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le Serment du Jeu de Paume

analyse du tableau de David (1791)

 

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Quatorze études pour le Serment du Jeu de Paume

Jacques-Louis DAVID (Paris 1748 - Bruxelles 1825)

Plume et encre noire, lavis gris, sur traits de crayon (excepté pour l’étude d’homme en haut à gauche, exécutée à la mine de plomb) sur papier crème, 0,490 x 0,600 m
Annotations au crayon de la main de David, en haut à gauche :
Martin d’Auch, au centre : ceux qui arrivent peuvent / encore avoir leurs chapeaux sur la tête / par distraction, à droite : arrivés donc arrivés donc. Le long du bord droit, essais de plume et de teintes de gris.
Mise au carreau partielle à l’extrême droite de la rangée médiane.
Pièce de papier irrégulièrement découpée collée en plein à droite du premier groupe, à gauche sur la rangée médiane.

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le Serment du Jeu de Paume

L'événement entré dans l'histoire sous le nom de "Serment du Jeu de Paume" a eu lieu le 20 juin 1789. Une année plus tard, en septembre 1790, le Club des Jacobins (Dubois-Crancé) a commandé au peintre Jacques-Louis David (1748-1825) un tableau célébrant cet épisode de la révolution. Il était destiné à être exposé dans l'Assemblée nationale. Sous forme de croquis et dessins, l'oeuvre fut exécutée entre septembre 1790 et septembre 1791.

L'idée centrale était de faire passer le message unitaire du Serment, réaffirmé par celui de la Fête de la Fédération (14 juillet 1790) : l'unité des patriotes, de la révolution. Or, en septembre-octobre 1791, cette unité est brisée et le tableau commémore donc une période finie de la révolution. Mais David voulut la proclamer à nouveau et maintenir l'idéal des Jacobins.
Par ailleurs, le tableau n'est pas une reconstitution exacte de la réalité. David y a introduit des absents.

M. Renard

 

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identification des personnages du tableau de David,

Le Serment du Jeu de Paume

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identification nominale de 35 personnages du tableau de David,
Le Serment du Jeu de paume (Michel Renard)

1 - Bailly, lit le serment, astronome (1736-1793)

2 - Target, a rédigé le serment, avocat (1733-1806)

3 - Siyès, abbé, grand vicaire de l'évêque de Chartres (1748-1836)

4 - Pétion (1756-1794)

5 - Robespierre (1756-1794)

6 - Merlin de Douai (1754-1838), s'appuie sur l'épaule de Pétion

7 - Dubois-Crancé

8 - le Père Gérard (Michel Gérard, dit), vêtu comme un paysan breton et les mains jointes (1735-1815)

9 - Mirabeau (1749-1791)

10 - Barnave, député du Dauphiné (1761-1793)

11 - Martin d'Auch, député de Catelnaudary, le seul qui ne prête pas serment (1741-1801)

12 - Dom Gerle, bénédictin, prieur de la Chartreuse du Port Sainte-Marie, jacobin (1736-1801) ; mais il était absent

13 - l'Abbé Grégoire, curé d'Embermesnil, député de Nancy (1750-1831)

14 - Rabaut Saint-Étienne, pasteur protestant, député de Nîmes (1743-1793)

15 - Barère, député de Tarbes (1755-1841)

16 - Reubell, député de Colmar (1747-1807)

17 - Thibault, curé de Saint-Clair de Souppes, élu du clergé à Nemours (1747-1813)

18 - Le Chapelier, député de Rennes, l'un des fondateurs du "Club breton" (1754-1794)

19 - Le Goarze de Kervelegan, élu de Quimper (1748-1825)

20 - Lanjuinais, député de Rennes (1755-1827)

21 - Delaville-Leroux, élu de Lorient (1747-1803)

22 - Gleizen, élu de Rennes (1737-1801)

23 - Marat, écrivant L'Ami du Peuple (1743-1793) ; mais Marat n'était pas député et son journal ne parut qu'en septembre

24 - Maupetit, élu de Tours, présenté comme malade, allégorie de la vieillesse (1742-1831)

25 - un des deux sans-culottes, présents dans la salle ; celui-ci porte un bonnet phrygien ; il soutient Maupetit

26 - Muguet de Nanthou, député de Vesoul (1760-1808)

27 - Prieur de la Marne, élu de Châlons-sur-Marne, ami de David (1756-1827)

28 - Camus, élu de Paris, cherche à faire voter Martin d'Auch (1740-1804)

29 - Guilhermy, l'autre député de Castelnaudary, dissuade Camus de forcer le vote de Martin d'Auch (1761-1829)

30 - Jallet, Jacques, curé de Chérigné en Poitou (1732-1791)

31 - Lecèsve, René, curé de Sainte-Triaise de Poitiers (1733-1791)

32 - Ballard, David-Pierre, curé de Poiré-sur-Velluire (1728-1798)

33 - Malouet, député de Riom (1740-1814), fixe dans les yeux le député de Saint-Domingue, Gouy d'Arsy (1753-1794)

34 - Laborde de Méréville, riche financier, député du tiers à Étampes (1761-1802)

35 - Dupont de Nemours (1739-1817)

36 - le docteur Guillotin (1738-1814)

37 - Mounier, député du Dauphiné (1758-1806)

 

repérer Marat

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l'angle en haut à droite du tableau de David


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quelques identifications

 

quelques gros plans

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l'union des religieux

 

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Martin d'Auch

 

liens

- voir la belle animation avec identification de plusieurs prestataires du Serment : http://www.histoire-image.org/media/media.php?i=518

- le Serment du Jeu de paume, une oeuvre éminemment maçonnique

 

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analyse des images

La scène prend place dans la salle du Jeu de paume dont David dessina l’architecture in situ. Dans la composition d’ensemble connue par le grand et magnifique dessin de Versailles exposé au Salon de 1791, les députés sont regroupés au delà d’une ligne fictive comme sur la scène d’un théâtre, laissant ainsi au public l’illusion d’appartenir à l’autre moitié (invisible) des spectateurs de la scène.

