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corrigé du Baccalauréat Histoire

série S épreuve du 17 juin 2008

sujet III - étude d'un ensemble documentaire


*** message en cours de rédaction


sujet

La colonisation et le système colonial français entre le milieu du XIXe siècle et la fin des années 1930 : quelles caractéristiques ?

Liste des documents :

document 1 : Jules Ferry et la politique coloniale française
document 2 : L'empire colonial français entre les deux guerres (1919-1939)
document 3 : Le commerce entre la France et son empire colonial
document 4 : Affiche du PCF en réaction à la célébration du centenaire de la conquête de l'Algérie
document 5 : Maurice Viollette explique son projet de loi dans la presse

première partie

Analysez l'ensemble documentaire en répondant aux question suivants :

1. Quels sont les arguments de Jules Ferry pour défendre la politique coloniale de la France à l'époque (document 1) ?
2. À l'aide du document 2, présentez et expliquez la diversité des modes d'administration de l'empire colonial français en 1939.
3. À partir des documents 3 et 4, présentez la dimension économique de la colonisation.
4. Quelle politique défend Maurice Viollette et pour quelles raisons (document 5) ?
5. Quelles attitudes différentes envers les peuples colonisés apparaissent* dans les documents 1, 4 et 5.

deuxième partie

À l'aide des réponses aux questions, des informations contenues dans les documents et de vos connaissances, rédigez une réponse organisée au sujet :

La colonisation et le système colonial français entre le milieu du XIXe siècle et la fin des années 1930 : quelles caractéristiques ?

* Il aurait fallu, pour respecter la tournure interrogative, écrire : ... apparaissent-elles (...!) MR


documents

document 1 : Jules Ferry et la politique coloniale française

Il y a, je crois, quelque intérêt à résumer et à condenser, sous forme d'arguments, les principes, les mobiles, les intérêts divers qui justifient la politique d'expansion coloniale. (...) Je disais qu'on pouvait rattacher ce système à trois ordres d'idées : à des idées économiques, à des idées de civilisation de la plus haute portée et à des idées d'ordre politique et patriotique.

Sur le terrain économique, je me suis permis de placer devant vous, en les appuyant de quelques chiffres, les considérations qui justifient la politique d'expansion coloniale au point de vue de ce besoin de plus en plus impérieusement senti par les populations industrielles de l'Europe et particulièrement de notre riche et laborieux pays de France, le besoin de débouchés. (...)

Messieurs, il y a un second point, un second ordre d’idées que je dois également aborder, le plus rapidement possible, croyez-le bien : c'est le côté humanitaire et civilisateur de la question.* Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures...* Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. (...)

Un troisième, plus délicat, plus grave, et sur lequel je vous demande la permission de m'expliquer en toute franchise. C’est le côté politique de la question.* Il faut que notre pays se mette en mesure de faire ce que font tous les autres, et, puisque la politique d'expansion coloniale est le mobile général qui emporte à l'heure qu'il est toutes les puissances européennes, il faut qu'il en prenne son parti, autrement il arrivera... Oh ! pas à nous qui ne verrons pas ces choses, mais à  nos fils et à nos petits-fils ! il arrivera ce qui est advenu à d’autres nations qui ont joué un très grand rôle il y a trois siècles, et qui se trouvent aujourd'hui, quelque puissantes, quelque grandes qu'elles aient été, descendues au troisième ou au quatrième rang.* 

Quand vous direz à vos électeurs : «Voilà ce que nous avons voulu faire» soyez tranquilles, vos électeurs vous entendront, et le pays sera avec vous, car la France n’a jamais tenu rigueur à ceux qui ont voulu sa grandeur matérielle, morale et intellectuelle.

Discours prononcé par Jules Ferry (1), à la Chambre des députés, le 28 juillet 1885.

(1) Jules Ferry (1832-1893) a été président du Conseil et ministre des affaires étrangères de 1883 à mars 1885.

