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littérature et société : le romantisme

Alfred de Musset et George Sand : Michel RENARD

 

L'année scolaire 2010-2011, une nouvelle "option" de la classe de Seconde, intitulée "Littérature et société" fut proposée aux élèves de lycée... et aux professeurs volontaires pour l'assurer.

Professeur d'Histoire, je m'y suis lancé, sensible à l'exaltation intellectuelle du romantisme pour lui-même et pour l'image qu'il donne du XIXe siècle. Les rapports entre l'histoire, telle que conçue dans dans les programmes scolaires, et le romantisme comme expression littéraire de cette époque me semblaient une source de curiosité pouvant susciter l'intérêt des élèves... comme il avait suscité le mien également.

Nous commençâmes par Musset et Sand. Lecture d'extraits de La confession d'un enfant du siècle de Musset et vision du film de Diane Kurys, Les enfants du siècle (1999), avec Juliette Binoche et Benoît Magimel. Film un peu surjoué par Binoche, Magimel et quelques autres mais présentant l'intérêt d'une tentative de restitution de l'atmosphère romantique, de ses libertés et de ses excès.

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L'étude du romantisme présente le double avantage d'une approche du XIXe siècle par-delà les implacables dynamiques économiques (révolution industrielle) ou bouleversements politiques (chute de l'Empire, 1830, 1848, Second Empire...), et d'un abord de la sémantique de l'émotion, des sentiments, de l'individualisme et des états d'âme qu'une jeunesse adolescente a un peu perdu d'appréhender dans ces temps de frustration et de violence des rapports entre filles et garçons. [mais il paraît que cette année, en "Littérature et société", on "étudie" le rap...!!]

Le film de Diane Kurys commence par une lecture de George Sand du livre de Musset, une fois leur histoire terminée (vingt mois...), La confession d'un enfant du siècle (1836). On entend Musset prononcer ces paroles : "Le monde était en ruines, et nous venions au monde. La guerre était finie, nous arrivions après la gloire, après l’idéal, il nous restait le désespoir pour seule religion et pour toutes passions et mépris.  Les femmes s’habillaient de blanc comme les fiancées, et nous les enfants du siècle, vêtus de noir comme les orphelins, nous les regardions, blasphème à la bouche et le cœur vide. J’allais dans ce désert, serré dans le manteau des égoïstes… quand soudain, je la rencontrai…"

J'ai cherché d'où provenaient ces mots. Mais je ne les trouvais pas dans La confession d'un enfant du siècle. Ni internet ni Google ne me renseignaient. On les indiquait comme des citations de Musset sans jamais fournir leur source. Agacé, j'ai fini par écrire au préfacier de la dernière édition du livre de Musset. (janvier 2012) Où donc Musset aurait-il écrit ces phrases ?

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Le professeur Frank Lestringant (université de Paris Sorbonne) me répondit immédiatement : "C'est tout simplement la substance du chap. II de la Confession, paraphrasée et résumée plutôt que citée. Sur le blanc et le noir, voir p. 69-70. Bien cordialement".

Voilà donc la vérité. Ce n'est pas une citation de Musset mais la reformulation condensée d'extraits de La confession d'un enfant du siècle. J'ajouterais même, aux évocations du chapitre II mentionnées par Frank Lestringant, les images du début de ce même chapitre, notamment cette fameuse phrase : "Alors il s'assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse".

 

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On lit dans le chapitre II : "Mais il est certain que tout d'un coup, chose inouïe, dans tous les salons de Paris, les hommes passèrent d'un côté et les femmes de l'autre ; et ainsi, les unes vêtues de blanc comme des fiancées, les autres vêtus de noir comme des orphelins, ils commencèrent à se mesurer des yeux" (p. 69-70).

Je remercie le professeur Lestringant d'avoir apporté cette précision. Les recueils de citation sur internet - qui ne fournissent quasiment jamais les sources des propos retenus - pourront mettre à jour leur chapitre Musset. Quant à Diane Kurys, elle a fait du Musset - c'est son droit de créatrice de fiction même appuyée sur l'histoire - mais les propos ne sont pas de la plume de l'Enfant du siècle...

Michel Renard

 

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