’une guerre inouïe, dont le but était de conquérir un Lebensraum dans l’Est européen, d’anéantir le régime soviétique et de détruire le bolchevisme international» (35) car c’est bien à l’automne 1941 que la décision du massacre des Juifs a été prise (36).

La troisième et dernière partie traite de l’évolution de la stratégie hitlérienne après l’échec de l’opération «typhon», l’assaut contre Moscou (37) : engluement et désarroi face à l’insuccès de ce défi, Hitler utilise l’expression «Sein oder Nichtsein» (38).  Ce brusque passage à la guerre de position et d’usure provoque un changement fondamental dans l’organisation de l’économie du IIIe Reich : Hitler mobilise toutes les ressources en homme (recrutement d’une main d’œuvre «alternative» dans trois foyers-: les prisonniers de guerre, la population civile des pays occupés, la population des camps de concentration et des ghettos) et en matériel (39), modifiant ainsi la place des SS dans l’économie allemande en leur accordant une importance encore plus grande. Mais cette guerre ne peut être qualifiée de «totale», c’est le noyau de la thèse soutenue par A. Mayer,  que par la définition d’un ennemi suprême que l’on puisse tuer.

La réflexion sur la conférence de Wannsee, initiée par Goering et Heydrich, est l’occasion pour A. Mayer de s’interroger sur les objectifs poursuivis par les nazis au moment de sa préparation : les termes de Gesamtlösung (solution globale), de Endlösung (solution finale) et l’expression zur Entführung (pour mener à bonne fin) n’indiquent pas nécessairement qu’il s’agissait de préparer l’élimination physique massive de millions de Juifs (40). Ces locutions apparaissent dans une lettre (41) qui fut de plus écrite, souligne notre auteur, au moment où une solution territoriale au «problème juif» se dessinait à nouveau avec l’invasion de la Russie.

En revanche, ces instructions de Goering «furent discutées, précisées et mises en pratique dans un contexte qui, depuis juillet, s’était entièrement modifié» (42). «Nous sommes bien conscients que la guerre ne peut se terminer que par l’extermination des peuples aryens ou par la disparition de la juiverie en Europe.  Le 1er septembre 1939, déjà, j’ai affirmé devant le Reichstag allemand (…) que le résultat de cette guerre serait l’anéantissement de la juiverie. Ainsi sera appliquée pour la première fois la loi bien juive : œil pour œil, dent pour dent» (43), A. Mayer date de cette période le procès interminable qu’Hitler a mené contre les Juifs.

Himmler mena à la suite de la conférence une double politique qui combinait les objectifs économiques et la volonté de «châtiment» pourtant opposés. Les rivalités entre le général SS Oswald Pohl, responsable du WVHA (44), et le directeur du RSHA (45) Reinhard Heydrich témoignent bien de la contradiction entre la logique de production, c’est-à-dire l’exploitation «rationnelle» et optimale de la main d’œuvre des camps et des ghettos pour la production de guerre, et la logique de meurtre, le plan d’extermination nazi. Tous cependant s’accordaient à instrumentaliser les détenus. Mais l’enlisement dans les défaites de la campagne de Russie renforça dramatiquement l’aspect le plus meurtrier de la «prophétie» hitlérienne.

C’est à cette démonstration que les quatre derniers chapitres s’attardent sur 150 pages.  Après avoir décrit ce qu’il nomme «la mise à sac de l’Europe» c’est-à-dire les spoliations, le pillage des ressources, l’enrôlement des travailleurs, période durant laquelle «le pouvoir nu institutionnalisait la violence brutale» en réaction à son «irrémédiable perte de contrôle» (46), A. Mayer consacre deux chapitres à Auschwitz et aux quatre sites d’extermination : Chelmno, Belzec, Sobibor et Treblinka.

