vendredi 30 janvier 2009

génocide arménien de 1915 : pétition d'intellectuels turcs

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Özür diliyorum,

«Nous leur demandons pardon»



Une pétition lancée par des intellectuels Turcs relance un vieux débat douloureux sur le génocide arménien de 1915.

Le 15 décembre 2008, une pétition hors du commun a été mise en ligne sur un site internet turc. ÖzürDiliyoruz.com [ce site est désormais inaccessible, seule une page "cache" est visible] abrite en effet un texte écrit par quatre intellectuels turcs (Cengiz Aktar, Ali Bayramoglu, Ahmet İnsel et Baskın Oran) : «Ma conscience ne peut accepter que l’on reste indifférent à la Grande catastrophe que les Arméniens ottomans ont subie en 1915 et qu’on la nie. Je regrette cette injustice, et pour ma part, je partage les sentiments et les peines de mes frères et sœurs arméniens et je leur demande pardon.»

Le génocide arménien est un des sujets les plus polémiques et sensibles des relations internationales. Le terme «génocide» est en lui-même déclencheur d’âpres débats entre négationnistes convaincus et défenseurs de la cabezas_e_armenioscause arménienne. La Turquie refuse catégoriquement de reconnaître la moindre responsabilité dans les massacres perpétrés contre les Arméniens en 1915.

Pour l’État turc, il n’y a pas eu de génocide. Mais pour mieux comprendre, il faut revenir cent ans en arrière. En 1909, ceux qu’on appelle les «Jeunes-Turcs  veulent coûte que coûte moderniser l’empire Ottoman qui est constitué de nombreuses ethnies et religions. À la fin du XIXème siècle, on compte deux millions d’Arméniens, de confession chrétienne. Les discours des Jeunes-Turcs sont emprunts d’un nationalisme exacerbé. Pour construire un nouvel État, il est nécessaire selon eux de «purifier» la «race» turque. C’est ainsi que commence le génocide des Arméniens d’Asie Mineure. Dans un premier temps, les Jeunes-Turcs font déplacer les populations arméniennes. Les marches se déroulent dans des conditions épouvantables et sont la cause de nombreux morts.

En Occident, ces événements émeuvent l’opinion mais le sultan se justifie en arguant de la nécessité de déplacer les populations pour des raisons militaires. On est en effet en pleine Première Guerre mondiale. C’est pourquoi, encore aujourd’hui, la plupart des Turcs se refusent à parler d’un génocide. Comme l’explique Özge, jeune istanbuliote : «Pour les gens, les morts sont le résultat du déplacement, et non pas d’un génocide. D’ailleurs l’argument est souvent de dire qu’il y a eu des morts chez les Turcs aussi ! Mon mari m’a même demandé : Les Arméniens ont-ils fait une lettre d’excuse, eux ?» Pourtant, les deux tiers de la population arménienne disparaissent pendant l’été 1915.

Les Arméniens n’ont jamais oublié les massacres et se battent depuis lors pour la reconnaissance de ce génocide. Dans l’actualité récente, ce sont les négociations européennes pour l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne qui ont relancé le débat. En effet, l’UE avait envisagé la reconnaissance du génocide comme une condition pour l’intégration de la Turquie. Pour les Turcs, c’est une condition hypocrite : «Les Européens se servent de cette condition comme excuse pour ne pas accepter la Turquie dans l’Europe. Ils savent très bien que le gouvernement turc ne reconnaîtra jamais le soi-disant génocide.» S’exclame Bahar,  Française d’origine turque.

Question brûlante : pourquoi la Turquie s’obstine t-elle à nier le génocide, alors que des historiens et des rescapés ont pu prouver catégoriquement son existence ? Tout d’abord, si l’État turc reconnaissait le génocide, il serait contraint de verser des «dommages et intérêts» aux Arméniens (comme l’Allemagne après la Shoah), ce qui représenterait un coût très lourd pour le pays. Ensuite, et c’est plus grave, le pays serait sans doute amené à restituer des territoires à l’Arménie, territoires qui avaient été promis aux Arméniens avant le génocide. Enfin, la négation de ce génocide est un moyen de garder intacte «l’identité nationale  turque, déjà malmenée ces derniers temps par le conflit entre laïcs acharnés et islamistes convaincus.

Le génocide arménien reste donc un sujet plus que tabou pour la Turquie ainsi que pour les puissances internationales. Celles-ci hésitent encore à reconnaître officiellement le génocide, de peur de froisser leurs relations avec l’État turc. A noter qu’Israël a toujours refusé de reconnaître le génocide afin de conserver les relations privilégiées qu’elle entretient avec cet État, dont la population est majoritairement musulmane.

