samedi 10 janvier 2009
Israël et Palestine
le conflit israélo-arabe
les données historiques d'un siècle
de confrontation
Ce dossier est constitué de pièces provenant de sources diverses. Il s'agit de présenter les principaux éléments d'histoire de ce conflit en évitant les thèses partisanes de l'un ou l'autre camp. Mais quand une information est traitée objectivement dans une source pro-palestinienne ou dans une source officielle israélienne, on n'hésite pas à l'utiliser.
La difficulté à saisir les enjeux du conflit israélo-arabe est évidemment la nature très tranchée des positions des protagonistes, mais aussi la masse des événements qui constituent une confrontation de presque cent ans. Dans les programmes scolaires, le sujet n'est pas traité dans sa globalité chronologique (fin XIXe siècle jusqu'à nos jours) mais à l'occasion de tranches chronologiques séparées. D'où ce dossier, en cours de constitution, qui couvre toute la période.
M. Renard
professeur d'histoire
I - la Palestine sous l'empire ottoman
La Palestine n'a jamais été un État, ni même une entité politique indépendante gouvernée par des Arabes. De la même manière, depuis l'époque du califat abbasside, il n'y a plus, au Proche-Orient, de territoire arabe gouverné de manière indépendante. La Palestine est une province de l'empire Ottoman, divisée en deux ou trois districts :
- le moutassarafiya (sous-gouvernorat) de Jérusalem dont le chef était nommé directement depuis Constantinople ;
- le vilayet du nord de la Palestine (Naplouse, Haïfa, Acre...) administré à partir de Beyrouth ; il était divisé lui-même en deux sandjaks.
Une communauté (yichouv) de 20 à 25 000 juifs, principalement des religieux, était installée en Palestine avant toute immigration.
document 1
sous la férule ottomane
1891. Sous la férule ottomane, juifs et Arabes coulent encore des jours heureux en Palestine, ou plutôt dans la province ottomane de "Syrie". On ne parlera de "Palestine" que plus tard. Des monts du Taurus au Sinaï, de la Méditerranée aux confins de l'immense désert d'Arabie, Constantinople administre une seule région savamment découpée (...) Aujourd'hui, ces régions ont pour noms "Syrie", "Jordanie", "Liban", "Israël", mais leurs frontières n'ont plus rien de commun avec celles de l'époque ottomane. Jusqu'à la Première Guerre mondiale, pour les Arabes, comme pour les Turcs, il n'existe pas de région géographique ou même administrative appelée "Palestine". Celle-ci fut créée après la guerre, en unissant la partie méridionale du vilayet de Beyrouth au sandjak de Jérusalem.
Xavier Baron, Les Palestiniens. Genèse d'une nation, Seuil, 2000, p 15.
document 2
le Proche Orient arabe dans l'empire ottoman en 1914
On voit sur cette carte les délimitations administratives fixées par l'autorité ottomane.
document 3
aucune forme d'indépendance nationale
(…) à la différence des autres peuples du Moyen-Orient, les Palestiniens n'ont jamais accédé à aucune forme d'indépendance nationale dans leur propre pays. Malgré quelques succès dans l'affirmation de leur identité nationale à l'intérieur et à l'extérieur de la Palestine, ils ont constamment échoué, au fil des années, à créer pour eux-mêmes un espace où ils disposeraient d'un plein contrôle ou d'une pleine souveraineté.
L'«État dans l'État» palestinien qui exista au Liban de la fin des années 1960 jusqu'en 1982 a constitué une exception relative, mais en fin de compte ce ne fut une expérience heureuse pour aucune des parties concernées car cet «État» ne détenait pas l'autorité souveraine, ne se trouvait pas en Palestine et existait aux dépens des Libanais, dont beaucoup en vinrent à éprouver un amer ressentiment. Quant à l'Autorité palestinienne récemment établie en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, elle se voit explicitement dénier la souveraineté par les accords de 1993 et de 1995 entre l'OLP et Israël qui lui ont donné naissance et elle ne possède que les formes les plus restreintes de contrôle sur une fraction seulement des territoires de ces deux régions.
Cette absence de souveraineté au cours de l'histoire a empêché les Palestiniens d'acquérir le plein contrôle des mécanismes étatiques – éducation, musées, archéologie, timbres-poste et monnaie, médias enfin, en particulier radio et télévision – dont des centaines d'exemples montrent qu'ils sont essentiels pour la diffusion et l'imposition de critères d'identité «nationaux» uniformes. La nouvelle Autorité palestinienne contrôle certains de ces gages d'autonomie mais beaucoup d'autres sont toujours fermement détenus par Israël.
Rashid Khalidi, L'identité palestinienne, la construction
d'une conscience nationale moderne, (1997), trad. fra., éd. La Fabrique, 2003.
Rashid Khalidi est professeur d'histoire du Moyen-Orient à l'université de Chicago

Rashid Khalidi, Palestine, histoire d'un État introuvable, éd. Actes Sud, 2007
document 4
le premier yichouv