Pour chacun d’entre eux, notre auteur tâche d’en caractériser l’évolution à travers l’étude de la réorganisation et du développement du système concentrationnaire. Là encore, il relie directement les circonstances créées par les opérations du front russe à la mise en place de cette «ineffaçable infamie» toute en récusant l’accusation qui pourrait lui en être faite d’en minimiser l’horreur. C’est en ce sens qu’il examine les procédures de Umsiedlung (47) des populations juives des ghettos mais aussi l’ampleur des massacres perpétrés dans tous ces camps parce qu’il ne veut permettre à aucun sceptique de s’appuyer sur les zones d’ombre ou les incertitudes occultées et refuse donc d’affirmer là où les corrélations et les rapports sont peu sûrs et controversés.

Pierre Vidal-Naquet voit dans cette attitude «un exemple appelé à devenir classique d’hypercritique historique» (48) insistant sur les travaux archéologiques rendus nécessaires par le négationnisme et désormais effectués : la recherche de Jean-Claude Pressac (49) n’autorise plus une telle prudence en ce qui concerne les chambres à gaz d’Auschwitz.
De même, tout en étant en accord avec A. Mayer lorsque ce dernier réfute l’idée que le gazage changerait la nature du crime parce qu’il en augmenterait la souffrance (la vie dans les ghettos démontre le contraire) ou encore celle qui insiste sur la nature industrielle de la technique utilisée, il ne souscrit pas en revanche à son appréciation globale car, selon lui, c’est l’anonymat des bourreaux face à l’anonymat des victimes et donc l’innocence du meurtre qui en fait un élément particulier du «judéocide».

Des pages particulièrement éclairantes examinent minutieusement l’évolution dans les ghettos, notamment celui de Lodz et les atermoiements d’Himmler entre les productivistes et les «exterminationnistes» (50). À cette occasion, A. Mayer étudie les relations entre le programme T4, le principe d’utilité qui le fonda, propice à l’extension de l’euthanasie, et la réflexion des nazis réunis à Poznan en juillet 1941 ou celle du Dr Wetzel, conseiller de Rosenberg pour les affaires juives envisageant de créer des camps pour Juifs à Riga et à Minsk :  «Vu la situation, il n’y a pas d’objection à ce que les Juifs inaptes au travail soient éliminés grâce aux remèdes de Brack (51)» (52). «La débâcle finale» (53) «déchaîna [alors] la violence du régime agonisant» (54).


Ce n’est pas aux théologiens de s’emparer de cette question
C’est ainsi que Pierre Vidal-Naquet conclut sa préface marquant son soutien à A. Mayer pour avoir tenté de reprendre à son compte la question formulée dans la chronique de la première croisade relatant le massacre des juifs à Mayence : «Pourquoi les cieux ne se sont-ils pas obscurcis ?».
Car les accusations furent vives, notamment celles qui lui ont reproché «de relativiser la logique d'une vision du monde qui faisait effectivement du juif cet ennemi à tuer», et de privilégier «une théorie des circonstances qui ne fait de la terreur qu’un sous-produit d'une banale fuite en avant expansionniste» (55).

Le même censeur utilise l’argument d’autorité pour ôter toute légitimité à la démarche raisonnée de l’historien : «Comprendre ne signifie pas dénier ce qui est révoltant, ni déduire de précédents ce qui est sans précédents, ni expliquer des phénomènes par des analogies et des généralités telles que les atteintes du réel, le choc de l'expérience soient effacés» (56).

Cette appréciation est d’autant plus curieuse (57) que nombreuses sont les pages de l’ouvrage d’A. Mayer qui nomment avec les qualificatifs les plus extrêmes et les plus clairs la barbarie et l’antisémitisme nazis et qu’il utilise à de très nombreuses reprises les termes de singulier ou de singularité pour définir le «judéocide». Et bien loin de faire preuve d’ambiguïté quant à son sujet, il pondère le concept de «totalitarisme», dans son acception ahistorique qui donnait de la réalisation politique de ce «système» l’image erronée d’indestructibilité, faisant ainsi preuve d’un déterminisme regrettable.

