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La Reine Margot

histoire, roman, film

 

La Reine Margot est un personnage historique, Marguerite de Valois (1553-1615), soeur de trois rois de France, première épouse de Henri de Navarre en 1572 (devenu Henri IV), objet du roman historique d'Alexandre Dumas (1845) et de plusieurs films dont celui de Patrice Chéreau (1994).

Ouvrage donné à lire aux anciens élèves de Seconde qui passent en Premère Littéraire, par leur professeur de Lettres pendant l'été 2011.

Je l'ai moi-même lu fin juillet 2011. Les distorsions avec la réalité historique sont évidemment gênantes pour un historien. Mais le souffle du roman l'emporte tout de même. Dumas a restitué une atmosphère assez proche de la réalité même s'il a mélangé les circonstances. Et chargé outre-mesure les Valois et notamment Catherine de Médicis.

 

histoire dynastique

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la dynastie des Valois à partir de François 1er. À partir de 1559, Catherine exerce
la réalité du pouvoir... (
©Michel Renard)

 

le roman d'Alexandre Dumas

Époque du récit 1572 à 1574

Résumé Catherine de Médicis règne, toute puissante, sur la France que gouverne tant bien que mal Charles IX, et sur ses enfants : ses fils, Charles évidemment, Henri duc d'Anjou, François duc d'Alençon, et sa fille Marguerite. Le roman s'ouvre sur le mariage de Marguerite de Valois, surnommée Margot, et Henri de Bourbon, roi de Navarre. Ce mariage entre une catholique et un protestant est destiné à ramener la paix dans le royaume. Mais Catherine et le roi Charles IX se préparent dans l'ombre à mater le parti protestant. Les frères de Charles complotent également pour prendre sa place et Henri de Navarre ne songe qu'à défendre sa vie.

Intrigues, alliances, complots, trahisons vont se succéder tandis que Margot entretient une tendre liaison avec un gentilhomme protestant, La Mole. Commence alors une lutte âpre et sans merci entre les deux camps, dont le point d'orgue sera le massacre de la Saint-Barthélémy. Charles IX, roi fantasque, d'une méfiance maladive, et perpétuellement sous l'influence de sa mère, finit par se prendre réellement d'amitié pour son beau-frère Henri (le futur Henri IV), au grand dam de Catherine de Médicis.

Après bien des évènements tragiques, Charles IX succombe à un mystérieux empoisonnement et meurt sans pouvoir assurer le trône à Henri de Navarre. C'est donc le duc d'Anjou, qui entre temps a été sacré roi de Pologne, qui revient en France pour prendre la succession de son frère, sous le nom d'Henri III. Quant à Margot, elle ne peut sauver son amant, que l'on accuse de la mort du roi, et doit fuir sur les terres de son époux, qu'elle n'a jamais cessé de soutenir.

Analyse Dumas s'est plongé avec bonheur dans cette période trouble, restituant avec talent le vieux Louvre et ses fêtes incroyables, où les protagonistes se perdent, se croisent et s'épient dans le labyrinthe des passages secrets. Tout le monde intrigue, complote, mais sans jamais oublier son propre plaisir, ce qui nous vaut un roman à la fois sanglant, où dominent les massacres, les poignards et les empoisonnements, et voluptueux, notamment grâce à Margot dont la beauté était sans pareille et les amants innombrables. Roman un rien pervers aussi : Margot entretient des rapports troubles avec ses frères, tandis que Charles IX, contradictoire et ambigu, aime à se repaître du spectacle de la violence...

Les personnages principaux, La Mole, Coconnas, Henri de Navarre et quelques autres, ont d'ailleurs cette faculté de courir au massacre avec rage et haine (les hommes s'étripent, s'égorgent sans hésitations ni regrets) puis de regagner avec autant de plaisir la couche de leurs belles maîtresses. Comme toujours chez Dumas, le cadre historique fournit autant de prétextes à mêler intrigues amoureuses et faits d'armes comme il les affectionnait. Si l'on ne retrouve point ici de héros à la mesure des Mousquetaires, ou de figure solitaire à la Bussy d'Amboise (dans La dame de Monsoreau), Dumas introduit tout de même une attachante histoire d'amitié entre un catholique et un protestant, Coconnas et La Mole, seul sentiment désintéressé de toute cette épopée, où plane l'ombre inquiétante de la redoutable Catherine de Médicis.

