jeudi 30 juillet 2009

différence entre mythologie et philosophie

cerbere



à propos de la différence entre

mythologie et philosophie


La philosophie et la mythologie sont deux formes intellectuelles différentes. La philosophie, comme l'histoire, sont sorties et se sont opposées à la mythologie.

M. Renard

9782253942412_GLe philosophe Michel Meyer, auteur contemporain de plusieurs ouvrages a écrit Qu'est-ce que la philosophie ? (1997, Le Livre de poche, biblio-essais) ; son chapitre "Les origines de la philosophie" commence ainsi :

- L'homme a toujours philosophé. Il l'a fait par le mythe avant de développer sa raison en la tournant vers elle-même et ses multiples possibilités. Encore qu'il y ait une rationalité du mythe, ce qui montre bien l'historicité du philosopher, non dans ses questions, mais dans ses réponses.

La philosophie, dit Aristote, est née de l'étonnement. La première forme de l'interrogation sur fond de réponses préalables : le mythe. Comment passe-t-on du mythe à la philosophie, du mythos au logos, comme on dit habituellement ? Comment cet étonnement, cette interrogativité, peut-il surgir du mythe, fermé sur lui-même, et ayant donc "toujours raison", anticipativement, quel que soit le problème, parce qu'il sert d'explication universelle et absolue à tout ce qui peut survenir ?

l'histoire atteint les mythes dans leur crédibilité

La réponse est claire et simple : par l'Histoire. C'est celle-ci qui fait bouger les choses et atteint les mythes dans leur crédibilité. Les mythes se révèlent alors pour ce qu'ils sont-: de simples mythes, des fables. Ce qui faisait foi dans un monde "homérique", cesse de valoir pour ne plus devenir que fiction lorsque la société se démocratise. Les exploits guerriers, imputés aux dieux qui se comportent comme des nobles, souverains dans leurs décrets, n'apparaissent plus que comme des métaphores et des histoires.

Il faut alors chercher ailleurs l'explication des tempêtes et des incendies, de la vie sur terre comme de tout mouvement. On attribuera au feu, à l'air, à l'eau ou à la terre, l'origine des choses et de leurs mélanges.

Mais c'est surtout le rapport aux dieux qui inquiète les hommes dans cet abandon progressif, ce retrait du divin. C'est ce que symbolise précisément l'énigme du Sphinx, les oracles, les mystères. C'est par eux que le mythe imprime encore sa trace ; l'ancien devient de plus en plus muet et il n'est plus qu'intrigue ; les vieilles identités s'avèrent des différences, et à la fin, tout semble se muer en son contraire.

Oedipe retrouve l'identité à travers les différences

La réalité d'antan n'est plus qu'apparence, et partant, le nouveau fait irruption de façon menaçante. Ne pas résoudre les énigmes est dangereux, car c'est ne plus pouvoir se rapporter aux dieux, qui ne parlent plus que par d'aussi "inquiétantes étrangetés", et du même coup, c'est risquer de les offenser.

Dans un monde qui change, qui se fragmente et qui demeure sous l'emprise de ses mythes, ceux-ci, s'ils ne sont plus que des questions, n'en posent pas moins des questions de vie ou de mort qui, on le sait par la légende d'Oedipe, accablaient Thèbes de catastrophes, avant qu'Oedipe ne résolve le problème soulevé par l'Oracle.

Ne pas y reconnaître l'homme, c'était pour l'homme lui-même l'aveu de son étrangeté à soi. Mais Oedipe, en retrouvant l'identité par-delà les différences du temps qui passe, semble bafouer celles-ci et les abolir, abolir la différence de la vie et de la mort en tuant son père, entre parents et enfants en épousant sa mère. Abolir les interdits, se croire Dieu : le remède est pire que la mal.

Accepter l'énigme, vivre avec, la dompter par la raison : en un mot, philosopher. Le philosophe sera désormais celui qui peut résoudre les énigmes. Au tragique s'est substitué le philosophique.

D'où la question qu'ont posé les Grecs et qui est toujours la nôtre, au plus profond de notre propre philosopher : qu'est-ce que l'énigme ?

Michel Meyer, Qu'est-ce que la philosophie ? (1997, p. 19-21)

oedipe_antique




______________________________________________

Le grand historien et anthropologue de la Grèce ancienne, mort récemment, Jean-Pierre Vernant a écrit à ce sujet :

9782707143259"Pour que le domaine du mythe se délimite par rapport à d'autres, pour qu'à travers l'opposition du mythe et du logos, désormais séparés et confrontés, se dessine cette figure du mythe propre à l'Antiquité classique, il a fallu toute une série de conditions dont le jeu, entre le huitième et le quatrième siècles avant notre ère, a conduit à creuser, au sein de l'univers mental de Grecs, une multiplicité de coupures et de tensions internes.

Un premier élément à retenir sur ce plan est le passage de la tradition orale à travers types de littérature écrite. (…)

La rédaction écrite on le sait, obéit à des règles plus variées et plus souples que le composition orale de type formulaire. L'écriture en prose marque un nouveau palier. Comme l'a bien vu Adam Parry, il y a une étroite corrélation entre l'élaboration d'un langage abstrait et la pleine maîtrise de leur style chez les premiers grands prosateurs grecs.

La rédaction en prose – traités médicaux, récits historiques, plaidoyers d'orateurs, dissertations de philosophes – ne constitue pas seulement, par rapport à la tradition orale et aux créations poétiques, un autre mode d'expression mais une forme de pensée nouvelle. L'organisation du discours écrit va de pair avec une analyse plus serrée, une mise en ordre plus stricte de la matière conceptuelle.

Déjà chez un orateur comme Gorgias ou chez un historien comme Thucydide, le jeu réglé des antithèses dans la rhétorique balancée du discours écrit, en découpant, distribuant, opposant termes à termes les éléments fondamentaux de la situation à décrire, fonctionne comme un véritable outil logique conférant à l'intelligence verbale prise sur le réel.

L'élaboration du langage philosophique va plus loin, tant par le niveau d'abstraction des concepts et l'emploi d'un vocabulaire ontologique (qu'on pense à la notion d'Être, ou de l'Un) que par l'exigence d'un nouveau type de rigueur dans le raisonnement : aux techniques persuasives de l'argumentation rhétorique le philosophe oppose les procédures démonstratives d'un discours dont les déductions des mathématiciens, opérant sur les nombres et les figures, lui fournit le modèle. (…)
Dans et par la littérature écrite s'instaure ce type de discours ou le logos n'est plus seulement la parole, où il a pris valeur de rationalité démonstrative et s'oppose sur ce plan, tant pour la forme que pour le fond, à la parole du muthos.

cassandre

Il s'y oppose pour la forme par l'écart entre la démonstration argumentée [du philosophe] et la texture narrative du récit mythique ; il s'y oppose pour le fond par la distance entre les entités abstraites du philosophe et les puissances divines dont le mythe raconte les aventures dramatiques. (…)

En renonçant volontairement au dramatique et au merveilleux, le logos situe son action sur l'esprit à un autre niveau que celui de l'opération mimétique [imitation] et de la participation émotionnelle. Il se propose d'établir le vrai après enquête scrupuleuse et de l'énoncer suivant un mode d'exposition qui, au moins en droit, ne fait appel qu'à l'intelligence critique du lecteur. (…)

Il est bien significatif que la même opposition entre, d'une part le merveilleux propre à l'expression orale et aux genres poétiques, de l'autre, le discours véridique, se retrouve chez les philosophes et commande une attitude d'esprit analogue à l'égard du muthos assimilé, dans sa forme narrative, à un conte de bonne femme, pareil à ceux que débitent les nourrices pour distraire ou effrayer les enfants.

Quand Platon, dans le Sophiste, entend disqualifier les thèses de ses prédécesseurs éléates ou héraclitéens, il leur reproche d'avoir en guise de démonstration, utilisé le récit d'événements dramatiques, de péripéties et de renversements imprévus : «Ils m'ont l'air de nous conter des mythes, comme on en ferait à des enfants. D'après l'un, il y a trois êtres qui tantôt s'entreguerroient les uns avec les autres, tantôt, devenus amis, nous font assister à leurs épousailles, enfantements, nourrissement de rejetons».

Discordes, combats, réconciliations, mariages, procréations, toute cette mise en scène de la narration mythique peut bien séduire des esprits puérils ; elle n'apporte rien à qui cherche à comprendre, au sens propre de ce terme, parce que l'entendement se réfère à une forme d'intelligibilité que le muthos ne comporte pas et que le discours explicatif est seul à posséder.

Que l'on raconte au sujet de l'Être des mésaventures analogues à celles que le légende attribue aux dieux ou aux héros, personne ne pourra distinguer dans ces récits l'authentique du fabuleux.

Les narrateurs, note ironiquement Platon, ne se sont pas souciés «d'abaisser leur regard» sur la foule de ceux qui, comme lui, pour distinguer le vrai du faux, exigent d'un discours qu'il soit à chaque moment capable de rendre des comptes à qui lui en demande ou, ce qui revient au même, de rendre raison de soi, en donnant clairement à entendre de quoi il parle, comment il en parle, et ce qu'il en dit.

