mercredi 26 décembre 2007

souvenirs d'élèves - Term ES1

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Je me souviens


Je me souviens, c’était le 11 décembre 2007, nous avions RDV à la gare de Saint Chamond.

Je me souviens d’avoir pris l’avion, une fois à Cracovie, des Polonais, des porte-paroles des Juifs m’attendaient.

Je me souviens, dans le bus avant d’arriver à Birkenau, Ginette, une ancienne déportée expliquait son histoire, réelle mais inimaginable.

Je me souviens de l’immensité du camp et de sa tranquillité malgré toute l’horreur du passé.

Je me souviens de mon mal-être.

Je me souviens de ces blocs atroces.

Je me souviens de ce voyage et les souvenirs restent.

Je me souviens de l’arrivée au camp d’Auschwitz.

Je me souviens de l’immensité du site.

Je me souviens du vide laissé par ces bâtiments détruits.

Je me souviens des histoires des rescapés.

Je me souviens de la souffrance au fond de leur voix.

Je me souviens de cette minute de silence.

Je me souviens de cette sortie silencieuse du site.

Je me souviens de cette dernière vue sur Auschwitz.

Je me souviens du long rail.
Je me souviens de l’immensité du paysage.

Je me souviens de cette barrière infranchissable.

Je me souviens de cette image sur un livre d’histoire.

Je me souviens de la solitude.

Je me souviens du silence pesant.

Je me souviens du froid vivant.

Je me souviens de maisons vides.

Je me souviens d’un camp vide mais ravageur de tant de vie.

Je me souviens de ces pensées qu’aucun mot ne saurait exprimer.

Je me souviens d’une journée tellement triste.

Je me souviens d’une violence tellement forte.

Je me souviens de leurs sourires qui devront malheureusement un jour mourir.

Je me souviens du mardi 11 décembre 2007 dans l’avion en destination de la Pologne.

Je me souviens de cette appréhension au fond de moi-même lors de mon arrivée face à cette vue immense et vide, trop importante dans notre Histoire.

Je me souviens de Ginette et de ses histoires qui nous ont fait trembler de peur et de compassion.

Je me souviens de tous ces monuments qui ont servi à la destruction de tant d’humains.

Je me souviens pour toujours.

Je me souviens de l’immensité du camp lors de notre arrivée.

Je me souviens d’avoir ressenti l’atrocité du massacre quand on nous a tout expliqué.

Je me souviens de toutes ces chaussures entassées pour donner un aperçu de toutes ces personnes torturées.

Je me souviens des toilettes insalubres dont se servaient toutes ces filles fatiguées.

Je me souviens de mon effroi à l’entrée de la chambre à gaz.

Je me souviens de ce grand vide, je me souviens de ces rails interminables, je me souviens de ces conditions de vie déplorables, de cette atrocité des lieux.

Je me souviens de ce dégoût éprouvé à la vue des fours crématoires, synonymes de mort.

Je me souviens de ces vêtements d’enfant ayant été auparavant portés.

Je me souviens de ces cheveux entassés par milliers devant lesquels il paraît impossible de s’imaginer l’horreur des choses.

Je me souviens de la mort, présente à chaque endroit du camp.
Je me souviens de toutes ces choses, de tous ces moments qui resteront gravés dans ma mémoire à jamais.

Je me souviens de notre arrivée au camp et de l’expression sur le visage de mes camarades.

Je me souviens du moment que l’on a passé devant l’entrée des camps.

Je me souviens du silence pesant qui régnait lors de la visite.

Je me souviens des gouttes de pluie qui rendaient cet endroit encore plus effrayant.

Je me souviens du visage de madame Kolinka et de la tristesse dans sa voix lorsqu’elle nous a raconté son arrivée.

Je me souviens de notre incompréhension et de l’ampleur du désastre face aux explications.

Je me souviens des frissons qui m’ont traversé lors de notre entrée dans les chambres à gaz.

Je me souviens de toutes ces chaussures enfermées derrière cette vitre qui nous rappellent les milliers de victimes.