Juifs à Jérusalem en 1895 (source)
Le yichouv est le nom donné à la communauté juive présente en Palestine, surtout à Jérusalem, du temps de l'empire Ottoman ; il s'agit de juifs religieux qui, le plus souvent, vivent de la charité.
- Les premiers immigrants, épris de l'idée de restauration nationale du peuple juif en Palestine, arrivent vers 1880. Ils y trouvent quelques communautés juives, surtout à Jérusalem, Tibériade et Safed. Se consacrant essentiellement à l'étude des textes religieux et à la prière, ces juifs palestiniens, anciennement établis ou immigrés depuis le XVIIIe siècle, vivaient dans un état proche de la misère, de collectes faites en disapora. parmi eux, les Sépharades [juifs du bassin Méditerranéen] étaient à cette époque aussi nombreux, voire plus que les Ashkénazes [juifs d'Europe orientale]. Si personne n'était riche, déjà les Sépharades étaient moins nantis. Il y avait aussi quelques Juifs orientaux, originaires des pays voisins ou d'implantation très ancienne.
Les Sépharades parlaient le ladino, les Orientaux l'arabe et les Ashkénazes le yiddich. Pour tous, l'hébreu était la langue sacrée, mais Sépharades et Achkénazes l'utilisaient pour communiquer entre eux sans le prononcer de la même façon. De plus, chaque groupe interprétait certaines traditions à sa manière.
L'ancien yichouv était une société hétérogène sur les plans économique et surtout culturel, dans laquelle se dessinaient déjà certains clivages de la société israélienne. Les structures des communautés sépharades et ashkénazes étaient cependant traditionnelles : on y exaltait les valeurs religieuses du judaïsme. Aussi, l'ancien yichouv opposa des résistances farouches aux idéologies nouvelles et aux tendances modernistes qui caractérisent les vagues d'immigration après 1880.
in Doris Bensimon et Eglal Errera, Israéliens, des Juifs et des Arabes, éd. Complexe, 1989, p. 38-39.
document 5
dans le district de Jérusalem à la fin du XIXe siècle
document 6
un premier nationalisme arabe
Le sionisme apparut environ un quart de siècle avant le nationalisme arabe - une longueur d'avance en termes de conscience et d'organisation politiques qui s'avéra décisive pour le succès des Juifs et la défaite des Arabes de Palestine dans le conflit qui les opposa au cours des décennies suivantes.
S'il existait, dans certaines provinces arabes du XIXe siècle, divers foyers de mécontentement vis-à-vis de l'autorité ottomane, les Arabes partageaient néanmoins une loyauté millénaire et inaltérable envers l'administration islamique dont ils dépendaient, renforcée par le sentiment vague que les puissances européennes étaient prêtes à bondir si l'Empire venait à faiblir.
Pourtant, à la fin des années 1870 déjà, une poignée d'Arabes préconisaient au moins un certain détachement par rapport à l'Empire. (...)
Mais la cause nationaliste arabe - tout au plus le jouet d'une petite poignée d'intellectuels - s'engourdit au fur et à mesure que s'estompait la crise qui avait accompagné les débuts du règne d'Abdülhamid, marqués par un musellement impitoyable du parlement, de la presse et de toute opposition. La fin de son règne verrait aussi un retour à l'orthodoxie islamique et l'allocation de plus larges subsides aux institutions religieuses, contribuant ainsi à émousser le mécontentement des notables arabes.
Le nationalisme arabe se réveilla durant la première décennie du XXe siècle. Ses principaux porte-parole, Abd-al-Rahman al-Kawakibi (1854-1902), Rashid Rida (1875-1935) et Negib Azoury (1873-1916), semblent n'avoir pas eu conscience de ses premières manifestations dans les années 1877-1881 et n'en firent jamais mention dans leurs écrits. (...)
Azoury, chrétien maronite, exerça les fonctions de gouverneur adjoint du district de Jérusalem entre 1898 et 1904, date à laquelle il fuit au Caire après s'être brouillé avec ses supérieurs. Après la publication d'articles fustigeant la corruption ottomane, il fut condamné à mort par contumace par une cour de Constantinople.
Il s'installa à Paris où il fonda la Ligue de la patrie arabe, qui publia deux manifestes, en décembre 1904 et janvier 1905, dénonçant l'oppression ottomane et appelant à la création d'un État arabe indépendant qui s'étirerait de l'Euphrate au canal de Suez. Plus tard dans le courant de l'année 1905, Azoury publia Le Réveil de la nation arabe dans l'Asie turque. Premier défenseur public du nationalisme arabe laïque, il écrivait : "Un grand changement pacifique est à la veille de se produire en Turquie. Les Arabes, que les Turcs tyrannisent [...], ont pris conscience de leur homogénéité nationale, historique et ethnographique, et veulent se détacher de l'arbre vermoulu d'Othman pour se constituer en État indépendant. Ce nouvel empire arabe s'étendra dans les limites de ses frontières naturelles, depuis la vallée du Tigre et de l'Euphrate jusqu'à l'isthme de Suez, et depuis la Méditerranée jusqu'à la mer d'Oman".
Benny Morris, Victimes : l'histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, 2003, p. 40-42
déf. : programme politique de création d'une nation juive et d'un État juif en Palestine.
Théodore Hertzl (1860-1904), journaliste, est considéré comme le fondateur du sionisme. Son livre Judenstaat, c'est-à-dire L'État juif ou L'État des juifs, parut en février 1896. Il avait assisté, le 5 janvier 1895, dans la cour des Invalides, à la dégradation du capitaine Dreyfus condamné pour trahison et ne pouvait comprendre le déferlement de la haine anti-juive dans le pays de la Révolution de 1789 et des Droits de l'homme.
document 7
une présentation du sionisme
- Bien qu'il se nourrît de l'attachement millénaire à la terre d'Israël (Sion) entretenu par la pratique religieuse, le sionisme n'en était pas le simple prolongement. C'était un nationalisme qui, comme idéologie et mouvement politique, prônait la reconstruction d'une nation juive, dans un cadre étatique, en Palestine. Sa radicale modernité tenait au fait que ses promoteurs, au premier chef Théodore Herzl, posaient la "question juive" comme une question nationale. Cette option nationale avait deux caractéristiques, parfaitement contradictoires.
D'un côté, le sionisme répondait à une nécessité historique. Dans un monde juif, alors largement européen, confronté à un double phénomène - affaiblissement des structures traditionnelles d'un côté, montée de l'antisémitisme de l'autre -, il était inévitable que certains Juifs proposent d'inventer une nouvelle forme d'être ensemble sur le mode national alors en vogue. À travers son projet national, le sionisme avait en vue cette normalisation du peuple juif, une normalisation à double facette.
La première était socio-politique et à portée interne. Elle visait à mettre fin à l'organisation de la vie juive en diaspora : les Juifs y constituaient des communautés minoritaires, fondées sur une identité religieuse partagée, mais parlaient des langues différentes et étaient confinés dans certaines activités économiques. Le sionisme les exhortait à une véritable révolution : ils devaient devenir une nation territorialisée, former une société globale où ils exerceraient toutes les activités économiques et constituer une collectivité culturelle unie par la langue hébraïque.
La seconde normalisation escomptée était internationale : en se dotant d'un État, figure par excellence du politique moderne, les Juifs obtiendraient leur reconnaissance pleine et entière, sur un pied d'égalité avec les autres nations. L'État serait le garant de leur dignité collective retrouvée dans le concert international. Si le sionisme, comme projet normalisateur, "ne pouvait pas ne pas être" (Élie Barnavi) historiquement parlant, rien ne garantissait son succès. Au contraire, tout semblait se liguer contre lui, en premier lieu les conditions d'existence "anormales" dans lesquelles vivaient les Juifs.
Ils formaient, en effet, un peuple réparti en diaspora dont les dix millions de membres étaient, à la fin du XIXe siècle, dispersés entre la Russie et les États-Unis. Cet éclatement géographique et cette fragmentation linguistique étaient sans doute partiellement compensés par la concentration de la moitié des Juifs dans la "zone de résidence russe" (Pologne, Biélorussie, Ukraine occidentale) et par la large diffusion du yiddish. Il n'en reste pas moins que, contrairement aux peuples avec lesquels ils vivaient, les Juifs étaient dépourvus d'un ancrage physique, "évident" sur un territoire. Ce handicap était lourd et explique que le sionisme soit longtemps demeuré un phénomène minoritaire qui dut affronter des oppositions virulentes émanant des Juifs eux-mêmes. Celles-ci prirent trois formes.
Les assimilationnistes rejetaient l'idée même de continuité historique du peuple juif : pour les adeptes du marxisme ou les partisans du libéralisme politique, les Juifs étaient des individus comme les autres qui devaient participer au débat démocratique dans les sociétés nationales dont ils étaient devenus citoyens. La deuxième critique, provenant des cercles de l'ultra-orthodoxie juive (très puissante, alors, en Europe orientale), reconnaissant que les Juifs formaient un peuple, mais un peuple qui devait rester fidèle à sa vocation strictement religieuse. La normalisation politique à laquelle aspirait le sionisme était condamnée par ce courant car elle revenait à rompre avec cette destinée singulière. Enfin, la troisième forme d'opposition était portée par d'autres nationalismes juifs. Le courant le plus important, représenté par le Folkspartei (Parti du peuple) de l'historien Simon Doubnov, et surtout le Bund (Union générale des travailleurs juifs de Russie, Pologne et Lituanie) étaient "diasporiques".
Ces partisans de l'autonomisme juif militaient, comme les sionistes, pour la reconnaissance d'une nation juive mais, contrairement à eux, ils estimaient que les Juifs devaient lutter pour obtenir des droits politiques et culturels là où ils se trouvaient, en diaspora. Un courant plus périphérique, représenté au premier chef par la Jewish Territorial Organization, était territorialiste. Comme les sionistes, les territorialistes étaient favorables à la concentration géographique des Juifs sur un territoire spécifique mais, à l'opposé d'eux, ils ne privilégiaient pas la Palestine.
Le sionisme se fixait donc une tâche prométhéenne ; non seulement rassembler un peuple dispersé mais revendiquer en son nom une terre ancestrale, qui avait connu un grand brassage de populations, mais était devenue depuis la conquête musulmane (VIIe siècle de notre ère) un pays arabe.
L'équation était la suivante : en 1897, lors de la création de l'Organisation sioniste mondiale, ses dirigeants réclamaient pour le peuple juif qui, à 90%, vivait en diaspora une terre sur laquelle les Juifs ne constitueraient qu'une minorité de 5%. Le pari semblait fou, impossible à tenir, et pourtant ce fut bel et bien ce projet, le plus utopique, le plus irréaliste qui soit, qui finit par se concrétiser. Pour expliquer ce paradoxe, l'étude de la période de l'entre-deux-guerres est cruciale. Sans elle, l'avènement de l'État d'Israël ne peut se comprendre.
Les raisons du succès sioniste
Le sionisme a triomphé pour quatre raisons de fond : sa forte cohérence idéologique ; sa capacité de mobilisation ; sa reconnaissance internationale et sa concrétisation politique précoce.
Pour commencer, comparativement aux divers nationalismes juifs qui prirent corps à la fin du XIXe siècle, le sionisme avait la plus large capacité intégratrice. Il ne souffrait pas, comme le Folkspartei qui militait pour l'octroi de l'autonomie culturelle aux communautés juives en diaspora, d'élitisme intellectuel. Il n'était pas non plus comme son rival le plus sérieux, le Bund, un mouvement qui s'inscrivait dans une logique de classe : en se voulant le représentant d'une fraction du peuple juif, le Bund ne reposait pas sur une logique inclusive.Le programme du sionisme était bien plus rassembleur ; son objectif final, la création d'un "foyer garanti par le droit public", était suffisamment large pour attirer des Juifs qui, par ailleurs, étaient séparés par de grandes différences religieuses, culturelles, sociales et politiques. Fédératrice, son idéologie globale permettait de rallier aussi bien des bourgeois que des ouvriers, des religieux que des laïcs, des Ashkénazes que des Sépharades, des partisans de la gauche que des adeptes de la droite.
Bien sûr, des clivages politiques, parfois tranchés, existaient et, dans les années 1930, la lutte fut féroce entre le sionisme socialiste, la force dominante aussi bien en Palestine qu'au sein de l'Organisation sioniste mondiale, conduit par David Ben Gourion, et son rival de droite, le sionisme révisionniste, dirigé par Vladimir Jabotinsky. Néanmoins, les divergences (sur la nature de la future société, le rythme de la construction étatique, etc.) étaient toujours secondaires par rapport à l'objectif premier : la conquête de l'indépendance politique dans un cadre national.
En deuxième lieu, le sionisme sera le seul nationalisme juif qui parviendra durablement à son stade de développement ultime, c'est-à-dire la mobilisation de masse. Si certains groupes nationalistes juifs, trop élitistes, à l'instar du folkisme, étaient par nature incapables de générer une véritable mobilisation de mase, d'autres se montraient en revanche concurrentiels. Il en était ainsi du Bund et des sionistes qui tous s'employaient à conquérir les masses juives de l'Est. L'avantage initial revint au Bund parce qu'il pouvait compter, en Russie, sur la présence d'un prolétariat d'atelier sensible à sa double thématique, sociale et nationale.
Le sionisme parvint, toutefois, à accroître considérablement son audience après 1918, d'une part parce que le Bund perdit sa base de soutien dans une Russie désormais soviétisée, d'autre part parce que le soutien d'une fraction des classes moyennes juives sera progressivement acquis au sionisme en Bulgarie, en Roumanie et, surtout, en Pologne. Le génocide perpétré par les nazis donnera le coup de grâce au bundisme et apparaîtra comme une tragique confirmation de la thèse centrale du sionisme, à savoir la vulnérabilité des Juifs en diaspora. Dès lors, le sionisme n'aura plus aucune difficulté pour gagner à lui l'immense majorité du monde juif, en particulier la puissante communauté juive américaine qui avait, jusque-là, été rétive à son credo nationaliste.
En troisième lieu, le sionisme obtint ce qu'aucun de ses rivaux ne put obtenir : la reconnaissance internationale. L'apport décisif de Theodore Herzl avait été de poser la "question juive", c'est-à-dire la persistance récurrente de l'antisémitisme, comme une question internationale au règlement de laquelle les nations du monde devaient contribuer. D'où la frénésie diplomatique qu'il déploya afin d'obtenir des grandes puissances de l'époque une charte soutenant officiellement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif. Même si ses démarches auprès du sultan ottoman ou de l'empereur allemand furent vaines, elles amorcèrent une stratégie diplomatique que les successeurs de Herzl poursuivirent.
Il reviendra à Haïm Weizmann, l'étoile montante du mouvement national juif, d'obtenir pour le sionisme la consécration internationale : le 2 novembre 1917 fut rendue publique la déclaration par laquelle le gouvernement britannique, représenté par son ministre des Affaires étrangères, lord Balfour, déclara soutenir le projet sioniste. Cet engagement solennel, réitéré dans le mandat confié à la Grande-Bretagne par la Société des Nations en juillet 1922, constituait une reconnaissance publique et internationale du nationalisme juif dans sa version sioniste.
Alors que certains contestent, en 2008, la légitimité même de l'État d'Israël, il n'est pas sans importance de souligner que sa création fut endossée par la Société des Nations en 1922 (sous l'euphémisme "foyer national") puis par son héritière, l'Organisation des Nations unies, avec l'adoption par son assemblée générale le 29 novembre 1947 de la résolution 181 prônant le partage de la Palestine mandataire en deux États. Juridiquement, la création de l'État juif repose sur des bases solides.
Enfin l'ascension historique du sionisme fut considérablement favorisée par sa concrétisation en tant que réalité socio-politique de plus en plus totale en Palestine alors que ses rivaux politiques ne pouvaient lui opposer de résultats tangibles.
in L'État d'Israël, dir. Alain Dieckoff, Fayard, 2008, p. 11-15
présentation du livre : Une histoire intellectuelle et politique du sionisme, 1860-1940
Sioniste.
L'adjectif claque comme une insulte. Le terme est
aujourd'hui si déprécié que la réalité qu'il recouvre a fini par
disparaître sous les strates de la stigmatisation, voire de la
diabolisation. À la réalité d'une foi et d'une culture, le discours
antisémite a répondu par des fantasmes effrayants en noyant sous la
peur un objet de connaissance. À la réalité d'une idéologie et d'un
mouvement national, atypique sur le fond, le rejet répond par un blâme
tel qu'on aura du mal, de nos jours, à déterminer ce que furent les
conditions de naissance du sionisme, son terreau nourricier comme la
pluralité de ses significations.
Confronté à tous les aspects de la
modernité politique, en particulier aux problèmes de la nation, de la
laïcité, de l'utopie sociale et de la culture, le sionisme, loin de ne
parler qu'aux juifs, contribue à poser les questions capitales du XXe
siècle. Qu'en est-il des rapports de la langue et de la nation, du
peuple et du territoire, qu'advient-il d'une foi nationale dans le
processus général de laïcisation ? Qu'en est-il des formes culturelles
du politique dans les sociétés massifiées au sein desquelles le
mouvement national juif a commencé à prendre forme il y a plus d'un
siècle ? Ces questions ont disparu derrière la focalisation sur le
conflit judéo-arabe.
Paraphrasant Marc Bloch, nous aimerions dire
aux protagonistes d'aujourd'hui "Sionistes, antisionistes, par pitié,
dites-nous ce que fut le sionisme !".
- Georges Bensoussan, Une histoire intellectuelle et politique du sionisme, 1860-1940, éd. Fayard, 2002.