Jean-Pierre Vernant, Mythe et société en Grèce ancienne,
Maspéro, 1974, p. 196-202

aristote_physique_mtabole

- retour à l'accueil

Posté par LCL42Histoire à 13:16 - - Commentaires [17] - Permalien [#]


mercredi 29 juillet 2009

les "notions" au programme de philo

JANMOT_la_ronde_487
Louis Janmot (1814-1894), peintre lyonnais, La ronde


les notions et repères

du programme de philo en Terminale,

selon les séries


série littéraire

    Notions :

Le sujet
- La conscience
- La perception762px_Louis_Janmot___Po_me_de_l__me_16___Le_Vol_de_l__me
- L’inconscient
- Autrui
- Le désir
- L’existence et le temps

La culture
- Le langage
- L’art
- Le travail et la technique
- La religion
- L’histoire

La raison et le réel
- Théorie et expérience
- La démonstration754px_Louis_Janmot___Po_me_de_l__me_17___L_Id_al
- L’interprétation
- Le vivant
- La matière et l’esprit
- La vérité

La politique
- La société
- La justice et le droit
- L’État

La morale
- La liberté
- Le devoir
- Le bonheur

 Repères :

Absolu/relatif - Abstrait/concret - En acte/en puissance - Analyse/synthèse - Cause/fin - Contingent/nécessaire/possible - Croire/savoir - Essentiel/accidentel - Expliquer/comprendre - En fait/en droit - Formel/matériel - Genre/espèce/individu - Idéal/réel - Identité/égalité/différence - Intuitif/discursif - Légal/légitime - Médiat/immédiat - Objectif/subjectif - Obligation/contrainte - Origine/fondement - Persuader/convaincre - Ressemblance/analogie - Principe/conséquence - En théorie/en pratique - Transcendant/immanent - Universel/général/particulier/singulier


série économique et sociale

 Notions :

Le sujet776px_Louis_Janmot___Po_me_de_l__me_14___Sur_la_Montagne
- La conscience
- L’inconscient
- Autrui
- Le désir

La culture
- Le langage
- L’art
- Le travail et la technique
- La religion
- L’histoire

La raison et le réel
- La démonstration
- L’interprétation763px_Louis_Janmot___Po_me_de_l__me_18___R_alit_
- La matière et l'esprit
- La vérité

La politique
- La société et les échanges
- La justice et le droit
- L’État

La morale
- La liberté
- Le devoir
- Le bonheur

 Repères :

Absolu/relatif - Abstrait/concret - En acte/en puissance - Analyse/synthèse - Cause/fin - Contingent/nécessaire/possible - Croire/savoir - Essentiel/accidentel - Expliquer/comprendre - En fait/en droit - Formel/matériel - Genre/espèce/individu - Idéal/réel - Identité/égalité/différence - Intuitif/discursif - Légal/légitime - Médiat/immédiat - Objectif/subjectif - Obligation/contrainte - Origine/fondement - Persuader/convaincre - Ressemblance/analogie - Principe/conséquence - En théorie/en pratique - Transcendant/immanent - Universel/général/particulier/singulier


série scientifique

 Notions :

Le sujet765px_Louis_Janmot___Po_me_de_l__me_8___Cauchemar
- La conscience
- L’inconscient
- Le désir

La culture
- L’art
- Le travail et la technique
- La religion

La raison et le réel765px_Louis_Janmot___Po_me_de_l__me_4___Le_Printemps
- La démonstration
- Le vivant
- La matière et l’esprit
- La vérité

La politique
- La société et l’État
- La justice et le droit

La morale
- La liberté
- Le devoir
- Le bonheur

 Repères :

Absolu/relatif - Abstrait/concret - En acte/en puissance - Analyse/synthèse - Cause/fin - Contingent/nécessaire/possible - Croire/savoir - Essentiel/accidentel - Expliquer/comprendre - En fait/en droit - Formel/matériel - Genre/espèce/individu - Idéal/réel - Identité/égalité/différence - Intuitif/discursif - Légal/légitime - Médiat/immédiat - Objectif/subjectif - Obligation/contrainte - Origine/fondement - Persuader/convaincre - Ressemblance/analogie - Principe/conséquence - En théorie/en pratique - Transcendant/immanent - Universel/général/particulier/singulier

source officielle


773px_Louis_Janmot___Po_me_de_l__me_7___Le_Mauvaus_Sentier
Louis Janmot (1814-1894), peintre lyonnais, Le mauvais sentier

- les tableaux de peinture insérés sur cette page, outre les deux qui sont déjà légendés, sont du même artiste, Louis Janmot. De haut en bas : le vol de l'âme ; l'idéal ; sur la montagne ; réalité ; cauchemar ; le printemps.  On en trouve d'autres sur la page wikipedia consacré à Louis Janmot.


- retour à l'accueil

Posté par LCL42Histoire à 10:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

dimanche 26 juillet 2009

corrigés de la série L, Bac 2008

article_photo_1213605585796_1_0
Les candidats planchent  sur l'épreuve de philosophie du baccalauréat
le 16 juin 2008 au lycée Chaptal à Paris



Bac de philo :

retrouvez les corrigés de la série L

EDUCATION - 20minutes.fr a demandé à deux professeurs de philosophie leurs premières pistes à l'issue de l'épreuve...

L'épreuve de philosophie du bac général s'est achevée ce lundi à midi en France métropolitaine. Caroline Bline avait donné ses conseils pour réussir l'examen le jour J. 20minutes.fr lui a demandé ses premières pistes concernant les sujets de la série L, ainsi qu'à François L'Yvonnet, également professeur de philo.

Pour la série L :

Les deux professeurs estiment que les candidats de cette série ont été confrontés à des sujets difficiles et techniques. «Ils supposaient une connaissance étroite du cours, ce qui n'est pas forcément le plus intéressant», estime François L'Yvonnet.


- «La perception peut-elle s'éduquer?»

«La perception était une notion du programme. C'est Le concept du sujet à développer. Il faut d'emblée distinguer la perception au sens de «sensation» physique, qui renvoie aux cinq sens, de la perception comme phénomène intellectuel et rapport au réel.

Carole Bline suggère trois parties :

I - Non, la perception ne s'éduque pas car elle est spontanée et du domaine des sens. C'est un rapport immédiat au monde. Le candidat peut faire référence à Platon et à l'allégorie de la caverne.

II - Si l'on prend la perception dans sa seconde acceptation, c'est-à-dire un phénomène intellectuel, elle peut bien sûr s'éduquer et être améliorée. Il faut d'ailleurs se méfier de la perception au sens de sensation car elle est trompeuse. Le candidat peut de nouveau faire référence à Platon, qui privilégiait à cet égard la raison, ainsi qu'à Descartes.

III - La perception est toutefois un accès au réel plus riche que la raison et c'est en cela qu'elle peut et doit être éduquée. L'art en est le meilleur exemple. «L'artiste voit et donne à voir», rappelle François L'Yvonnet. Le candidat peut faire référence à Nietzsche dans cette troisième partie, précise Carole Bline.


- «Une connaissance scientifique du vivant est-elle possible?»

«Ce sujet est très bateau, il suffisait de bien maîtriser le cours», observe Carole Bline. Il fallait, souligne-t-elle, bien rappeler ce qu'est le vivant dans l'introduction (de la plante à l'homme en passant par l'animal). «C'est l'enjeu même de la biologie, qui est une science assez tardive car on a longtemps étudié “la vie” et non le “vivant”», ajoute François L'Yvonnet.

Là aussi, trois parties étaient possibles, selon Carole Bline :

I - «Oui, dans la mesure où la science permet d'étudier les mécanismes du vivant. Elle a même permis de sortir de la thèse du vitalisme, défendue depuis Aristote jusqu'au XVIIe siècle. Suggérant qu'une force vitale distingue l'inerte du vivant, elle a alimenté la conception religieuse et métaphysique du vivant.

II - Toutefois, le «vivant» ne peut être limité à une matière entièrement maîtrisable par la science. Kant distinguait ainsi le vivant d'un objet en prenant l'exemple du mécanisme d'une montre: malgré son ingéniosité, elle ne peut ni se réparer toute seule ni se reproduire. Le vivant est donc caractérisé par le projet vital qui l'anime. «Le candidat pouvait se servir de son cours sur l'esprit et la matière», souligne Carole Bline.

III - «Cette partie pouvait être consacrée à l'aspect moral de la question», explique cette dernière. Une approche exclusivement scientifique du vivant est dangereuse dans la mesure où celui-ci ne peut pas être considéré uniquement comme un objet d'étude. Exemple : les expérimentations sur les animaux. La souffrance de ces derniers est réelle, contrairement à qu'affirmait Descartes.

- Expliquer un extrait des «Cahiers pour une morale» de Sartre.

