9782070392582

 

 

Les aventures de Télémaque, Fénelon

un roman pédagogique, un conte philosophique

 

Fenelon
Fénelon (1651-1715)

 

Le roman pour l'éducation d'un prince destiné à succéder à son grand-père Louis XIV, écrit à la fin du XVIIe siècle par Fénelon, nommé archevêque de Cambrai en 1695.

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- quatrième de couverture de l'édition Folio (Jacques Le Brun), 1995 :

En un temps où peintres, sculpteurs et musiciens trouvaient leur inspiration dans l'Antiquité païenne autant que dans la Bible, Fénelon, dans Les Aventures de Télémaque, peignait en tableaux enchanteurs ce qu'on appelait la fable, les dieux de la mythologie et les héros homériques.

Loin de contredire le christianisme dévôt et la spiritualité du pur amour de l'archevêque de Cambrai, l'Antiquité était, comme elle avait été chez Poussin et comme elle était chez Couperin, le moyen d'exprimer les inévitables questions sur lesquelles butaient les religions et les théologies : le désir, la culpabilité et la mort, la paternité et la filiation, la fragilité des cultures et la cruauté de l'histoire.

Parce qu'elles étaient leurs questions, des générations de lecteurs, par-delà les modes et les goûts, se sont laissé séduire par cette fable, écrite pour le petit-fils de Louis XIV, à la fois ancienne et moderne, une des rares qu'on ait créées depuis l'Antiquité avec un aussi durable succès.

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présentation par Joël Cornette, grand historien, spécialiste de cette période, professeur à l'université Paris VIII :

Joël Cornette photo

 

Les Aventures de Télémaque de Fénelon

Écrit pour l'éducation du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, Télémaque décrit un monde idéal. Qui inspira les philosophes des Lumières.

L'OEUVRE

Écrit entre 1693 et 1696, Les Aventures de Télémaque fils d'Ulysse, suite du IVe livre de l'Odyssée puise son sujet dans l'épopée d'Homère.

Conçue au moment où la guerre de la ligue d'Augsbourg 1688-1697 épuise le royaume, cette «narration fabuleuse» s'inscrit en opposition avec la politique belliqueuse de Louis le Grand : «N'oubliez jamais que les rois ne règnent point pour leur propre gloire mais pour le bien de leurs peuples.» C'est bien Louis XIV, roi de guerre, qui est fustigé : «Ces grands conquérants, qu'on nous dépeint avec tant de gloire, ressemblent à ces fleuves débordés qui paraissent majestueux, mais qui ravagent toutes les fertiles campagnes qu'ils devraient seulement arroser.»

Le roi ne s'y trompa pas : il fut furieux. D'autant que nombre de lecteurs reconnurent en Idoménée, prince arrogant et fastueux, le souverain de Versailles ; en Protésilas, son néfaste ministre Louvois ; en la ville de Tyr, commerçante et prospère, les opulentes Provinces-Unies. Quant à Calypso, déesse coquette et aimante, elle ressemblait à Mme de Montespan...

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madame de Montespan,
favorite de Louis XIV à partir de 1667

Fénelon se défendit de ces rapprochements : «Il aurait fallu que j'eusse été non seulement l'homme le plus ingrat, mais encore le plus insensé pour vouloir faire des portraits satiriques et insolents.» En vain.

Le royaume imaginé par le précepteur du duc de Bourgogne lui permet de décrire un monde parfait. La Bétique est peuplée de laboureurs, de pasteurs, d'«ouvriers diligents». C'est une société simple qui dédaigne le luxe, lequel «empoisonne toute une nation» nouvelle critique adressée aux fastes de la cour du Roi-Soleil. Le travail y est créatif, facteur de développement et de progrès humain. Sagement gouvernée par un «roi philosophe» , la Bétique évolue vers une patrie de petits producteurs accédant au bonheur parce que leur intérêt particulier coïncide avec l'intérêt général.