III - les premières vagues d'immigration
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le mur Occidental, ou Mur des Lamentations, vers 1920
les deux premières vagues
- La première aliya (1882-1903) suit les séries de pogroms en Russie. La plupart des immigrants viennent d’Europe de l’Est mais aussi du Yémen.
- La deuxième aliya (1904-1914) survient à la suite de l'explosion d'antisémitisme en Russie et exerce une profonde influence sur le caractère et l'évolution du peuplement juif moderne en Palestine : la plupart de ses membres sont des jeunes gens animés par des idéaux socialistes.
source : Israel Ministry of Foreign Affairs - édition en ligne
IV - la Première Guerre mondiale
En novembre 1914, l'empire Ottoman (Turquie) entre en guerre aux côtés de l'Allemagne et de l'Autriche. Dans ce conflit, la Grande-Bretagne et la France ont joué une politique arabe contre les autorités turques. Des échanges de lettres ont lieu d'octobre 1914 à mars 1916 entre le gouvernement britannique et le gouverneur de la Mecque, le Chérif Hussein, descendant du Prophète. La Grande-Bretagne lui promet d'aider à la création d'un grand Royaume Arabe, confédération de trois états indépendants à créer (Hedjaz, Syrie et Irak). La figure célèbre du colonel Lawrence (appelé Lawrence d'Arabie, 1888-1935) symbolise cette politique qui a dressé la révolte arabe contre Istanbul à partir du 5 juin 1916 avec la proclamation de l'indépendance du Hedjaz (Arabie) ayant pour souverain Hussein.

le chérif Hussein du Hedjaz (La Mecque)
(chérif signifie : noble par la descendance)
document 8
la révolte arabe
- Les fils d'Hussein, Faysal et Abdallah (2),
conduisent les armées arabes vers le nord. Faysal entre à Damas le 3
octobre 1918, mettant ainsi fin à la présence turque dans le
Moyen-Orient arabe. Un congrès national syrien s'y réunit en juin 1919
et le proclame roi de Syrie en mars 1920.
Entretemps, la Grande-Bretagne, la France et la
Russie avaient conclu le 16 mai 1916 des accords secrets (qui seront
révélés et dénoncés par le pouvoir bolchévique en 1917) connus depuis
sous le nom de Sykes-Picot, qui prévoyaient à l'issue de la guerre un
partage de la région entre les puissances européennes. Et pour
couronner le tout, le gouvernement britannique promit publiquement le 2
novembre 1917, par la Déclaration Balfour, d'y créer un foyer national
juif.
En mars 1919, la Conférence de San Remo
confirme les accords Sykes-Picot et attribue les mandats sur le
Moyen-Orient à la France et la Grande-Bretagne. Le 24 juillet 1920,
Faysal est chassé de Damas par une armée française commandée par le
général Gouraud, général qui la même année proclame l'indépendance du
Liban.
(Faysal, réfugié à Bagdad, y sera, après référendum, proclamé roi
d'Irak sous mandat britannique le 23 août 1921. Il est enterré à
Jérusalem, dans l'enceinte de l'esplanade des mosquées.)(source)
la prise d'Akaba par les troupes arabes et Lawrence
Lawrence est parti d'El-Ouejd le 9 mai 1917, à la tête d'un contingent de cavaliers bédouins et après une course de 1 500 kilomètres à travers le désert est arrivé en vue d'Akaba, situé au fond du golfe qui porte son nom. La marine britannique avait bombardé sans succès la ville et personne n'avait imaginé qu'elle pût être conquise par l'arrière-pays. Ce coup de maître est dû à Lawrence et au chef bédouin Auda Abou-Tayi. Akaba est prise le 5 juillet 1917.

la charge des troupes bédouines sur Akaba (photo de T. E. Lawrence)
document 9
la déclaration Balfour
Balfour est le ministre britannique des Affaires étrangères. Il adresse en novembre 1917 une lettre à Lord Lionel Walter Rothschild, vice-président du Bureau des députés juifs. C'est une annonce de la position officielle du gouvernement anglais qui "envisage favorablement
l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le
peuple juif". On parle souvent du "double langage" britannique car, au même moment, les Anglais promettent aux Arabes une grand nation tout en négociant avec les Français le partage de cette région en zones d'influence de la France et de la Grande-Bretagne.

la déclaration Balfour, 2 novembre 1917
Cher Lord Rothschild,
J’ai le plaisir de vous adresser, au nom du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration ci-dessous de sympathie à l’adresse des aspirations sionistes, déclaration soumise au cabinet et approuvée par lui.
«Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les juifs jouissent dans tout autre pays.»
Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste.
Arthur James Balfour
document 10
les accords Sykes-Picot
Sir Mark Sykes (à gauche) et Georges Picot (à droite)

le partage du Proche-Orient arabe
dans les accords franco-britanniques Sykes-Picot
une photo de Fayçal

le futur Fayçal Ier à Paris en 1919 ; de g. à d. :Rustum Haidar, Nuri al-Saïd,
le capitaine français Rosario Pisani (derrière Fayçal), T. E. Lawrence
et deux autres personnages non identifiés
V - le Mandat sur la Palestine (1922) jusqu'en 1939
xxxxx

le "Tiger Hill", bateau de l’Aliyah Beit
(immigration clandestine),
transportant des réfugiés juifs d’Europe,
arrive à Tel-Aviv, Palestine ; les habitants Juifs de Palestine
saluent
le bateau, 1er septembre 1939
ls 3e, 4e et 5e vagues d'immigration
- La troisième vague (1919-1923) est déclenchée par la révolution d'Octobre en Russie, les pogroms perpétrés dans ce pays, en Pologne et en Hongrie. Elle est encouragée par la conquête britannique de la Palestine et la Déclaration Balfour. La plupart des membres de la troisième aliya sont des jeunes haloutsim (pionniers) d'Europe orientale aux idéaux socialistes. Le yishouv (communauté juive de Palestine avant la création de l’Etat d’Israël) compte 90 000 membres à la fin de cette période. Les nouveaux immigrants s’organisent autour du kibboutz, communauté délibérément formée par ses membres, à vocation essentiellement agricole, régie sur la base de la propriété commune des biens. La Fédération générale du travail (la Histadrout) est créée, ainsi que la Haganah (l'organisation clandestine de défense juive). Le peuplement rural s'accroît et les premières entreprises industrielles voient le jour.
- La quatrième aliya (1924-1929) est le résultat direct de la crise économique et de la politique anti-juive en Pologne, ainsi que de l'introduction, par les États-Unis, de sévères quotas d'immigration. La plupart des immigrants appartiennent à la classe moyenne et disposent de capitaux modestes grâce auxquels ils créent de petites entreprises et des ateliers. Cette vague d’immigration contribue au développement des villes, à la poursuite de l’essor industriel et au développement des villages.
- La cinquième aliya (1929-1939) est due à l'arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne (1933). La plupart des immigrants d'Allemagne exercent une profession libérale ; leur impact se fait peu à peu sentir dans de nombreux domaines. En quatre ans (1933-1936), 174 000 Juifs allemands s'installent dans le pays.
La prospérité des villes s'accroît avec la création de nouvelles industries, la construction du port de Haïfa et l'achèvement des raffineries de pétrole. Durant cette période, le gouvernement britannique impose des restrictions à l'immigration ; l'immigration clandestine, dite Aliya Bet, se développe alors.
Près de 250 000 Juifs s’installent en Palestine durant la cinquième aliya (20 000 d'entre eux repartent par la suite) et la population du yishouv atteint alors 450 000 personnes.
source: Israel Ministry of Foreign Affairs - édition en ligne
VI - la fin du Mandat britannique, 1939-1948

part des populations palestinienne et juive
par district en 1946 (source)

répartition de la propriété foncière palestinienne
et juive par district en 1946 (source)

réfugiés rassemblés sur le bastingage du "Josiah Wedgwood",
bateau de l’Aliyah Beit (immigration clandestine)
ancré dans le port de Haïfa ;
les soldats britanniques transférèrent les
passagers vers le centre d'internement d’Atlit,
Palestine, 27 juin 1946 (source)