* coupure dans le texte non mentionnée comme telle dans cet extrait (MR)


document 2 : L'empire colonial français entre les deux guerres (1919-1939)

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[cliquer sur l'image pour l'agrandir]


document 3 : Le commerce entre la France et son empire colonial

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[cliquer sur l'image pour l'agrandir] cf. livre de Jacques Marseille, p. 54-55


document 4 : Affiche du PCF en réaction à la célébration du centenaire de la conquête de l'Algérie

affiche_PCF_et_CGTU
source : affiche du Parti communiste et de la CGTU
(Confédération générale du travail unifiée), 1930


document 5 : Maurice Viollette explique son projet de loi dans la presse

En 1937, Maurice Viollette, ancien gouverneur général d'Algérie, ministre du Front populaire, présente un projet de loi sur l'Algérie. Il propose d'accorder le droit de vote à un nombre restreint de musulmans appartenant à l'élite francisée. Face à l'opposition des colons d'Algérie, Maurice Viollette explique son projet dans la presse nationale.

(...) À la vérité,  les colons ont exprimé des idées bien inquiétantes : elles valent l'attention de tous les hommes de bonne foi et de tous les bons Français. "Nous avons, disent-ils en gros, la souveraineté en Algérie ; nous ne voulons pas la partager, nous voulons la conserver pour nous seuls. Des concessions ont du être consenties au Sénégal, parce que les Européens sont peu nombreux dans cette colonie. Mais, par contre, en Algérie, où nous sommes 800 000, nous sommes en nombre suffisant pour n'accepter personne à côté de nous."
Le problème est très bien posé, il y a une catégorie ethnique qui ne veut pas avoir à discuter avec d'autres le pouvoir que le fait de la colonisation lui a remis. Donc, il est bien entendu que, quel que soit le nombre des indigènes, sept millions, dix millions, quinze millions, ils resteront éternellement, et comme par le décret de je ne sais quelle divinité raciale, les sujets des 800 000 Européens devenus 2 millions ou 1-200-000.
Je dis clairement que je considère un tel langage comme absolument fou.
D'abord, comment prétendre tenir sous la loi formidable du nombre ? Comment espérer continuer à rabaisser ces générations qui, d'année en année se grossissent de plus d'intellectuels, de grands industriels, de grands commerçants, d'ouvriers conscients (…)-?

source : extrait du journal Paris-Soir, 7 mars 1937

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Jules Ferry en 1883



propositions pour un corrigé


Analyse de l'ensemble documentaire

question 1 (doc. 1)
- Ce discours célèbre [déjà évoqué l'année dernière - dans des conditions contestables - comme sujet de Bac en série S...!] a été prononcé alors que Jules Ferry n'est plus au gouvernement mais seulement député. Il a pour enjeu la question de savoir si il faut approuver on non les propositions budgétaires du gouvernement : ouverture d'un crédit extraordinaire pour les dépenses occasionnées par les événements de Madagascar. C'est l'occasion pour Jules Ferry de défendre ses options de politique coloniale, lui qui a été renversé quelques mois plus tôt au sujet de la politique française au Tonkin (affaire du "désastre" de Lang-Son, mars 1885). Comme le remarque l'historien Henri Brunschwig : "Ce fut la première fois qu'il rassembla ses arguments en un corps de doctrine" (Mythes et réalités de l'impérialisme colonial français, 1871-1914, 1960, p. 73). Ici, quelques courts extraits - dont les coupures ne sont pas toujours mentionnées - sont retenus pour résumer la globalité de la pensée du député.

Jules Ferry, chef du gouvernement en 1880-1881 et en 1883-1885, fut l'homme qui relança l'expansion coloniale avec la conquête de la Tunisie, de l'Annam et du Tonkin, avec les opérations au Congo ou à Madagascar... Il justifie sa politique après coup dans un contexte marqué par l'opposition de l'extrême-gauche (Clemenceau), de la droite monarchiste (de Baudry d'Asson) et du bonapartisme (Paul de Cassagnac).

L'orateur utilise trois types d'arguments : économique, humanitaire, politique. L'argument économique se réduit en fait à sa dimension commerciale par l'évocation des débouchés que la métropole, selon Ferry, ne peut offrir au développement de son économie. L'argument humanitaire est énoncé dans les termes de l'époque qui, de façon presque unanime, qualifiait de "races supérieures" les peuples ayant atteint un haut niveau de maîtrise technologique et de puissance économique et militaire, et donc de "races inférieures" les peuples n'ayant pas atteint ce niveau. Ce vocabulaire ne véhiculait alors aucun mépris ni infériorisation "racistes", en tout cas pas dans le sens que le XXe siècle a donné à ces termes avec les crimes nazis. Enfin, l'argument politique appelle à prendre sa place dans la concurrence qui oppose les grandes puissances. La France, vaincue de 1870, ne doit pas renoncer à une politique de présence dans le monde car elle reste un grand pays.


