jeudi 18 septembre 2014

le modèle social français : petite histoire

Lefigaro.fr Vox Société

 

 

Petite histoire du modèle social français

 

à destination de Pierre Gattaz

 

Michel RENARD

 

Crédits photo : PHILIPPE HUGUEN/AFP

 

FIGAROVOX/TRIBUNE - Pour l'historien Michel Renard, le modèle social français, décrié par Pierre Gattaz, et défendu par Manuel Valls fait partie de l'identité nationale.


 

Michel Renard est professeur d'histoire. Co-auteur, avec Daniel Lefeuvre, de Faut-il avoir honte de l'identité nationale ? , il anime le site Études Coloniales.


 

Le «modèle social français» est-il une composante de l'identité nationale ? Manuel Valls en est convaincu, qui livrait son sentiment devant les députés le 16 septembre : «Ce modèle n'est pas dépassé. Il est au cœur de l'identité de la nation». Notons, au passage, que l'usage de cette dernière notion ne semble plus déclencher les foudres qu'elle suscitait il y a quelques années. À l'époque, un Vincent Peillon pouvait aller jusqu'à prétendre que «La France n'a jamais parlé d'identité nationale» (Le Figaro, 26 octobre 2009).

«Notre modèle social a vécu, il n'est plus adapté».

Pierre Gattaz

Manuel Valls répondait au président du Medef, Pierre Gattaz qui, le même jour, plantait une énième pique, après une foule de toreros: «Notre modèle social a vécu, il n'est plus adapté». Avant lui, de nombreux picadors avaient déjà blessé le taureau. Parmi eux, le vice-président du Medef, Denis Kessler, déclarait au magazine Challenge en octobre 2007, qu'il fallait «défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance», source entre 1944 et 1952 du modèle social français, disait-il.

Denis Kessler
Denis Kessler, vice-président du Medef ("syndicat" des patrons) en 2007

Le 12 mai 2005, le déjà candidat Nicolas Sarkozy stigmatisait l'échec du modèle social français, il n'était plus un «bon modèle social».

Sans entrer dans la confrontation sur ce qu'il est possible de conserver ou non, d'étendre ou non, des politiques de redistribution, il est certain que celles-ci s'enracinent dans un châssis mental, législatif, économique et politique français plutôt ancien et assez divers.

À qui la France est-elle redevable de son «modèle social» ?

Si le sociologue Frédéric Lebaron note que la formule est récente et que son usage généralisé date de la campagne référendaire de 2005 (revue Savoir/Agir, n° 6, 2008) peut-être faut-il remonter au grand contrôleur général des finances de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert. En 1991, Michel Albert, dans Capitalisme contre capitalisme prêtait beaucoup à ce ministre mercantiliste : «La tradition française, c'est le social-colbertisme : l'État qui commande l'économie au nom d'une ambition politique et d'une volonté de progrès social».

Armand de Melun
Armand de Melun (1807-1877), fondateur des
Sociétés de Secours Mutuels, ancêtre de la Sécurité Sociale

Au XIXe siècle, avant les républicains et les socialistes, le catholicisme social du vicomte Alban de Villeneuve-Bargemont, celui d'un Charles de Montalembert ou d'un Armand de Melun, tous trois députés royalistes, légitimistes catholiques, est à l'origine de la loi du 22 mars 1841 relative au travail des enfants.

Entre 1850 et 1851, sous la IIe République, Armand de Melun fit adopter plusieurs lois sociales relatives aux jeunes détenus, au temps et aux conditions de travail, à l'assistance hospitalière, à l'aide judiciaire aux pauvres, aux contrats d'apprentissage.

Sous le Second Empire, la «politique sociale» de Napoléon III séduisit de nombreux ouvriers, même si elle n'eut guère de réalisations concrètes à son actif.

Albert de Mun
Albert de Mun (1841-1914)

Dans la lignée du catholicisme social, sous la IIIe République, le corporatiste chrétien Albert de Mun critique «l'avilissement du travail au rang d'une marchandise» et se pose comme un partisan de réformes sociales.

Il dépasse même les républicains qui votent, avec Waldeck-Rousseau, la loi sur l'autorisation des syndicats en 1884. De Mun aurait souhaité que ces derniers bénéficient de la «faculté d'acquérir» leur permettant d'organiser à large échelle des caisses contre le chômage, la maladie et la vieillesse.