«Ce texte jonglait avec les concepts de contingence et de hasard, explique François L'Yvonnet. Le premier fait référence au libre-arbitre cartésien, où le sujet s'autodétermine, le second au déterminisme radical, où le sujet n'a pas le choix. C'est de la rencontre entre les deux que naît la liberté “en situation”. Exemple: la scène du meurtre dans L'Étranger de Camus. Face à une situation donnée, hasardeuse (un homme a le soleil dans les yeux), le sujet agit d'une certaine façon (il tire sur l'individu qui est en face de lui). Il signifie le monde par son action, lui confère du sens», conclut François L'Yvonnet.

Recueilli par Catherine Fournier
16 juin 2008, 20minutes.fr

2509188945_45da8f343f_o

- retour à l'accueil

Posté par LCL42Histoire à 07:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

samedi 18 juillet 2009

Salamanca

Salamanca

Posté par LCL42Histoire à 11:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

vendredi 10 juillet 2009

réunion et repas de l'équipe professorale

M_Bouderlique_et_Mme_Reynaud

réunion des professeurs d'Histoire

le 10 juillet 2009


Mme_Goy__1_
Mme Goy, coordinatrice de l'équipe

M_Bouderlique_et_Mme_Reynaud
M. Bouderlique et Mme Reynaud

M_Renard
M. Renard


M_Bouderlique__2_
M. Bouderlique


Mme_Goy_et_Mme_Reynaud
Mme Goy et Mme Reynaud

* M. Degraix, non photographié, était évidemment présent à la réunion.

Outre la répartition des services (quelles classes sont dévolues à quel professeur), l'assemblée des professeurs d'H.-G. a décidé à l'unanimité de baptiser les salles de classes où s'exerce notre discipline, du nom d'historiens ou de personnage de l'histoire. Ainsi :

- la salle 204 devient la salle Ernest LAVISSE

- la salle 205 devient la salle Olympe de GOUGES

- la salle 206 devient la salle Fernand BRAUDEL

- la salle 208 devient la salle LAMARTINE

- la salle 208 bis (cabinet HG) devient la salle THUCYDIDE

- la salle 209 devient la salle Marc BLOCH

* pourquoi ces personnages ?

 

 

___________________________________________________________



les agapes du Jarez, ou la fraternité historienne

1
dans un grand restaurant de la région...

2
de g. à d., Pierre-Luc Bouderlique (caché), Valérie Goy, Laurence Reynaud,
Jean-Luc Degraix, Agnès Mathulin (professeur de S.E.S.), Chantal Thomas


3
de g. à d., Pierre-Luc Bouderlique, Valérie Goy, Laurence Reynaud

4
Pierre-Luc Bouderlique

Jean_Luc__1_
Jean-Luc Degraix

- retour à l'accueil

Posté par LCL42Histoire à 20:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

jeudi 9 juillet 2009

le baptème historien des salles de classe

9782081216037



le nom des salles de salles de classe

en Histoire-Géographie



- la salle 204 devient la salle Ernest LAVISSE

- la salle 205 devient la salle Olympe de GOUGES

- la salle 206 devient la salle Fernand BRAUDEL

- la salle 208 devient la salle LAMARTINE

- la salle 208 bis (cabinet HG) devient la salle THUCYDIDE

- la salle 209 devient la salle Marc BLOCH

____________________________________________________


qui sont ces historiens ?



thucydide

Thucydide

(460-396 ? av.)

"celui qu'on est tenté d'appeler, en dépit d'Hérodote, le premier véritable historien grec" (Jean-Pierre Vernant)

- Histoire de la guerre du Péloponnèse, Garnier-Flammarion, 1993.

2080700812.08.lzzzzzzz1


Souci du vrai dans l'établissement des faits, exigence de clarté dans l'énoncé des changements qui se produisent au cours de la vie des cités (guerres et révolutions politiques), connaissance assez précise de la "nature humaine" pour repérer dans la trame des événements l'ordre qui donne sur eux prise à l'intelligence, - tous ces traits sont associés, chez celui qu'on est tenté d'appeler, en dépit d'Hérodote, le premier véritable historien grec, à un refus hautain du merveilleux, to muthôdes, considéré comme un ornement propre au discours oral et à son caractère circonstanciel mais qui se trouverait déplacé dans un texte écrit dont l'apport doit constituer un acquis permanent : «À l'audition l'absence de merveilleux dans les faits rapportés paraîtra sans doute en diminuer le charme  mais si l'on veut voir clair dans les événements passés et dans ceux qui, à l'avenir, en vertu du caractère humain qui est le leur, présenteront des similitudes ou des analogies, qu'alors on les juge utiles et cela suffira : ils constituent un trésor pour toujours (ktêma es aiei) plutôt qu'une production d'apparat pour un auditoire du moment» (Thucydide, II, 22, 4). La critique que trois siècles plus tard Polybe dirige contre Phylarque, accusé de vouloir provoquer la pitié et l'émoi du lecteur en étalant sous ses yeux des scènes de terreur (ta deina), fournit le meilleur commentaire au texte de Thucydide : «L'historien ne doit pas faire servir l'histoire à produire l'émotion des lecteurs par le fantastique, (…) mais présenter les actions et les paroles entièrement selon la vérité, même si d'aventure 2707146897.08.lzzzzzzzelles sont fort ordinaires». Car le but de l'histoire ne consiste pas à «émouvoir et charmer pour un moment les auditeurs» mais à «instruire et convaincre pour tout le temps les personnes studieuses avec des actes et des discours vrais» (Polybe, II, 56, 7-12).

Jean-Pierre Vernant, Mythe et société en Grèce ancienne,
Maspéro, 1974, p. 200-201.





Alphonse de LamartineDSC02956

(1790-1869)





























Ernest LavisseErnest_Lavisse_portrait

(1842-1922)
















 




Marc Blochbloch3

(1886-1944)

notice biographique du fonds Marc Bloch aux Archives nationales

Né en 1886, Marc Bloch était le fils de Gustave Bloch, professeur d’histoire romaine à la Sorbonne. Agrégé d’histoire lui-même, il compléta ses études à Leipzig et à Berlin (1908-1909). Mobilisé comme agent d’infanterie, il fut, à l’issue de la Grande Guerre, capitaine d’état-major, titulaire de quatre citations et chevalier de la Légion d’honneur. À la faculté de Strasbourg, il fut chargé de cours d’histoire médiévale de 1919 à 1936. En 1929, il fonda avec Lucien Febvre (historien et professeur au Collège de France) Les Annales d’histoire économique et sociale et se trouva bientôt nommé professeur d’histoire économique à la Sorbonne.

Marqué par l’abandon de Munich, il demanda à servir lorsqu’éclata la guerre en 1939. Il entra dans la Résistance en 1942 et devint délégué du Mouvement Franc-Tireur au directoire régional des Mouvements unis de la Résistance. Mais, au printemps 1944, il fut arrêté et emprisonné au fort Montluc. Après le débarquement allié, il fut fusillé par les Allemands. Marc Bloch est l’auteur de nombreux ouvrages dont Les Rois thaumaturges, 1924, Les Caractères originaux de l’histoire rurale française, 1931, La Société féodale, 1939-1940. Dans son ouvrage posthume intitulé Apologie pour l’histoire (1952) est exposée sa conception de l’histoire.             

- notice biographique

- Marc Bloch au Panthéon ? une demande de 17 historiens


2070227049.08.lzzzzzzz12226068732.08.lzzzzzzz22266139460.08.lzzzzzzz22070325695.08.lzzzzzzz2













Fernand Braudel

2080810235.01.lzzzzzzz1

150px_fernandbraudel

(1902-1985)

notice biographique (corrigée) du site de l'Académie française :

Né à Luméville-en-Ornois (Meuse), le 24 août 1902.
Agrégé d'histoire (1923). Professeur d'histoire aux lycées de Constantine et d'Alger (1924-1932). Professeur aux lycées Pasteur, Condorcet et Henri IV, à Paris (1932-1935). Membre d'une mission française d'enseignement au Brésil, à Sao Paulo (1935-1937). Directeur d'études à l'École pratique des Hautes études (section de philologie et d'histoire) (1937). Mobilisé en 1938, prisonnier en Allemagne en 1940-1945.

Directeur de la revue Les Annales (1946-1968). Docteur ès lettres en 1947. Professeur titulaire de la chaire d'histoire de la civilisation moderne au Collège de France (1949-1972). Directeur d'études de la VIe section (Sciences économiques et sociales de l'École pratique des Hautes études (1956-1972). Fondateur de l'Association internationale d'histoire économique et administrateur de la Maison des Sciences de l'homme en 1962. Professeur honoraire au Collège de France en 1972.

Correspondant de nombreuses académies étrangères, notamment celles de Budapest, Munich, Madrid, Belgrade. Docteur honoris causa de plusieurs Universités, notamment Oxford, Bruxelles, Madrid, Varsovie, Cambridge, Yale, Genève, Padoue, Leyde, Montréal, Cologne, Chicago.
Élu à l'Académie française, le 14 juin 1984 au fauteuil de André Chamson (15e) et reçu le 30 mai 1985 par Maurice Druon. Mort le 27 novembre 1985.