Signalons enfin que ce roman a donné lieu à une adaptation cinématographique remarquée, celle réalisée par Patrice Chéreau en 1994, avec Isabelle Adjani dans le rôle titre.

Sylvie Cardona
source

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Personnages du film

 

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personnages du film La reine Margot : la famille royale (© Michel Renard)

 

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personnages du film La reine Margot : protestants et autres personnages (© Michel Renard)

 

 

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Résumé

 

1572. La France des guerres de religion est devenue le champ clos des grands seigneurs et des prétendants au trône. À Paris, le jeune roi protestant de Navarre, le futur Henri IV, vient d'épouser Marguerite de Valois, dite Margot ; mariage politique qui n'empêche pas les Guise et le roi Charles IX de fomenter les horreurs de la Saint-Barthélemy.

Sur les pas du jeune comte de La Mole, dont s'éprend éperdument la belle Margot, et de son compagnon, le tonitruant Annibal de Coconnas, nous entrons dans ce labyrinthe d'intrigues, d'alliances, de trahisons. Les poignards luisent sous les pourpoints. René le Florentin fournit les poisons à l'implacable Catherine de Médicis. Le vieux Louvre avec ses fêtes brillantes, ses passages secrets, son peuple de soldats et de jolies femmes, est le théâtre où se déploient en mille péripéties les jeux de l'amour, de la politique, de la haine.

Mon commentaire

Lire La reine Margot en format poche, c'est assurément se casser les yeux sur une édition en très petits caractères, d'autant plus que la mienne était très mal imprimée. C'est aussi se buter contre un style d'écriture et de longues phrases alambiquées, auxquelles on doit s'habituer. Ça augure bien mal. Et pourtant... La reine Margot est un roman que j'ai apprécié pour deux raisons : le roman est particulièrement bien écrit et l'histoire est passionnante. L'humour côtoie les scènes sanglantes, il y a plusieurs revirements de situations surprenantes et on plonge dans ce roman comme dans un feuilleton. La reine Margot est d'ailleurs paru en feuilleton à l'époque. Le style s'y prête bien.
Dumas écrit très bien. Certaines phrases ou expressions sont savoureuses. On peut d'ailleurs lire en page 210 :

"...la fameuse balafre qui lui avait jadis donné tant de tracas par ses rapports prismatiques avec l'arc-en-ciel, avait disparu..."

ou alors

"...par une belle journée d'automne comme Paris en offre parfois à ses habitants étonnés, qui ont déjà fait provision de résignation pour l'hiver..."

C'est plutôt une belle façon de dire les choses !
Dumas excelle dans l'art d'accrocher le lecteur et de lui raconter une histoire. Il s'inspire d'anecdotes qui ont réellement eu lieues et revisite certains événements historiques en combinant réel et imaginaire. Des notes en fin de volume (pour mon édition) nous font état de très nombreux anachronismes. La postface d'Eliane Viennot est d'ailleurs très éclairante à ce sujet et à l'imagination de l'auteur versus les faits réels.
Toutefois, le roman est difficile d'approche au départ, du moins il l'a été pour moi. Ayant une connaissance approximative des rois et reines de France et étant tout à fait étrangère à toute cette période de l'histoire française, j'ai eu du mal à m'y retrouver. Je trouve également que près de 700 pages, c'est beaucoup. Le roman souffre de certaines lourdeurs, surtout vers la fin. J'ai cru lire quelque part que les écrivains étaient payés à la page à l'époque ? Est-ce le cas de Dumas ? Ceci expliquant peut-être cela.
Néanmoins, je crois qu'il faut lire La reine Margot. Pour l'écriture très maîtrisée. Pour les histoires dans l'histoire. Pour la présence des rois, des reines, des bourreaux, des conspirateurs, des empoisonneurs, des cachots, des complots.
On oublie (presque) les longueurs qui parsèment le récit...