Les philosophes des Lumières verront dans cette description le modèle de la monarchie éclairée qu'ils appellent de leurs voeux. Sans doute, en cette crépusculaire fin de règne, Fénelon n'est pas le seul à proposer du nouveau, mais ce «nouveau» ressemble beaucoup, chez lui, à l'ancien, âge d'or d'une monarchie patriarcale où le roi, père de son peuple, ne serait que l'arbitre bienveillant d'un gouvernement associant les meilleurs, c'est-à-dire les gentilshommes.

Qu'en reste-t-il ?

Nous ne lisons plus guère Les Aventures de Télémaque, nourries d'une culture antique dont nous avons perdu les clés. Nous avons aussi quelque peu oublié le succès inattendu d'une oeuvre que Montesquieu qualifiait de «livre divin de ce siècle».

Dès 1694, des copies manuscrites circulèrent. Puis, après le vol du manuscrit par un valet s'il faut en croire Fénelon, le premier tome fut publié en avril 1699. Six cents exemplaires furent vendus avant la saisie. La suite parut clandestinement.

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Ce passage du manuscrit, destiné aux petits-fils du roi, à l'imprimé, et à un public de plus en plus large, fut décisif dans la formation d'une opinion publique. Car les hardiesses politiques de Télémaque pénétraient ainsi un espace de discussion et de réflexion non soumis à l'emprise de l'État. L'éducation prodiguée par Fénelon cessait d'être celle du prince pour devenir celle de tout honnête homme.

Télémaque fut l'un des livres les plus réédités et traduits de la littérature française. Il peut être redécouvert comme la synthèse d'une culture humaniste revivifiée et, à la charnière du XVIIe et du XVIIIe siècles, du classicisme et des Lumières, comme un témoin de la crise de la conscience européenne. Le testament du Grand Siècle.

Fénelon, Télémaque , rééd. Paris, GF-Flammarion, 1968.

Par Joël Cornette

Lire les classiques soumis le 29/05/2002 par Joël Cornette dans L'Histoire n°266 à la page 98 | Gratuit

http://www.histoire.presse.fr/lhistoire/266/les-aventures-de-telemaque-de-fenelon-29-05-2002-7198

 

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la dynastie des Bourbons

 

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dynastie simplifiée, notamment quant à la descendance de Louis XIV (cliquer pour agrandir)

 

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qui était le duc de Bourgogne ?

- le duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV (1638-1715), fils de Louis, le Grand Dauphin (1661-1711) est né en 1682 et décédé en 1712. Louis XIV a vu mourir son fils et ses petits-fils (à l'exception de Philippe, roi d'Espagne, décédé en 1746, mais qui ne pouvait unir sa couronne à celle de la France). Seul, son arrière-petit-fils lui a succédé.

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le duc de Bourgogne (1682-1712)

 

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le duc de Bourgogne, par Hyacinthe Rigaud

C'est en avril 1689 que Fénelon fut désigné come précepteur du duc de Bourgogne. Parallèlement, il poursuit son oeuvre théologique et participe à la controverse que l'on a nommé le "Pur Amour", notamment animée par Madame Guyon, fille du surintendant Fouquet en disgrâce et que Fénelon avant rencontrée dès 1688.

Cette dispute religieuse, appelé aussi le "quiétisme", poussa Fénelon à écrire en 1695, l'Explication des Maximes des Saints sur la Vie intérieure.
En août 1697, Fénelon est écarté de la Cour.

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Madame de Guyon

 

 

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Les aventures de Télémaque, Fénelon

 

Genèse de l'œuvre et histoire éditoriale

Les Aventures de Télémaque furent publiées en 1699 sans l'accord de l'auteur, et réimprimées en 1717 par les soins de sa famille. L'ouvrage a connu une foule d'éditions, a été traduit dans toutes les langues et a même été mis en vers latins (une première fois à Berlin en 1743, une seconde fois à Paris, par Étienne Viel en 1808).

Ce roman a provoqué la disgrâce de Fénelon à la cour. Ce dernier avait écrit ce roman d'aventures à l'attention des élèves royaux et en particulier du duc de Bourgogne, le fils du dauphin, dont il était le précepteur.

Intrigue

Fénelon raconte les pérégrinations de Télémaque, accompagné de Mentor, avatar de Minerve — prétexte d'un enseignement moral et politique qui fut également vu, à l'époque, comme une satire du règne de Louis XIV, représenté sous les traits d'Idoménée.