des réfugiés à bord du “Théodore Herzl”, un
bateau de l’Aliyah Beit
(immigration clandestine), portent les corps
(dans des linceuls blancs) de deux
passagers tués lorsque le navire
tentait de forcer le blocus britannique, port de Haïfa,
Palestine, 14
avril 1947 (source)
VII - le plan de partage de la Palestine voté par l'ONU (1947)
xx
VIII- la première guerre israélo-arabe, 1948-1949
xxxx
* 1948 : création de l'État d'Israël sur une partie de la Palestine
David Ben Gourion, proclame la naissance de l'État d'Israël le 14 mai.
L'annonce
provoque l'entrée en guerre immédiate des États arabes (armées de
Jordanie, d'Égypte et de Syrie, contingents libanais et irakiens) qui
envahissent la Palestine.
Après quelques revers, l'armée
israélienne, mieux équipée et organisée, prend vite le dessus sur les
armées des États arabes divisés. Son avancée provoque l'exode et
l'exclusion de quelques 800 000 réfugiés palestiniens.
* 1949 : la rive ouest du Jourdain (la Cisjordanie) est annexée au royaume hachémite de Jordanie
Le
premier conflit israélo-arabe dure jusqu'en 1949 et marque, après
plusieurs trêves avortées, la victoire d'Israël. L'État israélien
repousse les frontières dessinées par les Nations unies et gagne un
tiers de son territoire.
L'État arabe de Palestine est mort-né, la
plupart de ses habitants deviennent des réfugiés. Israël occupe la
partie ouest de Jérusalem, désormais capitale. La Cisjordanie, dont
Jérusalem-Est reste sous tutelle jordanienne, et Gaza passe sous
tutelle égyptienne. Israël subit de lourdes pertes pendant ce conflit
(environ 1% de sa population totale).
Le 11 mai, l'État d'Israël, reconnu internationalement, devient membre de l'ONU.
* 1950 : l'Égypte prend le contrôle de Gaza
L’État d'Israël adopte la "loi du retour" qui octroie la nationalité israélienne à tout immigrant juif.
Sa population double entre 1948 et 1951.
L'État
arabe de Palestine, lui, a disparu, et son peuple est dispersé dans les États arabes voisins, le territoire d'Israël et les camps de réfugiés.
Le 24 avril, la Cisjordanie est annexée par la Transjordanie et l'Égypte assure son contrôle sur Gaza.
source de cette chronologie : guichet du savoir
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bibliographie sur la guerre de 1948
présentation du livre :
Cinquante ans après les événements, l'ouverture des archives sur la
guerre de 1948 a permis à Ilan Pappé d'écrire une histoire qui remet en
cause nombre de mythes.
Il montre que la miraculeuse victoire
d'Israël sur les armées coalisées de cinq pays arabes fut en fait la
victoire logique du plus fort, du plus soutenu, du plus motivé. Il
raconte l'exode des Palestiniens chassés de leurs terres et leur destin
de réfugiés. Il redistribue les responsabilités de l'échec des
négociations après la fin de la guerre. De ce livre, personne ne sort
indemne, ni les Israéliens, ni les archaïques dirigeants palestiniens,
ni les régimes arabes voisins, ni les grandes puissances.
Un ouvrage indispensable pour comprendre l'actualité du conflit israélo-palestinien.
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réponse à un commentaire qui signale une "erreur historique" sur 1948
commentaire
Merci pour ce cours qui m'a été très utile. Cependant il y a une faute importante à revoir. Le 4 avril 1948, la Haganah lance le plan Dalet du nom de code de conquête du pays. La première guerre palestinienne commence donc en avril et non le 15 mai comme on peut le lire sur certains livres d'Histoire et comme tu l'as dit sur ton site. Elle oppose 121 110 hommes de la Haganah à 1618 hommes palestiniens. Elle s'exprime par 13 offensives. Et c'est le 15 mai seulement qu'il y a la deuxième guerre qui oppose alors Israël aux Etats arabes. C'est une erreur courante. J'ai étudié cela à la fac. Les Etats arabes décident d'entrer en guerre à cause entre autre de l'arrivée massive de réfugiés palestiniens. Pour les Palestiniens avril c'est la Nakba : la catastrophe. Donc c'est pas avec la création d'Israël que les Etats arabes décident d'attaquer. Les relations internationales sont plus complexes que cela...
auteur : rukia - lyra.rukia@hotmail.fr - 05/04/09 - 23:30
réponse
La chronologie citée pour cette période est certes trop lapidaire.
Il faut en effet distinguer deux séries d'événements : 1) les affrontements entre juifs et Arabes de Palestine, ces derniers étant épaulés par des combattants rassemblés en Syrie par la Ligue Arabe, qui commencent dès la fin novembre 1947 ; 2) l'intervention des États arabes contre l'État d'Israël le 15 mai 1948. Les premiers peuvent être appelés judéo-arabes ou sionisto-arabes (les Arabes étant ceux de Palestine et des éléments extérieurs à la Palestine), et les seconds israélo-arabes (les Arabes désignant les États arabes étrangers, et l'État d'Israël étant officiellement proclamé le 15 mai 1948).
Tu dis "la première guerre palestinienne commence donc en avril et non le 15 mai". Tout dépend de ce qu'on nomme "guerre"…
On rencontre parfois la notion au pluriel : "les guerres palestiniennes" de 1947-1948. Plus souvent, on distingue la "guerre civile" (novembre 1947 à mai 1948) et la guerre israélo-arabe à partir du 15 mai 1948.
L'escalade de violences entre Arabes et juifs de Palestine, avant cette date fatidique, s'inscrit dans l'histoire des rivalités meurtrières commencées dans les années 1920 et 1930 sur le territoire de la Palestine mandataire administrée par les Britanniques. Mais elle prend, bien sûr, une tournure plus vive à cause du plan de Partage voté par l'ONU. La confrontation commencée le 15 mai 1948 revêt une allure plus "internationale", plus régionale en tout cas qu'avant cette date puisque les États arabes décident d'attaquer précisément ce jour-là.
Quant au rapport des forces, il semble beaucoup plus équilibré que celui que tu cites, (120 000 juifs contre 1600 Palestiniens...!) mais interprété dans des sens opposés.
La plan "Dalet" est appelé ainsi parce nommé "D", quatrième lettre de l'alphabet hébreu (dalet).
Ci-dessous, deux textes pour résumer cette période.
M. Renard
un récit sur 1948, par Marius Schattner
le récit d'un journaliste, historien, Marius Schattner, correspondant de l'AFP à Jérusalem et auteur du livre Histoire de la droite israélienne (Complexe, 1991).
- "Nous ne reconnaissons pas le droit à l'Assemblée des Nations Unies de décréter la partition de la Palestine" proclament les 30 novembre 1947 les représentants arabes à l'ONU au nom de "tous les peuples de l'Orient". Le même jour, en Palestine, des groupes armés arabes attaquent des autobus et tuent sept passagers juifs. Le lendemain le Haut Comité Arabe sous la direction du mufti Hadj Amin al Husseini, en exil au Caire, décrète une grève générale de trois jours contre la résolution de partage. Le surlendemain l'émeute arabe déferle sur le centre commercial juif de Jérusalem ; des dizaines de boutiques sont incendiées et pillées.
L'agitation déborde des frontières de la Palestine. En Égypte, les ulémas de l'université al-Azhar appellent au Jihad. Au Liban, en Syrie, en Irak, des objectifs américains sont attaqués par des foules déchaînées. À Damas, les locaux du Parti communiste et de la représentation soviétique sont mis à sac, en réaction au vote soviétique. des maisons juives et des synagogues flambent à Alep. À Aden [Yémen] une manifestation anti-sioniste tourne au pogrom ; soixante-seize juifs sont massacrés, selon un rapport officiel britannique.
Avec ou sans la caution de l'ONU, les sionistes demeurent aux yeux des Arabes, des intrus et des spoliateurs. Les Palestiniens, premiers concernés, n'acceptent pas de perdre la moitié de leur patrie pour que l'Occident s'acquitte de sa dette morale envers les juifs. Les Arabes de Palestine refusent le Plan de partage de l'ONU, comme ils avaient refusé dix ans plus tôt le plan Peel (qui était plus à leur avantage), et pour les mêmes raisons.
Mais les rapports de force ont changé. Tandis que le Yishouv s'est consolidé sur tous les plans, le peuple palestinien ne s'est pas remis du choc de l'écrasement de la Révolte de 1936, et paie par surcroît pour le mauvais choix du Mufti qui a joué la carte du Reich. C'est en spectateurs passifs que les Arabes ont assisté à la Révolte juive contre les Britanniques, sans imaginer qu'elle puisse l'emporter. Les milices palestiniennes rivales, mal équipées, mal entraînées ne font pas le poids face aux vingt mille et bientôt trente mille combattants de la Hagana. Les armées régulières arabes elles-mêmes seront défaites à tour de rôle par l'armée israélienne, issue de la Hagana, quand elles attaqueront le nouvel État juif, le 15 mai 1948, quelques heures après l'expiration du mandat britannique.
guerre "d'indépendance" ou du "désastre" ?
En décembre 1947, la menace arabe n'en apparaît pas moins formidable au Yishouv qui se bat, le dos à la mre, sans armes lourdes, empêché par le blocus britannique de recevoir des renforts en hommes et matériel.
Cette guerre que les juifs appelleront la "Guerre d'indépendance" et les Arabes "Harb al-Nakba", la "Guerre du désastre", commence par une série d'escarmouches. des convois juifs tombent dans des embuscades, des immeubles sont dynamités, des coups de feu sont échangés entre quartiers voisins. Les attaques provoquent des actes de vengeance qui à leur tour provoquent de nouvelles attaques, dans un cycle sanglant où aucun des camps n'épargne la population civile.
Ainsi lorsque le 29 décembre 1947, l'IZL tue six ouvriers arabes en faisant exploser une bombe aux raffineries de pétrole de Haïfa, les travailleurs arabes ripostent en massacrant 39 travailleurs juifs à coups de barres de fer et clés à molette. Le lendemain, la Hagana riposte à son tour par un raid contre un village arabe proche de Balad el-Sheikh. Quatre sections du Palmach et deux autres d'infanterie, 170 hommes en tout, investissent le village, tirent à l'aveuglette à l'intérieur des maisons et tuent plus de soixante personnes, dont des femmes et des enfants.
Durant plusieurs mois, l'issue de la confrontation paraîtra incertaine. Entravée par la présence des soldats britanniques qui observent une neutralité hostile, la Hagana éprouve les pires difficultés à assurer la sécurité des routes coupées par des irréguliers arabes, mais réussit à repousser les assauts contre les agglomérations juives. La situation est particulièrement critique à Jérusalem, isolée du reste du Yishouv.
La Hagana devra attendre la phase finale de l'évacuation des troupes britanniques, au début d'avril 1948, pour passer à la contre-offensive. Le 5 avril elle lance sa première opération d'envergure, l'opération Nashon qui a pour but de dégager la route Tel-Aviv-Jérusalem. 1500 hommes partent à la conquête des villages arabes qui surplombent la route et servent de base de départ aux guérillas d'Abdel Kader al-Husseini (le meilleur des chefs militaires palestiniens, qui sera tué dans la bataille). Conformément aux directives du plan D (Tokhnit Dalet), le nouveau plan d'opérations de la Hagana, les villages occupés et abandonnés par leurs habitants seront rasés. (…) [la suite concerne le masscre de Deir Yassine]
Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, Complexe, 1991, p. 236-238.
le résumé de la situation historique, fin 1947 et 1948,
par Henry Laurens
Si l'annonce du vote [29 novembre 1947 : plan de partage de la Palestine, par l'ONU] est accueillie avec joie par la population du Yichouv, elle est rejetée avec fureur par les Arabes de Palestine dont une partie importante va se trouver sous domination juive. Dès le 30 novembre, les incidents violents se multiplient en Palestine.
Si le rejet arabe est global, le roi Abdallah de son côté a entrepris des négociations secrètes avec les représentants sionistes. Il est prêt, en accord avec eux, à annexer la partie arabe de la Palestine et ainsi empêcher la constitution d'un État palestinien dirigé par Hajj Amin al-Husseini. Dès le 2 décembre, le représentant de l'Agence juive à Paris peut évoquer ce projet devant les autorités françaises.
Le 11 décembre, le gouvernement britannique fait savoir son intention de mettre fin au Mandat le 15 mai 1948 et de ne pas participer à l'application du plan de partage puisqu'il n'a pas l'accord de toutes les parties concernées.
En fait, le plan secret du gouvernement britannique est de soutenir discrètement le partage à l'amiable de la Palestine entre les sionistes et la Jordanie, et donc l'avortement de l'État palestinien. Cette attitude ne peut être communiquée officiellement, d'où la méfiance permanente des responsables sionistes sur les véritables intentions britanniques.
La négociation secrète entre Abdallah et les sionistes a fait l'objet d'études exhaustives et récentes. Le meilleur historien sur cette question, Avi Shlaim, a ainsi recueilli le témoignage de Yaacov Shimoni, l'un des responsables de ces entretiens. (…)
Aux violences urbaines des premiers jours, succède rapidement l'ébauche d'une guerre pour le contrôle de l'espace. Comme durant la révolte arabe de 1936-1939, l'action repose essentiellement sur des bandes paysannes renforcées par l'arrivée de volontaires d'autres pays arabes. Leur stratégie est claire en dépit de l'absence de coordination. Il s'agit d'isoler les différentes colonies juives en s'en prenant systématiquement à l'ensemble des axes de communication. La constitution de l'État juif deviendrait impossible. L'extension de la violence contraindrait l'ONU à revenir sur son vote du 29 novembre 1947.
Cependant, les divisions de la société arabe sont fortes : une partie des anciens partisans des Nachachibi est prête à se rallier au roi Abdallah. Dans beaucoup de régions, certains villages arabes concluent des accords locaux de non-belligérance avec les colonies juives voisines. En raison des violences, les classes moyennes et supérieures de la société arabe envoient leurs familles à l'abri dans les pays arabes voisins (comme en 1937-1939). À la fin 1947 début 1948 c'est la première vague de l'exode palestinien. Comme beaucoup de chefs de familles rejoignent les leurs, une partie de l'encadrement social arabe disparaît, ce qui aura des conséquences graves pour les mois à venir.
Les Britanniques n'essayent que faiblement de maintenir l'ordre. Le 21 janvier 1948, ils déclarent leur intention de ne pas modifier le régime de l'immigration pour "ne pas accroître les désordres en Palestine". Le 30 janvier, ils annoncent leur incapacité d'assurer pendant plus de quinze jours la sécurité de la Commission de l'ONU – ce qui revient à dire qu'elle ne sera autorisée à se rendre en Palestine que deux semaines avant la fin du Mandat. La Commission est, de fait, rendue impuissante à un moment où toute l'administration civile de la Palestine s'effondre.
La Ligue des États arabes tente d'organiser l'action sur le terrain et d'exercer des pressions sur les grandes puissances. C'est le sens d'une déclaration d'Azzam pacha le 16 février 1948. (…)
Les choix politiques essentiels doivent être pris au Conseil de sécurité. Le 27 février, Chertok y expose les demandes sionistes (…).
Le représentant de l'Agence juive ne demande pas l'envoi de forces étrangères, seulement des armes et éventuellement des fonds. (…)
Dans ce débat à huis clos, la délégation américaine propose d'envisager la modification du plan de partage, voire un retour au projet de tutelle ou de cantonalisation de la Palestine. Truman s'est en effet désintéressé du dossier palestinien et l'a laissé au Département d'État qui s'inquiète de la dégradation des positions américaines dans le monde arabe. L'Union soviétique s'oppose à cette nouvelle orientation et s'érige meilleur défenseur des thèses sionistes aux Nations Unies.
le plan Dalet (10 mars 1948)
La relative mauvaise situation militaire sur le terrain et l'aggravation de la position diplomatique du sionisme dans les premiers mois de 1948 expliquent la forte réaction du Yichouv. Dans la lignée des plans précédemment rédigés, les organisations politiques et militaires du Foyer national juif élaborent le plan D, ou Dalet, destiné à transformer radicalement le rapport des forces en Palestine en faisant jouer la supériorité considérable des forces sionistes dans l'organisation et l'armement.
Le plan D sera l'objet d'une longue polémique entre historiens. Pour les auteurs arabes, c'est la traduction de la volonté, aussi ancienne que le sionisme lui-même, d'expulser les habitants arabes de la Palestine tandis que pour l'historiographie sioniste, il serait l'expression de la difficile conjoncture du début 1948 et ne se comprendrait qu'en fonction des contingences politiques et militaires du moment. (…)
À la fin avril, les grandes agglomérations arabes de la plaine littorale tombent aux mains des sionistes, qui multiplient les incitations au départ de la population. Il ne peut plus être question d'appliquer le plan de partage. (…)
Henry Laurens, Le retour des exilés. La lutte pour la Palestine de 1869 à 1997,
éd. Laffont, 1998, p. 645-658
(propos de présentation de textes tirés des archives).
IX - la guerre de 1956
xxx

