jeudi 30 mai 2013

Qu'est-ce que le sionisme ?

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définir de façon réaliste le terme "sioniste"

Avraham B. YEHOSHUA, écrivain

 

Le terme de «sioniste» est fondamentalement simple, clair, facile à définir, à comprendre et à justifier. Cependant, au cours des vingt, trente dernières années, ce terme s’est transformé en une notion des plus confuses.

La droite l’ajoute comme une sorte de crème chantilly pour améliorer le goût de mets douteux, tandis que la gauche l’envisage avec crainte comme une sorte de mine susceptible d’exploser entre ses mains, qu’il convient de neutraliser avec toutes sortes d’ajouts bizarres, du genre «sionisme raisonnable» ou «sionisme humaniste».

À l’étranger, dans les cercles critiques à l’égard d’Israël, le sionisme sert de poison à l’aide duquel chaque argument à l’encontre de l’État hébreu se voit aggravé. Pour certains critiques, la solution pour l’avenir de ce pays est même dans la «désionisation» de son identité.

Pour les ennemis jurés d’Israël, sioniste est un vocable diabolique, un qualificatif péjoratif remplaçant le mot «israélien» ou «juif». Les membres du Hamas parleront du «soldat sioniste prisonnier», et le Hezbollah et l’Iran se référeront à «l’entité sioniste criminelle» et non à Israël.

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carte postale éditée lors du Congrès sioniste ;
à gauche, Max Nordau, au centre Herzl

 

Dans ces conditions, il faut tenter de définir de façon réaliste le terme sioniste. Tout d’abord, il convient de se rappeler que ce terme est né à la fin du XIXe siècle. Cela n’a donc aucun sens de définir par ce mot le poète Yéhouda Halévy de sioniste, lui qui œuvrait au XIe siècle en Espagne, ou un juif quelconque immigré en terre d’Israël au cours des siècles passés.

Du coup, comment définir qui est sioniste depuis l’apparition du mouvement sioniste, inspiré de Theodor Herzl et de ses adeptes ? Voici une définition : un sioniste est un individu qui désire ou soutient la création d’un État juif en terre d’Israël qui serait, dans le futur, l’État du peuple juif.

Selon les propos mêmes de Herzl : «À Bâle, j’ai fondé l’État des juifs.»Le mot-clé en l’occurrence est : «État». Et, de manière naturelle, il s’agit de la terre d’Israël à cause de l’attachement historique du peuple juif à cette terre.

Mon trisaïeul, par exemple, venu de Salonique en terre d’Israël au milieu du XIXe siècle, ne peut donc être défini comme un sioniste. Il est venu s’y installer et non fonder un État. C’est le cas des aïeux des Nétouré Karta («les Gardiens de la cité») et d’autres groupes hassidiques arrivés au XVIIe siècle et au XVIIIequi lui vouent la même fidélité, mais dont certains d’entre eux considéraient, et considèrent toujours, l’État d’Israël comme une abomination et un blasphème.

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famille juive à Salonique, fin XIXe-début du XXe siècle

 

Herzl n'a jamais été un immigré en terre d'Israël

Herzl lui-même et nombre de dirigeants sionistes n’ont jamais immigré en terre d’Israël, sans que, pour autant, on ne puisse pas les qualifier de sionistes. Quiconque définit le sioniste comme celui qui a immigré en Israël déclare, en fait, qu’aucun sioniste ne se trouve hors de ce pays. Ce qui est faux. Et que dire de ceux qui sont nés en Israël ? Seraient-ils sionistes de naissance ?

Reste à savoir quel État désiraient ceux qui en soutenaient le projet ? Chaque sioniste affichait sa propre vision et son programme. Le sionisme n’est pas une idéologie.

Si l’on retient comme définition de l’idéologie la conjonction systématique et unifiée d’idées, de conceptions, de principes et de mots d’ordre à l’aide desquels s’incarne une vision du monde d’un groupe, d’un parti ou d’une classe sociale, le sionisme ne peut sûrement pas être tenu pour une idéologie mais juste comme une très large plateforme de différentes idéologies, parfois même antagonistes.

Après la création de l’État d’Israël en 1948, la définition du sioniste s’est métamorphosée : un sioniste accepte le principe que l’État d’Israël n’appartient pas à ses citoyens mais au peuple juif tout entier, et l’expression obligatoire qui en découle est «la loi du retour». Les affaires de l’Etat sont du ressort exclusif de ses citoyens - les détenteurs de la carte d’identité israélienne, dont 80% de juifs et 20% de Palestiniens israéliens et d’autres.

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après la proclamation de la création de l'État d'Israël en 1948

 

Néanmoins, seul celui qui soutient la loi du retour est sioniste et celui qui le refuse ne l’est pas. Mais les juifs israéliens qui rejettent la loi du retour et se qualifient de non-sionistes ou de post-sionistes (à droite comme à gauche) demeurent de bons citoyens loyaux de l’État d’Israël, avec leurs droits garantis.