Les politiques inspirées de la «question sociale» furent partagées par un large spectre idéologique, des conservateurs aux partisans du nouvel ordre issu de la Révolution française.

Le solidarisme de Léon Bourgeois (Solidarité, 1896) insuffla aux républicains l'horizon d'une société intégrée, ne laissant personne à l'écart, une «société de semblables».

Léon Bourgeois Solidarité

Les avancées sociales sur le temps de travail, les retraites et les allocations familiales, entre 1906 et 1919, furent le fait des républicains radicaux ou des libéraux.

Ainsi, les politiques inspirées de la «question sociale» furent partagées par un large spectre idéologique, des conservateurs aux partisans du nouvel ordre issu de la Révolution française.

Le Front populaire fit peut-être moins, que de Gaulle et le CNR en matière de définition d'un nouveau «modèle social».

Le 20 avril 1943, le général évoque dans un discours : «un régime économique et social tel qu'aucun monopole et aucune coalition ne puissent peser sur l'État, ni régir le sort des individus, où, par conséquent, les principales sources de la richesse commune soient ou bien administrées, ou, tout au moins contrôlées par la Nation, où chaque Français ait, à tout moment, la possibilité de travailler suivant ses aptitudes, dans une condition susceptible d'assurer une existence digne à lui-même et à sa famille (…) telle est la féconde réforme dont le pays renouvelé voudra consoler ses enfants».

programme CNR 1944

Le programme du CNR, adopté le 15 mars 1944, retient, à son tour, «le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l'amélioration du régime contractuel du travail ; (...) la garantie d'un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d'une vie pleinement humaine ; un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d'existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l'État».

Le 19 décembre 2001, Jacques Chirac, président de la République déclarait : «Notre modèle social repose sur des principes justes auxquels nos concitoyens sont légitimement et profondément attachés.» Tous les sondages le confirment.


Aucune famille politique n'est demeurée, à un moment ou à un autre, exclue de ce qui est devenu une singularité française, en Europe, en matière de redistribution et d'implication de l'État dans la pérennité et l'extension de celle-ci.

Le 19 décembre 2001, Jacques Chirac, président de la République déclarait : «Notre modèle social repose sur des principes justes auxquels nos concitoyens sont légitimement et profondément attachés.» Tous les sondages le confirment.

Et le 26 mai 2007, le communiste et ex-secrétaire général de la CGT, Georges Séguy, s'offusquait, avec un brin de fausse candeur : «comment pourrait-on admettre que la France de 1945 affaiblie par de lourdes destructions, appauvrie par le pillage systématique de l'occupant, meurtrie par les quatre années noires du régime de Vichy, aurait pu réussir ces importantes avancées sociales, alors que la France de 2007 réputée l'un des pays le plus riche du monde serait dans l'incapacité financière de respecter les conquêtes sociales issues de la Résistance ?»

Le modèle social français est donc aujourd'hui un «legs de souvenirs», un «principe spirituel», dans l'acception d'Ernest Renan (1882). Restera-t-il un «héritage à faire valoir» ?

Louis XIV et Colbert_1    Capitalisme contre capitalisme
Colbert et Louis XIV                               

 

Ordonnance_relative_à_l'organisation_de_la_Sécurité_sociale_1_-_Archives_Nationales_-_19780555_art_9
ordonnance du 4 octobre 1945 relative à l'organisation de la Sécurité Sociale,
Gouvernement provisoire de la République française

 

Anbroize Croizat
Ambroise Croizat, syndicaliste CGT, ministre communiste du Travail de 1945 à 1947,
l'un des fondateurs de la Sécurité Sociale

 

photo9
"Fermons les portes de la misère, Sécurité Sociale"

 

prevention-sanitaire-securite-sociale
"La Sécurité Sociale au service de la santé"

 

les-assistantes-sociales
"les assistances sociales apportent
aux familles joie et santé"

 

 

* toutes les images, à part la première, ont été ajoutées.

 

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dimanche 14 septembre 2014

les régimes politiques en France, 1789-2014

vers16_bouchot_001f
Le coup d'État de Bonaparte le 18 Brumaire an VIII (10 novembre 1799)

peinture de François Bouchot (1840)

 

 

les régimes politiques en France, 1789-1940

 

régimes politiques 1789-1940
tableau des régimes politiques de 1789 à 1940 (sans la chronologie)

 

régimes politique fond de tableau
tableau à remplir : chronologies et couleurs

 

- voir aussi la page Les régimes politiques en France de 1789 à nos jours, sur ce blog.