2080812211.01.lzzzzzzz

- notice biographique du site du Collège de France

- note bio-bibliographique sur le site de la revue EspacesTemps

208081222x.01.lzzzzzzz

- "Fernand Braudel et la Grammaire des civilisations (1963)"










2253064556.08.lzzzzzzz

2253064564.08.lzzzzzzz2253064572.08.lzzzzzzz2080811924.01.lzzzzzzz2080811673.08.lzzzzzzz2080812858.01.lzzzzzzz















une femme dans l'histoire


Olympe de Gouges

583097_711956

- une bio-bibliographie d'Olympe de Gouges

- une autre biographie :

Marie Gouze dite Olympe de Gouges. Née à Montauban en 1748 – Décédée à Paris en 1793.
Féministe française, femme généreuse, femme de cœur, Olympe de Gouges fut l’ardente avocate de l’émancipation de la femme.
Elle a été témoin engagée de la Révolution française au travers de ses pièces de théâtre, écrits littéraires et autre libellés politiques.
Ce n’est qu’à partir de la Révolution qu’elle va montrer à quel point elle est en avance sur son temps. Elle est en effet, avec Théroigne de Méricourt et Claire Lacombe l’une des premières féministes.

Auteur d’un texte précurseur publié en septembre 1791, "Les Droits de la Femme et de la citoyenneté", elle a su faire preuve d’un réel courage dans l’affirmation de ses idées, de ses prises de position face aux événements révolutionnaires et cela lui a valu de périr sur la guillotine, le 3 novembre 1793.

«Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne»

Le préambule adressé à Marie-Antoinette, ainsi que l’article X étaient prémonitoires.
Elle rédige également des pamphlets contre Marat et Robespierre. Lors du procès de Louis XVI, elle tente de défendre le roi, qu’elle ne juge pas coupable en tant qu’homme mais uniquement comme souverain.
Solidaire des girondins après les journées de mai-juin 1793, elle est accusée d’être l’auteur d’une affiche girondine. Olympe de Gouges est arrêtée le 20 juillet 1793, condamnée à mort et guillotinée le 2 novembre 1793.
"Pensez à moi et souvenez-vous de l’action que j’ai menée en faveur des femmes ! Je suis certaine que nous triompherons un jour !"
Olympe de Gouges

source


Analyse de l'image

Olympe de Gouges, une militante féministe

Née en 1748 à Montauban d’un père boucher ou bien du noble Le Franc de Pompignan, d’après ses dires, Marie-Olympe de Gouze monte à Paris en 1766, après son veuvage, et, sous le nom d’Olympe de Gouges, se lance dans une carrière littéraire, tout en partageant la vie de Jacques Biétrix de Rozières, un haut fonctionnaire de la Marine. Auteur de nombreux romans et pièces de théâtre, elle s’engage dans des combats politiques en faveur des Noirs et de l’égalité des sexes.

Son écrit politique le plus célèbre est la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (septembre 1791), véritable manifeste du féminisme adressé à Marie-Antoinette. Prenant pour modèle la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, elle affirme que « la femme naît et demeure égale à l’homme en droits » (art. 1). A la suite de Condorcet, qui avait rédigé l’année précédente un traité Sur l’admission des femmes au droit de cité, elle considère que la femme détient des droits naturels au même titre que les hommes et doit pouvoir participer en tant que citoyenne à la vie politique et au suffrage universel. Olympe de Gouges revendique également pour les femmes la liberté d’opinion et la liberté sexuelle : à ce titre, elle réclame la suppression du mariage et l’instauration du divorce.

Sur le plan politique, d’abord attachée à une monarchie modérée, puis républicaine, elle rejoint les Girondins et, convaincue que les femmes doivent jouer un rôle dans les débats politiques, propose à la Convention d’assister Malesherbes dans sa défense du roi Louis XVI en décembre 1792, qu’elle juge fautif en tant que roi mais non en tant qu’homme. Toutefois, sa demande sera rejetée au motif qu’une femme ne peut assumer une telle tâche. C’est cet épisode malheureux que rappelle la légende manuscrite de l’aquarelle anonyme représentant Olympe de Gouges dans l’attitude d’une femme savante, assise sur un fauteuil de style Louis XV, un livre à la main. Très fluide et transparente, cette aquarelle rehaussée de mine de plomb et le fond de paysage simplement esquissé annoncent le romantisme à venir.

En 1793, lors de la Terreur, Olympe de Gouges s’en prend à Robespierre et aux Montagnards qu’elle accuse de vouloir instaurer une dictature et auxquels elle reproche des violences aveugles. Après l’insurrection parisienne des 31 mai-2 juin et la chute de la Gironde, elle prend ouvertement parti en faveur de celle-ci à la Convention et est arrêtée le 20 juillet 1793 pour avoir rédigé un placard fédéraliste à caractère girondin, Les Trois Urnes ou le Salut de la Patrie. Jugée le 2 novembre, elle fut exécutée sur l’échafaud le lendemain.


Interprétation

La Révolution : une avancée pour les droits des femmes ?

Sur le plan politique, les révolutionnaires refusent de reconnaître le droit des femmes à participer à la vie politique. Après les avoir laissées un temps se constituer en clubs et se mêler aux mouvements populaires, un terme est officiellement mis à l’automne 1793 à toute activité politique féminine, avec l’interdiction des clubs féminins et le refus de la citoyenneté pour les femmes. Ce revirement de l’opinion par rapport aux femmes se durcit en 1795, lors de l’insurrection de prairial (20-24 mai) : la Convention interdit d’abord aux femmes d’entrer dans ses tribunes, puis d’assister aux assemblées politiques et de s’attrouper dans la rue, cependant que de nombreuses femmes sont pourchassées dans la nuit du 1er au 2 prairial et jugées par une commission militaire.

Si les femmes se virent ainsi exclues des affaires de la cité, les révolutionnaires prirent néanmoins quelques mesures pour améliorer leur statut civil et social et les soustraire à l’oppression masculine : l’égalité des droits de succession entre hommes et femmes fut admise le 8 avril 1791, le divorce, réclamé par Olympe de Gouges, instauré le 30 août 1792 et la reconnaissance civile concédée aux femmes le 20 septembre 1792, lors des lois sur l’état civil. Mais de telles avancées furent de courte durée, car le Code civil napoléonien, promulgué le 21 mars 1804, rétablit bientôt les pleins pouvoirs du chef de famille. Seul le divorce échappe momentanément à ce retour en arrière : il ne sera supprimé qu’en 1816.

Les femmes et la Révolution

La participation politique des femmes aux événements s’est affirmée durant la Révolution française. Tantôt dans la rue, tantôt dans les tribunes des clubs, sociétés ou assemblées, les femmes ont occupé le terrain de l’action militante à plusieurs reprises, en particulier lors des journées insurrectionnelles des 31 mai-2 juin 1793 et du 9 thermidor an II (27 juillet 1794) qui virent respectivement la chute des Girondins et celle des Robespierristes.

Souvent surnommées péjorativement les «tricoteuses», en référence à leur travail manuel qu’elles continuaient à exercer dans les tribunes publiques, tout en participant activement aux délibérations politiques, ces militantes s’engageaient sur tous les fronts-: lutte contre la misère et la faim, contre la Gironde à la Convention, etc. Parallèlement à ces combats, un mouvement de défense des droits de la femme se fait jour, soutenu par quelques personnalités comme Olympe de Gouges, Etta Palm d’Aelders ou Théroigne de Méricourt qui revendiquent la liberté de la femme et l’amélioration de sa condition sur le plan civil, social ou économique.

Charlotte DENOËL (source)

- retour à l'accuei

Posté par LCL42Histoire à 15:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

mardi 7 juillet 2009

Félicitations aux nouveaux bacheliers

louis_xivpropagande



Bravo les bacheliers de Claude Lebois

 

Diapositive1

 

les professeurs d'Histoire-Géographie

 

- retour à l'accueil

Posté par LCL42Histoire à 07:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

vendredi 3 juillet 2009

Aguirre, la colère de DIeu

aguirre



Aguirre, la colère de Dieu

images et itinéraire d'un conquistador au XVIe siècle


Aguirre est le personnage, joué par Klaus Kinski, dans un film de Werner Herzog datant de 1972. Mais c'est d'abord une histoire réelle qui a servi de trame au scénario du film. L'histoire d'une expédition qui se déroule en 1560-1561 au Nouveau Monde, sur les territoires actuels du Pérou, du Brésil, du Vénézuela...

On l'appela l'expédition de l'Omagua et d'El Dorado. Elle devait trouver le territoire où l'or coulait à profusion. Mais l'entreprise fut marquée par la mutinerie d'un capitaine, le Basque Don Lope de Aguirre. Il fit assassiner le gouverneur Don Pedro de Orsua, ses compagnons et sa maîtresse, et fit désigner un jeune noble, Don Fernando de Guzman, comme roi avant de se débarrasser de lui quelques temps plus tard.