Je me souviens de mon soulagement d’avoir évité une telle souffrance.

Je me souviens d’un grand mur avec un porche : l’entrée du camp.

Je me souviens d’un grand vide et d’un grand silence.

Je me souviens d’une femme, une ancienne déportée, nous racontant cette vérité que certains ont essayé de nous cacher.

Je me souviens de cette montagne de chaussures enlevées à des hommes, des femmes, des enfants.

Je me souviens de ces baraques, avec, à l’intérieur, des choses semblables à des étagères dans lesquelles ils devaient dormir.

Je me souviens de ces 40 km2 toujours présents bien que détruits.

Je me souviens de la douleur certaine.

Je me souviens de cette tonne de cheveux.

Je me souviens de cette image effroyable de l’entrée du camp de Birkenau. Cette entrée tant de fois vu dans les livres d’histoire et qui, une fois devant nous réellement, nous plonge tous dans un silence glacial, plein d’émotions.

Je me souviens des émouvants témoignages de Ginette qui nous permettaient de sentir encore mieux l’atmosphère qui devait régner à l’époque.

Je me souviens du brouillard qui descendait et qui donnait aux lieux une atmosphère glaciale et effroyable, pleine d’émotions et de tristesse.

Je me souviens de ce grand silence, un silence qui paradoxalement accentuait l’émotion du lieu et transmettait un calme tragique où les idées, les questions, les représentations fusaient dans les esprits.

Je me souviens de la tombée de la nuit, une tombée de nuit assez tôt : tout un symbole. Une nuit à l’image de cette histoire ; sombre, brumeuse et glaciale. Une tombée rapide, comme celle des millions d’êtres humains en si peu de temps.

Je me souviens de l’entrée dans la chambre à gaz. Moment le plus émouvant de la journée. A l’intérieur, l’émotion et le silence étaient si lourds que les sentiments ne pouvaient que nous submerger.

Je me souviens de l’entrée du camp, cette entrée aujourd’hui vide mais qui a vu passer tant d’innocentes victimes.

Je me souviens de l’immensité, cette immensité désormais vide mais pleine d’horreur.

Je me souviens d’un récit, celui de Ginette, ancienne déportée, en me demandant encore aujourd’hui comment elle a pu témoigner avec tant de courage et de précision.

Je me souviens des cheveux, des tonnes de cheveux entassés, destinés à la fabrication de tapis.

Je me souviens des chaussures, surtout celles d’enfants morts loin, mais en même temps si près de leurs parents.

Je me souviens d’une triste apparition.

Je me souviens d’un semblant de gare.

Je me souviens de barrières infranchissables.

Je me souviens de rails à sens unique.

Je me souviens d’une sombre ambiance.

Je me souviens de sinistres lieux.

Je me souviens de bâtiments écroulés.

Je me souviens de ces reliques de mort.

Je me souviens d’un lieu ne laissant pas indifférent.

Je me souviens d’une confusion de sentiments.

Je me souviens d’un sombre portrait.

Je me souviens de lieux inoubliables.

Je me souviens du témoignage de la déportée dans le car.

Je me souviens de la minute de silence.

Je me souviens des portraits des déportés.

Je me souviens des conditions de vie des habitants du camps .

Je me souviens du froid.

Je me souviens de ces tonnes de chaussures, de cheveux...

Je me souviens de l’atmosphère du camp à notre entrée.

Je me souviens du passage dans la chambre à gaz.

Je me souviens du contact froid des barbelés.
Je me souviens des regards baissés, plein d’humanité.

Je me souviens des sanglots de la jeune fille à quelques pas de moi, devant ces fantômes d’enfants.

Je me souviens d’avoir guetté la figure sombre du camp.

Je me souviens de ses yeux.

Je me souviens de la pluie froide, de la boue et des briques rouges.

Je me souviens de la mer de cheveux qui m’entourait, comblait le vide, qui m’étouffait.

Je me souviens d’avoir vacillé, je me souviens d’avoir été enseveli sous l’angoisse et la peur dans la chambre à gaz. Je me souviens avoir senti les morts. Je me souviens que le monde brûlait dans un four crématoire.