 

régimes politiques 1940-2014
tableau des régimes politiques de 1940 à 2014 (sans la chronologie)

 

1940-2014 fond de tableau
tableau à remplir : chronologies et couleurs

 

Le vote des pleins pouvoirs à Philippe Pétain le 10 juillet 1940 marque la fin de la IIIe République et le début du régime de Vichy.

Régime de Vichy

10 juillet 1940 - 20 août 1944
Il s'agit du régime qui assure le gouvernement durant l’occupation du pays par l’Allemagne nazie, et dont le siège est à Vichy (zone libre jusqu'en 1942).
Le régime est dirigé par le maréchal Philippe Pétain.
Le régime de Vichy prend fin de fait lors de la Libération de la France en août 1944.

Gouvernement provisoire de la République française (GPRF)

3 juin 1944 - 27 octobre 1946
Il s'agit du gouvernement de la France, après la fin du Régime de Vichy et jusqu'à l'entrée en vigueur des institutions de la IVe République.

IVe République

27 octobre 1946 - 4 octobre 1958
La constitution qui avait donné naissance à la IVe République n'avait été adoptée qu'à une courte majorité de 53 % des suffrages au référendum de 1946
.
Les deux présidents de la IVe République sont Vincent Auriol, ancien ministre socialiste du Front populaire, et René Coty, classé au centre-droit.

Ve République

28 septembre 1958 à aujourd'hui
En 1958, la nouvelle constitution reçoit une adhésion massive. Seuls le Parti communiste, la minorité socialiste qui quitte la SFIO et quelques personnalités de la gauche non communiste tels l'UDSR François Mitterrand ou le radical Pierre Mendès-France ont appelé à voter NON.

Depuis 2000, le septennat (7 ans) a été remplacé par le quinquennat (5 ans).
La Ve République compte, à l'heure d'aujourd'hui, 7 présidents :

  • 1958-1969 - Charles de Gaulle
  • 1969-1974 - Georges Pompidou
  • 1974-1981 - Valéry Giscard d'Estaing
  • 1981-1988 - François Mitterrand
  • 1988-1995 : François Mitterrand II
  • 1995-2002 : Jacques Chirac
  • 2002-2007 : Jacques Chirac II
  • 2007-2012 - Nicolas Sarkozy
  • 2012 - aujourd'hui : François Hollande

 

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régimes et constitutions

régimes et constitutions

 

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iconographie

 

monarchie constitutionnelle : 1789-1792

 

 

 

Ière République : 1792-1799

 

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décret de l'Assemblée nationale du 21 septembre 1792

 

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l'une des formules de la Ière République

 

 

Consulat : 1799-1804

 

 

 

1er Empire, Napoléon Ier : 1804-1814/1815

 

 

Restauration, monarchie constitutionnelle : 1815-1830

 

 

Monarchie de Juillet, monarchie constitutionnelle : 1830-1848

 

 

IIe République : 1848-1851

 

 

Second Empire, Napoléon III : 1851/1852-1870

 

 

IIIe République : 1870-1940

 

 

régime de Vichy : 1940-1944

 

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image de propagande en faveur du maréchal Pétain

 

 

Gouvernement Provisoire de la République française : 1944-1946

 

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Libération de Paris. Le général De Gaulle, André Le Troquer, Bidault, Alexandre Parodi,
les généraux Leclerc et Juin descendant les Champs-Elysées, 26 août 1944

 

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- le général de Gaulle, chef du G.P.R.F., à Bruay-en-Artois, le 11 août 1945 : vidéo ina.fr

 

publishable
le 2 novembre 1945, le Conseil des ministres du Gouvernement provisoire de la République française
(G.P.R.F.) se réunit sous la présidence de Charles de Gaulle (3e à partir de la droite),
quelques mois avant la démission de celui-ci le 20 janvier 1946

 

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13 novembre 1945, de Gaulle chef du gouvernement élu par l'Assemblée nationale

 