L'expédition continua sous l'autorité délirante d'Aguirre qui cherchait à remonter l'Atlantique jusqu'au Panama et à attaquer le Pérou par le Nord. Des crimes odieux finirent par dresser les soldats contre Aguirre. Celui-ci, abandonné, fut abattu à Barquisimeto au Vénézuéla. Entre temps, il avait rédigé la première déclaration d'indépendance du Nouveau Monde et rendu publique un réquisitoire contre le roi d'Espagne, Philippe II.




Aguirre_Relation_voyage


















- Relation du voyage et de la rébellion d'Aguirre, Francisco Valdez

Édition établie d’après le manuscrit. Traduction originale de Ternaux-Compans révisée par Bernard Emery. Dans l’année 1559, des gentilshommes espagnols et portugais descendent l’Amazone à la recherche de l’Eldorado. À partir du manuscrit de Francisco Vázquez, membre de l’expédition, voici exposée l’épouvantable et «véridique» histoire de don Lope de Aguirre, rebelle à son roi, 192 pages, 1ère éd. 1989.




_________________________________________________________



Aguirre, la colère de Dieu, de Werner Herzog : le carnaval du pouvoir

par André-Michel BERTHOUX

Werner Herzog n’a pas encore trente ans lorsqu’il réalise Aguirre, la colère de Dieu en 1972. Ce film marque le début d’une collaboration fructueuse et souvent houleuse entre le cinéaste et son acteur fétiche, Klaus Kinski, qui obtient enfin un véritable rôle à sa dimension.

À la fin de l’année 1560, une expédition d’aventuriers espagnols partie des sierras péruviennes et conduite par Don Gonzalo Pizarro, dévale les pentes abruptes de la cordillère des Andes. Parvenue aux abords d’un affluent en pleine forêt amazonienne, elle se heurte à une nature sauvage et hostile qui l’oblige à s’arrêter.

5

Pizarro charge alors un détachement formé d’une quarantaine d’hommes de trouver des vivres et de se renseigner sur la situation exacte de l’El Dorado ainsi que sur la présence d’indiens en descendant le fleuve en radeaux. Il nomme Don Pedro de Ursua [ou : Orsua], accompagné par sa fiancée Dona Inez de Atienza, commandant, et en second, Don Lope de Aguirre qui amène sous sa garde sa fille Florès.

Le moine Gaspar de Carvajal, auteur du journal de l’expédition, aura pour mission d’évangéliser les païens du nouveau continent, autre but des conquistadors. Don Fernando de Guzman, preux chevalier qui donna l’assaut à la forteresse de Saxahuaman dix ans auparavant, représentera la Maison Royale.

Afin de rendre compte de sa décision Pizarro signe un document qui sera soumis au Conseil des Indes pour approbation. Ce microcosme reflète la société très hiérarchisée de l’époque. Toutes les institutions sont présentes : l’armée, le roi, l’Église. Chacune symbolisant les valeurs essentielles de la civilisation conquérante, le devoir et l’obéissance, la puissance et l’autorité, la foi chrétienne ; mais toutes animées par la même soif de conquête du nouveau monde. La signature de Pizarro donne à cette structure un aspect officiel que rien, semble-t-il, ne peut venir déstabiliser ou compromettre.

4441__photo_aguirre_3
le gouverneur Don Pedro de Orsua et son épouse, Dona Inez de Atienza

Durant la première nuit, les membres d’équipage d’un des radeaux pris dans un tourbillon sont tués. Ursua, malgré le danger que cela représente, décide de les enterrer chrétiennement. Aguirre suggère alors à Perucho, son fidèle homme de main, de détruire à coup de canon l’embarcation afin de ne pas retarder la mission. Le lendemain, la perte des deux autres radeaux, à la suite de la montée des eaux, pousse Ursua à rebrousser chemin et à rejoindre Pizarro demeuré en amont avec le reste de la troupe. Mais Aguirre, qui a déjà donné l’ordre de construire un nouveau radeau, s’y oppose.

En s’appuyant sur l’exploit de Hernando Cortez qui conquit Mexico malgré l’ordre de faire demi-tour, il exhorte les hommes à poursuivre la descente du fleuve et à se rendre maître de la vallée de l’or. Perucho tire sur Ursua et le blesse. Aussitôt la foule se range autour de leur nouveau commandant rebelle. Nous n’assistons pourtant pas à une simple mutinerie mais à une véritable carnavalisation de la société dans laquelle était jusqu’ici enraciné l’ensemble de l’expédition.

Aguirre_Wrath_of_God_SPLASH
Aguirre, à la fois visionnaire et aveugle à la réalité

L’ordre hiérarchique est renversé et laisse la place à un monde à l’envers. Tout le rituel du préambule est tourné en ridicule, les valeurs officielles sont profanées. Aguirre en maître de cérémonie organise un véritable simulacre de prise du pouvoir. Il propose d’élire Guzman comme nouveau chef, façon de faire participer, sous la contrainte, le peuple à la constitution de cette monarchie. Lors de son intronisation, véritable parodie de cérémonies officielles, Guzman est déclaré empereur de l’El Dorado en lieu et place de Philippe II roi de Castille.

Ce rite rappelle la nomination bouffonne du roi carnaval. Mikhaïl Bakhtine, dans son ouvrage La poétique de Dostoïevski, a décrit longuement ce processus [1] : «Au premier plan [des actes carnavalesques] figurent ici l’intronisation bouffonne puis la destitution du roi carnaval. (...). Il y a, à la base de l’acte rituel de l’intronisation-détronisation, la quintessence, le noyau profond de la perception du monde carnavalesque : le pathos de la déchéance et du remplacement, de la mort et de la renaissance. Le carnaval est la fête du temps destructeur et régénérateur. (...). L’in-détronisation est un rite ambivalent, "deux en un", qui exprime le caractère inévitable et en même temps la fécondité du changement-renouveau, la relativité joyeuse de toute structure sociale, de tout ordre, de tout pouvoir et de toute situation (hiérarchique). L’intronisation contient déjà l’idée de la détronisation future : elle est ambivalente dès le départ.

D’ailleurs, on intronise le contraire d’un vrai roi, un esclave ou un bouffon, et de fait éclaire en quelque sorte le monde à l’envers carnavalesque, en donne la clef. Dans le rite de l’intronisation, tous les moments de la cérémonie, les symboles du pouvoir que reçoit l’intronisé, les vêtements dont il est paré, deviennent ambivalents, se teintent d’une rivalité joyeuse, sont presque des accessoires du spectacle (mais des accessoires rituels) ; leurs significations symboliques se situent sur deux plans (alors qu’en dehors du carnaval, en tant que symboles réels du pouvoir, ils se trouvent sur un plan unique, absolu, lourd et monolithiquement sérieux). À travers l’intronisation on aperçoit déjà la détronisation et cela s’applique à tous les symboles carnavalesques : tous contiennent en perspective la négation et son contraire».

028_3
Don Fernando de Guzman, preux chevalier qui donna l’assaut à la forteresse
de Saxahuaman dix ans auparavant, représente la Maison Royale ;
Aguirre le déclare
empereur de l’El Dorado en lieu et place de Philippe II roi de Castille

Tout le grotesque de la situation est révélé par les propos mêmes de Aguirre concernant le trône sur lequel Guzman rechigne à s’asseoir : «qu’est-ce un trône sinon une planche et un peu de velours, majesté» [2]. Aguirre glisse ensuite, en guise de sceptre, dans la main du monarque enfin intronisé et qui ne peut retenir ses larmes le document qui officialise la création du nouveau royaume et décrète la rupture des liens avec l’Espagne. Ce simulacre d’intronisation laisse toutefois présager de la fin.

En effet, une fois la liesse terminée, Guzman sera déchu de son trône, véritable cette fois, puisqu’il sera étranglé à côté des toilettes. Lors du jugement de Ursua le moine Gaspar de Carvajal prononce la sentence tel un inquisiteur et déclare le condamné, comble d’ironie, coupable de trahison. On ne peut imaginer meilleure parodie de la société officielle. Le carnaval réfléchit tel un miroir tous les éléments constitutifs de cette société. C’est en quelque sorte une "vie à l’envers" selon la propre expression de Bakhtine.

00007431_AguirreZornGottes_001_1

Mais naturellement, cette carnavalisation n’est pas une fête, malgré la musique interprétée à la flûte par un indien. L’humanisme que l’on ressent chez Pizarro et Ursua cède sa place à la cruauté de Aguirre. C’est pourquoi on a souvent considéré ce film comme une tentative d’analyser la folie meurtrière des conquistadors générée par la soif de l’or symbole de pouvoir et de liberté.