Cette pétition est donc une première pour la Turquie. Première qui ne semble pas bien vécue par la majorité des Turcs. La classe politique estime qu’une telle initiative sabote la paix nationale. Malgré tout, il semble que l’impact de cette pétition soit moindre sur la population. Özge le confirme : «Je ne pense pas que la pétition va faire bouger les choses, il faudrait plutôt former un groupe de réflexion, composé de personnes des deux côtés. Ici, les gens s’en fichent plutôt, ce n’est pas vraiment d’actualité.» Selon le site Internet d’Europe 1, la pétition a tout de même recueilli 27 000 signatures à ce jour. Rappelons que la Turquie ne fait pas figure d’exception. D’autres génocides n’ont malheureusement jamais été reconnus par les États fautifs.

Elsa Ray, journaliste, source
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Cengiz Aktar, Ali Bayramoglu, Ahmet İnsel et Baskın Oran
les quatre intellectuels qui ont lancé la pétition


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pendaison à Constantinople d'un Arménien
du parti Hentchak le 2 juin 1915



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jeudi 29 janvier 2009

«la pauvreté n’est pas une cause de l’immigration»

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décembre 2007* : au large du Sénégal 


Aperçu sur les  migrations sénégalaises

Tierno DIALLO

Le Sénégal compte une forte population d’émigrés en Europe. La plupart de ces personnes reviennent au pays, selon une étude partielle du programme Migration Afrique-Europe (Mafe) sur les migrations sénégalaises qui a aussi dressé le profil de l’émigré sénégalais qui n’est pas toujours celui du clandestin adepte des pirogues de la mort.

par Tierno Diallo

ImageAprès un an d’enquête, l’équipe du programme Migration Afrique-Europe (Mafe) a tenu sa première séance de restitution, la semaine dernière à Paris. Il s’agit de «résultats préliminaires», indique Chris Beauchemin, chercheur à l’Institut national d’études démographiques (Ined), qui montrent que les émigrés sénégalais «retournent» de plus en plus dans leur pays. «On nous parle beaucoup d’immigration en Europe comme s’il n’y avait jamais de sortie d’Europe. En réalité, il y a très peu de pays qui ont des données statistiques sur les sorties de leur territoire. Il y a une proportion importante de gens qui ont quitté le Sénégal et qui reviennent dans un temps relativement court. Dix ans après leur départ, il y a quand même un quart des personnes qui revient, ce qui n’est pas mal», soutient le chercheur.

Aussi, il ressort de l’étude que «la pauvreté n’est pas une cause de l’immigration». Car, pour le chercheur, «n’importe qui ne peut pas décider de partir, il faut pouvoir payer les frais de voyage. Elle n’est donc pas donnée à n’importe qui, aux pauvres en particulier. La plupart des recherches partout dans le monde montre que les migrations internationales n’affectent pas du tout les plus pauvres, mais au contraire ceux qui ont déjà un certain niveau de richesse». Autre élément de l’enquête en cours : les retours au pays seraient motivés par des «raisons familiales», telles que les décès, la polygamie, le divorce. Il y a aussi la féminisation de l’émigration, même si sur trois migrants on ne note qu’une seule femme. En outre, la destination de l’argent des émigrés a attiré la curiosité des enquêteurs, selon qui, le souci premier des expatriés est «l’immobilier».

Par ailleurs, lors des débats, les intervenants ont relevé des «failles» dans le travail présenté par les chercheurs. D’après le député Amadou Ciré Sall, «l’étude n’est pas complète parce que certaines questions n’ont pas été prises en compte, comme les migrations du Sénégal en Afrique». «Je me suis demandé pourquoi ils ont choisi Dakar, alors que les régions périphériques sont des régions d’émigration. On aurait pu fouiller dans ces régions pour permettre de comprendre le phénomène de l’émigration aujourd’hui, et surtout son utilité», poursuit M. Sall.
Le sociologue des migrations, Mamadou Dème, fustige, quant à lui, le fait de réduire l’ambition des expatriés au seul investissement dans l’immobilier. «Comme si avoir un toit était une raison essentielle d’émigrer, alors que le toit reste un élément de l’ensemble. Ce n’est pas une immigration de construction d’habitats, c’est ça qui n’apparaît pas dans leur travail. Ils ont cherché à voir en quoi l’influence de l’immigration, en matière d’apport financier, était susceptible d’apporter un impact important dans le processus d’habitat au Sénégal.»