En revanche, il est vrai qu’aucune place n’est accordée à la question de l'adhésion populaire et de la cécité collective face à l’«abjecte monstruosité». Mais A. Mayer se défend d’avoir voulu mener une étude complète du «judéocide» et ce serait lui intenter un procès d’intention que de lui en faire le reproche comme c’en est un que de le soupçonner de déni de l’absolue barbarie parce qu’il aurait rendu ce massacre «en quelque sorte «utile» fût-ce à la logique monstrueuse d'une guerre absurde» (58).

«N'est-ce pas un peu concéder à l'horreur que de prétendre à tout prix en rendre raison-?». En s’interrogeant ainsi, P. Bouretz prive tout historien de sa liberté, celle qui permet à A. Mayer d’écrire à la mémoire de Marc Bloch en invoquant le droit à rechercher «ce qui fut non seulement singulier mais aussi universel dans l’indicible souffrance physique et mentale endurée par les Juifs au cours de la nuit la plus noire qu’ait connue l’Europe chrétienne» (59).

Didier Butzbach
Didier_Butzbach

professeur de Lettres-Histoire-Géographie,
académie de Créteil
source de ce texte

notes

1 - «Endlösung».
2 - Notes de lecture établies à partir de la réédition en format poche du livre d’Arno Mayer, La «solution finale» dans l’histoire, La Découverte/Poche, 2002 (édition originale : 1988), 566 p. Merci à Philippe Marbach, enseignant dans l'académie  de Besançon, de nous avoir mis sur la piste de ce grand livre.
3 - Extrait de la Chronique de Salomon bar Simson, relatant le massacre des Juifs de Mayence par les croisés, en 1096 ap. J.-C., lors de la première croisade. Citation placée en exergue au livre d’Arno Mayer.
4 - A. Mayer, op.cit., «avant-propos» p.7.
5 - A. Mayer s’en défend par deux arguments : il destine son ouvrage à un large public et ne souhaite pas de ce fait en alourdir la lecture; il confirme que son travail n’apporte rien de neuf du point de vue factuel mais consiste à réinterroger les documents existants et les faits incontestés pour formuler des interprétations différentes.
6 - Expression de François Furet.
7 - A. Mayer, op.cit., p.13.
8 - A. Mayer, op.cit., p.15.
9 - «conseil juif» : voir ceux des ghettos de Lodz et Varsovie, notamment un rapport de la Gestapo locale constatant : «malgré la nourriture insuffisante, les Juifs s’efforcent de fournir un travail irréprochable et donnant toute satisfaction.» cité par A. Mayer, op.cit., p.440.
10 - cf. le danger de La concurrence des victimes, Michel Chaumont, La Découverte, 1997
11 - «Très secret»
12 - (ou Einsatzkomandos) «groupes d’intervention»
13 - Philippe Burin, Hitler et les Juifs : genèse d’un génocide, Le Seuil, 1989
14 expression de François Bédarida : le nazisme et le génocide, histoire et témoignages, Presses Pocket, 1992. Cet ouvrage présente plus de 180 pages témoignages regroupés après l’analyse de l’auteur.
15 - «purifiée du “poison” juif» selon la terminologie biologiste de parasitologie chère à Hitler. A. Mayer en propose une étude particulière, op. cit., chapitre IV, «le syncrétisme de Mein Kampf», particulièrement les pp.124 à 127.
16 - F. Bédarida, op. cit., p.68.
17 - «Préface», in A. Mayer, op. cit., p.I.
18 - Le magazine New Republic critique A. Mayer en parlant de « révisionnisme américain»
19  - C’est nous qui soulignons, A. Mayer, op. cit., “postface” p.501.
20 - ibid.
21 - A. Mayer,
op. cit., p.503
22 - A. Mayer,
op. cit., p.505
23 - A. Mayer,
op. cit., p.514. Cette longue citation, magistrale, marque à quel point le projet d’A. Mayer est sans ambiguïté.
24 - A. Mayer,
op. cit., p.49
25 - A. Mayer, op. cit., p.50
26 - A. Mayer,
op. cit., p.54