Mais, me semble-t-il, si l’on demeure au niveau psychologique en expliquant le comportement de ces hommes par la démence qui les gagnait progressivement on ne peut pleinement comprendre l’interprétation de Kinski. En effet, Aguirre n’est ni un fou, ni un mutin. Toute son attitude témoigne du désir intense d’imiter son modèle, Hernando Cortez.

klaus_kinski_aguirre_der_zorn_gottes1233298144

C’est en désobéissant à ses supérieurs que Cortez a acquis gloire et reconnaissance. La rébellion de Aguirre s’inscrit dans cette volonté qui l’anime d’imiter le conquérant de Mexico. Mais Aguirre est envahi par un désir encore plus grand, puisqu’il veut détrôner Philippe II, le puissant roi de Castille, avoir une emprise totale sur le Destin et sur la nature, devenir ainsi Dieu lui-même. Il demeure insensible aux choses qui touchent les humains : la faim, les flèches, la mort.

Ses propos ne sont pas le fruit du délire, mais symbolisent la démesure de son désir mimétique. En tant que Dieu, il ne peut concevoir d’unions charnelles qu’avec sa fille. Mais il n’est pas dupe de son illusion. “Nous mettrons en scène l’histoire comme d’autres mettent en scène des pièces de théâtre”, déclare-t-il.

aguirrecut

Dans la séquence finale, pure merveille cinématographique, toute l’intensité dramatique de son monologue n’a d’équivalent que le grotesque de la situation dans laquelle il se trouve : dernier survivant et entouré de singes, il est devenu, mais pour peu de temps, bouffon à son tour.

André-Michel Berthoux, février 2003
source

notes
[1] Editions du Seuil, 1970, page 171-172
[2] Procédé littéraire analysé pour la première par fois Chkolovski dans son essai Théorie de la prose (1929 ; traduction française, L’âge d’homme, 1973) et désigné en russe par le terme "ostranienie". Il s’agit de transformer quelque chose de familier (un objet, un comportement, une institution ; ici le trône de Guzman) en quelque chose d’étrange, d’insensé, de ridicule. Pour une étude approfondie de ce procédé, voir l’ouvrage de Carlo Ginzburg , À distance (Gallimard, Bibliothèque des Histoires, 2001, ch. 1 : L’estrangement. Préhistoire d’un procédé littéraire).

agg11ga9


_________________________________________________________


Aguirre, der Zorn des Gottes

von Werner Herzog

Werner Herzogs Meditation über den Wahnsinn ist selbst durchzogen von den Obessionen seines Stars Klaus Kinski, mit dem Herzog eine offen ausgelebte Hassliebe verband. Der Film spielt im 16. Jahrhundert, in Peru:  Eine Expedition spanischer Konquistadoren ist auf der Suche nach El Dorado, dem sagenhaften Goldland der Inkas. Der machtbesessene Unterführer Aguirre reißt das Kommando über einen Voraustrupp an sich, der auf Flößen den Amazonas herab fahren und die Gegend erkunden soll. Aguirre erklärt den spanischen König für abgesetzt und einen mitreisenden Adligen zum "Kaiser von El Dorado". Dann stößt er mit den Flößen weiter ins Land vor, inmitten einer feindlichen Umwelt, bedroht durch die Giftpfeile der Indianer, Hunger, Erschöpfung, Krankheit und Meuterei. Die Gruppe wird immer weiter dezimiert. Am Ende sehen wir Aguirre dem Wahnsinn verfallen, auf einem von Leichen bedeckten Floß, das den Amazonas hinabtreibt.

_________________________________________________________




Aguirre, la colère de Dieu

La quête d’un idéaliste, décalage pathologique

entre réalité et fiction

            

par Gilles Visy, université de Limoges
            

Introduction
            
Dans une Amazonie où nul conquistador ne s’était aventuré Klaus Kinski et ses hommes traquent la piste du mythique Eldorado (1). Au fur et à mesure de l’expédition les guides les abandonnent, les accidents s’accumulent, la nature devient hostile, le relief est dangereux, le fleuve reste imprévisible et les flèches empoisonnées des indiens s’abattent sur les Espagnols comme le jugement dernier. Kinski fait fit de toutes les difficultés, ses hommes tentent même une mutinerie mais il fait taire la rébellion : personne ne peut résister à Aguirre.
            
Réalisé en 1972, le film d’Herzog fut le premier tournage avec Klaus Kinski et l’un des plus dur tant par les conditions climatiques que par les relations passionnées entre l’acteur et le cinéaste. Présenté pour la première fois à Munich, Herzog a voulu créer un événement cinématographique.

Véritable manifeste du cinéma allemand, Volker Schlöndorff dira au cours d’une diffusion sur Arte : «C’est un film qui a la fraîcheur et la violence d’un jeune Picasso extrêmement tendre, comique, toujours excitant et visionnaire.» (2) Cette quête idéaliste se joue en 1560, des mercenaires espagnols prennent le départ sous le commandement de Pedro de Ursúa. (3)

4441__photo_aguirre_2

Rapidement Aguirre prend le pouvoir en élisant un empereur fantoche et il conduira l’expédition à sa perte. La maladie finit de décimer l’équipage, Aguirre termine sa course sur une nouvelle variation du Radeau de la méduse. Kinski, entouré de petits primates sur son embarcation, sombre dans la folie poursuivant son rêve de mégalomane mystique. Il incarne une sorte de primitif illuminé, un guerrier avide d’or et de pouvoir : dégénéré, il reste néanmoins grandiose de par son rôle de composition.

Dès le générique, l’intertitre nous évoque rétrospectivement cette aventure jusqu’au-boutiste : «il n’en resterait pas la moindre trace si n’était pas parvenu jusqu’à nous le journal du moine Gaspar de Carjaval.» (4)

Aguirre nie totalement la réalité, absorbe pathologiquement le mythe de L’Eldorado qu’avaient fomenté les Incas afin de tronquer cette cupidité que l’église espagnole alimentait pour ses intérêts personnels. De surcroît, le règne de Philippe II de Castille fut marqué par les faillites financières. Aguirre incarne le traumatisme d’une ambition européenne quasi romantique qui fit verser le sang plus d’une fois au cours de l’histoire.
            
Ce décalage maladif entre réalité et fiction est une manifestation poétique de la volonté de puissance qui conduit l’individu à sa perte. Aguirre représente l’homme qui voulait être Dieu pour mieux défier les lois de la nature. C’est également celui qui va au-delà du religieux pour conquérir le pouvoir absolu. Kinski est la réminiscence d’un rêve aryen (5) à l’image d’une chute programmée malgré lui.

Aguirre_der_Zorn_Gottes_5

            
I) L’homme qui voulait être Dieu : défier la nature
            
Péché d’orgueil, Aguirre veut être l’égal de Dieu, créer un nouveau royaume en réaction contre le poids de l’apostolat catholique espagnol. Kinski est un desperado, l’envers négatif du Christ, un archange déchu qui manifeste sa haine puisque d’entrée de jeu il sait qu’il court à sa perte. En arrivant devant l’Amazone, après l’incident du canon précipité et englouti par le fleuve, il dira : «Ici, commence notre chute.» Ce sera l’ultime soubresaut de lucidité.

Herzog traque les êtres bizarres qui peuplent les marges de la société. Il combat les affres de la lucidité par l’excès provocateur : «Préférant le regard visionnaire né de la fascination au constat serein issu de l’examen neutre, il aboutit à formuler des mises en scène qui fonctionnent sur le trop-plein (6), voire la grandiloquence.» Dans L’homme qui voulut être roi de John Huston, Sean Connery et Michael Caine ont aussi défiés les déserts de l’Afghanistan pour accéder à une cité du Kafiristan dont ils prendront le pouvoir. Ils ont été trop loin pour se séparer de leur nouvelle vie dans laquelle ils sont considérés comme des rois.

Kinski pénètre dans une impasse : la colère de Dieu. L’exerce -t-il ou en est-il victime ? Son déterminisme le pousse à défier la nature qui le renvoie à son destin fragile. Le cinéaste évoque la jungle sous forme d’une allégorie : «C’est comme une malédiction sur un paysage tout entier, et quiconque y pénètre trop profondément reçoit sa part de malédiction. Nous sommes maudits ici. Dieu s’il existe, a dû créer cette terre dans un moment de colère. C’est le seul lieu où la création n’est pas achevée.» (7)

La solitude d’Aguirre fait peut-être écho à la nostalgie romantique du réalisateur : «son subjectivisme poétique cherche dans l’intensité solitaire du rêve une harmonie primordiale.» (8) Le fleuve est un bouillonnement de vie, mais aussi un pôle informel. Celui-ci reste sournois et un premier radeau fera les frais du projet présomptueux d’Aguirre.

Jouer avec la nature reste dangereux, l’eau du fleuve n’est pas une bénédiction, ce n’est pas sans rappeler l’aventure de ces quatre américains, dans le film Délivrance, qui finiront traumatisés à vie pour avoir fait un pari avec «la rivière». Le film d’Herzog est «un piège en eaux troubles» et même les rives du fleuve sont imprévisibles. De longs travellings latéraux nous font scruter les bords avec une angoisse sur le qui-vive. On lit sur les visages la peur de la mort comme le châtiment suprême de ceux qui ont commis «l’expérience interdite».