Cette théâtralité est encore relevée par la gestuelle des députés prêtant serment. Sur la toile inachevée, la nudité suggérée sous les vêtements concourt encore à l’idéalisation de la scène à laquelle David n’assista pas, mais qu’il souhaita hisser au rang d’acte universel. Tous les regards convergent vers Bailly, maire de Paris, ébauché sur la toile au crayon blanc, comme l’ensemble des figures encore nues. C’est Bailly, doyen du tiers état, qui répond au marquis de Dreux-Brézé, émissaire du roi : «Je crois que la nation assemblée ne peut pas recevoir d’ordres.»

Sur ces dessins à l’anatomie parfaite, héroïque, sont esquissés les habits à la peinture grise, puis les corps sont à nouveau, toujours nus, remodelés à la peinture grise ombrée de bistre. Le grand fragment de la toile inachevée de David présente quatre portraits presque finis : Barnave, Michel Gérard, Dubois-Crancé et Mirabeau. Parmi les personnages ébauchés on distingue Robespierre, Dom Gerle, l’abbé Grégoire, Rabaut-Saint-Etienne, le docteur Guillotin et Treilhard.

Quant au grand dessin d’ensemble, même si plusieurs personnages, dont Bailly, y sont déjà reconnaissables, le livret du Salon de 1791 précisait curieusement que «l’Auteur n’a pas eu l’intention de donner la ressemblance aux membres de l’Assemblée». David n’en avait pas moins commencé à peindre quelques têtes

Robert Fohr et Pascal Torrès
source


Interprétation

David souhaite ici fonder une nouvelle peinture à l’image de la nouvelle France révolutionnaire : toile symbole s’il en est, Le Serment du Jeu de paume aurait dû rivaliser avec L’École d’Athènes d’un Raphaël tant par l’ampleur de la composition que par le souffle qui l’anime, par son théâtral dépouillement, sa pureté inspirée de l’antique, que par l’ordre et la clarté qui président à la distribution des personnages et à la rigueur de l’action. La notion même de serment, symbole de l’engagement de la nation dans son unité indestructible, sera au cœur de tous les grands engagements de la Révolution.

C’est l’idée de la fête unificatrice (comme celle de la Fédération) qui préside donc à l’exécution de ce chef-d’œuvre dont la destination, voulue par la Constituante, était la salle des séances de l’Assemblée. Le destin du Serment du Jeu de paume est à l’image de la mouvance révolutionnaire : la souscription lancée par les jacobins pour financer sa réalisation n’aboutit point.

La Constituante décida de financer l’œuvre de David aux frais du «Trésor Public», mais l’engagement progressif de l’artiste dans la Révolution et le fossé qui se creusa entre les modérés et les extrémistes rendirent caduque cette divinisation de l’unité nationale, et la toile ne fut jamais achevée. Elle reçut même, selon le témoignage de Vivant Denon, de nombreux coups de baïonnette lors de l’insurrection du 10 août 1792, alors qu’elle était entreposée dans la Grande Galerie du Louvre.

 

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La salle du Jeu de paume, à Versailles, le 20 juin 1789. 
Bailly, debout sur la table,
prête serment le premier.
Dessin de Prieur (Musée du Louvre).
 

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Sylvain Bailly (1736-1793), astronome, maire de Paris,
tenant le texte du Serment du Jeu de Paume
,
Jacques-Louis David (1748-1825) (d'après)

 

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texte du serment du 20 juin 1789

«L’Assemblée nationale, considérant qu’appelée à fixer la Constitution du royaume, opérer la régénération de l’ordre public et maintenir les vrais principes de la monarchie, rien ne peut empêcher qu’Elle ne continue ses délibérations dans quelque lieu qu’Elle soit forcée de s’établir, et qu’enfin, partout où ses membres sont réunis, là est l’Assemblée nationale ; Arrête que tous les membres de cette Assemblée prêteront à l’instant serment solennel de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides, et que, ledit serment étant prêté, tous les membres et chacun d’eux en particulier confirmeront par leur signature cette résolution inébranlable.»

* Qui a rédigé le texte du Serment du Jeu de Paume ?

Traditionnellement, on avance le nom de Target, député de Paris. Mais on trouve aussi Jean-Baptiste-Pierre Bevière (1723-1807). Ou encore Mounier, le député du Dauphine qui avait organisé l'Assemblée de Vizille le 21 juillet 1788, dont on dit qu'il fut l'inspirateur de l'idée du serment. On lit parfois qu'il est la co-rédaction de Target, Bevière et Sieyès...

 

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la salle du Jeu de Paume (source)

 

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