question 2 (doc. 2)
- Le planisphère indiquant la présence coloniale française dans l'entre-deux-guerres distingue les territoires colonisés selon leur statut politique à l'égard de la métropole. La dépendance coloniale a, en effet, revêtu plusieurs formes administratives.
Les colonies proprement dites couvrent le plus grand nombre de situations, en Algérie, en Afrique noire (A.O.F. et A.E.F.), à Madagascar, dans les établissements du Pacifique et de l'Océan Indien. La France y exerce un pouvoir politique direct représenté par les prérogatives d'un gouverneur, d'une administration, d'une police et d'une armée.
Les protectorats qualifient les pays qui ont conservé une administration propre et un souverain mais dont l'activité est subordonnée au contrôle d'un résident général (exemple, Lyautey au Maroc). La puissance protectrice a, seule, la responsabilité de la politique étrangère, des forces militaires et des questions financières.
Les mandats résultent des traités d'après la Première Guerre mondiale qui confient aux vainqueurs de l'Allemagne et de l'empire Ottoman le soin d'administrer, "vers l'auto-détermination", leurs anciennes colonies (mandat de type B sur le Togo et le Cameroun) ou possessions (mandat de type A au Liban et en Syrie). Au Proche-Orient, la France était représentée par un Haut-Commissaire, en Afrique par un Commissaire de la République. Dans ce dernier territoire, le pouvoir de la France tendit vers l'attitude coloniale directe.
Ces variations de statut proviennent de contextes historiques très différents (1830 ou 1848 pour l'Algérie, 1912 pour le Maroc...), de traditions locales dissemblables (l'Indochine n'est pas l'Afrique en regard de l'administration "étatique"), de configurations internationales changeantes (les mandats sont liés aux préoccupations du président américain Wilson pour le "principe des nationalités" qui contrebalancent la tradition coloniale européenne).


question 3 (doc. 3 et 4)10322687_p
- Le tableau du commerce entre la France et son empire colonial distingue-:
a) l'offre de matières premières et de produits agricoles en provenance des colonies (importations françaises) ;
b) la part de l'empire comme client de l'industrie française (exportations).
Il ressort de sa lecture que l'empire était tout à la fois un réservoir de matières premières agricoles et un débouché pour des branches essentielles de l'économie métropolitaine, à une époque où les colonies deviennent le premier partenaire commercial de la France. L'apport des colonies à la prospérité française semble décisif et le "gagnant" est désigné comme étant la "domination française".
Or, on ne saurait juger de la dimension économique de la colonisation à partir de ce seul tableau (ni, a fortiori, en y ajoutant l'affiche caricaturale du PCF et de la CGTU). En effet, dans le livre dont ces chiffres sont tirés, l'auteur met en garde : "Pour apprécier la fonction du débouché colonial, le simple commentaire des pourcentages des ventes dans l'empire ne suffit pas. Il peut même se révéler particulièrement illusoire dans la mesure où une croissance quantitative peut très bien entretenir en l'état une structure industrielle peu compétitive. La fonction du débouché colonial ne peut se mesurer à l'aune des tonnages exportés mais plutôt au type de secteur dont il permet la survie" (Jacques Marseille, Empire colonial et capitalisme français, Points-Seuil, 1984, p. 84).
Ainsi donc, l'usage partiel de tableaux statistiques fait dire à l'auteur le contraire des thèses qu'il a présentées dans son livre.


à suivre...

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Daniel_Lefeuvre







commentaire de Daniel Lefeuvre,

spécialiste de l'histoire économique coloniale

Le tableau tiré du livre de Jacques Marseille, et proposé au Bac en série "S" cette année, pose un délicat problème d'interprétation qui n'était pas à la portée des élèves.
En premier lieu, il indique, pour différents produits importés ou exportés, la part de l'empire, à une date donnée.
Mais, ces pourcentages ne disent rien des quantités effectivement importées ou exportées. Or, la formidable croissance du "partenaire colonial" qui s'amorce à la fin des années 1920, ne traduit pas une croissance des volumes commercialisés, mais l'effondrement des échanges avec les pays étrangers lié, dans un premier temps à la stabilisation monétaire opérée par Poincaré, puis aux effets de la dépression mondiale.