né en Palestine ottomane en 1915, dans un kibboutz, membre de la Haganah,
Moshé Dayan a participé dès 1941 aux combats des Alliés contre la France de Vichy
en Syrie (où il perdu un oeil) ; en 1954 il est chef d’état-major de Tsahal
(l'armée d'Israël), mène la guerre de 1956 dans le Sinaï et devient ministre des armées en 1967
Les années de l'édification de l'État d'Israël furent néanmoins assombries par de graves problèmes de sécurité. Non seulement les accords d'armistice de 1949 n'avaient pas débouché sur une paix permanente, mais ils étaient constamment violés. Contrairement à la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU du 1er septembre 1951, les liaisons maritimes avec Israël étaient entravées par l'interdiction faite aux navires à destination ou en provenance d'Israël de traverser le canal de Suez. Le blocus du détroit de Tiran fut renforcé ; des incursions en Israël, à partir des pays arabes voisins, semant la mort et perpétrant des actes de sabotages se multiplièrent ; et la péninsule du Sinaï devint progressivement une immense base militaire égyptienne.
Avec la signature de l'alliance militaire tripartite entre l'Égypte, la Syrie et la Jordanie (octobre 1956), l'imminence de la menace contre l'existence d'Israël se précisa. Au cours d'une campagne de huit jours, Tsahal (l'armée israélienne) conquit la bande de Gaza et toute la péninsule du Sinaï, en s'arrêtant à 16 kilomètres à l'est du canal de Suez. La décision des Nations unies d'envoyer des forces d'urgence pour stationner le long de la frontière israélo-égyptienne et les garanties fournies par l'Égypte d'assurer la libre navigation dans le golfe d'Eilat conduisirent Israël à accepter une évacuation par étapes (de novembre 1956 à mars 1957) des territoires conquis par Israël quelques semaines plus tôt. En conséquence, le détroit de Tiran a été ouvert, permettant le développement de relations commerciales avec les pays d'Asie et d'Afrique, ainsi que l'importation de pétrole du golfe Persique.
source : ministère des Affaires étrangères d'Israël
xx
X - la guerre des Six jours, 1967
Après les livraisons d'armes soviétiques à l'Égypte, Israël se sent menacé et décide une guerre préventive. Les Américains (le président Johnson et le secrétaire du Département d'État Mac Namara) préviennent l'État juif qu'ils ne le soutiendront pas s'il attaque le premier. Le 5 juin, Israël bombarde les aérodromes et l'aviation égyptienne qui est anéantie en quelques instants.
document XX
les opérations de la guerre des Six Jours
(…)
document 11
1967 : Une guerre par inadvertance - l'analyse d'un historien
dimanche 3 juin 2007, Henry Laurens, Le Courrier international
Vous publiez ce mois-ci le troisième tome de La Question de Palestine - L'accomplissement des prophéties, qui couvre la période 1948-1967. Lors de vos recherches, avez-vous découvert des documents nouveaux ?
Le Foreign Relations of the United States (FRUS) a
récemment rendu publics in extenso des documents relatifs à cette
période, alors qu’auparavant on n’avait droit qu’à des témoignages
fragmentaires. À cela s’ajoutent des progrès considérables de
l’historiographie israélienne. En revanche, les recherches arabes
restent bloquées. La théorie du complot contre Nasser, développée par
le journaliste égyptien Mohammad Hassanein Heykal, demeure la thèse
officielle. Ce qui est sûr, c’est que Nasser a mal calculé.
Aujourd’hui, on a l’impression que la guerre de 1967 a été une guerre
par inadvertance, accidentelle, et non une guerre planifiée de longue
date.
Comment une guerre aux conséquences aussi dramatiques peut-elle éclater par inadvertance ?
Pour les militaires israéliens, le relatif isolement
politique de la Syrie dans le monde arabe poussait Damas à adopter une
politique de provocation vis-à-vis d’Israël afin de régler des litiges
frontaliers. Par ailleurs, Israël voulait punir la Syrie de son soutien
à des organisations palestiniennes telles que le Fatah, qui menait une
guerre d’usure à partir du territoire syrien. Tsahal n’était pas prêt
pour ce type de guerre. C’était une armée formée pour attaquer, et non
pour rester en position statique aux frontières afin d’empêcher les
infiltrations.
Avait-on peur de se retrouver dans une situation de harcèlement comme au Vietnam ?
En réalité, les attaques du Fatah étaient loin de
constituer une menace. En juin 1967, presque deux ans et demi après sa
création, ses attaques avaient fait peu de victimes (quinze au
total)... Les Israéliens étaient persuadés que les États-Unis
interviendraient pour empêcher toute conquête territoriale de leur
part, comme lors de la guerre de 1956 [guerre anglo-franco-israélienne
contre l’Égypte après la nationalisation du canal de Suez]. C’est au
cours de la guerre elle-même que les Américains ont abandonné l’idée
d’interdire aux Israéliens des conquêtes territoriales.
Comment expliquer l'engagement soviétique dans cette guerre ?
Les raisons de l’engagement soviétique demeurent
controversées. Il semble qu’il y ait eu une vraie manipulation : des
services secrets israéliens manipulant des agents doubles qui auraient
transmis de fausses informations à l’URSS. Moscou était sûr qu’Israël
voulait attaquer la Syrie.
Nasser a-t-il poussé à la guerre ?
Comment le président Nasser aurait-il réagi à une
attaque israélienne contre la Syrie ? Les sources égyptiennes écrites a
posteriori rendent le maréchal égyptien Amer grand responsable de la
guerre et de la défaite. Or, en 1967, Nasser n’admettait pas le
règlement de 1957 du différend frontalier entre l’Egypte et Israël, à
la suite de la guerre de 1956 : démilitarisation du Sinaï, installation
de casques bleus et liberté de navigation dans le détroit de Tiran. Il
y avait un consensus au sein du pouvoir égyptien pour revenir à
l’avant-1956 et fermer le détroit de Tiran. Mais Nasser pensait plus à
la guerre froide à l’intérieur du monde arabe, à son combat contre
l’Arabie Saoudite et ses alliés dans la région : il voulait créer un
grand mouvement d’opinion arabe antisaoudien, en enrôlant aussi dans
son camp le roi Hussein de Jordanie, de façon à isoler encore plus
Riyad.
La stratégie de Nasser était complexe. Il était
parfaitement conscient que l’armée égyptienne n’avait pas les moyens de
mener une guerre offensive, mais il pensait qu’un dispositif de guerre
égyptien solidement installé dans le Sinaï avait de bonnes chances de
dissuader Israël. Nasser travaillait dans la perspective d’une attaque
israélienne. En revanche, le général Amer défendait une stratégie plus
offensive. Cet incompétent propulsé à la tête de l’armée va faire de la
grande muette un instrument de pouvoir. On sait aujourd’hui que Nasser
et Amer ne s’entendaient pas, mais cette opposition entre les deux
hommes était peu connue à l’extérieur.
Nasser a-t-il été une victime de cette guerre ?
Nasser, comme souvent, a été victime de sa propre
propagande. Le discours nassérien est relativement raisonnable, il ne
parle pas de rayer Israël de la carte, contrairement aux médias
égyptiens et à l’appareil de propagande, qui sont nettement plus
virulents et échappent à son contrôle direct. Ces médias donnent aux
Israéliens l’impression qu’ils sont à la veille d’une guerre
d’extermination.
Comment cette guerre a-t-elle été préparée côté israélien ?
Israël vivait une crise profonde entre les militaires
et le pouvoir civil. Le Premier ministre de l’époque, Levi Eshkol,
essayait de calmer les militaires prêts à prendre des initiatives. Ils
étaient sûrs qu’ils pouvaient gagner la guerre. Il y eut une
quasi-mutinerie des généraux face à Eshkol. C’était en fait un problème
de décalage de civilisation et de génération, entre des hommes
politiques nés en Europe et ayant grandi dans la période qui avait
précédé l’établissement de l’État d’Israël et de jeunes militaires nés
en Palestine. Les militaires se considéraient comme les véritables
Israéliens et, pour parler du gouvernement, disaient : "Les Juifs" !
Comment peut-on interpréter le jeu israélien dans cette guerre ?
Pour les Israéliens, cette guerre ne servait à rien si
Washington s’opposait au maintien des gains qu’Israël engrangeait. Le
message du gouvernement Johnson était ambigu : Washington acceptait la
légitimité des Israéliens pour mener cette guerre, mais en même
temps essayait de les dissuader de la mener. Cette position américaine,
Nasser l’interprète comme un remake de la guerre de 1956 [les
Américains avaient forcé les Israéliens et les troupes
franco-britanniques à se retirer d’Égypte]. Une défaite arabe ne
servait pas les intérêts des Américains. Elle faisait basculer le
Moyen-Orient dans le camp de l’URSS.