27 - Titre du chapitre II de son ouvrage.
28 - Elle ne pèse pourtant qu’un poids minime dans l’ensemble de l’économie allemande.
29 - «Le désir de nier la raison, la science et le progrès pour leur préférer l’intuition, l’irrationnel  et le retour à un passé idéalisé» A. Mayer, op. cit., p.115
30 - Le noir de l’uniforme, l’insigne à tête de mort, le culte germano-aryen, autant d’éléments de séduction «pour inspirer au novice le sentiment d’entrer dans une sorte d’ordre de chevalerie, réservé aux seuls élus», A. Mayer, op. cit., p.169.
31 - L’inquiétude des nazis face à l’émergence des fronts populaires en Espagne et en France dont sont responsables les démocraties bourgeoises d’Europe aveugles au fait que la politique du Komintern mènerait sans compromis à la domination mondiale.
32 - Lire à ce propos le récit de la session extraordinaire du Reichstag convoquée par Hitler à Nuremberg au moment et à l’endroit même où se tenait le 7e congrès du parti nazi le «congrès de la liberté» (pp.174 à 180). Lire également la narration de la séance inaugurale du Parlement, le 21 mars 1933 à Postdam (pp.148 à 150) et le rôle central du Kronprinz dans la cérémonie et l’allégeance à Hitler.
33 - L’opération «Barberousse» : A. Mayer conclut ce chapitre particulier (pp. 261 à 268) en revenant à sa figure analogique, la première croisade médiévale, guerre sainte, archétype des suivantes.
34 - A. Mayer, op. cit., p.189
35 - A. Mayer, op. cit., p.269
36 - «Au niveau le plus élevé la juiverie a été désignée avec la plus grande vigueur comme l’incendiaire responsable en Europe, qui, en Europe, doit disparaître définitivement.» (lettre de Heydrich, directeur du RSHA –voir supra, du 6 novembre 1941). Le travail de Philippe Burrin, Hitler et les Juifs. Genèse d’un génocide, Le Seuil –coll.XXe siècle, 1989, utilise la même chronologie qu’A. Mayer.
37 - Lire sa description (pp. 280 à 284).
38 - «La survie ou la mort».
39 - Directive «Armement 1942».
40 - Cette affirmation a fait l’objet de polémiques car on a voulu y voir (cf Esprit, n°178, janvier 1992, pp.170-173) une volonté délibérée de réduire la portée du sens des mots.
41 - Lettre du 31 juillet 1941, signée par Goering et adressée à Heydrich.
42 A. Mayer, op. cit., p.332
43 - Discours d’Hitler au palais des sports de Berlin , le  30 janvier 1942, cité par A. Mayer, op. cit., p.348.
44 - Office central de l’économie et de l’administration
45 - Office central de sécurité du Reich.
46 - A. Mayer, op. cit., p.354: «ce rêve fracassé les conduisit à enfreindre la plupart des règles traditionnelles de la politique, de la morale, de la religion et surtout les notions d’humanité qui en découle»
47 - «Réinstallation», euphémisme de «déportation».
48 - «Préface», in A. Mayer, op. cit., p.IX.
49 - J.-C. Pressac, Auschwitz : technique and operations of the gaz chambers,  the Beate Klarsfeld Foundation, New-York, 1989.
50 - A. Mayer, op. cit., pp. 434 à 448.
51 - Colonel SS assistant de Boulher (Reichsleiter du parti) et responsable du programme d’euthanasie des enfants anormaux et des adultes malades mentaux, programme initié dans le plus grand secret dès 1938.
52 - Lettre du Dr Erhard Wetzel au Gauleiter Heinrich Lohse du 25 octobre 1941
53 - Titre du dernier chapitre.
54 - A. Mayer, op. cit., p.454
55 - Pierre Bouretz, article paru dans le n°178 de la revue Esprit.
56 - Hannah Arendt, Nature du totalitarisme, Payot, 1990.
57 - Rappelons, à la suite de Pierre Vidal-Naquet, qu’Hannah Arendt elle-même a subi les calomnies contre son livre Eichmann à Jérusalem.
58 - Pierre Bouretz, op. cit.
59 - Dernières lignes du livre d’A. Mayer, op. cit.