Telemachus_and_Mentor

Analyse

Les Aventures de Télémaque sont à la fois une épopée et un traité de morale et de politique. Ce roman de 1699 connaît un grand succès jusqu'à la Première Guerre mondiale. On le voit dans la réécriture d'Aragon : le roman de Fénelon est raillé. Or quand Aragon publie son œuvre (1922), le succès du roman de Fénelon n'est plus ce qu'il était avant-guerre.

Postérité

Marivaux publie une parodie des Voyages de Télémaque, en 1717.

Ce roman occupe une place à part, à la fois symbolique et praxéologique, au cœur de la doctrine pédagogique dite de L'Enseignement Universel de Joseph Jacotot.

En 1922, Louis Aragon publie un récit en sept chapitres également intitulé Les Aventures de Télémaque qui raille le roman de Fénelon.

texte Wikipédia

 

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iconographie

 

 

Télémaque icono 1
Minerve quitte la figure de Mentor et se sépare de Télémaque

 

Télémaque icono 2
Télémaque conte ses aventures à Calypso

 

Télémaque icono 3
Protesilas se jette aux pieds d'Hégésippe

 

Télémaque icono 4
Mentor jette Télémaque du haut d'un rocher dans la mer
et s'y précipte après lui

 

Télémaque icono 5
Télémaque demande à Hazaël le liberté de Mentor

 

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Les personnages du Télémaque de Fénelon

 

Calypso

Ulysse

Télémaque

Minerve

Mentor

Sésostris

Termosiris

Narbal

Astarbé

Nausicrate

Jupiter

Eucharis

 Amour

Adoam

Baléazar

Timocrate

Hégésippe<l

Hippias

Charon

Pluton

 

Résumé par livres

Livre 1 : Calypso se sent seule depuis le départ d’Ulysse. Télémaque et Mentor arrivent sur son ile. Elle s’occupe bien de Télémaque, celui-ci se laisse séduire malgré les avertissements de Mentor. Calypso dit qu’Ulysse est mort après l’avoir quittée. Télémaque lui raconte ses aventures dont celle avec Aceste.

Livre 2 : Télémaque raconte à Calypso qu’il a été fait prisonnier par Sésostris, un très bon roi, à cause d’un mauvais sujet de celui-ci. Il est séparé de Mentor. Il rencontre Termosiris qui lui redonne confiance. Sa bonté le fait libérer, il est sur le point de retourner à Ithaque lorsque Sésostris décède. Son fils n’est pas à la hauteur, il déclenche une guerre civile pendant laquelle il meurt. Télémaque dit qu’il en gardera toujours souvenir et se servira de cet exemple pour bien gouverner.

Livre 3 : Calypso admire Télémaque. Celui-ci raconte sa rencontre avec Narbal à Tyr. Cette ville est gouvernée par Pygmalion qui détruit sa grandeur par son avarice. Narbal donne de bons conseils à Télémaque pour bien gouverner un pays. Télémaque ne veut pas mentir et les dieux lui montrent leur appui en lui permettant de fuir Tyr.

Livre 4 : Calypso interrompt Télémaque pour qu’il aille se reposer. Mentor prévient Télémaque contre Calypso : elle ne les laissera plus partir. Calypso, elle, se méfie de la sagesse de Mentor. Télémaque reprend son histoire, il parle de l’ile de Chypre où sous l’influence de Vénus tout n’est que plaisir. Il parle de ses retrouvailles à Mentor et de sa rencontre avec Hasaël.

Livre 5 : Arrivée en Crète où ils font l’éloge des lois de Minos. Histoire d’Idoménée qui a tué son fils. Epreuves pour choisir le nouveau roi. Télémaque refuse d’être celui-ci, il veut revoir Ithaque. Il parle du naufrage et de l’arrivée sur l’ile de Calypso.

Livre 6 : Vénus emmène Amour sur l’ile de Calypso. Cela crée de nombreuses tensions surtout entre Calypso et la nymphe Eucharie. Mentor se sert de la jalousie pour forcer Calypso à vouloir chasser Télémaque. Il réussit à déjouer les plans d’Amour et des nymphes.