Le général de Gaulle est élu à l'unanimité par l'Assemblée constituante nouveau chef du gouvernement provisoire. Il forma son équipe aux côtés de ministres communistes.
Le 21 octobre 1945, par référendum, les Français se prononcent, à une écrasante majorité de 96% des suffrages exprimés, contre le retour aux institutions de la IIIe République et, avec une majorité plus réduite (66%), pour une Assemblée constituante aux pouvoirs limités.
Le même jour, est élue l'Assemblée constituante.
Élu à l'unanimité, le 13 novembre 1945, de Gaulle se trouve pourtant rapidement en désaccord avec la majorité de l'Assemblée sur le projet de Constitution : opposé à un système de souveraineté parlementaire, dans lequel il voit la raison de la faiblesse et des errements de la IIIe République, il veut un exécutif plus fort. Le 20 janvier 1946, il démissionne.

 

 

IVe République : 1946-1958

 

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- référendum du 13 octobre 1946 : vidéo ina.fr

 

 

Ve République : 1958-aujourd'hui

 

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affiche pour le OUI au référendum de 1958

 

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affiche pour le OUI au référendum de 1958

 

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affiche du Parti Communiste français pour le NON au référendum de 1958

 

bulletin de référendum 1958
bulletin du référendum du 28 septembre 1958

 

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L'Union de Reims, lundi 29 septembre 1958

 

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Le Petit Varois de Reims, lundi 29 septembre 1958

 

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L'Est Républicain, lundi 29 septembre 1958

 

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les présidents de la Ve République

 

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les présidents de la Ve République

 

 

 

 

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mercredi 10 septembre 2014

les lois mémorielles

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les lois mémorielles en France

 

Une loi est une règle juridique ou un texte déclaratif adoptés par le Parlement qui dispose du pouvoir législatif. Une loi mémorielle a le même statut mais son contenu s'empare d'un sujet historique.

Il y aurait plus de 10 500 lois en France. Il existe 4 lois mémorielles adoptées de 1990 à 2005. C'est dire que l'histoire n'est pas un sujet habituel de législation.

 

I - Quelles sont les 4 lois portant sur une question historique ?

1 - La loi du 13 juillet 1990 dite "loi Gayssot" tend "à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe", et crée le délit de négationnisme du génocide des Juifs.

2 - La loi du 29 janvier 2001 sur la "reconnaissance du génocide arménien de 1915".

3 - La loi du 21 mai 2001 ou "loi Taubira" sur la "reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité".

4 - La loi du 23 février 2005 "portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés". L'article qui prévoit que "les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif" de la colonisation est celui qui suscita le plus de débat. Finalement, cette partie du texte fut abrogée en 2006, quand le Conseil constitutionnel conclut que cette disposition ne relevait pas du domaine de la loi.

tableau lois mémorielles
tableau à remplir

 

II - Critique des lois mémorielles

 

L'appel du 12 décembre 2005

 

L'appel du 12 décembre 2005, à l'origine de l'association Liberté pour l'Histoire, soutient les principes suivants :

L’histoire n’est pas une religion. L’historien n’accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant.

L’histoire n’est pas la morale. L’historien n’a pas pour rôle d’exalter ou de condamner, il explique.

L’histoire n’est pas l’esclave de l’actualité. L’historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n’introduit pas dans les événements d’autrefois la sensibilité d’aujourd’hui.

L’histoire n’est pas la mémoire. L’historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L’histoire tient compte de la mémoire, elle ne s’y réduit pas.

L’histoire n’est pas un objet juridique. Dans un État libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’État, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire.

C’est en violation de ces principes que des articles de lois successives – notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 – ont restreint la liberté de l’historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu’il doit chercher et ce qu’il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites.

Nous demandons l’abrogation de ces dispositions législatives indignes d’un régime démocratique.

Les signataires :
Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock.

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 Exercice :

1) dans un tableau, distinguer ce que l’histoire est et ce qu’elle n’est pas, selon ce texte.

2) résumer les motifs (les raisons) pour lesquels les historiens sont opposés aux lois mémorielles.

 

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esclave-monde

 

Esclavage

 

Encore aujourd'hui

Par par Eric Conan et publié dans l'Express, le 4 mai 2006

La France s'apprête à célébrer, le 10 mai, la mémoire de la traite négrière. Une journée inspirée par la loi Taubira, qui continue de soulever l'inquiétude de nombreux historiens. Car, au nom du présent, on procède à une relecture partielle d'une tragédie dont le commerce transatlantique, jusqu'au XIXe siècle, n'est qu'un des épisodes. La persistance du phénomène, dans l'Afrique de 2006, en apporte malheureusement la preuve, comme le montre notre reportage au Niger.