avion égyptien détruit par l'attaque israélienne, juin 1967
Manifestement, le président égyptien sous-estimait le
potentiel militaire de l’État hébreu, pensant qu’Israël aurait toujours
besoin de l’aide des armées occidentales. Mais les Américains vont
interpréter les risques de guerre comme un moyen de faire émerger un "nouveau Moyen-Orient" et accepter implicitement qu’Israël attaque ses
voisins. C’est un feu orange, et non vert, que Washington donne à
Israël. Il faut ajouter que la question du nucléaire au Moyen-Orient
était déjà à l’ordre du jour. Les avions égyptiens avaient survolé
Dimona, la nouvelle centrale israélienne du Néguev. Israël était déjà
tout près du seuil nucléaire. Pour les Israéliens, traumatisés par
l’idée d’extermination et obsédés par les questions de sécurité, le
survol égyptien était une raison supplémentaire pour agir.
Quarante ans après, quelles leçons peut-on tirer ?
La guerre des Six-Jours a donné aux Israéliens une
assise territoriale et une forte supériorité sur les Arabes. Mais ces
acquis censés assurer la sécurité d’Israël causeront à l’État hébreu
des pertes plus lourdes et plus permanentes que dans les années avant-1967.
* Les deux premiers tomes sont : La Question de Palestine - I. L’invention de la Terre sainte (éd. Fayard, 1999) et La Question de Palestine - II. Une mission sacrée de civilisation (éd. Fayard, 2002).
source de cette interview : info-palestine
XI - la guerre du Kippour, 1973
xxxxx
XII - la guerre du Liban, 1982
xxxxx
XIII - les accords d'Oslo, 1993
xxxx
Ce que l'on appelle "le processus de paix" couvre la période comprise entre 1991 et 2000.
Dans le prolongement de la guerre du golfe, les Etats-Unis, seul arbitre de la région depuis la chute de l'empire soviétique vont chercher à apporter une solution au conflit israélo-arabe. Des négociations sont entamées entre Israël et les pays arabes au sommet de Madrid de 1991. Le temps fort du "processus de paix" est la signature des accords d'Oslo, ou accords de Washington en 1993 qui consacre la reconnaissance mutuelle d'Israël et de l'OLP et prévoit la mise en place d'une autonomie palestinienne progressive sur les territoires de Cisjordanie et de Gaza. Cette reconnaissance mutuelle est symbolisée par la poignée de mains Rabin - Arafat.
1994 et 1995 sont des années d'euphorie. Les premiers accords consacrant l'autonomie palestinienne sont signés, Yasser Arafat est accueilli triomphalement à Gaza le 1er juillet 1994. L'accord entre les parties semble parfait, les contacts se nouent de part et d'autres.
Fin 1995 et 1996, la situation bascule progressivement avec l'assassinat d'Itzhak Rabin par une étudiant juif d'extrême-droite, l'échec des négociations avec la Syrie sur la restitution du Golan, la vague d'attentats du Hamas et le harcèlement du Hezbollah à la frontière avec le Liban. En 1996, les élections portent le Likoud, parti de droite au pouvoir. Le dialogue avec l'Autorité Palestinienne est interrompu, tandis que la construction d'implantations, jamais interrompue, est relancée. Un accord est néanmoins signée pendant cette période en 1998 prévoyant un transfert de souveraineté limité en échange d'une plus grande répression de la part de la police palestinienne des mouvements hostiles à la paix.
En mai 1999, des événements de politique intérieure ramènent les travaillistes à la tête du pays. Les discussions reprennent avec la Syrie, Israël se retire de la zone de sécurité du Liban Sud. Israéliens et Palestiniens conviennent de participer au sommet de Camp David destiné à préciser le statut définitif des territoires, autrement dit les conditions de création de la Palestine marquant la fin du conflit. Les accords d'Oslo prévoyait la fin de la période d'autonomie en mai 1999, israéliens et palestiniens sont donc en retard d'un an sur le calendrier, ce qui compte tenu des enjeux et des difficultés peut sembler plutôt satisfaisant.
Le sommet de Camp David se tient du 11 au 24 juillet. C'est le moment de vérité entre israéliens et palestiniens. Le sommet est un échec, aucun accord n'est conclu sur les sujets importants, les débats sont passionnels, les positions fortement divergentes. Les divergences portent autant sur le mode de négociation que sur le compromis à atteindre. C'est cependant la première fois que tous les sujets difficiles sont discutés dans un cadre officiel.
Après l'échec du sommet, la situation est bloquée. Le 28 septembre, Ehoud Barak publie un article dans le Jérusalem Post expliquant aux israéliens les propositions qu'il a faites à Camp David. Le 28 septembre Ariel Sharon effectue sa visite "provocatrice" sur le Mont du Temple / Esplanade des Mosquées. Le 28 septembre Yasser Arafat déclenche la deuxième intifada. Cette intifada, contrairement au soulèvement populaire et spontanée de la première, a été préparée de longue date et prend des allures de guerre sainte puisqu'il la nomme intifada Al-Aksa, en référence à l'une des deux Mosquées de Jérusalem (celle qui est citée dans le Coran).
En dépit du climat de violence, en dépit des attentats, les
négociations vont reprendre en décembre 2000 à Washington et en janvier
2001 à Taba. Mais il est peut-être déjà trop tard : ce sont les
derniers jours du mandat de Bill Clinton, qui ne peut plus imposer un
accord et Ehoud Barak, discrédité par le regain de violence et affaibli
politiquement, a démissionné le 9 décembre. Les négociations
progressent mais n'aboutissent pas.
Le 6 janvier 2001, les israéliens en pleine tourmente, en plein déni de
leur légitimité, confrontés à la violence des attentats élisent Ariel
Sharon.
* Depuis l'échec
des négociations de paix de Camp David en 2000 suivi du déclenchement de l'intifada Al Aqsa et de l'arrivée
au pouvoir d'Ariel Sharon, on assiste à un nouvel embrasement
du conflit.
XIV - la guerre au sud-Liban contre le Hezbollah, 2006
xxx
XV - la guerre à Gaza contre le Hamas, 2008-2009
Hamas : acronyme (signe que l'on n'épelle pas mais que l'on prononce comme un mot) en arabe de "Mouvement de la Résistance islamique". Ce mouvement est né en 1987. Il s'oppose au processus de paix d'Oslo (1993). Il a remporté les élections en 2006 dans le territoire de Gaza et a évincé ses rivaux du Fatah de Mahmud Abbas en 2007. Son objectif est l'élimination de l'État d'Israël. Depuis la fin des années 1960, le leader du combat palestinien était l'O.L.P. qui, globalement, était laïque. L'apparition du Hamas change la donne. On passe d'une revendication nationale qui, depuis 1988, avait reconnu Israël, à une revendication religieuse qui dénie à Israël le droit à l'existence.
document 12
programme du Hamas
Charte du Mouvement de la Résistance Islamique – Palestine (Hamas)
18 août 1988 (extraits)
introduction
"Israël existe et continuera à exister jusqu'à ce que l'islam l'abroge comme il a abrogé ce qui l'a précédé" (Hassan al-Bannâ)
art. 2
Le Mouvement de la Résistance Islamique est l'une des ailes des Frères musulmans en Palestine.