Il en découle que toutes les grandes questions idéologiques, politiques, sécuritaires et sociales, sur lesquelles nous nous affrontons, nuit et jour, ne relèvent pas du sionisme. Elles appartiennent au même registre de querelles que d’autres peuples ont connues et connaissent encore. En outre, le mot sionisme n’est pas là pour se substituer à «patriotisme», «esprit pionnier», «humanisme» ou «amour de la patrie» que d’autres langues utilisent.

De même, il n’existe pas de rapport entre la surface de l’État et le sionisme. Si les Arabes avaient accepté le plan de partage de la Palestine en 1947, l’État d’Israël dans les frontières du partage n’aurait pas été moins sioniste que dans d’autres frontières. Si l’État hébreu avait conquis et annexé la Transjordanie et abrogé la loi du retour, il aurait cessé d’être sioniste, bien qu’il eût triplé ou quadruplé son territoire.

 

État juif, État palestinien et loi du retour

Concernant la loi du retour que d’aucuns considèrent comme discriminatoire à l’égard des citoyens palestiniens d’Israël, il convient de répondre que la loi du retour est la condition morale posée par les nations du monde à la création de l’Etat d’Israël. Le partage, en 1947, de la Palestine en un État juif et un État palestinien ne s’effectuait qu’à condition que l’État juif ne soit pas celui du petit établissement des 600 000 Israéliens qui y vivaient à cette époque, mais un État qui puisse résoudre la détresse de tous les juifs du monde et offrir à tous les juifs la possibilité d’y trouver un foyer. Serait-il moral que les centaines de milliers de juifs qui ont pu immigrer en Israël grâce à la loi du retour referment les portes à travers lesquelles ils ont pu y pénétrer ?

En outre, il est vraisemblable que l’État palestinien, qui naîtra, je l’espère, rapidement et de nos jours, aura sa propre loi du retour. Cette loi revêtira une semblable valeur morale qui permettra à tout Palestinien exilé d’y revenir, et d’en recevoir la citoyenneté. Que ce soit en Israël ou dans l’État palestinien, cette loi ne contredit pas les lois d’immigration générale, comme partout dans le monde.

Libérer le terme sioniste de tous les appendices et autres ajouts superflus qui lui ont été accolés permettra non seulement d’éclaircir tous les différends idéologiques et politiques entre nous, évitant ainsi une mythification des controverses, mais obligera les critiques en dehors d’Israël à mieux préciser et à mieux focaliser leurs positions.

Libération, 30 mai 2013

Traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche.

Dernier ouvrage paru : Rétrospective, Grasset Calmann-Lévy, 2012.

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Irena Sendler qui a sauvé 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie

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Irena Sendler (1910-2008)

et les 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie

 

 - ghetto : quartier où les Juifs étaient tenus de résider, isolés du reste de la population et étroitement surveillés ; à Varsovie, il fut instauré dès 1940 par les nazis.

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ghetto de Varsovie en juin 1942

 

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une sœur et son frère, photographie prise le 19 septembre 1941 par Heinrich Jöst,
dans le ghetto de Varsovie

- le ghetto de Varsovie. Dossier très complet ici : http://www.enseigner-histoire-shoah.org/outils-et-ressources/fiches-thematiques/les-grandes-etapes-de-la-shoah-1939-1945/etude-de-cas-le-ghetto-de-varsovie-1940-1943-12.html


extrait :

La création du ghetto

Dès l’automne 1939, commencent les persécutions antijuives dans le gouvernement général [de Pologne occupée par l'Allemagne nazie]. À partir du 1er décembre 1939, tous les Juifs âgés de plus de douze ans doivent arborer un brassard blanc où figure une étoile de David bleue. D’autres mesures, prises au cours de l’automne et de l’hiver 1939-1940, visent à isoler et à brimer : couvre-feu, interdiction de changer de domicile, de voyager en chemin de fer, confiscation des postes de radio, interruption fréquente de la distribution du courrier, interdiction de fréquenter les jardins publics, etc.

En mai 1940, le quartier juif de Varsovie est officiellement déclaré par les Allemands «zone d’épidémie» et le 2 octobre 1940, le gouverneur du district de Varsovie, Ludwig Fischer, publie l’ordre de transplantation : entre le 12 octobre et le 31 novembre 1940, 113 000 non-Juifs quittent le quartier juif et 138 000 Juifs y «déménagent» dans un climat de panique.

Clos le 16 novembre 1940, le ghetto de Varsovie est en partie cerné d’un mur d’enceinte. Dans cette enceinte d’une superficie d’environ 300 hectares, on compte 128 000 habitants au km² (à comparer avec le chiffre de 14 000 environ dans la Varsovie non juive).
La population du ghetto passe de 381 000 personnes en janvier 1941 à 439 000 en juin 1941, pour retomber à 400 000 en mai 1942.

 

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ghetto de Varsovie, place du marché

 

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source : http://zakhor-online.com/?p=2043


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article de presse à l'occasion du décès d'Irena Sendler

Décédée lundi 12 mai à l'âge de 98 ans, Irena Sendler a sauvé 2.500 enfants juifs du ghetto de Varsovie durant la Seconde Guerre mondiale. Arrêté par la Gestapo en 1943 elle fut miraculeusement sauvée sur le chemin de l'exécution
Figure de la résistance polonaise, Irena Sendler a sauvé 2.500 enfants juifs de Varsovie au risque de sa vie en les faisant sortir du ghetto instauré par les nazis.
"On m'a éduquée dans l'idée qu'il faut sauver quelqu'un qui se noie, sans tenir compte de sa religion ou de sa nationalité", aimait-elle à dire.