source

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images du film de Patrice Chéreau (1994)

 

 

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l'amiral de Coligny

 

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le mariage présidé par le cardinal de Bourbon

 

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la scène du mariage, avec le long silence de Margot

 

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le soir du mariage, Henri et Margot se promettent
une fidélité politique ; mais Margot est gênée parce que
son amant, le duc de Guise, est caché derrière une cloison
et entend la conversation

 

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Margot à la recherche d'une aventure, le soir de sa nuit de noces
(ce n'est pas dans le roman de Dumas) ; c'est là qu'elle rencontre La Molle

 

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Margot s'adressant à La Molle qui ignore encore qui elle est
(le costume est totalement anachronique)

 

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les fêtes au lendemain du mariage : Margot et Henriette, la duchesse de Nevers

 

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Margot et Henriette identifiant les chefs protestants

 

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après le mariage, Henri de Navarre entouré
de ses fidèles, dont Coligny

 

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fêtes après le mariage : la foule assiste à un corps-à-corps entre Anjou et Guise

 

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après l'attentat contre Coligny, Margot vient prévénir les protestants qu'ils
sont menacés et devraient quitter Paris tout de suite ; mais il ne l'écoutent pas

 

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Charles IX vient d'apprendre que c'est sa mère qui a organisé l'attentat
contre Coligny ; les catholiques décident d'éliminer les chefs protestants ;
Henri (Anjou) soutient son frère ; dans le roman, c'est Charles qui décide l'attentat,
mais en vérité, ce ne sont ni Charles ni Catherine... peut-être les Guise, mais l'incertitude demeure

 

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le massacre de la Saint-Barthélémy dans le palais du Louvre

 

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Hannibal de Coconnas,
tueur impitoyable pendant la nuit
de la Saint-Barthélémy

 

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le duel acharné entre La Molle et Coconnas la nuit de la Saint-Barthélémy

 

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les protestants massacrés

 

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Margot convainc son frère, le roi,
d'assister au conseil qui doit décider du sort
d'Henri de Navarre le soir de la Saint-Barthélémy

 

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l'abjuration d'Henri de Navarre

 

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Henri, forcé pour survivre, renonce au protestantisme pour le catholicisme

 

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Margot, "prisonnière" au Louvre

 

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Henri de Navarre vient de terrasser le sanglier qui s'acharnait sur Charles IX
tombé de son cheval et coincé, alors que personne ne venait à son secours

 

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Charles IX, sauvé par Henri de Navarre au cours de la chasse,
s'adresse à son frère cadet, Anjou, et lui dit : "tu vois, tu n'es pas encore roi..."

 

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Charles IX entraîne Henri afin qu'il ne tombe pas dans le piège tendu par
Catherine de Médicis pour l'assassiner (puisqu'Henri vient de lui sauver la vie à la chasse)

 

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Charles, en compagnie d'Henri de Navarre, lui fait découvrir sa maîtresse,
Marie Touchet dont il a un fils

 

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la relation (brève) entre La Môle et Margot n'a eu lieu qu'en 1574

 

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Catherine de Médicis

 

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La Môle soigné par le bourreau qui l'a recueilli


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la reine Margot



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Cathérine de Médicis et Charlotte de Sauve (maîtresse d'Henri de Navarre)

 

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La Môle et Coconnas, venus chercher Margot, tombent dans un guet-apens,
sont blessés et faits prisonniers

 

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Margot demandant à son frère Charles,
qui est à l'agonie, la grâce de La Môle :
"Charles... il n'a fait que m'aimer"

 

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Margot et Henriette devant les cadavres décapités de leurs amants respectifs

 

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la reine Margot fuyant en Navarre

 

 

extraits du film La Reine Margot (1994)