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mardi 25 décembre 2007

visite du 11 décembre 2007 - photos

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Auschwitz

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- classe de Terminale ES1, lycée Claude Lebois à Saint-Chamond

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mercredi 12 décembre 2007

sites à consulter

http://www.encyclopedie.bseditions.fr


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lundi 10 décembre 2007

Visite Mémorial de la Shoah le 7/12/07 à Paris, une élève

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Visite Mémorial de la Shoah

le 7 décembre 2007 à Paris : une élève

 

Le coeur plein de la ville lumière, de rires, de soleil


Une chute dans l'abysse des cruautés humaines


Se fait.


Brutale, profonde et sourde.


L'arrivée en ce lieu anesthésie l'espoir.


Une excuse à la souffrance : la mémoire.


En ressortir pour tenter de découvrir dans un sourire, dans un regard complice


la plus grande démonstration d'humanité


Et s'y raccrocher


Puisque rien d'autre n'est stable


Puisque le sol semble s'affaisser


A la vue d'un visage peint de l'innocence enfantine torturée


Et de toile de juste mal tissée où s'aperçoivent, entrelacés,


quelques cheveux emmêlés.


Envie de dire je t'aime à la personne détestée


Uniquement pour détruire une miette de haine en ce monde.


Se demander ce qu'il se passera


Quand les pieds fouleront cette terre anéantie,


Une fois l'âme débarquée en enfer,


Là-bas, tout au bout des rails,


Où termine le chemin de fer.

                               S.B.


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dimanche 9 décembre 2007

Robert Desnos : «Demain… »

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Robert Desnos : «Demain… »


Robert Desnos naît le 4 juillet 1900, à Paris. Entre 1918 et 1920, il découvre le mouvement Dada et est présenté à André Breton. Il commence à publier et se lance dans toutes sortes d'expérimentation sur le langage. En 1922-1923, il devient un membre actif du groupe surréaliste. Il travaille comme journaliste d'abord à Paris-Soir (1925-1926), puis à Le Soir (1926-1929), à Paris-Matinal (1927-1928) et au « Merle ». Passionné de cinéma, il publie des chroniques cinématographiques dans divers journaux.

En 1927, lorsque le groupe surréaliste se rapproche du Parti Communiste, Desnos s'éloigne et rompt en 1929. Ses amours se partagent entre Yvonne George, chanteuse de music-hall des années 20 et Youki Foujita avec laquelle il vit à partir de la fin des années 20. En 1934, il adhère au Comité de vigilance des Intellectuels antifascistes et à l'Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires (A.E.A.R.). Il abandonne son pacifisme pour l'action antinazie. Il part se battre dans l'armée française en 1939-40 : «J'ai décidé de retirer de la guerre tout le bonheur qu'elle peut me donner : la preuve de la santé, de la jeunesse et l'inestimable satisfaction d'emmerder Hitler» (Lettre du 20 janvier 1940 à Youki.

Il continue d'être journaliste (à Aujoud'hui) sous l'occupation et ce travail lui permet de couvrir ses fonctions dans le réseau de résistance AGIR auquel il appartient à partir de juillet 1942 : son rôle consiste d'un part à fournir des informations à la presse clandestine et d'autre part à rédiger et fabriquer des pièces pouvant aider des membres du réseau et des Juifs. En même temps, il participe à diverses publications clandestines.

Robert Desnos est arrêté un matin, le 22 février 1944 par la Gestapo. Il est d'abord emprisonné à Fresnes, puis interné dans le camp de Compiègne du 20 mars au 27 avril 1944. Il fait partie d'un convoi de 1 700 hommes qui arrive à Auschwitz le 30 avril 1944. Il est ensuite déporté vers le camp de Buchenwald (12 au 14 mai 1944), puis sera déplacé vers Flossenbürg le 25 mai, puis vers le kommando de Flöha, en Saxe (usine Messerschmitt). Le 14 avril 1945 sous la pression des armées alliées, le kommando de Flöha est évacué. Le 15 avril, 57 d'entre eux sont fusillés. Vers la fin du mois d'avril la colonne est scindée en deux groupes : les plus épuisées - dont Desnos - sont acheminés jusqu'à Térézin (Theresienstadt), en Tchécoslovaquie. Il y meurt du typhus le 8 juin 1945.