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mercredi 29 avril 2009

Considérez si c’est un homme

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Si c'est un homme

Primo Levi

                                      Vous qui vivez en toute quiétude
                                      Bien au chaud dans vos maisons,
                                      Vous qui trouvez le soir en rentrant
                                      La table mise et des visages amis,
                                      Considérez si c’est un homme
                                      Que celui qui peine dans la boue,
                                      Qui ne connaît pas de repos,
                                      Qui se bat pour un quignon de pain,
                                      Qui meurt pour un oui ou pour un non.
                                      Considérez si c’est une femme
                                      Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
                                      Et jusqu’à la force de se souvenir,
                                      Les yeux vides et le sein froid
                                      Comme une grenouille en hiver.
                                      N’oubliez pas que cela fut,
                                      Non, ne l’oubliez pas :
                                      Gravez ces mots dans votre cœur.
                                      Pensez-y chez vous, dans la rue,
                                      En vous couchant, en vous levant ;
                                      Répétez-les à vos enfants.
                                      Ou que votre maison s’écroule,
                                      Que la maladie vous accable,
                                      Que vos enfants se détournent de vous.


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Primo Levi en 1986

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le Mémorial de Carpi à proximité de Fossoli, un des camps d’internement italien
où fut emprisonné Primo Levi avant d’être déporté à Auschwitz


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vendredi 24 avril 2009

textes et écrits sur le féminisme dans l'histoire

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17 mai 1908


le féminisme dans l'histoire

du XIXe siècle




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la figure de Flora Tristan (1803-1844)

Flora Tristan a sa place en histoire de France dans le même compartiment que sa contemporaine George Sand, celui des femmes que leurs déboires privés, aggravés par les injustices propres à la condition féminine d’alors, ont amenées à une sorte d’anticipation du féminisme, en même temps qu’à une insertion inattendue dans les combats politiques de leur siècle. Combats de la gauche bourgeoise, pourrait-on dire, pour George Sand, qui devient libérale puis républicaine, combats de l’extrême-gauche pour Flora Tristan, qui demeure comme un acteur trop peu connu du «mouvement ouvrier».

Elle était d’éducation très bourgeoise, étant fille d’un noble et riche Péruvien marié en Espagne à une Française. Le mariage ayant été béni par un prêtre en exil mais n’ayant pu être enregistré civilement fut considéré comme nul et, après la mort de son père, Flora, malgré un voyage au Pérou, ne put obtenir la moindre part d’héritage de la famille américaine. Donc, retour à Paris, et vie dans la précarité, tantôt dame de compagnie, tantôt ouvrière d’art (gravure, lithographie). Un patron la séduit, l’épouse, ils ont des enfants ; puis c’est la séparation, échange sordide de procès et de coups. Le poumon percé d’un coup de pistolet en 1838, Flora Tristan, la santé ébranlée, mourut «poitrinaire» six ans plus tard. Les enfants survécurent, et l’une des filles devait devenir la mère de Paul Gauguin.

Assez proche du peuple pour en subir et en sentir les misères, et assez lettrée pour connaître le monde foisonnant des artistes, écrivains et théoriciens des années 1830 et 1840, Flora Tristan devient l’une des plus authentiques et des plus complètes figures du socialisme dit utopique, précurseur de la Révolution de 1848. Un roman, Memphis, une autobiographie, Pérégrinations d’une paria, une enquête sévère dans le pays phare du capitalisme industriel, Promenades dans Londres, enfin un essai de programme et d’appel à la constitution d’une association ouvrière réformatrice, l’Union ouvrière.

Pour prolonger le succès parisien de ce dernier écrit, elle se lance dans un «Tour de France» de plusieurs mois qu’elle n’aura pas le temps d’achever, mourant épuisée à Bordeaux où sa tombe, érigée en 1848, est visible au cimetière Bordeaux-Chartreuse. La mémoire de Flora Tristan nous aide utilement à enrichir l’histoire d’un «mouvement ouvrier» réel, qu’on ne saurait réduire aux noms évocateurs et symboliques de Karl Marx, d’Auguste Blanqui ou d’Agricol Perdiguier.