- http://www.youtube.com/watch?v=yUN62okdADo

- http://www.youtube.com/watch?v=PtWw2Ha2naE

- http://www.youtube.com/watch?v=sKKvehvmZAU

- http://www.youtube.com/watch?v=rozaeQPJITQ

- la fabuleuse scène (un peu raccourcie) du mariage, avec la vraie musique :
http://www.youtube.com/watch?v=0MYnqDIzHGI

- le voilà René le Florentin... : http://www.youtube.com/watch?v=HGPjGt9OE9U

- et encore le mariage... et quelques scènes du film (avec une autre musique... débile...) :
http://www.youtube.com/watch?v=cVzLN9lGToE

- des extraits du film... mais avec une autre musique... (pas mal : un Kyrie eleison) :
http://www.youtube.com/watch?v=zQtrUHqkv1c

- la Saint-Barthélémy dans le film "La Reine Margot" (1994)... et on comprendra le prix que la France attache à l'éloignement du religieux et du politique, autrement dit à la laïcité...!
http://www.youtube.com/watch?v=-GwUKrBgRb0&feature=related

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différences entre le film, le roman et l'histoire réelle

Michel RENARD

 

Le réalisateur, homme de théâtre Patrice Chéreau, est l'auteur du film La Reine Margot (1994).

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Quelques différences entre le roman de Dumas et le scénario du film de Chéreau

- la première nuit de noces de Margot : dans le roman, elle ne sort pas, alors que dans le film elle cherche l'aventure et rencontre Le Môle.

- la première nuit passée à l'auberge où se rencontrent La Molle et Coconnas - l'annonce de l'attentat contre Coligny (l'aubergiste dans le roman ; René le Florentin qui achète le livre de La Molle).

- la décision d'assassiner Coligny est imputée à Charles IX dans le roman (p. 46-51) et à Catherine de Médicis dans le film. Les meurtres attribués à Maurevert ne sont pas les mêmes (le film parle de Leyrac de La Môle). Historiquement, l'incertitude demeure. On penche plutôt pour les Guise. Pour Crouzet, cela ne peut être ni le roi ni Catherine. Rôle d'Anjou. Affaires des deux déclarations contradictoires.

- dans le roman, La Môle va prévenir Coligny, alors que dans le film il apprend l'attentat par René le Florentin.

- dans le roman, la scène entre Margot et La Môle poursuivi et sauvé par elle est moins glorieuse que dans le film : dans le roman, Margot crie et est soutenu par Alençon, son frère ; alors que dans le film, elle affronte Coconnas par la menace du Jugement Dernier.

- la scène de rue où Coconnas rencontre la duchesse de Nevers est un raccourci du roman qui décrit l'affrontement avec de Mouy le chef protestant et Mercanton, le créancier de Coconnas.

- dans le roman, la tentative d'arrestation/assassinat de Navarre après la chasse se retourne contre de Mouy qui parvient à s'échapper, alors que dans le film, c'est Armagnac qui meurt.

- dans le film, aucune allusion n'est faite aux intrigues entre Navarre et d'Alençon (qui sont d'ailleurs anachroniques).

- dans le film, fusion des deux scènes de chasse avec tentative de fuite.

- Charlotte de Sauve ne meurt pas empoisonnée mais de la main de son mari dans le roman (en réalité, elle a vécu longtemps après…).

- disparition de l'arrestation et de l'emprisonnement de La Môle et de Coconnas dans le film, ils sont arrêtés et presque immédiatement exécutés…

- alors que le roman se déroule tout à Paris, le film imagine un voyage de La Môle aux Pays-Bas protestants, un retour d'Henri en Navarre…

Michel Renard
professeur d'Histoire (Loire)

 

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La Saint Barthélemy

Nos disciplines sont souvent vécues comme trop abstraites et trop encyclopédiques. L’observation de nombreuses leçons (fiches ; accumulation de notions, de dates, de lieux…) conduit à infléchir notre façon d’enseigner l’histoire et la géographie. La réflexion porte aujourd’hui essentiellement sur trois axes, même si il y en a bien d’autres notamment sur la question des gestes professionnels, des langages, du lien entre l’oral et l’écrit etc.