Coppola pour son film Apocalypse Now se sera probablement inspiré de cette attente. Martin Sheen et ses hommes ne sont pas à la recherche de l’Eldorado mais du général Kurtz, une sorte de nouvel Aguirre asiatique. Après avoir franchi le dernier pont américain, ils le retrouvent dans un univers de jungle étouffante, infernale et l’élimine comme un sacrifice divin.

Kinski poursuit l’œuvre de Dieu en éradiquant la couronne d’Espagne, la volonté de puissance ne peut être exercée que par un seul homme : «Nous déclarons les Habsbourg déchus de leurs droits et toi, Philippe II, détrôné. Par la force de cette déclaration, tu n’es plus rien. A ta place nous proclamons don Fernando de Guzmán, gentilhomme de Séville, Empereur d’Eldorado.» Aguirre tranche les liens avec l’Espagne et le nouveau roi ne sera que la face cachée de la haine de ce nouveau Dieu aryen.


II) Au-delà du religieux pour un pouvoir absolu

Kinski est un mercenaire, idéaliste dangereux, il se moque du pouvoir politique, la religion lui est indifférente. Le protagoniste méprise les hommes et n’a qu’un amour possessif et maladif pour sa fille Florès. Dans un sentier à travers la jungle, des indiens portent la litière où se trouve la fille d’Aguirre. Celui-ci s’approche d’eux et, pour les presser, les bat et les injurie : «Avancez, fils de chiens !» Bien au-dessus de l’humain, Aguirre pense faire partie de ses rares hommes élus par le divin qui n’ont pas besoin des chimériques représentations religieuses pour accomplir son œuvre : celle de Dieu.

En réalité, le religieux n’est qu’un prétexte à l’accomplissement de sa tâche : «avec ou sans le secours du spirituel, il allie diaboliquement conformisme et convergence des intérêts, et rend toute loi purement formelle, toute vérité sordidement relative.» (9) Aguirre reste un homme de pouvoirs qui désire posséder et non conquérir. Autoritaire, il requiert toujours l’obéissance. Il exerce une forme de pouvoir par la violence : «L’autorité est incompatible avec la persuasion qui présuppose l’égalité et opère par un processus d’argumentation.» (10) Aguirre ne transige pas, son parcours n’est pas héroïque, il reste tout simplement humain avec ses faiblesses physiques, ses mauvaises capacités d’analyse et de jugement.

aguirre3

            
Sa fille meurt d’une flèche, l’empereur décède de la dysenterie, la folie le pousse à une situation de non-retour ; mais qu’importe ! Ce qui compte le plus c’est : «ensemble, nous règnerons sur ce continent. Nous allons réussir, je suis la colère de Dieu. Qui est prêt à me suivre ?» Cette fureur contribue à la déréalisation de la quête aussi absurde que les religieux dans Mission qui tentèrent d’apporter la bonne parole en Amérique latine. Tout ceci manifeste l’incarnation d’un pouvoir occidental qui relève plus de l’économie que du divin. Les conquistadores sont le fruit d’une déviation colonialiste dégénérée : «ils ont arraché les hommes à leur culture, dans le moment même où ils se ventaient de les cultiver.» (11)

Cette dégénérescence est bien représentée au cours de la séquence finale : Kinski, seul sur le radeau, déambule comme un pantin désarticulé. Il touche l’absolu sans le pouvoir, cette chute étourdissante éclate lorsque la caméra clôture le film par une rotation autour de l’embarcation. Le cinéaste dira lui-même : «Je montre le délire d’un pays tout entier qui s’infiltre peu à peu à l’intérieur des gens et qui aboutit à un délire humain.» (12) L’empire du conquistador est anéanti par un tourbillon métaphorique, il s’agit de la fin d’un rêve comme Harrison Ford qui tenta de faire de la glace dans la jungle du Honduras dans le film Mosquito coast.
            
Presque aussi surréalistes que les images d’un film de Buñuel, les protagonistes à la fin de leur périple ont des hallucinations. Le bateau sur un arbre caractérise une métonymie de la mer, c’est la partie pour le tout : le souhait d’Aguirre de rejoindre l’océan. Cette image annonce Fitzcarraldo tenant du mythe de Sisyphe : faire passer un bateau d’une branche de l’Amazonie à une autre par une colline.

L’histoire d’un pari impossible mais nécessaire car selon le cinéaste : «la vie quotidienne est une illusion qui masque la réalité des rêves.» (13) Aguirre ouvre un chemin mystique voire métaphysique : peu importe qu’un objet dont on est convaincu de l’existence existe matériellement, croire en lui suffit à le rendre réel. Les conquistadores étaient persuadés que l’or se trouvait quelque part. Le film d’Herzog traduit finalement la quête de l’espace vital.


III) Rêve aryen : chute programmée

Il est certain que le cinéma allemand a du mal à digérer son passé historique, depuis l’expressionnisme des années 20 préfigurant la catastrophe de la seconde guerre mondiale en passant par le «nouveau cinéma» de Fassbinder : «L’histoire du cinéma allemand se confond avec celle du siècle. Le cinéma est devenu l’histoire même de l’Allemagne, il en est partie prenante […]. Les ruptures y sont plus visibles qu’ailleurs.» (14)

Herzog illustre ce songe prométhéen et aryen. Il est probable que la musique du groupe Popol Vuh construit l’image de ce rêve. Cette musique est de type minimal car elle aurait sans doute moins d’intérêt en dehors du contexte d’écoute dramatique : «sa valeur esthétique est inexistante et ne trouve sa véritable fonction artistique qu’en présence de l’image.» (15) Le synthétiseur, qui rappelle celui de Vangelis dans Blade Runner, développe un facteur de présence irréel : la douceur du son contraste avec l’hostilité de L’Amazonie.

Documentariste au départ, le réalisateur ne manquera pas de faire quelques plans fixes sur les Indiens et les animaux, mais son objectif principal repose sur la construction d’un parcours romantique qui depuis Goethe a conduit l’Allemagne à la «défaite de la pensée». Celle-ci reposerait sur le concept de Vokseist : «c’est à dire le génie national». (16) Les Nazis voulaient créer un empire de mille ans, Aguirre exprime sa volonté de puissance : «Moi, la colère de Dieu, j’épouserai ma fille et fonderai la dynastie la plus pure que la terre n’aie jamais portée.» La quête de l’impossible, de l’eugénisme, programme la chute.

Aguirre ne réglera pas ses comptes devant un interlocuteur imaginaire comme Clamence dans le roman de Camus ; il sera seul devant Dieu, plutôt face à lui-même dans la réalité. Ce film se caractérise par un double mouvement : «la passion pour le réel, la volonté de le saisir, mais aussi la fascination pour les aspects les plus négatifs et les plus sombres de l’existence.» (17)
            
C’est une sorte de néoréalisme révisé issu de la nouvelle objectivité de la république de Weimar caractéristique du Septième Art allemand des années 70, bien que le cinéma d’Herzog soit atypique, plutôt visionnaire. Cette réalisation contraste avec la production américaine. Dans Les Aventuriers de L’Arche perdue, Indiana Jones trouve avant les Nazis l’arche d’alliance qui aurait donné le pouvoir absolu, mais il s’agit d’une vision fantastique, pour ne pas dire merveilleuse au sens littéraire du terme.

Chez Herzog, la vision reste réaliste. L’Eldorado n’existe pas, il s’agit d’une sorte d’Eden originel qui correspond à une pensée idéaliste, romantique et merveilleuse remontant à Siegfried. L’Amazonie devient un dragon vert. Nous ne sommes pas dans les exhibitions esthétiques du Reich telles qu’avait pu les filmer Leni Riefenstahl dans Le Triomphe de la volonté ; au contraire, la caméra du cinéaste dévoile subtilement et poétiquement les frasques d’un Hitler refoulé par l’inconscient allemand masquant à peine la violence la plus primitive.

Aguirre révèle ce qu’il est réellement : «Celui qui songe à s’enfuir sera coupé en 198 morceaux. On piétinera son corps et on en enduira les murs.» Volonté de puissance qui repose en fait plus sur le désir, la frustration et le vouloir que sur la modalité du pouvoir et de sa capacité à agir sur les événements : «Si je veux que les oiseaux tombent morts des arbres, ils tomberont morts des arbres.»

L’acteur devient presque risible en Attila latin, il perd la foi en son illumination, le prêtre Carjaval finira par se rendre compte que : «L’Eldorado n’est qu’une illusion.» Rien ne rattrape la chute. Alors qu’Aguirre finit de haïr le genre humain, Nexus 6, alias Rutger Hauer incarnation du parfait aryen dans Blade Runner, revient sur sa faute et sauve l’agent Deckard.