La croissance française des années 1920 s'est appuyée sur un formidable dynamisme des exportations : en 1925, la France exporte 18,9 % de son PIB, soit plus qu'en 1990. Le secteur automobile exporte, à cette date, 34 % de sa production, la métallurgie 40 %.

Principalement tournées vers les pays étrangers, ces exportations reposaient, en bonne part, sur la faiblesse du Franc par rapport à la livre et au dollar. Mais cet avantage disparaît avec la politique de stabilisation mise en oeuvre en 1928 par Poincaré. Après la dévaluation de juin 1928, l'amélioration du taux de change du F freine la pénétration des produits français sur les marchés étrangers. Dès ce moment, les exportations stagnent puis elles refluent en 1929.

La dépression des années 1930 et les politiques autarciques mises en oeuvre par les différents pays (dévaluations de la Livre et du dollar, taxes sur les produits de luxe, etc.) touchent particulièrement les secteurs exportateurs de l'industrie et de l'agro-industrie française, particulièrement présents dans les secteurs pénalisés.

En revanche, les exportations à destination de l'empire - intégré dans l'espace douanier français - sont relativement épargnées. Cependant, et contrairement à ce qu'une lecture superficielle des données du tableau pourrait laisser croire, en quantité, elles n'augmentent pas de manière considérable, voire même elles diminuent pour certaines branches d'activité.

Exportations vers l'empire de tissus de coton, en milliers de tonnes :

1929        41,13
1930        34,04
1931        28,98
1932        29,29
1933        35,40
1934        34,87
1935        35,68
1936        37,22
1937        35,42
1938        43,54


Si la part de l'empire augmente considérablement dans ce secteur, c'est d'abord parce que les exportations vers l'étranger se sont, dans le même temps effondrées.

Ainsi, en 1929, la branche exportait 26,09 milliers de tonnes de tissus vers l'étranger et 41,13 vers l'empire. Celui-ci représentait donc 61,18 % des exportations totales. En 1932, avec seulement 29,29 milliers de tonnes (soit un recul de 29 % par rapport à 1929), sa part dans le total des exportations s'élève à 75,21 % parce qu'à destination de l'étranger les exportations sont tombées à 9,65 milliers de tonnes.

Les pourcentages présentés dans le tableau sont, d'autre part, calculés à partir de la valeur des produits échangés.

Or les prix avec l'empire sont beaucoup plus stables, alors qu'avec l'étranger, les prix sont à la baisse, d'où, deuxième facteur de renforcement du poids relatif de l'empire. Si l'on prend à nouveau l'exemple des cotonnades, on constate que le prix de vente à l'étranger a baissé, au cours des années de crise, de 25 %, alors qu'il ne reculait que de 15 % avec les colonies. En 1938, le quintal de produit chimique est vendu 146 F à l'étranger et 195 F aux colonies, les outils respectivement 298 F et 390 F.

La croissance des échanges avec l'empire est également liée à un choix politique : celui de "l'autarchisme". La France a limité les importations en provenance des pays étrangers (café, cacao, caoutchouc, arachides, etc.) pour favoriser l'écoulement des produits de ses colonies. Non pas, comme on pourrait le croire pour s'alimenter à meilleur compte, mais pour solvabiliser les marchés coloniaux afin qu'ils puissent absorber une partie des productions industrielles métropolitaines. 

Ainsi, le prix de l'hectolitre de vin algérien introduit en France baisse-t-il de 2 % entre 1930 à 1933 quand, au cours de la même période celui des vins espagnols recule de 26 %, les premiers coûtant 58 % plus chers que ceux de la péninsule ibérique. Ainsi, si les produits exportés aux colonies le sont à des prix plus élevés que vers les pays étrangers, en contrepartie la France achète les productions de ses colonies à des prix supérieurs aux cours mondiaux.

D'ailleurs, les termes de l'échange marchandises ont, au cours de ces années, évolué en faveur des colonies : mesuré par rapport à une base 100 pour la moyenne des années 1924/1938, l'indice de l'échange marchandises de l'Algérie passe de 56,6 en 1924 à 116,5 en 1938. À la différence de nombreux pays, les colonies françaises non seulement n'ont pas été contraintes de diminuer leurs importations de produits manufacturés ou agro-alimentaires, mais elles ont généralement pu les augmenter, comme l'illustre l'exemple algérien :

- les achats de sucres bruts ou raffinés par la colonie passent de 733 639 quintaux en 1929 à 757 522 quintaux en 1936 ; les importations d'huiles d'arachide de 224 064 quintaux à 286 778 quintaux ; celles de tissus de coton qui tombent de 174 354 q en 1929 à 117 325 q en 1931 remontent à 127 857 q en 1936 ; celles de café s'élèvent de 119 730 q à 154 627 q entre 1929 et 1936, etc.