La question du sens :

Il y a le sens didactique attribué à un objet d’étude par le professeur en tenant compte à la fois de la recherche scientifique et des IO des programmes. Le sens n’est pas la problématique mais l’orientation d’un sujet. Il est l’expression d’un choix qui va ensuite déterminer des problématiques didactiques. Un exemple : la Révolution française. Si j’envisage d’aborder la Révolution française sous l’angle non pas d’une histoire politique traditionnelle, donc chronologique, mais par la revisitation de celle-ci par l’histoire culturelle, je vais insister sur la rupture dans les imaginaires, de l’identité royale : le mythe du droit divin s’effondre. Il y a le sens pédagogique, car c’est le sujet, ici l’élève qui construit le sens [charabia pédagogiste, M.R.].

C’est au professeur à anticiper le gouffre éventuel entre le premier et le second pour élaborer un projet qui puisse motiver l’élève et le conduire à la découverte du sens didactique. Il n’y a donc pas de leçon, en histoire ou géographie, sans réflexion sur le sens, ce qui conduit à renverser l’élaboration d’une séance. Je ne vais pas empiler des savoirs sur telle ou telle question, mais me poser la question simple : qu’est-ce qui me parait pertinent pour des élèves de cet âge, en fonction de l’élaboration du programme, de la classe, de l’école… qu’ils retiennent.

Cette réflexion, qui nécessite souvent du recul sur la période ou l’espace étudié, conduit à rejeter l’encyclopédisme. Pour qu’il y ait sens, il faut qu’il y ait un enjeu, une intrigue, une argumentation. La question de l’étude de cas : Pour éviter d’empiler des connaissances et d’être dans une trop grande conceptualisation on peut utiliser ce que l’on appelle l’étude de cas. Entrer dans le singulier pour comprendre un phénomène plus global est bien connu des historiens. Duby en son temps l’a démontré avec le Dimanche de Bouvines, ou Guillaume le Maréchal.

Il s’agit de centrer son attention sur une famille, un événement, un homme, un espace particulier etc…pour faire comprendre des phénomènes plus larges donc plus complexes. La place de la Comédie à Montpellier peut nous permettre de mieux saisir l’influence de l’haussmanisation sur la restructuration des villes. Pourquoi ne pas partir de la création de la gare à Montpellier pour étudier la RI ? Pourquoi ne pas étudier la place du Peyrou pour évoquer l’absolutisme ? Pourquoi ne pas partir de la Pompadour et de son fameux portrait pour parler des Lumières ? La question du récit : Il est désormais essentiel de retrouver le bonheur de raconter des histoires (en géographie aussi) aux élèves et de faire raconter. L’histoire dit Paul Veyne est un roman, mais un roman vrai.

Sans se lancer, nous enseignants, sur une réflexion épistémologique (confère H White, P. Ricœur) sur l’écriture de l’histoire, le récit permet de faire vivre les objets étudiés. Il n’est pas difficile à mettre en œuvre et peut être objet de formation pour faire comprendre aux collègues quelle est la rhétorique du récit. Les enfants aiment les histoires. Racontant aux enfants des histoires pour qu’il puisse aimer l’Histoire.

L’étude de la Saint Barthélemy s’inscrit dans le cadre de cette réflexion : il ne s’agit pas de revenir à une histoire politique événementielle qui perdrait très vite les élèves. Mais bien de faire comprendre par l’étude d’un événement précis, ici violent, la Saint Barthélemy, l’univers mental des hommes du XVIe siècle. Nous sommes bien dans le cadre du sujet : l’autre un ennemi. Mais la revisisation de cet événement par la recherche historique, notamment par Joël Cornette et Denis Crouzet, en introduisant d’autres axes de recherches comme l’histoire des imaginaires, l’histoire de la paix et l’histoire de la violence.