Dans un dernier sursaut d’idéalisme poétique Nexus 6 dira : «J’ai vu de grand navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion, j’ai vu des rayons briller dans la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie.» Le film de Ridley Scott se termine par une eau rédemptrice venant du ciel Aguirre achève son rêve, paralysé dans une eau à l’image d’une surface horizontale, liquide, amniotique et régressive.

3594536653_d4bc390ca4

            

Conclusion

Il est difficile de concevoir Aguirre sans Kinski, son regard inquiétant, sa démarche conquérante, son jeu d’acteur reste inégalable. Ecorché vif, il fut le faire valoir des films d’Herzog. On se souviendra principalement de Nosferatu, fantôme de la nuit, de Cobra verde, sans oublier La ballade de Bruno et Fitzcarraldo, la production la plus commerciale du cinéaste.

Il est vrai que le mythe de L’Eldorado a déjà été traité quelques fois dans l’histoire de l’art en passant par Candide de Voltaire ou dans les représentations en or du chef des indiens sur le radeau illustrant la légende. D’autres semblables ont été trouvées dans les lacs de montagne de Colombie. (18) Le cinéaste défie l’impossible : «pour transformer la vie en œuvre d’art à partir de conditions d’existence minimales.» (19) Herzog nous donne une belle leçon sur la force de la nature, fable écologique qui renvoie au courant allemand pacifiste des années 70.

L’Amazonie présentée par le réalisateur demeure plus complexe et discrète que La forêt d’Emeraude de John Boorman. Elle reste aussi moins maniériste que la gaste forêt magique d’Excalibur. Comme tous les romantiques possédés avant l’heure par le Sturm und Drang (20) Aguirre ne comblera jamais le fossé entre la réalité de la jungle et l’inaccessible Eldorado. Il se précipitera dans le gouffre chimérique sans avoir pu localiser réellement ce pays fabuleux que l’on situait traditionnellement entre l’Amazonie et l’Orénoque.

Cette quête déambulatoire quasi rimbaldienne renvoie à l’obsession principale du réalisateur qu’il décrit dans son autobiographie Sur le chemin des glaces : «En moi, une seule pensée, dominant toutes les autres : partir !». (21) Cette production est difficile à classer, celle-ci s’apparente au documentaire de fiction et en même temps elle a toutes les caractéristiques du film d’aventures : un sujet percutant qu’est l’exploration, un mercenaire extravagant, un lieu marqué par l’exotisme.

De surcroît, le film s’étend sur le mélodrame, par moment la caméra frôle le pathétique qui anime le genre. Aguirre, la colère de Dieu représente une aventure de la jungle, un documentaire sur l’extrême, une extase fiévreuse mélodramatique relevant d’une certaine mythomanie latino-germanique.
            

Gilles Visy, universitaire à Limoges,
auteur récemment du livre Le Colonel Chabert au cinéma aux Editions Publibook
source de cet article

1227866            

bibliographie sélective
ARENDT (H.).- La crise de la culture, Paris : Gallimard, 1972.
EISENSCHITZ (B.).- Le cinéma allemand, Paris : Nathan, 1999.
EMERY (B.).- Relation du voyage et de la rébellion d’Aguirre : d’après le manuscrit de Francisco Vásquez, Grenoble : Million, 1997.
ESQUENAZI (J.P.).- "Un radeau nommé délire", in L’Avant scène, Paris : 15 juin 1978.
FINKIELKRAUT (A.).- La défaite de la pensée, Paris : Gallimard, 1987.
HAUSTRATE (G .).- Le guide du cinéma : initiation à l’histoire et à l’esthétique du cinéma, Paris : Syros, 1985, tome III (1968-1984).
HERZOG (W.).- Sur le chemin des glaces, Paris : Hachette, 1979.
LITWIN (M.).- Le film et sa musique, Paris : Romillat, 1992.
PALMIER (J.M.).- L’expressionnisme et les arts, Paris : Payot, tome II, 1980.
SCHNEIDER (R.).- Histoire du cinéma allemand, Paris : Cerf, 1990.
            
notes
1 - Au XVIe siècle un espagnol nommé Martinez aurait été jeté sur les côtes de la Guyane au cours d’une tempête. Conduit à Manoa, capitale d’un pays soumis à un prince allié des Incas, il parvint à s’échapper et se retira à Saint-Jean de Porto-Rico où il mourut. Mais le récit de son voyage excita et enflamma les aventuriers et l’église catholique qui tentèrent plusieurs expéditions à la recherche de L’Eldorado. Sa capitale Manoa renfermerait des temples et des palais couverts d’un métal précieux. La zone géographique reste floue car on situe aussi bien L’Eldorado en Guyane qu’en Colombie.
2 - Thématique consacrée à Herzog, Arte, 1995.
3 - Il s’agit d’un gentilhomme natif de Navarre qui partit à la recherche de nouvelles contrées notamment L’Eldorado. Pedro de Ursúa avait en tout trois cents hommes bien équipés avec des chevaux, des indiens, cent arquebusiers et quarante arbalétriers. Il emporta également d’abondantes provisions de bouche, de la poudre, du plomb, et du souffre. Il était accompagné de don Lope de Aguirre, mestre de camp, qui selon les manuscrits, était considéré comme un fou sanguinaire aliéné par le mirage de L’Eldorado ou au contraire un des grands libérateurs de l’Amérique latine. Ce récit de voyage oscille entre le mythe et la réalité comme toute légende bien que l’expédition ait eu lieu réellement.
4 - Le manuscrit le plus connu est celui de Francisco Vásquez. Il l’a traduit en 1842 à partir d’une copie du XVIIIe siècle conservée dans la bibliothèque de la cathédrale de Séville. Le journal original de Gaspar de Carjaval, retranscrit à plusieurs reprises, remonte aux années 1561-1562.
5 - C’est la représentation d’un monde harmonieux tels qu’avaient pu l’imaginer les nazis, sorte d’Eldorado allemand. Il s’étaient inspirés d’un peuple de l’antiquité qui avait envahi le nord de l’Inde. Chez les théoriciens racistes, l’aryen caractérise un grand dolichocéphale blond issu de ce peuple. Il serait une métaphore de la race blanche pure et supérieur. Dans le film d’Herzog, Klaus Kinski en est une manifestation refoulée avec son physique atypique et son comportement agressif et expansionniste.
6 - HAUSTRATE (G .).- Le guide du cinéma : initiation à l’histoire et à l’esthétique du cinéma, Paris : Syros, 1985, tome III (1968-1984), p. 52.
7 - Documentaire sur le tournage de Fitzcarraldo réalisé par Maureen Gosling, production Flowers Films, 1981.
8 - SCHNEIDER (R.).- Histoire du cinéma allemand, Paris : Cerf, 1990, p. 164.
9 - EMERY (B.).- Relation du voyage et de la rébellion d’Aguirre : d’après le manuscrit de Francisco Vásquez, Grenoble : Million, 1997, p. 184-185.
10 - ARENDT (H.).- La crise de la culture, Paris : Gallimard, 1972, p. 123.
11 - FINKIELKRAUT (A.).- La défaite de la pensée, Paris : Gallimard, 1987, p. 37.
12 - ESQUENAZI (J.P.).- "Un radeau nommé délire", in L’Avant scène, Paris : 15 juin 1978, p. 4.
13 - Documentaire sur le tournage de Fitzcarraldo.
14 - EISENSCHITZ (B.).- Le cinéma allemand, Paris : Nathan, 1999, p. 5.
15 - LITWIN (M.).- Le film et sa musique, Paris : Romillat, 1992, p. 56.
16 - La défaite de la pensée…, op. cit., p. 16.
17 - PALMIER (J.M.).- L’expressionnisme et les arts, Paris : Payot, tome II, 1980, p. 242.
18- Ne pas confondre le pays imaginaire de L’Eldorado et la légende de «l’homme doré» nommé aussi Eldorado. Ils ont un point commun sur le plan sémantique dorado en espagnol signifie «doré». Un chef indien, «l’homme doré» avait pour épouse la princesse Bachue. Il était d’une jalousie maladive et l’accusa d’infidélité. Désespérée, elle se précipita dans un lac et depuis habiterait un magnifique palais en or élevé dans les profondeurs du lac Guatavita en Colombie. Cela n’a plus de rapport avec la capitale Manoa (cf. note 1). Il semblerait que L’Eldorado ait une certaine polysémie ambiguë.
19 - Histoire du cinéma allemand…, op. cit., p. 164.
20 - Ces deux termes en allemand signifient au premier abord «tempête» et «assaut», mais ces substantifs restent difficilement traduisibles en français, les mots les plus justes seraient «violence» et «désir». Les romantiques allemands tels que Goethe et Schiller exprimaient un sentiment de révolte et l’affirmation d’une image indomptable. Aguirre semble bien répondre à ces critères.
21 - HERZOG (W.).- Sur le chemin des glaces, Paris : Hachette, 1979, p. 12.

1

- retour à l'accueil

Posté par LCL42Histoire à 07:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]