Maurice Agulhon
professeur honoraire au Collège de France
membre du Haut comité des célébrations nationales


Flora Tristan

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sand

une lettre de l'écrivain George Sand (1804-1876)

On évoque souvent le "féminisme" de George Sand, sa volonté de liberté et d'autonomie (notamment financière, grâce à ses talents, et à ses revenus, d'écrivain). Mais la question de la participation durable des femmes à l'activité politique n'est pas possible selon elle.

à Édouard de Pompéry
Paris, 23 décembre 1864

Cher Monsieur,

Je n'ai pas encore pu lire votre livre (1). je ne fais pas de mon temps ce qui me plaît ; mais j'ai lu l'article de la Revue de Paris et je ne serai pas parmi vos contradicteurs. Je pense comme vous sur le rôle que la logique et le coeur imposent à la femme. Celles qui prétendent qu'elles auraient le temps d'être députés et d'élever leurs enfants ne les ont pas élevés elles-mêmes ; sans cela elles sauraient que c'est impossible. Beaucoup de femmes de mérite, excellentes mères, sont forcées, par le travail, de confier leurs petits à des étrangères ; mais c'est le vice d'un état social qui, à chaque instant, méconnaît et contrarie la nature.

La femme peut bien, à un moment donné, remplir d'inspiration un rôle social et politique, mais non une fonction qui la prive de sa mission naturelle ; l'amour de la famille. On m'a dit souvent que j'étais arriérée dans mon idéal de progrès, et il est certain qu'en fait de progrès, l'imagination peut tout admettre. Mais le coeur est-il destiné à changer ? Je ne le crois pas, et je vois la femme à jamais esclave de son propre coeur et de ses entrailles. J'ai écrit cela maintes fois et je le pense toujours.

je vous fais compliment des remarquables progrès de votre talent, la forme est excellente et rend le sujet vivant et neuf, en dépit de tout ce qui  été dit et écrit sur l'éternelle question.

Bien à vous.

George Sand

(1) La femme dans l'humanité, sa nature, son rôle et sa valeur sociale, Hachette, 1864.Lettres_d_une_vie

in George Sand, Lettres d'une vie, choix et présentation de Thierry Bodin,
Folio-classique, 2004, p. 1048.





le féminisme de George Sand


De son vivant, George Sand fut considérée comme trop féministe par les uns, pas assez selon d’autres. La question reste posée de nos jours, comme le démontrent les titres de quelques-uns des articles publiés dans Le Magazine Littéraire de mai 2004 déjà cité : «Femme ? La question inévitable» de Christine Planté, et de Michelle Perrot «George Sand n’a pas trahi le féminisme» (17). Pour ces deux auteurs, si la baronne Dudevant ne fut pas à la pointe des premiers combats féministes, ses romans ont à l’évidence posé clairement les problèmes, et à titre personnel, elle a su préserver ses droits en obtenant une séparation d’abord amiable, puis judiciaire d’avec son mari Casimir Dudevant. Grâce à ses talents d’écrivain, elle démontre qu’une femme peut obtenir son autonomie financière, chose rare à l’époque.

L’accueil réservé fait par George Sand aux mouvements féministes peut s’expliquer par des motifs conjoncturels, d’une part, et par les lacunes que comportait l’éducation des femmes à cette époque. Il n’est pas sans intérêt de noter que les relations de George Sand et de Flora Tristan, dont les idées étaient proches des siennes à bien des égards ne furent pas toujours cordiales.

En 1837, Flora Tristan, dans les Pérégrinations d’une paria, reproche à George Sand la prudence qui l’amène à formuler ses critiques de la condition féminine sous le voile de la fiction romanesque, et à l’abri d’un pseudonyme masculin (18). Cette divergence de points de vue n’empêche pas les deux femmes d’entrer en relations. Mais George Sand aura une attitude de plus en plus réservée à l’égard de Flora, à qui elle reproche son exaltation de propagandiste, ainsi qu’un excès de confiance dans ses idées qu’elle qualifie d’«enfantillages» (19). La controverse de George Sand avec Eugénie Niboyet, en 1848, est mieux connue et amène George Sand à préciser ses positions.