Ces historiens aujourd’hui regardent la renaissance aussi comme un temps de peur et de violence. On se place dans le cadre de la fin du programme de 5e .

Renaissance, Humanisme, Réformes et la France au XVIe siècle. La problématique de «l’autre, un ennemi» convient tout à fait à cet événement. Et elle est bien liée à des imaginaires notamment dans la façon de tuer l’autre ici les protestants. On pourrait élargir la problématique ou le propos à d’autres thèmes d’étude comme l’émergence du sentiment national avec la Guerre de Cent ans… Prendre l’exemple aussi de la captivité de Roi François 1er /Charles Quint après la défaite de Pavie. L’idée d’honneur. J’ai le souvenir de deux chevaliers de France venant trouver le Roi Charles Quint pour se plaindre qu’il ne venait plus leur faire la guerre. Il les reçoit, les comble de présents et leur promet de revenir faire la guerre… On peut aussi se limiter à l’étude des michelades à Nîmes en 1567.

Depuis 1562 trois guerres de religion ont déjà eu lieu (printemps à printemps 1562-1563 ; sept 1567-mars 1568 ; été 1568-été 1570). Chacune est sanctionnée par des victoires du camp catholique mais des traités plutôt favorable aux protestants. L’édit de Saint-Germain en 1570 mécontente les catholiques. La tension est donc assez vive. Un événement étranger vient l’accroître : la relance de la révolte des huguenots des Pays-Bas contre Philippe II.

À Paris, dans les milieux de la Cour, deux positions antagonistes se font face sur la question de l’aide éventuelle à apporter aux insurgés. Gaspard de Coligny souhaite une intervention. Catherine de Médicis et surtout les Guise sont hostiles à toute intervention, lutter contre Philippe II signifiait engager la France dans le camp protestant et s’attirer l’hostilité du Pape. Pour tenter de souder la paix, Catherine de Médicis organise un mariage entre sa fille, Marguerite de Valois, et Henri de Bourbon, le fils d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret. Le mariage est célébré le 18 août 1572 à Paris.

Le 22 août, au matin, un attentat est perpétré contre l’amiral de Coligny, certainement par un fidèle des Guise, Catherine de Médicis, n’ayant certainement pas de responsabilité en cette affaire. Un coup d’arquebuse blesse légèrement l’amiral. Cet événement déchaîne les passions. L’attentat provoque l’inquiétude des protestants. Mais aussi la crainte de la famille royale. Le bruit d’une conjuration huguenote enfle.

L’atmosphère était déjà très tendue : fortes chaleurs, cherté du pain renforcée par la venue de nombreuses personnes du fait du mariage, sermons violents anti-protestants dans les églises dénonçant l’accouplement exécrable entre Marguerite de Valois et Henri de Navarre, des pamphlets annonçant la colère de Dieu, des bruits et des rumeurs disant que le roi lui-même voulait devenir huguenot.

Tout cela surchauffe les esprits. Paris est en état d’émeute dès le 23.

La décision du massacre des grands chefs protestants est prise en Conseil sous la pression semble-t-il des Guise et pas seulement sous la seule autorité du Roi Charles IX ou de Catherine. Dans la nuit du 23 au 24 août la décision est mise en application. Mais ce que n’avaient pas prévu les ordonnateurs du massacre politique c’est qu’une autre Saint Barthélemy verrait le jour, beaucoup plus violente.

Tous les contemporains ont témoigné de la «fureur incroyable» de cette événement, qui semblait ne pas pouvoir être contrôlé. Après avoir entendu le son du tocsin, à l’aube du 24, la rumeur se répand que le roi avait permis d’égorger les huguenots. De nombreux témoignages ont rapporté l’acharnement particulier sur les corps : dénudés, traînés dans la boue par des enfants, décapités, éventrés, émasculés.