Âgé de cent-mille ans, j'aurais encore la force

De t'attendre, o demain pressenti par l'espoir.

Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,

Peut gémir : neuf est le matin, neuf est le soir.

Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille,

Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,

Nous parlons à voix basse et nous tendons l'oreille

À maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.

Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore

De la splendeur du jour et de tous ses présents.

Si nous ne dormons pas c'est pour guetter l'aurore

Qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent.

                                                                                   État de veille, 1942


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mardi 4 décembre 2007

Ravachol, militant anarchiste né à Saint-Chamond

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Ravachol, militant anarchiste

1859-1892

 

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histoire de Ravachol

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résultats de la bombe lancée par Ravachol,
le 27 mars 1892, à Paris, 39 rue de Clichy, au domicile
du substitut du procureur Bulot

 

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explosion du restaurant Véry,
boulevard Magenta à Paris, le 25 avril 1892

"Vers 1892 la «terreur verte» s’empare de Paris. Verte est la couleur de la poudre utilisée dans la plupart des engins déposés par les anarchistes (Ravachol, Henry, Vaillant) qui utilisent aussi la «dynamite». Une nouvelle tâche est confiée au laboratoire avec la création, le 1er avril 1893, d’un service des explosifs chargé de neutraliser et de détruire les engins dangereux (en particulier les obus de la guerre de 1870 retrouvés au cours des terrassements).

Une permanence est organisée de jour comme de nuit pour effectuer les enquêtes après attentats par explosifs ou explosions accidentelles.Les quatre premiers démineurs s’illustrent en transportant sans accident les nombreux engins jusqu’aux quatre bastions situés sur les fossés de fortification qui entourent la capitale."

source : site de la Préfecture de Police de Paris (laboratoire)

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image de l'arrestation de Ravachol



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image de l'arrestation de Ravachol

 

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6 mai 1892

 

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liens

- biographie de Ravachol, par Marc Nadaux, professeur d'histoire, sur le site anovi

- histoire de Ravachol, avec de nombreuses illustrations, sur le site forez-info.com

- histoire de Ravachol, reprise du livre de Jean Maitron, Ravachol et les anarchistes, sur le site politique rebellyon.info

- relation des activités de Ravachol, de ses derniers attentats et de son arrestation, d'après le livre de Jean Maitron, sur le site geneahist-goupil.over-blog.com

 

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gravure de Ravachol devant la guillotine
par Charles Maurin, colorée par Eric Beaunie

 

déclaration de Ravachol à son procès, 21 juin 1892

 

Selon le journal Le Père Peinard, du 2-10 juillet 1892, Ravachol n'a pu prononcer ce discours, les juges lui ayant rapidement interdit de continuer à parler.

Si je prends la parole, ce n’est pas pour me défendre des actes dont on m’accuse, car seule la société, qui par son organisation met les hommes en lutte continuelle les uns contre les autres, est responsable.

En effet, ne voit-on pas aujourd’hui dans toutes les classes et dans toutes les fonctions des personnes qui désirent, je ne dirai pas la mort, parce que cela sonne mal à l’oreille, mais le malheur de leurs semblables, si cela peut leur procurer des avantages. Exemple : un patron ne fait-il pas des vœux pour voir un concurrent disparaître ; tous les commerçants en général ne voudraient-ils pas, et cela réciproquement, être seuls à jouir des avantages que peut rapporter ce genre d’occupations ? L’ouvrier sans emploi ne souhaite-t-il pas, pour obtenir du travail, que pour un motif quelconque celui qui est occupé soit rejeté de l’atelier ? Eh bien, dans une société où de pareils faits se produisent on n’a pas à être surpris des actes dans le genre de ceux qu’on me reproche, qui ne sont que la conséquence logique de la lutte pour l’existence que se font les hommes qui, pour vivre, sont obligés d’employer toute espèce de moyen.