Le 16 avril 1848, Eugénie Niboyet proposait dans le journal La voix des femmes, la candidature de George Sand aux élections de l’Assemblée Constituante. Celle-ci répond par un désaveu le 8 avril suivant dans une lettre au rédacteur de La Réforme et à celui de La Vraie République. Elle regrette que son nom ait été avancé sans qu’elle ait été consultée : «Je ne puis permettre que, sans mon aveu, on me prenne pour enseigne d’un cénacle féministe avec lequel je n’ai jamais eu la moindre relation, agréable ou fâcheuse» (20).

Pour George Sand, les femmes ne peuvent, en l’état, participer à la vie politique, en raison du type d’éducation qui leur est donnée, et de leur statut matrimonial. Cette situation n’est peut-être pas définitive, mais il faudra pour qu’elle évolue que les structures de la société se modifient en profondeur. Le héros du roman Isidora, Jacques Laurent se donne pour tâche de «régler les rapports de l’homme et de la femme dans la société, dans la famille, dans la politique» (21).

L’éducation, les mœurs, les coutumes sont à l’origine du statut actuel des femmes. Si ces facteurs étaient modifiés, il se pourrait «que les aptitudes de l’un ou de l’autre sexe fussent complètement modifiées» (22).
Au fil des années, les idées de George Sand en ce qui concerne les femmes se modifieront peu. Elle indique dans sa correspondance que l’amour maternel prévaudra toujours sur n’importe quelle considération, notamment dans une lettre à Édouard de Pompéry en date du 23 décembre 1864 : «Je vois la femme à jamais esclave de son cœur et de ses entrailles» (23).

Marie-Reine Renard
"Les idées religieuses de George Sand", article paru dans
Arch. de Sc. soc. des Rel., 2004, 128, (octobre-décembre 2004), p. 25-38

George Sand

 

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maison de George Sand à Nohant, village paisible de l'Indre à côté de Chateauroux

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jeudi 9 avril 2009

bilan guerres mondiales

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plaque des "morts pour la France",
lycée Claude Lebois à Saint-Chamond



pertes humaines et bilan matériel

des guerres mondiales



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cliquer sur le tableau pour l'agrandir, le lire correctement et l'imprimer

 

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jeudi 26 mars 2009

à propos de "Désert" de J.M.G. Le Clézio

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les contextes et espaces

de Désert, roman de J.M.G. Le Clézio



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Le livre est composé de deux récits qui s'intercalent celui de Nour et des nomades (hommes bleus) du désert de la Seguiet el Hamra en 1909-1910, avec la figure du cheikh soufi Ma el Aïnine (1838-1910) ; et celui de Lalla dans les années 1960-70, sans que ces dates soient précisées.

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la Saguiet el Hamra

La Seguiet el Hamra est la province du nord du Sahara occidental. Ce dernier a été espagnol au temps de la colonisation.

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sirocco au campement saharoui de Smara, photo © Eleleku (source)


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carte du Sahara occidental (légende en langue espagnole)

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le Sahara occidental



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le désert du Sahara

Le Sahara s'étend sur tout le nord de l'Afrique.

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Sahara algérien, oasis de Tamentit

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village saharien : carte postale ancienne colorisée





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histoire du Sahara marocain

La France a conquis l'Algérie à partir de 1830. Mais le Maroc voisin est dirigé par un sultan appelé Moulay. Au XIXe siècle, plusieurs puissances s'intéressent à cette région-: l'Angleterre, l'Espagne, l'Allemagne, et la France bien sûr. Le sultan Moulay Hassan (1873-1894) parvint à maintenir l'indépendance de son pays en jouant des rivalités entre ces puissances.

Il n'en va pas de même de son successeur, Moulay Abdellazziz (1894-1907) très attiré par les innovations occidentales et qui désorganisent l'administration traditionnelle.





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