Le traitement infligé au corps de l’amiral de Coligny est particulièrement significatif : il s’agit d’un véritable massacre purificateur. Traîné par les rues d’un carrefour à l’autre, il est châtré et décapité, puis brûlé. Ses restes son exhibés à la foule. Seins de femmes arrachés, page de bible mises dans la bouche de cadavres huguenots, sexe des hommes arrachés et enfoncés dans leur bouche, visages défigurés pour rendre manifeste la «laideur» intérieure et diabolique : la violence extrême des catholiques a pour but de détruire, dans l’apparence extérieure des huguenots, l’image même du pêché et du Diable, de réaliser, en quelque sorte, sur la terre, ici et maintenant, le Jugement dernier.

L’ex-prévôt des marchands, Claude Marcel qui venait d’être remplacé, guisard convaincu, ne fut pas étranger à ce «dérapage», et la milice bourgeoise forte de 5000 hommes ne fit rien pour calmer les ardeurs. Les assassins zélés ne se recrutèrent pas seulement dans la «populace» mais aussi dans les rangs de la bonne bourgeoisie parisienne.

Le mardi 26 août, devant le Parlement de Paris, lors d’un solennel lit de justice le Roi décide d’endosser la responsabilité de l’événement. Notons que des massacres eurent lieu aussi en Province : Orléans, le 26, Meaux, Bourges, Saumur, Angers, Lyon le 31 etc… On compte entre 5000 et 10000 morts. L’événement est suivi d’une vague de reconversions, et marque un reflux du protestantisme.

 

Ce que nous apprend la Saint Barthélemy :

L’historiographie s’est longtemps focalisée sur le seul problème des responsabilités : qui donna l’ordre du massacre ? Catherine de Médicis, Charles IX , les Guise ? Des études récentes permettent au contraire de mettre en avant ce qui fut en jeu dans le ou les massacres.

Denis Crouzet insiste sur une dimension plus générale : l’angoisse du châtiment divin. Dans le ciel et sur la terre apparaissent des signes qui disent l’imminence du jugement. Voici le temps des guerriers de Dieu : d’une violence d’abord intérieure surgit la force conquérante d’un prophétisme panique qui ordonne la mise à mort des hérétiques.

S’opposant à la violence désacralisatrice des huguenots (rappelons cet incident : le 1er juin 1528, des inconnus lacèrent de coups de couteaux et décapitent une statue de la Vierge à l’enfant dans une église parisienne. Le scandale est immense. Le roi, dit-on, en pleure pendant deux jours durant), la violence mystique des catholiques culmine en août 1572. N’oublions pas qu’ un mouvement iconoclaste a parcouru tout le XVIe siècle : bris de statues, profanation des hosties, destruction des images).

La Ligue marqua l’ultime retour de l’angoisse prophétique, force agissante d’un long XVIe siècle, qui vise à unir le peuple au Christ de la Passion. Avec la Saint Barthélemy se brise le rêve de concorde, une des dernières utopies de la Renaissance. Pour Charles IX et Catherine de Médicis il s’agissait de réunir les catholiques et les protestants dans une œuvre magique de paix. Mais face à l’attentat dirigé contre Coligny, Catherine, prise entre deux factions violemment opposées, se résigne à un acte préventif. Mais cet acte est suivi d’une toute autre tragédie que Charles IX dut assumer.

Pour Denis Crouzet, la Saint Barthélemy fut paradoxalement, le crime d’amour d’une monarchie humaniste, le crime d’un rêve d’harmonie universelle. Elle fut comme la chronique d’un rêve perdu de la Renaissance. «La Saint Barthélemy est une grande geste mystique, qui prend sa source dans une hallucination collective de la présence de Dieu : une présence qui se détecte dans la croix que les violents portent rituellement, en eux, dans le cadavre de l’Amiral miraculeusement frappé, et surtout dans ce qui est le seul vrai point d’origine de la grande déferlante massacrante, l’aubépine qui refleurit au petit matin».

