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Soissons (Aisne), base du monument aux morts : épisode du vase de Soissons

 

 

Clovis et le vase de Soissons

 

L'histoire a retenu plusieurs épisodes de la vie de Clovis, "premier roi de France", grâce aux récits de l'évêque Grégoire de Tours.

Ce dernier a rédigé son oeuvre à partir de nombreuses sources et témoignages. Il est scrupuleux. Mais, dans les chapitres consacrés à Clovis, son souci est souvent de restituer telle ou telle anecdote et de mettre en valeur les actions du roi de manière édifiante (pour en tirer un exemple) et apologétique (pour le justifier).

Cependant, derrière le premier niveau de récit peut se lire, sous forme de parabole, une vérité historique. C'est le cas de l'épisode du vase de Soissons à mettre en rapport avec les mutations du pouvoir royal chez les Francs.

 

1) Grégoire de Tours

L'épisode du vase de Soissons est raconté par Grégoire de Tours (540-594).

  • Grégoire de Tours (540-594) est né à Clermont en Auvergne dans une famille sénatoriale. Il reçut à Tours une formation essentiellement cléricale, peu versée dans les arts libéraux [grammaire, rhétorique, dialectique, mathématiques]. Élu évêque de Tours, Grégoire commence en 575 la rédaction de la toute première Histoire de France, consacrée aux Mérovingiens : dix livres depuis l'origine du monde jusqu'au règne de Childebert II et Clotaire II, ses contemporains.
    C'est en tant qu'éducateur du peuple chrétien qu'il se mit à écrire, dans un latin mi-littéraire mi-parlé. S'il note de nombreux détails historiques, Grégoire écrit avant tout l'histoire de la conversion à la "vraie foi" d'un peuple barbare. Ainsi a-t-on surtout retenu de son œuvre l'épisode éminemment emblématique du baptême de Clovis, point focal de l'histoire de France. Contemporain des petits-fils de Clovis, Grégoire n'avait pu assister à l'événement. Il disposait de quelques sources d'une valeur inégale : des témo
    ins encore vivants et les souvenirs laissés par la reine Clotilde à Saint-Martin de Tours.

source : BnF

 

2) le texte, traduction 1823

Extrait principal du chapitre XXVII de l'Histoire des Francs, version publiée par François Guizot (1787-1874), en 1823 (disponible sur Gallica).

 

Grégoire de Tours trad 1813 (1)

Grégoire de Tours trad 1813 (2)

 

3) le texte, traduction 1963 par Robert Latouche

En ce temps beaucoup d'églises furent pillées par l'armée de Clovis, parce qu'il était encore enfoncé dans les erreurs du fanatisme.
C'est ainsi que les troupes avaient enlevé d'une église un vase d'une grandeur et d'une beauté merveilleuse, avec d'autres ornements servant au ministère ecclésiastique. L'évêque de cette église envoya donc des (messagers) au roi pour lui demander que, si son église ne pouvait recouvrer les autres vases sacrés, du moins elle recouvrât celui-ci.
Ce qu'entendant le roi dit au messager : "Suis nous jusqu'à Soissons parce qu'on devra y partager tout ce qui a été pris et lorsque le sort m'aura donné ce vase, j'exécuterai ce que le "pape" demande.
Puis arrivant à Soissons, où toute la masse du butin avait été placée au milieu, le roi dit : "Je vous prie, ô très valeureux guerriers, de ne pas vous opposer à ce que me soit concédé hors part ce vase". Il faisait en effet allusion au vase mentionné ci-dessus. À ces mots du roi, ceux qui avaient l'esprit sain répliquent : "Tout ce que nous voyons ici, glorieux Roi, est à toi et nous-mêmes sommes soumis à ta domination. Fais donc maintenant ce qui convient à ton bon plaisir".
Or après qu'ils eurent ainsi parlé, un homme léger, jaloux et frivole, ayant levé sa hache, frappa le vase en criant à haute voix : "Tu n'auras rien ici que ce que le sort t'attribuera vraiment". À ces mots qui stupéfièrent tout le monde, le roi contint son ressentiment avec une douce patience et prenant le vase il le rendit à l'envoyé ecclésiastique en gardant cachée dans son coeur sa blessure.
Mais au bout d'une année il fit défiler toute sa phalange en armes pour inspecter sur le Champ de Mars la propreté de ses armes. Or tandis qu'il se dispose à passer en revue tous les hommes, il s'approche du briseur de vase à qui il dit : "Personne n'a apporté des armes aussi mal tenues que les tiennes, car ni ta lance, ni ton épée, ni ta hache ne sont en bon état".
Et saisissant la hache de l'homme, il la jeta à terre. Mais tandis que celui-ci s'était un peu incliné pour la ramasser, le roi levant les mains lui envoya sa propre hache dans la tête en disant : "C'est ainsi que tu as fait à Soissons avec le vase". Quand l'homme fut mort, le roi ordonna aux autres de se retirer et par cet acte il leur inspire une grande crainte à son égard.
Il fit beaucoup de guerres et gagna des victoires. C'est ainsi que pendant la deuxième année de son règne, il déclara la guerre aux Thuringiens et les soumit à sa domination.

source : Histoire des Francs, tome 1, trad. Robert Latouche (1963),
éd. Les Belles Lettres, 1975.

 

4) images scolaires

 

Vase de Soissons (1)
vignette d'un manuel scolaire des années 1960

 

image scolaire légendée
description des éléments de la vignette scolaire sur le vase de Soissons

 

Vase de Soissons (2)
image édifiante (qui porte à l'admiration)

 

bon point vase de Soissons
"Bon point" distribué comme récompense scolaire à l'école primaire

 

 

 

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