Et, puisque chacun est pour soi, celui qui est dans la nécessité n’en est-il pas réduit à penser :

«Eh bien, puisqu’il en est ainsi, je n’ai pas à hésiter, lorsque j’ai faim, à employer les moyens qui sont à ma disposition, au risque de faire des victimes ! Les patrons, lorsqu’ils renvoient des ouvriers, s’inquiètent-ils s’ils vont mourir de faim ? Tous ceux qui ont du superflu s’occupent-ils s’il y a des gens qui manquent des choses nécessaires ?»

Il y en a bien quelques-uns qui donnent des secours, mais ils sont impuissants à soulager tous ceux qui sont dans la nécessité et qui mourront prématurément par suite des privations de toutes sortes, ou volontairement par les suicides de tous genres pour mettre fin à une existence misérable et ne pas avoir à supporter les rigueurs de la faim, les hontes et les humiliations sans nombre, et sans espoir de les voir finir. Ainsi ils ont la famille Hayem et le femme Souhain qui a donné la mort à ses enfants pour ne pas les voir plus longtemps souffrir, et toutes les femmes qui, dans la crainte de ne pas pouvoir nourrir un enfant, n’hésitent pas à compromettre leur santé et leur vie en détruisant dans leur sein le fruit de leurs amours. Et toutes ces choses se passent au milieu de l’abondance de toutes espèces de produits ! On comprendrait que cela ait lieu dans un pays où les produits sont rares, où il y a la famine.

Mais en France, où règne l’abondance, où les boucheries sont bondées de viande, les boulangeries de pain, où les vêtements, la chaussure sont entassés dans les magasins, où il y a des logements inoccupés !

Comment admettre que tout est bien dans la société, quand le contraire se voit d’une façon aussi claire ?

Il y a bien des gens qui plaindront toutes ces victimes, mais qui vous diront qu’ils n’y peuvent rien.

Que chacun se débrouille comme il peut !

Que peut-il faire celui qui manque du nécessaire en travaillant, s’il vient à chômer ? Il n’a qu’à se laisser mourir de faim. Alors on jettera quelques paroles de pitié sur son cadavre.

C’est ce que j’ai voulu laisser à d’autres. J’ai préféré me faire contrebandier, faux monnayeur, voleur, meurtrier et assassin. J’aurais pu mendier : c’est dégradant et lâche et c’est même puni par vos lois qui font un délit de la misère. Si tous les nécessiteux, au lieu d’attendre, prenaient où il y a et par n’importe quel moyen, les satisfaits comprendraient peut-être plus vite qu’il y a danger à vouloir consacrer l’état social actuel, où l’inquiétude est permanente et la vie menacée à chaque instant.

On finira sans doute plus vite par comprendre que les anarchistes ont raison lorsqu’ils disent que pour avoir la tranquillité morale et physique, il faut détruire les causes qui engendrent les crimes et les criminels : ce n’est pas en supprimant celui qui, plutôt que de mourir d’une mort lente par suite des privations qu’il a eues et aurait à supporter, sans espoir de les voir finir, préfère, s’il a un peu d’énergie, prendre violemment ce qui peut lui assurer le bien-être, même au risque de sa mort qui ne peut être qu’un terme à ses souffrances.

Voilà pourquoi j’ai commis les actes que l’on me reproche et qui ne sont que la conséquence logique de l’état barbare d’une société qui ne fait qu’augmenter le nombre de ses victimes par la rigueur de ses lois qui sévissent contre les effets sans jamais toucher aux causes ; on dit qu’il faut être cruel pour donner la mort à son semblable, mais ceux qui parlent ainsi ne voient pas qu’on ne s’y résout que pour l’éviter soi-même.