En effet à l’aube du 24 août, on vit fleurir une dans le cimetière des Saints-Innocents une aubépine qui n’avait pas fleuri depuis 4 ans. Les aubépines étant considéré comme une image de la couronne du Christ. Christ était donc parmi eux. La Saint Barthélemy s’inscrit dans un contexte d’une immense angoisse qui traverse toute la Renaissance pour reprendre un titre de Denis Crouzet dans la revue L’Histoire. Une profonde angoisse, une attente de la fin du monde, d’où le goût pour les prophéties et la prospérité de l’astrologie dans un climat d’inquiétude générale surtout chez les catholiques, car avec Calvin la foi des protestants est apaisée.

Pour Joël Cornette au delà de cet imaginaire la Saint Barthélemy est aussi le moment de l’affaiblissement du pouvoir royal. Il donnait force et vie à la théorie de la résistance contre l’État. Une résistance qui pouvait aller jusqu’au régicide. Dans le camp protestant les monarchomaques énonçaient la légitimité du renversement du mauvais roi.

En 1573, paraissait la Franco-Gallia, de François Hotman. L’auteur rappelait la situation de la Gaule, divisée en cités aristocratiques ou monarchiques. À cette époque, tous les ans, se tenait une diète générale pour l’ensemble du pays, et à cette occasion, tous les chefs locaux étaient choisis par le peuple assemblé. Le monarque était désigné par acclamation. En 1575, dans du Droit des magistrats, Théodore de Bèze, successeur de Calvin, développe l’idée que le peuple crée le souverain. Donc les sujets peuvent se rebeller contre leur prince.

Du Plessis Mornay et Hubert Languet en 1579 écrivent Le Vindiciae contra Tyrannos. Les ligueurs aussi s’emparèrent de ces théories régicides. On voit donc comment la Saint Barthélemy éclaire le siècle de la Renaissance et donne à voir les imaginaires des hommes de ce temps. Elle illustre comment l"’autre" peut devenir un ennemi dans un contexte de peur collective du salut. "L’autre" c’est celui qui a une autre conception du salut, du dogme, de la Révélation.

L’Église catholique considère qu’elle véhicule une vérité absolue. Dès lors, la question de l’interprétation des Écritures est cruciale. Il y va du monopole de l’Église comme seule médiatrice entre le monde d’ici-bas et le monde de l’au-delà, du salut de chacun mais aussi de la communauté toute entière. C’est cette vérité absolue que remet en cause radicalement la réforme. Alors on ne se bat pas pour un chef ou un prince mais bien pour le salut de son âme et pour la survie du groupe. À cela il faut ajouter la dimension politique de ces conflits. Une entité nouvelle s’est progressivement mis en place : l’État moderne. On se bat donc désormais aussi pour façonner l’État à son image. C’est ce que les différents traités montrent.

Enfin, pour reprendre les thèses de Denis Crouzet, la Saint Barthélemy permet de revisiter la problématique de la Renaissance en France. Pas seulement qu’elle fut aussi un temps d’angoisse mais en remettant en cause son concept même pour la France. Il propose plutôt de parler d’un mince verni plaqué sur une profonde situation collective d’inquiétude. Il existe pour lui un écart qui s’accentue entre une cour pétrie d’humanisme, et d’autre part des populations qui vivent dans l’inquiétude et donc dans la quête d’un Dieu exclusif les appelant de part et d’autre à combattre.

Dès les années 1520, des images de violence ont surgi, acquérant de plus en plus de puissance au fur et à mesure des années qui passent. Il existe bien un humanisme royal de François 1er à Henri III, y compris donc dans l’entourage de Catherine de Médicis (Michel de L’Hospital qui partage un imaginaire de concorde), mais une partie de ces humanistes se range du côté des massacreurs, comme Ronsard qui annonce vers 1562 que les faux prophètes seront châtiés. Après la Saint Barthélemy, un nommé Jean Touchard écrit à son ami Jacques Amyot, grand traducteur en français de Plutarque, qu’enfin la vie va pouvoir reprendre après l’extermination des malfaisants. C’est pour cela qu’il est difficile de dissocier l’humanisme de la violence pour Denis Crouzet.

source
site pédagogique Académie de Montpellier (auteur ?)

 

 

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