les dirigeants et héros du Hamas ; en haut à droite, Hassan al-Banna, fondateur
du parti politico-religieux des Frères Musulmans (1927) ; en haut à gauche, Cheikh Yassine,
fondateur du Hamas (les deux sont morts)
art. 6
Le Hamas est un mouvement palestinien spécifique qui fait allégeance à Dieu, fait de l'islam sa règle de vie et oeuvre à planter l'étendard de Dieu sur toute parcelle de la Palestine. À l'ombre de l'islam, les fidèles de toutes les religions peuvent coexister (…)
art. 7
Le Hamas est l'un des épisodes du jihad mené contre l'invasion sioniste. Il est étroitement lié au soulèvement du martyr Ezzedine al-Qassâm et de ses frères combattants du jihad des Frères musulmans en 1936 ; il est aussi étroitement lié à un autre épisode, celui du jihad des Palestiniens, des efforts et du jihad des Frères musulmans dans la guerre de 1948 de même que des opérations de jihad menées par les Frères musulmans en 1968 et plus tard.
Ainsi, bien que les épisodes soient séparés les uns des autres, la continuité du jihad se trouvant brisée par les obstacles placés par ceux qui relèvent de la constellation du sionisme, le Hamas aspire à l'accomplissement de la promesse de Dieu, quel que soit le temps nécessaire. L'Apôtre de Dieu [Mahomet] a dit : "L'Heure ne viendra pas avant que les musulmans n'aient combattu les Juifs [c'est à dire que les musulmans ne les aient tués], avant que les Juifs ne se fussent cachés derrière les pierres et les arbres et que les pierres et les arbres eussent dit : Musulman, serviteur de Dieu ! Un Juif se cache derrière moi, viens et tue-le. Un seul arbre aura fait exception, le gharqad [sorte d'épineux] qui est un arbre des Juifs" (hadîth rapporté par al-Bukhârî et par Muslim).
art. 8
Dieu est son but, l'Apôtre son modèle, le Coran sa constitution, le jihad son chemin et la mort sur le chemin de Dieu la plus éminente de ses espérances.
art. 11
Le Hamas considère que la terre de Palestine est une terre islamique pour toutes les générations de musulmans jusqu'au jour de la résurrection. Il est illicite d'y renoncer en tout ou en partie, de s'en séparer en tout ou en partie (…)
Tel est son statut selon la Loi islamique, statut identique à celui de toute terre conquise par les musulmans de vive force. À l'époque des conquêtes, en effet, les musulmans ont constitué ces terres en biens pour toutes les générations de musulmans jusqu'au jour de la résurrection. (…)
Pour ce qui concerne la Palestine, toute pratique contraire à la Loi de l'islam est ainsi frappée de nullité tout en étant imputée à son auteur.
art.12
Le patriotisme [al-wataniyya], du point de vue du Mouvement de la Résistance Islamique, est un article de la profession de foi ['aqîda] religieuse. Il n'y a rien de plus fort et de plus profond dans le patriotisme que le jihad qui, lorsque l'ennemi foule du pied la terre des musulmans, incombe à tout musulman et musulmane en tant qu'obligation religieuse individuelle [fard 'ayn]; la femme alors n'a pas besoin de la permission de son mari pour aller le combattre ni l'esclave celle de son maître.
art. 13
Les initiatives, les prétendues solutions de paix et les conférences internationales préconisées pour régler la question palestinienne vont à l'encontre de la profession de foi du Mouvement de la Résistance Islamique. Renoncer à quelque partie de la Palestine que ce soit, c'est renoncer à une partie de la religion. (…)
Il n'y aura de solution à la cause palestinienne que par le jihad. Quant aux initiatives, propositions et autres conférences internationales, ce ne sont que pertes de temps et activités futiles. Le peuple palestinien a trop d'honneur pour dilapider son avenir, son droit et son destin en activités futiles.
art. 14
La cause de la libération de la Palestine tient à trois cercles : le cercle palestinien, le cercle arabe et le cercle islamique. Chacun de ces trois cercles a un rôle propre à tenir dans la lutte avec le sionisme, chacun a des devoirs propres. Ce serait une très lourde erreur et [le fruit d'] une ignorance très profonde que de vouloir faire l'économie de l'un de ces cercles. La Palestine est une terre islamique : elle a été la première des deux qibla et c'est le troisième Lieu-saint, point de départ de l'ascension nocturne de l'Apôtre de Dieu (…).
Puisqu'il en est ainsi, sa libération est une obligation religieuse individuelle qui incombe à tout musulman où qu'il soit. C'est sur cette base qu'il faut considérer la cause [palestinienne] et il faut que tout musulman le comprenne.
art. 15
Le jour où les ennemis usurpent une terre qui appartient aux musulmans, le combat devient une obligation religieuse individuelle qui incombe à chaque musulman. Face à l'usurpation de la Palestine par les Juifs, il faut brandir l'étendard du jihad et cela nécessite la diffusion de la conscience islamique parmi les masses locales, arabes, et islamiques. Il faut propager l'esprit du jihad dans la nation, l'engagement face aux ennemis et l'adhésion aux rangs des combattants du jihad.
Il faut que les ulémas, les éducateurs et les enseignants, les hommes de médias et de communication, les masses d'intellectuels et tout particulièrement les jeunes des mouvements islamiques et leurs aînés s'associent à cette opération de conscientisation. Il faut introduire des changements essentiels dans les programmes d'enseignement, les épurer de toute trace de l'invasion intellectuelle qui les ont livrés aux mains des orientalistes et des missionnaires chrétiens. (…)
Il faut que dans l'esprit de toutes les générations musulmanes la cause de Palestine soit bien une cause religieuse qui exige un traitement approprié à cette base. Elle possède des Lieux-saints islamiques comme la mosquée al-Aqsa, qui est attachée à l'Esplanade sainte de La Mecque par un noeud que nul ne peut défaire tant que dureront les cieux et la terre (…).
art.18
Au foyer d'un combattant du jihad comme dans la famille d'une combattante du jihad, qu'elle soit la mère ou qu'elle soit la soeur, la femme tient le premier rôle dans le maintien de la maison, l'instruction des enfants quant aux concepts et valeurs morales fondées sur l'islam, ainsi que dans l'éducation de ses fils à l'observance des obligations religieuses les préparant ainsi au rôle de combattant du jihad qui les attend.
art. 22
Depuis longtemps déjà, considérant les causes agissantes sur le cours des choses, les ennemis ont dressé des plans et les ont adoptés pour parvenir là où ils sont arrivés actuellement. Ils ont travaillé à rassembler des fortunes matérielles considérables et dont l'influence est grande qu'ils ont affectées à la réalisation de leur rêve. Grâce à l'argent, ils règnent sur les médias mondiaux, les agences d'informations, la presse, les maisons d'édition, les radios, etc. Grâce à l'argent, ils ont fait éclater des révolutions dans différentes régions du monde pour réaliser leurs intérêts et les faire fructifier. Ce sont eux qui étaient derrière la révolution française, la révolution communiste et la plupart des révolutions dont nous avons entendu et entendons parler de-ci de-là. Grâce à l'argent, ils ont créé des organisations secrètes qui étendent leur présence dans toutes les parties du monde pour détruire les sociétés et réaliser les intérêts du sionisme (…)
En ce qui concerne les guerres localisées et mondiales, aucune difficulté à en parler : ce sont eux qui étaient derrière la Première Guerre mondiale lorsqu'a été prononcée la condamnation de l'État du califat islamique. Ils ont amassé des bénéfices matériels considérables et pris le contrôle de nombreuses richesses. Ils ont obtenu la déclaration Balfour et ont jeté les bases de la Société des Nations [S.D.N.] pour gouverner le monde à travers cette organisation. Ce sont eux qui étaient derrière la Seconde Guerre mondiale qui leur a permis d'amasser d'énormes profits grâce au commerce du matériel de guerre. Ils ont préparé le terrain pour l'établissement de leur État et ce sont à leurs instigations qu'ont été créés l'ONU et le Conseil de sécurité pour remplacer la Société des Nations afin de gouverner le monde à travers eux.
art. 27
L'Organisation de Libération de la Palestine [O.L.P.] est la plus intime des intimes du Hamas. On y trouve le père ou le frère, le proche ou l'ami. (…)
C'est sous l'effet des circonstances qui entouraient la constitution de l'O.L.P. et de la confusion intellectuelle qui prévalait dans le monde arabe, fruit de l'invasion intellectuelle que subit le monde arabe depuis la défaite des Croisés et qu'ont renforcée et ne cessent de renforcer l'orientalisme, l'évangélisation et le colonialisme, que l'O.L.P. a adopté l'idée d'État laïque. Ainsi voyons-nous les choses.
L'idée laïque [en note dans le texte : le laïcisme (al-'ilmâniyya) signifie la non-religion (al-lâdîniyya)], "Secularism" [en caractères latins dans le texte] est incompatible avec l'idée religieuse, d'une totale incompatibilité. (…)
À partir de là, malgré toute notre estime pour l'O.L.P. et sans vouloir minimiser son rôle dans le conflit arabo-israélien, il nous est impossible de troquer l'islamité actuelle et future de la Palestine pour l'adoption de l'idée laïque. L'islamité de la Palestine fait, en effet, partie de notre religion ; or quiconque néglige une part de sa religion perd à tout coup.
art. 28
L'invasion sioniste est une invasion cruelle qui ne recule devant aucun procédé mais utilise tous les moyens vils et corrompus pour réaliser ses aspirations. (…)
Israël, par sa judéité et ses Juifs, constitue un défi pour l'islam et les musulmans : "que les lâches jamais ne ferment l'oeil".
art. 31
Le Hamas est un mouvement humaniste [insâniyya]. Il veille au respect des droits de l'homme et se conforme à la tolérance de l'islam en ce qui concerne les disciples des autres religions : il ne s'oppose à aucun d'entre eux sinon à ceux qui lui sont ouvertement hostiles ou qui se mettent au travers de son chemin pour gêner ses mouvements ou anéantir ses efforts.
À l'ombre de l'islam, les disciples des trois religions, islamique, chrétienne et juive, peuvent coexister dans la sécurité et la confiance. Ce n'est qu'à l'ombre de l'islam que la sécurité et la confiance peuvent se trouver, l'histoire récente et ancienne en constituant un bon témoin.
Il est du devoir des disciples des autres religions de s'abstenir de concurrencer l'islam dans sa souveraineté sur cette région car le jour de leur propre souveraineté serait celui des massacres, de la torture et de l'exode. En effet, ils en viennent aux mains entre eux, sans parler de leurs combats avec les disciples des autres religions. Le passé et le présent sont remplis d'exemples qui prouvent cela.
art. 32
Le sionisme mondial et les forces colonialistes, par un mouvement subtil et une planification étudiée, essaient de faire sortir les uns après les autres les États arabes du cercle du conflit avec le sionisme pour qu'en fin de parcours le peuple palestinien se retrouve tout seul. Ils ont déjà réussi, en grande part, à faire sortir l'Egypte du cercle du conflit par les traîtres accords de "Camp David" (…).
Le Hamas appelle les peuples arabes et islamiques à oeuvrer avec sérieux et persévérance à empêcher la poursuite de ce plan effroyable et à conscientiser les masses sur le danger que représente la sortie du cercle du conflit avec le sionisme. Aujourd'hui, il s'agit de la Palestine et demain il s'agira d'une ou plusieurs autres régions : le plan sioniste n'a pas de limite ; après la Palestine, ils ambitionnent de s'étendre du Nil à l'Euphrate. Lorsque ils auront parachevé l'assimilation des régions jusqu'aux quelles ils seront parvenus, ils ambitionneront de s'étendre plus loin encore, et ainsi de suite. Leur plan se trouve dans "les Protocoles des Sages de Sion" et leur conduite présente est une bonne preuve de ce qu'ils avancent.
Sortir du cercle du conflit avec le sionisme constitue une haute trahison qui entraînera la malédiction sur ses auteurs.
Jean-François Legrain, Les voix du soulèvement palestinien 1987-1988,
Le Caire, Centre d'Etudes et de Documentation Economique, Juridique et Sociale (CEDEJ), 1991
© CNRS, Jean-François Legrain pour l'édition électronique - source : gremmo.mom.fr/legrain/
l'intervention israélienne à Gaza : décembre 2008 - janvier 20
deux dépêches d'agence de presse
TEL-AVIV, 17 jan 2009 (AFP) - Israël a atteint tous ses objectifs et
"même au-delà" lors de son offensive militaire de 22 jours dans la
bande de Gaza, a affirmé samedi 17 janvier le Premier ministre israélien Ehud
Olmert, à la suite d’un vote du cabinet de sécurité pour un
cessez-le-feu unilatéral.
JÉRUSALEM, 18 jan 2009 (AFP) - Le cessez-le-feu unilatéral israélien
dans la bande de Gaza est entré en vigueur dimanche à 02H00 locales
(00H00 GMT), après 22 jours de la plus vaste offensive de l’État hébreu
contre le territoire palestinien, a indiqué l’armée.
deux photos parus dans l'Express du 18 janvier 2009 (source)

AFP/Mahmud Hams
un Palestinien dans les décombres de Beit Lahia le 18 janvier 2009