 

 

Niger esclave affranchi
prince Touareg affranchissant un esclave au Niger (source)

 

La première célébration, le 10 mai prochain, de la Journée des mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions marque un tournant de la "politique mémorielle": c'est non pas une date du passé qui est choisie pour commémorer un événement du passé, mais le présent qui commémore son propre regard sur le passé.

Ce 10 mai renvoie en effet au 10 mai 2001, jour du vote de la loi Taubira, qualifiant la traite négrière transatlantique et l'esclavage de "crime contre l'humanité", date préférée au 27 avril 1848 (abolition définitive de l'esclavage en France). 

Jacques Chirac a ainsi tranché, le 30 janvier dernier, au terme de la polémique sur l'article 4 de la loi du 23 février 2005 recommandant aux enseignants d'évoquer le "rôle positif de la présence française outre-mer". Ce texte, qui avait scandalisé nombre d'historiens, avait été retiré le 25 janvier, mais la loi Taubira, qui lui a servi de modèle et dont beaucoup d'historiens demandaient aussi l'abrogation, se voit sanctifiée. Ce paradoxe témoigne de l'ambiguïté de débats mémoriels qui prennent le pas à la fois sur l'Histoire et sur l'intérêt pour le présent, ce qu'illustre la question de l'esclavage

Concernant le passé, les historiens s'inquiètent pour la vérité historique et pour leur liberté de recherche du fait de l'intrusion du législateur et du juge dans leur domaine.

La loi Taubira procède en effet d'une lecture partielle en n'évoquant que "la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe".

D'une tragédie qui appartient à la longue histoire de l'humanité elle ne retient, sur une séquence courte, que les faits imputables aux seuls Blancs européens, laissant de côté la majorité des victimes de l'esclavage. La terrible traite transatlantique, du XVe au XIXe siècle, ne constitue malheureusement qu'une partie de l'histoire de l'esclavage, qui comprend également la traite arabo-musulmane, laquelle a duré du VIIe au XXe siècle, et la traite intra-africaine, toutes deux plus meurtrières. 

Le risque de voir cette histoire partielle, donc partiale, devenir histoire officielle a mobilisé les historiens quand l'un des meilleurs spécialistes actuels des traites négrières, Olivier Pétré-Grenouilleau, a été attaqué en justice au nom de la loi Taubira. Parce qu'il rappelait que la quasi-totalité des esclaves africains avaient été razziés non par des Blancs, mais par des négriers africains et que le commerce des esclaves était une routine sur le continent noir bien avant l'arrivée des négriers européens. Il lui était aussi reproché de réfuter l'application du terme de "génocide" aux traites négrières, contredisant ainsi le parallèle implicite entre l'esclavage et l'extermination des juifs qu'évoque l'exposé des motifs de la loi Taubira. 

L'affaire Pétré-Grenouilleau a d'autant plus inquiété les historiens que la loi de 2001 précise dans son article 2 que "les programmes de recherche en histoire" devront accorder "la place conséquente qu'ils méritent" à la traite négrière et à l'esclavage, dont l'interprétation judiciaire risque de se limiter à la définition partielle que ladite loi donne.

Et Christiane Taubira ne les a pas rassurés en déclarant que constituerait pour elle un "vrai problème" le fait qu'Olivier Pétré- Grenouilleau, professeur d'université, "payé par l'Éducation nationale sur fonds publics", continue d'enseigner ses "thèses" aux étudiants... Les historiens ne cessent d'ailleurs de voir leur rôle réduit par l'inflation mémorielle : s'ils avaient été encore sollicités lors des débats sur Vichy, on n'a plus eu besoin d'eux dans ceux sur la guerre d'Algérie et on les poursuit maintenant en justice à propos de la mémoire de la colonisation.