L’équipe de Mafe a pris acte de ces critiques relevées ça et là. Peut-être qu’eIle en prendra compte pour la suite de leur enquête qui vise à produire des «données et des statistiques fiables sur les migrations entre le Sénégal et l’Europe». Elle rassemble l’Ong Enda Tiers-monde, des instituts de recherche au Sénégal et en Europe et des associations de ressortissants, tel le comité de Suivi du Symposium des Sénégalais de l’Extérieur. Le but étant de donner «un regard plus juste sur les migrations sénégalaises».
D’après Annelaure Wittmann, coordinatrice d’Enda Europe, ces études «doivent permettre aux politiques de mettre en lumière des aspects mal connus ou mal présentés, à la fois par les médias et par les politiques. Des migrations sénégalaises dont on présente essentiellement le côté migration clandestine». Et de préciser : «Nous voulons montrer le côté circulaire des migrations, c’est-à-dire les allers et les retours.
C’est important donc de produire des statistiques pour remettre les idées à leur place et qui permettent de dire qu’il n’y a pas que les pirogues. C’est donc un peu pour démêler tous ces amalgames qu’on a lancé le programme Mafe.» Selon Mme Wittmann, la particularité de cette enquête est «d’interroger principalement des ménages à Dakar (afin) de pouvoir faire une comparaison entre les ménages qui ont des migrants, les ménages qui n’en ont pas, les migrants de retour, les gens qui n’ont jamais migré, etc.».

correspondant, 29 janvier 2009
source

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source : BBC news


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* 40 clandestins sénégalais morts en mer. L'embarcation était partie de l'île de Diogué, en Casamance, au sud du Sénégal avec 90 personnes à son bord. Pour une raison encore inconnue, le bateau de fortune a échoué, samedi, à Yoff, au nord de Dakar, après une dizaine de jours en mer. 70 personnes ont pris la fuite avant l'arrivée de la police et 20 autres ont été hospitalisées dans différents centres de soins de la capitale sénégalaise. Le porte parole de la police sénégalaise a affirmé qu'une quarantaine de personnes étaient mortes en mer et avaient été jeté par-dessus bord de la pirogue. Le Sénégal est devenue en quelques années la base arrière de tous les migrants clandestins qui veulent tenter la douloureuse aventure vers l'Europe.

(source)


- lien : l'impact local des revenus migratoires dans le département de Louga (Sénégal) : approche géographique, par Papa Issa Ndiaye (2007)

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une villa d'émigré à Djelerlou Syll (Sénégal) - source

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vendredi 16 janvier 2009

le prénom Aloïs

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le prénom Aloïs


message

Bonjour, Félicitations pour votre site vivant et documenté. Je vous écris pour une raison plutôt inhabituelle : J'attends un garçon que je souhaiterais prénommer AloYs, prénom médiéval, fréquent en Allemagne où il est orthographié Alois, porté par des personnalités illustres (politique, neurologue...) Je crains malheureusement qu'en France l'unique Alois connu ne soit le nazi tristement célèbre. Mais à quel point est-il connu ? Avant de commettre une bourde, je souhaiterais savoir si la personne d'Alois Brunner est évoquée au lycée dans le cadre des cours d'histoire. Par avance merci ! Candice
16/01/09 - 16:41


réponse

Rassurez-vous. Le nom d'Aloïs Brunner n'est qu'exceptionnellement évoqué dans les cours d'histoire au lycée.
Un professeur d'histoire vous encouragera dans le choix d'Aloïs dont la forme allemande dès le haut Moyen Âge fut répandue avec Chlodoweg qui donna Clovis puis Louis. Aloïs est donc à la naissance de la monarchie française...!

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On pourrait aussi mobiliser en l'honneur du prénom Aloïs : le poète Aloysius Bertrand (1807-1841) ; l'orientaliste tchèque Aloïs Musil (1868-1944) ; le grand théoricien et historien de l'économie, Joseph Aloïs Schumpeter (1883-1950) ; le peintre tchèque Aloïs Bilek (1887-1960).

Michel Renard


Aloysius Bertrand, 1807-1841

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Aloïs Musil, 1868-1944

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Aloïs Musil à l'âge de trente ans

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Joseph Aloïs Schumpeter (1883-1950)

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à gauche, l'économiste Joseph Aloïs Schumpeter

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Aloïs Bilek, 1887-1960

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dimanche 4 janvier 2009

cartes du Proche et du Moyen-Orient

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plan de partage de la Palestine en deux États, Onu, 1947

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en vert, territoire attribué aux Arabes ; en orange, territoire
attribué aux Juifs
(toutes les colonies juives ne sont pas en territoire juif)


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topographie de la Palestine (source)





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Posté par LCL42Histoire à 06:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]