AFP/Yoav Lemmer
un soldat israélien sort de Gaza, le 18 janvier 2009
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points de vue actuels sur Israël et la Palestine
1) l'antisémitisme de Mahmoud Ahmadinejad,
président de la République islamique d'Iran
Lors d'une conférence organisée par l'ONU "contre le racisme" (conférence appelée Durban II) , le lundi 20 avril 2009, il a déclaré :
"Après la fin de la Seconde guerre mondiale, ils [les
Alliés] ont eu recours à l’agression militaire pour priver de
terres une nation entière sous le prétexte de la souffrance juive (…)
Ils ont envoyé des migrants d’Europe, des Etats-Unis et du monde de
l’Holocauste pour établir un gouvernement raciste en Palestine occupée".
- Cette vision est totalement fausse sur le plan historique. Ni les États-Unis, ni l'URSS, ni la France. ne sont jamais intervenus militairement en Palestine ; ils n'ont pas aidé non plus les sionistes après 1945. Quant à la Grande-Bretagne, puissance mandataire qui administrait la région, elle a tout fait pour stopper l'immigration juive en Palestine.
Au sujet de la terre, il faut distinguer : a) les achats effectués auprès de propriétaires arabes, transactions commerciales régulières ; b) la prise de territoires au cours de la guerre civile de 1947-1948 (consécutive à l'annonce du Plan de partage par l'ONU) et après la défaite de l'intervention militaire des États arabes en 1948 (intervention bien réelle, celle-ci).
La proclamation de l'État d'Israël en mai 1948 n'est pas un acte raciste. C'est le fruit d'un projet nationaliste (sioniste). Que des sentiments racistes à l'encontre des Arabes aient existé parmi la population juive de Palestine dans les années 1920 et 1930, c'est certain. Mais il faut y voir une conséquence de l'âpreté des rapports entre les deux groupes de population. D'ailleurs, des sentiments antijuifs très violents se sont aussi manifestés parmi la population arabe, par exemple lors des émeutes de 1920, et 1929, lors de la révolte arabe de 1937-1939.
En 1923, le leader de la droite sioniste, Zeev Jabotinsky (1860-1940), partisan d'une force armée pour la défense des immigrants juifs, mettait en garde contre une vision dépréciative des Arabes, loin donc de tout racisme :
"Les partisans pour la paix, parmi nous, s'évertuent à nous expliquer que les Arabes sont des pauvres d'esprit
qu'il est aisé de tromper par une interprétation édulcorée de nos objectifs ; qu'ils sont une tribu avide de bénéfices, qui renoncerait volontiers à ses droits de préemption sur la Palestine en échange d'avantages matériels et culturels. Personnellement, je rejette toute représentation de ce genre du caractère des Arabes. Leur niveau culturel est bas ; ils n'ont ni notre ténacité ni notre volonté ; mais ils ont une appréhension de la psychologie tout aussi affinée que la nôtre.
Comme nous, ils ont été formés, pendant des siècles, à la spéculation et aux exercices intellectuels. Nous pouvons bien leur rebattre les oreilles avec nos discours sur nos propres aspirations, cela ne les empêchera pas de comprendre aussi clairement que nous ce qui ne leur convient pas. Ils sont attachés à la Palestine par le même amour instinctif et le même désir de possession que les Aztèques pour leur Mexique ou les Sioux pour leurs savanes.
La vision illusoire et puérile selon laquelle les Arabes nous donneraient de plein gré leur accord pour la réalisation des objectifs du sionisme, en contrepartie des avantages économiques et culturels que nous pouvons leur procurer, a son origine dans l'esprit de nos «Amants des Arabes» et découle d'une sorte de condescendance méprisante à l'égard du peuple arabe. Il semble que, à leurs yeux, le peuple arabe ne soit qu'une populace avide prête à vendre son patriotisme pour un réseau de chemins de fer amélioré.
Une telle vision des choses est absolument dénuée de fondement. On peut, assurément, circonvenir par l'argent tel individu ou tel autre. Mais cela ne signifie pas que tous les Arabes soient disposés à vendre ce patriotisme fervent que même les Papous ne sont pas disposés à vendre. Tout peuple autochtone lutte contre les étrangers qui s'établissent chez lui, tant que subsiste chez lui un espoir, quelque faible qu'il soit, de pouvoir écarter le danger de cet établissement. C'est ainsi que feront également les Arabes de Palestine, tant que subsistera, dans leur esprit, l'éternel espoir qu'ils parviendront à empêcher qu'on fasse de la Palestine arabe Eretz Israël, c'est-à-dire la Palestine juive."
extrait de La Muraille de fer, 1923 (source)
2) l'antisémitisme du cheikh Qaradawi,
inspirateur des Frères Musulmans,
président du Conseil européen de la Fatwa (ne réside pas en Europe)
Propos tenus sur la chaîne qatarie al-Jazeera le 28 janvier 2009 : "Après Hitler, les musulmans puniront les juifs"
Le cheikh Youssouf Qaradhawi : Tout au long de l’histoire, Allah a imposé aux [Juifs] des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier châtiment a été administré par Hitler. Avec tout ce qu’il leur a fait - et bien qu’ils [les Juifs] aient exagéré les faits -, il a réussi à les remettre à leur place. C’était un châtiment divin. Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par la main des musulmans.
28 janvier 2009 : Pour conclure mon discours, je voudrais dire que la seule chose que j’espère est qu’à l’approche de la fin de mes jours, Allah me donne l’occasion d’aller sur la terre du djihad et de la résistance, même sur une chaise roulante. Je tirerai sur les ennemis d’Allah, les Juifs, et ils me lanceront une bombe dessus et ainsi, je clorai ma vie en martyr. Loué soi Allah, Roi de l’univers. Que la miséricorde et les bénédictions d’Allah soient sur vous. (traduction MEMRI)
- voir la vidéo sur le site MEMRI (Londres)
- voir la vidéo sur le site liveleak.com
- sermon du 9 janvier 2009 sur le site rutube.ru/ (contient aussi des propos hostiles aux juifs) la traduction comporte des fautes d'orthographe
Le même leader musulman sunnite (et non chiite comme Ahmadinejad) avait dit des choses semblables en 2006 : "nous combattons les juifs au nom de l'islam".
Extraits d'un discours télévisé du cheikh Youssef Al-Qaradawi,
diffusé sur Qatar TV le 25 février 2006 :
"Nous nous battons contre les Juifs pour la terre, mes frères. Nous devons bien comprendre cela. S'ils n'avaient pas usurpé notre terre, il n'y aurait pas de guerre entre nous. (…) Nous les combattons au nom de l'islam, parce que l'islam nous ordonne de combattre tous ceux qui usurpent et occupent notre terre. Toutes les écoles de jurisprudence islamique – sunnite, chiite et l'école d'Ibadhiya – ainsi que toutes les anciennes et nouvelles écoles de jurisprudence – sont d'accord pour dire que tout envahisseur qui occupe ne serait-ce qu'un pouce de territoire musulman, devra affronter la résistance. Les musulmans de ce pays doivent rejoindre la résistance, et le reste des musulmans à travers le monde doit leur venir en aide. Si la population de ce pays est incapable d'agir ou rechigne à le faire, nous devons nous battre pour défendre la terre des musulmans – quand bien même les musulmans qui se trouvent sur place baisseraient les bras.
On ne doit laisser personne ôter à l'islam la moindre parcelle de terre. C'est la raison pour laquelle nous combattons les Juifs. Nous nous battons contre eux (…) Notre religion nous ordonne (…) Nous nous battons au nom de la religion, au nom de l'islam, qui fait du djihad un devoir individuel auquel participe toute la nation, et quiconque périt au cours de ce djihad est un martyr. Voilà pourquoi j'ai décrété que les opérations martyre sont autorisées, parce que le martyre est mené pour Allah et que le martyr sacrifie son âme pour Allah.
Nous ne dissocions pas l'islam de la guerre. C'est le fait de dissocier l'islam de la guerre qui est responsable de notre défaite. Nous nous battons au nom de l'islam. (…) Ils nous combattent avec le judaïsme ; nous devons donc les combattre avec l'islam. Ils se battent contre nous avec la Torah ; nous devons les battre avec le Coran. S'ils nous disent 'le Temple', nous devons leur répondre 'la Mosquée Al-Aqsa'. S'ils nous disent 'nous glorifions le sabbat', nous devons leur répondre 'Nous glorifions le vendredi'. C'est ainsi que les choses doivent être.
La religion doit mener la guerre. C'est la seule façon de gagner. (…) Tout sera de notre côté et contre les Juifs au Jour du Jugement. Même les pierres et les arbres parleront, avec ou sans paroles, pour dire : 'Ô serviteur d'Allah, ô musulman, un Juif se cache derrière moi, viens le tuer.' Ils désigneront les Juifs. Il est écrit 'serviteur d'Allah', pas 'serviteur des désirs', 'serviteur des femmes', 'serviteur de la bouteille', 'serviteur du marxisme' ou 'serviteur du libéralisme' (…) Il est écrit 'serviteur d'Allah'.
Quand les musulmans, les Arabes ou les Palestiniens entrent en guerre, ils le font pour adorer Allah. Ils font la guerre en tant que musulmans. Le hadith dit : 'Ô musulman'. Il ne dit pas 'ô Palestinien, Jordanien, Syrien ou nationaliste arabe.' Non, il dit : 'Ô musulman'. Quand nous entrerons en guerre sous la bannière de l'islam et sous la bannière du service d'Allah, nous serons victorieux."
source (payante aujourd'hui) : http://www.memritv.org/clip/en/1052.htm
- l'Institut de Recherche des Médias du Moyen-Orient (MEMRI)
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bibliographie d'ensemble
le travail de recherche en archives, d'Henry Laurens
- La question de Palestine. Tome 1 - L'invention de la Terre sainte (1799-1922), Henry Laurens, Fayard, Fayard, 1999.
- La question de Palestine. Tome 2 - Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), Henry Laurens, Fayard, 2002.
- La question de Palestine. Tome 3 - L'accomplissement des prophéties (1947-1967), Henry Laurens, Fayard, 2007.
les "nouveaux historiens"israéliens
- Victimes : histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Benny Morris, éd. Complexe, 2003.
présentation du livre (quatrième de couverture)
À la fin de 1947, la Palestine compte près de 2 millions d'habitants : un tiers de Juifs, deux tiers d'Arabes.
La résolution 181 des Nations unies décide sa partition en deux États :
l'un doit être presque exclusivement peuplé d'Arabes ; dans l'autre, les
Juifs seraient légèrement majoritaires. Un an plus tard, c'est un État
à très forte majorité juive, Israël, qui occupe 78 % de la Palestine.
Plus de 500 villages ont été rasés, de nombreuses villes ont presque
entièrement perdu leur population arabe. Et 800 000 Arabes palestiniens
originaires des territoires qui font désormais partie d'Israël peuplent
des camps de réfugiés hors de ses frontières.
À en croire
l'historiographie israélienne traditionnelle, cette situation serait la
résultante imprévisible, involontaire, des aléas d'un conflit armé: la
"première guerre israélo-arabe". Mais Ilan Pappe en donne ici une
explication bien différente. A l'aide de documents d'archives, de
journaux personnels, de témoignages directs, il reconstitue en détail
ce qui s'est vraiment passé à la fin de 1947 et en 1948, ville par
ville, village par village.
Apparaît alors une entreprise
délibérée, systématique, d'expulsion et de destruction : un "nettoyage
ethnique" de la Palestine. En quelques mois, forts de leur supériorité
militaire, de leur accord secret avec le roi de Jordanie, de la
passivité complice des soldats britanniques et de l'impéritie de l'ONU,
les dirigeants du mouvement sioniste ont organisé le "transfert", par
la violence et l'intimidation, d'une population arabe plutôt pacifique,
sans défense, abandonnée de tous.
À la veille du soixantième
anniversaire de la création de l'État d'Israël, ce livre passionnant
vient rappeler que la résolution du problème des réfugiés doit être la
pierre angulaire de toute tentative de paix dans la région.
- Un " prétendu " nettoyage ethnique ?
- Vers un État exclusivement juif
- Partition et destruction : la résolution 181 de l'ONU et son impact
- Finalisation d'un plan directeur
- La marche à suivre du nettoyage ethnique : le plan Daleth
- Drôle de guerre et vraie guerre pour la Palestine : mai 1948
- L'escalade des opérations de nettoyage : juin-septembre 1948
- Achever le travail : octobre 1948-janvier 1949
- L'occupation et son odieux visage
- Le mémoricide de la Nakba
- La négation de la Nakba et le " processus de paix "
- La forteresse Israël
- Le nettoyage ethnique de la Palestine, Ilan Pappé, Fayard, 2008.
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images anciennes de la Palestine :
sous l'empire Ottoman et à l'époque mandataire
Jérusalem

Jérusalem avant 1914 (coll. Matson)
Jérusalem, route (coll. Matson)

Jérusalem, depuis de la route nord de Naplouse (coll. Matson)
Jérusalem et l'esplanade des Mosquées ou Mont du Temple, vue du mont des Oliviers

visite de Lord Balfour à l'université hébraïque de Jérusalem :
de g. à d., Allenby, Lord Balfour et Sir Herbert Samuel (coll. Matson)

Arab protest delegations, demonstrations and strikes against British
policy in Palestine
(subsequent to the foregoing disturbances [1929
riots]).
An Arab "protest gathering" in session. In the Rawdat el
Maaref hall (coll. Matson)

Sir Herbert Samuel, first British High Commissioner visiting Jewish settlements,
Palestine, probably Richon le Zion, July 27, 1920 (coll. Matson)

Jewish colonies and settlements. Commencing
a Jewish settlement ; a camp. Settlers first home -- tents,
entre 1920 et 1930 (coll. Matson)

Jérusalem, vue intérieure de la porte de Jaffa
- la collection Matson (en langue anglaise)
Gaza

Gaza en 1862
Gaza, début XXe siècle

Gaza, début XXe siècle (coll. Matson)

Gaza, début XXe siècle (coll. Matson)

Gaza, début XXIe siècle : restriction des carburants après la deuxième Intifada
Commentaires
Erreur historique
Merci pour ce cours qui m'a été très utile.Cependant il y a une faute importante à revoir. Le 4 avril 1948, la Haganah lance le plan Dalet du nom de code de conquête du pays. La première guerre palestinienne commence donc en avril et non le 15 mai comme on peut le lire sur certains livres d'Histoire et comme tu l'as dit sur ton site. Elle oppose 121 110 hommes de la Haganah à 1618 hommes palestiniens. Elle s'exprime par 13 offensives. Et c'est le 15 mai seulement qu'il y a la deuxième guerre qui oppose alors Israël aux Etats arabes.
C'est une erreur courante. J'ai étudié cela à la fac. Les Etats arabes décident d'entrer en guerre à cause entre autre de l'arrivée massive de réfugiés palestiniens.Pour les Palestiniens avril c'est la Nakba: la catastrophe. Donc c'est pas avec la création d'Israël que les Etats arabes décident d'attaquer. Les relations internationales sont plus complexes que cela...
réponse à "l'erreur historique"
Il a été répondu à "l'erreur historique" dans le chapitre : VIII- la première guerre israélo-arabe, 1948-1949.
Merci pour le commentaire.
M. Renard