Livre 7 : Le commandant du bateau est Adoam, frère de Narbal. Il leur raconte ce qui est arrivé à Pygmalion et comment son fils, Baléazar a dû redorer l’image de la Phénicie. Adoam va les déposer chez eux. Il leur parle de la Bétique qui est peuplée d’hommes sages et vertueux. Télémaque admire les mœurs de ce pays.

Livre 8 : Vénus obtient de Jupiter que Télémaque erre encore avant de retourner en Ithaque mais il ne doit pas mourir. Ils se retrouvent à Salente, nouveau royaume d’Idoménée. Celui-ci lui promet de l’aider à rentrer s’il l’aide dans sa guerre que, suivant l’oracle, il ne peut gagner sans lui.

Livre 9 : Mentor demande à Idoménée les causes de cette guerre. Celle-ci est stupide. Mentor réussit grâce à sa grande sagesse à maintenir la paix. Nestor est parmi les chefs de l’Hespérie, il craint Adraste plus qu’Idoménée. Il veut prévenir ce dernier pour qu’il devienne leur allié plutôt que leur ennemi.

Livre 10 : Mentor envoie Télémaque à la guerre et lui donne de précieux conseils. Lui, il reste aux côtés d’Idoménée afin de modifier la ville et faire la fortune de l’Etat. Idoménée le remercie, il est heureux d’être aimé par son peuple et non pas craint.

Livre 11 : Idoménée avoue avoir été mal conseillé. Il parle de Philoclès dont il s’est séparé alors qu’il était le seul homme honnête et juste. Mentor lui dit de se séparer de Timocrate et Protésilas ce qui est fait et d’aller chercher Philoclès. Mentor fait de Salente un bon royaume pour en faire un parfait exemple pour Télémaque.

Livre 12 : Philoctète avoue à Télémaque qu’il a ressenti pendant longtemps de la haine envers Ulysse qu’il croyait responsable de ses maux. A présent, il admire sa vertu et s’en repent.

Livre 13 : Télémaque se comporte d’abord comme un enfant gâté. Il se querelle avec Phalante et Hippias. Le camp est attaqué par Adraste. Télémaque devient un autre homme, il remporte une petite victoire en repoussant ses ennemis mais il est surtout admiré pour sa générosité envers Hippias, décédé, et son frère Phalante, blessé mais bien vivant.

Livre 14 : Adraste attend le bon moment pour lancer une nouvelle attaque. Télémaque, suite à des rêves lui montrant Ulysse mort, se rend aux Enfers. Pluton le laisse les parcourir pour voir si son père y est. Il voit le malheur des rois. Aux Champs-Elysées, il rencontre son arrière-grand-père, Arcésius, qui lui montre le bonheur de ceux qui ont bien gouverné. Ulysse n’est pas mort. Télémaque ressort vivant des Enfers.

Livre 15 : Télémaque évite aux alliés de prendre de mauvaises décisions ce qui augmente sa réputation. La guerre éclate, il y a beaucoup de morts et de blessés des deux côtés dont Pisistrate, fils de Nestor. Télémaque réussit à arrêter Adraste et lui laisse la vie sauve mais celui-ci l’attaque et Télémaque le tue. Les Dauniens sont heureux d’être libérés de ce tyran.

Livre 16 : Télémaque rend les derniers hommages à Pisistrate. Il refuse les louanges qui pourraient le corrompre. Il ne veut pas être le nouveau roi des Dauniens. Arrivée de Diomède, roi malheureux qui a combattu pour les Grecs contre Troie, qui demande l’hospitalité. Télémaque offre une terre à Diomède et choisit Polydamas, un homme sage et vertueux, pour gouverner les Dauniens.

Livre 17 : Télémaque revient de la guerre. Salente a beaucoup changé. Mentor lui fait à nouveau des leçons pour bien gouverner Télémaque lui avoue aimer Antiope, fille d’Idoménée, amour que Mentor approuve. Il est temps de partir pour Ithaque mais Idoménée fait tout pour retenir ses amis. Télémaque a du mal à l’affronter. Le départ est très pénible et triste.