 

L'obsession pour un passé réinventé

Les enjeux du présent expliquent ces relectures du passé. Christiane Taubira déclare sans ambages qu'il ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane "pour que les jeunes Arabes ne portent pas sur leur dos tout le poids de l'héritage des méfaits des Arabes". Ces logiques communautaires influent aussi sur le projet mémoriel La Route de l'esclave, décidé en 1993 par l'Unesco: Roger Botte, chercheur au Centre d'études africaines du CNRS, constate qu'il privilégie également la traite transatlantique du fait de "la pression des représentants du monde arabe et des Etats africains". 

Les démarches identitaires d'associations revendiquant le statut de victimes de l'Histoire transforment les débats.

Dieudonné et les Indigènes de la République ont ainsi avancé l'expression très problématique de "descendant d'esclave". Empruntée aux Noirs américains - chez qui elle correspond à une réalité historique - cette notion ne peut, avec des nuances, s'appliquer en France qu'aux populations originaires des départements d'outre-mer, mais pas à celles de l'immigration africaine, n'ayant aucun rapport généalogique avec l'esclavage, sinon une éventuelle filiation avec des marchands d'esclaves. "Si Dieudonné plaçait l'Histoire au-dessus de son fantasme mémoriel, comment l'humoriste franco-camerounais, né dans la banlieue parisienne, pourrait-il se revendiquer "descendant d'esclave"?" s'interrogent donc Géraldine Faes et Stephen Smith dans Noir et français! (Panama), ouvrage précis et passionnant qu'ils viennent de publier sur ces questions.

Que signifie en effet revendiquer une identité victimaire et invoquer une "souffrance" avec cinq ou six générations de décalage ? Est-elle assimilable aux souffrances et traumatismes transmis ou vécus directement, d'une génération à l'autre ou entre contemporains, qu'ont connus juifs, Arméniens, Bosniaques, Rwandais ou victimes du communisme ? Et à quoi correspond l'application, à des siècles de distance, de la notion de "crime contre l'humanité", définie en 1945 ?

Là réside le paradoxe le plus gênant, quand l'obsession pour un passé réinventé sert de substitut aux urgences du présent : le concept de crime contre l'humanité est une catégorie pénale dont l'objet est la poursuite de criminels ; elle a ainsi permis de pourchasser au bout du monde les derniers criminels nazis. Or les criminels esclavagistes n'appartiennent malheureusement pas tous au passé lointain.

Si l'histoire des traites européennes, qui se caractérise par sa relative brièveté et par leur abolition, est terminée depuis plus d'un siècle et demi, l'esclavage s'est prolongé dans de nombreux pays (dont l'Arabie saoudite) jusqu'au milieu du XXe siècle - c'est pour le dénoncer qu'Hergé a publié Coke en stock, en 1958. Et il persiste de nos jours dans certains pays, dont le Soudan, le Niger et la Mauritanie, qui l'a pourtant aboli officiellement en 1960, et de nouveau en 1980.

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, il y aurait toujours plusieurs millions d'adultes en esclavage dans le monde et plusieurs associations humanitaires ont aujourd'hui pour objet le rachat d'esclaves : l'une d'elles a récemment racheté, au Soudan, un millier d'esclaves à raison de 50 dollars chacun dans la province de Bar el-Ghazal et, au Niger, les membres de Timidria continuent de lutter contre l'esclavage, malgré son abolition, en 1999 (notre reportage au Niger). 

Ces militants anonymes ont le tort de vouloir libérer les victimes oubliées d'une histoire qui écrase encore plutôt que d'instrumentaliser une histoire révolue, comme le souligne l'un d'entre eux, Moustapha Kadi Oumani, en conclusion d'Un tabou brisé. L'esclavage en Afrique (l'Harmattan) : "Il apparaît bien paradoxal, au moment où l'Afrique attend des excuses pour les effets dévastateurs qui ont laminé son potentiel économique, déformé les systèmes politiques, sapé les pratiques morales et civiques, qu'elle continue à pratiquer elle-même l'esclavage." 

 

 

 

 

 

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samedi 6 septembre 2014

superficie de l'Afrique

Afrique sur sphère

 

 

le continent africain

 

Afrique superficies
les espaces semi-continentaux pouvant être inclus dans l'espace africain

 

Le continent africain possède une superficie de 30,4 millions de km2, soit un peu moins de 60 fois la France. Il représente 20% des terres émergées.

 

 

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vendredi 5 septembre 2014

chiffres romains

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chiffres romains

 

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tableau des chiffres romains

 

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formation des chiffres romains

 

 

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