Juste parmi les Nations

Née le 15 février 1910, Irena Sendler est longtemps restée peu connue en Pologne, à l'image d'Oskar Schindler, qui est mort dans la pauvreté en Allemagne, avant que son action soit immortalisée au cinéma par Steven Spielberg.

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Il fallut attendre mars 2007 pour que la Pologne lui rende un hommage solennel et propose son nom pour le Prix Nobel de la Paix.
Cependant, le mémorial israélien de l'Holocauste, le Yad Vashem, lui avait décerné dès 1965 le titre de Juste parmi les Nations, réservé aux non-juifs qui ont sauvé des juifs (un peu plus de 22.000 à ce jour).

Première métropole juive d'Europe


Assistante sociale, elle travaillait déjà avant la guerre auprès des familles juives pauvres de Varsovie, qui était alors la première métropole juive d'Europe. La capitale polonaise abritait 400.000 des 3,5 millions de juifs de Pologne.
Dès l'automne 1940, Irena Sendler a pris des risques considérables pour apporter de la nourriture, des vêtements ou des médicaments aux habitants du ghetto, que les occupants nazis avaient instauré dans un quartier de la capitale. Sur 4 km², ils y avaient entassé quelque 450.000 personnes.
En raison du manque de nourriture, beaucoup sont morts de faim ou de maladie. Les autres ont été gazés au camp de la mort de Treblinka. Une poignée de survivants ont mené au printemps 1943 une insurrection désespérée avant que l'armée nazie ne rase complètement le quartier.

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juifs arrêtés lors de l'insurrection du ghetto de Varsovie


Enfants cachés dans des valises


"Lorsqu'elle marchait dans les rues du ghetto, Sendler portait un brassard avec l'Etoile de David, à la fois par solidarité avec les juifs et par souci de ne pas attirer l'attention sur elle", souligne le mémorial du Yad Vashem.
À la fin de l'été 1942, elle a rejoint le mouvement de résistance Zegota, (Conseil d'aide aux juifs).
Elle a alors fait sortir clandestinement des enfants du ghetto qu'elle hébergeait dans des familles catholiques et des couvents.
Les enfants étaient cachés dans des valises, transportés par des pompiers ou des camions à ordures, ou simplement dissimulés sous les manteaux des personnes qui avaient le droit d'accès au ghetto, comme Irena Sendler et son équipe d'assistantes sociales. Par précaution, elle notait soigneusement les noms des enfants et des familles sur des papiers qu'elle enterrait dans des bouteilles.

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image du film The Courageous Heart of Irena Sendler


Miraculeusement libérée sur le chemin de l'exécution


Elle fut arrêtée chez elle le 20 octobre 1943. Au quartier général de la Gestapo, ses tortionnaires lui brisèrent les pieds et les jambes. Mais elle ne parla pas. Condamnée à mort, elle fut miraculeusement libérée sur le chemin de l'exécution par un officier allemand que la résistance polonaise avait réussi à corrompre.
Elle continua son combat clandestin sous une autre identité jusqu'à la libération. Après la guerre, elle travailla dans la supervision des orphelinats et des maisons de retraite.

"Je continue d'avoir mauvaise conscience"


Elle a toujours pensé qu'elle n'était pas une héroïne. "Je continue d'avoir mauvaise conscience d'avoir fait si peu", disait-elle.
De santé fragile, Irena Sendler était restée l'an dernier à l'écart des cérémonies qui lui rendirent hommage. Mais elle avait fait lire une lettre par une survivante, Elzbieta Ficowska, qu'elle avait sauvée tout bébé en 1942.
"J'appelle tous les gens de bonne volonté à l'amour, la tolérance et la paix, pas seulement en temps de la guerre, mais aussi en temps de paix", avait-elle dit.

http://tempsreel.nouvelobs.com/culture/20080512.OBS3470/portrait-d-irena-sendler.html

 

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"On ne plante pas des graines de nourriture.
On plante des graines de bonnes actions.

Essayez de faire des chaînes de bonnes actions,
pour les entourer et les faire se multiplier."

Irena Sendler

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http://www.dailymotion.com/video/x9qtu9_une-juste-irena-sendler_webcam?start=NaN#.UanQSetD-Dl
- vidéo réalisée par R. Luc Hervé pour "Mimavision" en 2006.

http://www.youtube.com/watch?v=Fn82taAIteQ
- film The Gourageous Heart of Irena Sendler (en langue anglaise).

 

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soldats allemands arrêtant fes juifs au cours de la révolte du ghetto de Varsovie, mai 1943

 

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déportation de juifs après l'insurrection du ghetto de Varsovie en 1943


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Posté par LCL42Histoire à 12:46 - Commentaires [3] - Permalien [#]