Livre 18 : Mentor fait encore la leçon à Télémaque sur son caractère. Rencontre avec Cléomène qui est en fait Ulysse. Avant de rentrer chez lui, Minerve se découvre à Télémaque et lui donne ses derniers conseils. Télémaque retourne chez son père chez Eumée.

source

 

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Les guerres de Louis XIV

 

1667-1668 : guerre de Dévolution – contre l’Espagne, le roi de France réclame la succession pour son épouse la reine Marie-Thérèse d’Espagne, sœur du roi Philippe IV qui vient de mourir. Conflit victorieux (douze places fortes dans les Flandres et la ville de Lille).

1672-1678 : guerre de Hollande - concurrence maritime ; griefs politiques contre la république calviniste des Pays-Bas ; affront personnel contre Louis XIV par l’ambassadeur hollandais. Premières victoires françaises mais la guerre devient européenne et la victoire finale française coûteuse et prouvant la difficulté de Louis XIV à vaincre  une petite république de marchands.

  • En 1694, Fénelon identifie le dérèglement de la monarchie à la guerre de Hollande : «jusqu’à cette guerre de Hollande […] la source de toutes les autres […] et de tous les maux que la France souffre».

1688-1697 : guerre de la ligue d’Augsbourg – coalition contre la France comprenant l’Autriche, la Hollande, la Franconie, la Suède, la Saxe, la Bavière, la Souabe puis l’Angleterre. L’affrontement, continental, maritime, colonial, fut épuisant. Finalement, le conflit se termina par une neutralisation des protagonistes

1701-1713 – guerre de succession d’Espagne -  quand le roi d’Espagne meurt, la succession revient au fils de Louis XIV, Philipe d’Anjou devenu Philippe V. Ce renversement de l’équilibre européen inquiète toute l’Europe qui forma une coalition avec l’Angleterre, la Hollande, l’Empire et les princes allemands. La France subit des revers Finalement, le 24 juillet 1712, Villars remporta une victoire décisive. Et des traités suivirent.

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détail à propos d'une citation de l'introduction

 

  • Michel Renard

    Manu, J'ai une question à te poser, toi qui es forte en maths et en philo... J'ai toujours eu un léger blocage devant certains doubles négations...

    "Épictète écrit : "Il est utile de prévoir ce qui dépend de nous. Il est moins utile d'ignorer ce qui ne dépend pas de nos soins, et ce que les dieux veulent faire de nous."

    La phrase doit être bancale... Moi, je comprends : "il n'est PAS moins utile d'ignorer..." Non...?

  • Emmanuelle Curatolo

    Salut Michel !

    En ce qui concerne ta citation, elle me paraît très claire, peut-être parce que je connais assez bien les Stoïciens. En fait il n'y a pas de double négation. Chez les Stoïciens, il faut distinguer ce qui dépend de nous de ce qui ne dépend pas de nous. Marc Aurèle est le plus intelligible pour cette façon de voir les choses. S'il faut faire cette distinction, c'est dans le cadre d'une réflexion sur la liberté :
    • choses qui dépendent de nous -> nous pouvons les changer
    • choses qui ne dépendent pas de nous -> nous ne pouvons pas les changer
    Si bien qu'il faut concentrer notre action sur les choses que nous pouvons changer. Se concentrer sur les autres choses est une perte de temps et nous pourrit l'existence. Et donc, pour accéder au bien-être, il faut arrêter d'essayer d'agir contre ce qui est guidé par le destin (ici les dieux) mais agir en conformité avec notre liberté.

    Je ne crois pas qu'il faille réécrire cette citation, mais simplement la comprendre comme ça.

    Voilà, j'espère t'avoir aidé.

  • Michel Renard

    Merci de ta réponse.
    je suis d'accord avec cette interprétation du stoïcisme. Mais la phrase que j'ai trouvée dans l'introduction des "Aventures de Télémaque" rédigée par Jeanne-Lydie Goré (Sorbonne) dans les années 1980 au moins... me semble défective.