Autrement dit, la croissance des liens avec les colonies ne signifie pas un pillage de leurs ressources, qui auraient été acquises à bon marché. Au cours de ces années, le repli impérial a contribué à amortir les effets économiques et sociaux de la crise aussi bien en métropole que dans les colonies.

Mais, telles qu'elles étaient fournies, les données statistiques ne permettaient pas au candidat de le montrer. La plupart d'entre eux sont donc probablement restés à un niveau d'interprétation correspondant aux lieux communs pleins de bons sentiments qui circulent sur cette question.

On aurait pu espérer que sur un sujet qui revient pour la deuxième fois consécutive, le choix des documents soit effectué de manière plus judicieuse.

Daniel Lefeuvre
professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris VIII / Saint-Denis
auteur de Chère Algérie, la France et sa colonie, 1830-1962, rééd. Flammarion, 2005
et de Pour en finir avec la repentance coloniale, rééd. en poche Flammarion/Champs, 2008

9782082105019FS


















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question 4 (doc. 5)
- Maurice Viollette (1870-1960) est un homme de gauche, républicain-socialiste. Il s'oppose, de bonneMaurice_Viollette_1936 heure, aux expéditions coloniales (Madagascar, 1898). De 1925 à 1927 (Cartel des gauches en France), il est gouverneur général en Algérie. Mais il ne peut imposer aux colons les réformes souhaitées par la gauche. En 1931, il écrit L'Algérie vivra-t-elle ? et plaide pour une accélération des réformes en vue d'une assimilation des "indigènes" : "allons-nous en faire des révoltés ou des Français ?" (p. 472). En 1936 [photo ci-contre], il devient ministre d'État dans le gouvernement du Front populaire (Léon Blum). C'est dans ce contexte qu'est discuté, au début de l'année 1937, le projet de loi Blum-Viollette qui prévoit l'octroi de la citoyenneté française à environ 25 000 indigènes algériens sans qu'ils perdent le bénéfice du statut personnel (ils restent régis par le droit musulman pour ce qui concerne la famille, le mariage et l'héritage). Les Européens d'Algérie (improprement appelés tous "colons"...) sont hostiles à cette perspective de crainte que la "souveraineté française" ne soit entamée ; les nationalistes algériens regroupés derrière Messali Hadj sont aussi contre ce projet considéré comme une manoeuvre du colonialisme.
Dans l'extrait de l'article tiré du journal Paris-Soir, Viollette s'en prend prioritairement aux "Européens" d'Algérie attachés à un privilège relevant, selon lui, d'une "divinité raciale". Ce sont eux qui ont organisé les pressions contre le projet Blum-Viollette : en janvier 1937, 300 maires des communes algériennes (contre 2...) ont rejeté ce texte. À côté de l'argument de justice humaine, Viollette pressent que cette inégalité politique ne peut tenir longtemps encore au vu de l'évolution démographique et économico-sociale.


affiche_PCF_et_CGTU

question 5 (doc. 1, 4 et 5)
- Jules Ferry apparaît comme le théoricien de l'expansion coloniale au nom d'intérêts économiques, stratégiques et "civilisateurs". Maurice Viollette est un "indigénophile" : il n'est pas anti-colonialiste mais défend l'idée que l'avenir de l'Algérie coloniale nécessite de profondes réformes dans le sens de l'assimilation des "indigènes" aux droits des Français. Le Parti communiste est anti-colonialiste ; sa propagande présente la colonisation comme une domination féroce engendrant la misère des "uns" (les indigènes algériens) et la richesse des "autres" (les Européens...?), tableau évidemment simplificateur.


à finir...

Michel Renard
professeur d'histoire au lycée Claude Lebois
Saint-Chamond (Loire) - contact

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coloniser, civiliser...

on aurait pu interroger sur le

sens des mots à une date donnée

Daniel LETOUZEY
professeur d'histoire


Vus de loin, les sujets du bac 2008 sont excellents.
A corriger les copies réelles, le point de vue est davantage nuancé.

- 3 préalables :
. Ce qui suit porte sur la conception du sujet, pas sur la notation des copies.
. Seul le ministre sait ce qu'il adviendra de l'HG dans le lycée réformé.
Les observations suivantes visent seulement à explorer la "marge de
progression" des concepteurs, à partir de notre expérience, celle de la conception des
sujets de bac blanc.
. L'harmonisation est source de débats très vifs en SES. Pas chez les
historiens.

Pour ceux qui échappent à la correction en lycée :
- L'ensemble documentaire sur le système colonial, en S
http://lyce1.free.fr/forum/viewtopic.php?p=1125
ou
http://profshistoirelcl.canalblog.com/archives/2008/06/17/9606343.html

2 propositions de correction :
Louis Brun : http://jacobhistgeo.over-blog.com/
Michel Renard :
http://profshistoirelcl.canalblog.com/archives/2008/06/17/9606343.html

Il y a aussi France-examen mais c'est 0,86 euros le corrigé…


1 - La forme de l'épreuve

"dans les documents"
doc 1 : Jules Ferry et la politique coloniale
doc 5 : Maurice Viollette explique son projet de loi dans la presse

question 1 - quels sont les arguments ... [ "à l'époque"]
question 4 - quelle politique défend Maurice Viollette et pour quelles raisons ?

Le traitement différent de Ferry et de Viollette ne semble pas intentionnel,
mais d'après une conceptrice de sujet, il semble dû aux consignes en vigueur
sur la progression du questionnement.

Dans une copie réelle, "quels sont les arguments",
cela encourage le simple copier-coller.
Le texte de Ferry mérite sans doute mieux, même un jour de bac.

Dans une autre conception de l'histoire, on aurait pu interroger
sur le sens des mots (coloniser, civiliser) à une date donnée,
et sur l'évolution de ce sens…
(sur les "races inférieures", cf Carole Reynaud Paligot qui a été l'invitée
d'Emmanuel et de Jeanneney pour son ouvrage La République raciale - PUF
http://www.puf.com/wiki/Auteur:Carole_Reynaud_Paligot
http://www.puf.com/wiki/Autres_Collections:La_R%C3%A9publique_raciale


2 - le choix des documents

Le tableau statistique est une bonne étude de cas.
Pourquoi une telle litanie de pourcentages avec 1 décimale,
quand il manque l'essentiel : le total, en valeur absolue !

Lire l'analyse de Daniel Lefeuvre sur les chiffres extraits de Jacques
Marseille.
http://profshistoirelcl.canalblog.com/archives/2008/06/17/9606343.html

Viollette parle "d'indigènes" à propos des Algériens.
Le concepteur du sujet parle, dans son chapeau, de "musulmans"...

La question du point de vue est récurrente.
Le dernier sujet de documents sur la Guerre d'indépendance algérienne
ne donnait qu'un seul point de vue : celui des Français.

- Pourquoi, année après année, des dossiers  qui font l'impasse
sur le point de vue des colonisés ?
(il existe des textes sur le travail forcé vu par des Africains…)


3 - La nature de l'épreuve

Depuis 20 ans, plusieurs versions de l'épreuve sur documents ont été tentées
(commentaire composé, tableau…). Aucune n'a donné satisfaction,
ni dans la justesse de la notation, ni dans l'évaluation du travail mené
dans l'année en classe.

4 - La conception des programmes

Lors du débat sur le contenu des programmes de terminale,
celui de Term S avait été vanté pour la rupture avec l'ordre chronologique,
colonisation en 1ere, décolonisation en Term.
Or sur quel aspect porte le sujet de cette année ?
Sur le programme de 1ere ES-L, avec des élèves de Term S qui ont d'autres
urgences que celle de réviser leur histoire de 1ere S.

** Rappel : en 2007, Ferrry n'existait qu'à travers le discours de … Clémenceau...
http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2007/06/13/5297508.html

** Bac de français : "Un roman doit-il chercher à faire oublier
au lecteur que ses personnages sont fictifs?"

http://www.liberation.fr/actualite/societe/333682.FR.php

Daniel Letouzey
professeur au lycée Marie Curie à Vire (Calvados)

Histoire et interactivité : http://clioweb.free.fr
Les Clionautes, l'association : www.clionautes.org
H-Francais, la liste : http://www.h-net.org/%7Efrancais/



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