    Depuis, j'ai cherché dans le texte de Fénelon lui-même (dans cette édition, il s'agit du livre VIII, p. 287, classiques Garnier, 1987-1994), et la phrase est bien :
    "Il est utile de prévoir ce qui dépend de nous pour le bien faire ; mais il N'est PAS moins utile d'ignorer ce qui ne dépend pas de nos soins, et ce que les dieux veulent faire de nous."

    J'ai vérifié aussi dans des éditions anciennes (mais c'est au chapitre IX). La phrase comporte bien : "pas moins utile..."
    http://books.google.fr/books?id=dbA8AAAAcAAJ&pg=PA622&lpg=PA622&dq=Il+est+utile+de+pr%C3%A9voir+ce+qui+d%C3%A9pend+de+nous.+Il+est+moins+utile+d%27ignorer+ce+qui+ne+d%C3%A9pend+pas+de+nos+soins,+et+ce+que+les+dieux+veulent+faire+de+nous.%22&source=bl&ots=L_Q6lAW9nX&sig=tS6pgFMKiGQidOtkVG830CKzc8k&hl=fr&sa=X&ei=VMCPUKP-FeWf0QXQqoCwDQ&ved=0CCUQ6AEwAQ#v=onepage&q=Il%20est%20utile%20de%20pr%C3%A9voir%20ce%20qui%20d%C3%A9pend%20de%20nous.%20Il%20est%20moins%20utile%20d%27ignorer%20ce%20qui%20ne%20d%C3%A9pend%20pas%20de%20nos%20soins%2C%20et%20ce%20que%20les%20dieux%20veulent%20faire%20de%20nous.%22&f=false

    Oeuvres choisies de Fénelon
    books.google.fr
     
  • Emmanuelle Curatolo

    C'est toujours dans le cadre de l'action libre :
    "Il est utile de prévoir ce qui dépend de nous pour le bien faire" = se concentrer sur ce que nous pouvons changer afin de le changer.
    "Il n'est pas moins utile d'ignorer etc." = il est encore plus utile d'ignorer ce qui ne dépend pas de nous afin de ne pas connaître l'échec de vouloir changer quelque chose que nous ne pouvons pas changer.

    La connaissance en vue d'une action libre se fait en renforçant notre connaissance de ce qui dépend de nous, et en même temps en repoussant ce qui ne dépend pas de nous. Privés de ce qui nous plombe et nous empêche d'agir, mais forts de la connaissance de ce que nous pouvons changer, nous élargissons le champ de notre liberté.

    La difficulté chez les Stoïciens c'est de prendre en compte la distinction entre la fatalité et le déterminisme. Nous n'agissons pas contre la fatalité (c'est impossible), en revanche, ce qui dépend de la sphère du déterminisme contient notre action libre : nous pouvons modifier une chaîne causale.

  • Michel Renard

    Merci. Je suis d'accord avec toi... d'autant que je m'étais quelque peu plongé parmi les stoïciens quand j'ai préparé d'anciens élèves au Bac, l'année dernière...
    Mais l'introductrice a commis une faute de syntaxe qui rendait sa phrase confuse...
    Fénelon n'a pas commis cette faute... Comme quoi, même parmi les savants de la Sorbonne, la culture grecque classique s'altère... à moins qu'il ne faille incriminer la personne qu'elle a payée pour lui saisir son texte... ^^

  • Emmanuelle Curatolo

    Les deux options sont envisageables (faute de l'introductrice et faute de saisie).
    Malheureusement, ça ne touche pas que la culture grecque. Il y a peu j'ai eu une conversation avec le préfacier d'un livre de sciences cognitives qui confondait deux concepts, et cette confusion était gravissime. Pourtant, dans la bibliographie il y avait bien le livre qui est à l'origine de la distinction conceptuelle...

  • Michel Renard

    Bon... mais si nous sommes capables de saisir ce genre de bévues, c'est que tout n'est pas perdu. Le savoir devra peut-être se réfugier dans de nouveaux monastères, comme la foi des protestants s'est confiée au "Désert" à la fin du XVIIe siècle... :)

  • Emmanuelle Curatolo

    Joli projet.

 

 

 

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