De même, vous, messieurs les jurés, qui, sans doute, allez me condamner à la peine de mort, parce que vous croirez que c’est une nécessité et que ma disparition sera une satisfaction pour vous qui avez horreur de voir couler le sang humain, mais qui, lorsque vous croirez qu’il sera utile de le verser pour assurer la sécurité de votre existence, n’hésiterez pas plus que moi à le faire, avec cette différence que vous le ferez sans courir aucun danger, tandis que, au contraire, moi j’agissais aux risque et péril de ma liberté et de ma vie.

Eh bien, messieurs, il n’y a plus de criminels à juger, mais les causes du crime à détruire. En créant les articles du Code, les législateurs ont oublié qu’ils n’attaquaient pas les causes mais simplement les effets, et qu’alors ils ne détruisaient aucunement le crime ; en vérité, les causes existant, toujours les effets en découleront. Toujours il y aura des criminels, car aujourd’hui vous en détruisez un, demain il y en aura dix qui naîtront.

Que faut-il alors ? Détruire la misère, ce germe de crime, en assurant à chacun la satisfaction de tous les besoins ! Et combien cela est facile à réaliser ! Il suffirait d’établir la société sur de nouvelles bases où tout serait en commun, et où chacun, produisant selon ses aptitudes et ses forces, pourrait consommer selon ses besoins.

Alors on ne verra plus des gens comme l’ermite de Notre-Dame-de-Grâce et autres mendier un métal dont ils deviennent les esclaves et les victimes ! On ne verra plus les femmes céder leurs appas, comme une vulgaire marchandise, en échange de ce même métal qui nous empêche bien souvent de reconnaître si l’affection est vraiment sincère. On ne verra plus des hommes comme Pranzini, Prado, Berland, Anastay et autres qui, toujours pour avoir de ce métal, en arrivent à donner la mort ! Cela démontre clairement que la cause de tous les crimes est toujours la même et qu’il faut vraiment être insensé pour ne pas la voir.

Oui, je le répète : c’est la société qui fait les criminels, et vous jurés, au lieu de les frapper, vous devriez employer votre intelligence et vos forces à transformer la société. Du coup, vous supprimeriez tous les crimes ; et votre œuvre, en s’attaquant aux causes, serait plus grande et plus féconde que n’est votre justice qui s’amoindrit à punir les effets.

Je ne suis qu’un ouvrier sans instruction ; mais parce que j’ai vécu l’existence des miséreux, je sens mieux qu’un riche bourgeois l’iniquité de vos lois répressives. Où prenez-vous le droit de tuer ou d’enfermer un homme qui, mis sur terre avec la nécessité de vivre, s’est vu dans la nécessité de prendre ce dont il manquait pour se nourrir ? J’ai travaillé pour vivre et faire vivre les miens ; tant que ni moi ni les miens n’avons pas trop souffert, je suis resté ce que vous appelez honnête. Puis le travail a manqué, et avec le chômage est venue la faim. C’est alors que cette grande loi de la nature, cette voix impérieuse qui n’admet pas de réplique, l’instinct de la conservation, me poussa à commettre certains des crimes et délits que vous me reprochez et dont je reconnais être l’auteur.

Jugez-moi, messieurs les jurés, mais si vous m’avez compris, en me jugeant jugez tous les malheureux dont la misère, alliée à la fierté naturelle, a fait des criminels, et dont la richesse, dont l’aisance même aurait fait des honnêtes gens !

Une société intelligente en aurait fait des gens comme tout le monde !

Ravachol

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Ravachol, Vaillant, Henry, Caserio

 

- un des chants que l’Almanach du Père Peinard pour 1894 publia en l'honneur de Ravachol


LA RAVACHOLE
(Air de La Carmagnole et du Ça Ira)

Dans la grand’ville de Paris
Il y a des bourgeois bien nourris.
Il y a les miséreux
Qui ont le ventre creux:
Ceux-là ont les dents longues,
Vive le son, vive le son,
Ceux-là ont les dents longues,
Vive le son
D’l’explosion!

Dansons la Ravachole,
Vive le son, vive le son,
Dansons la Ravachole,
Vive le son
D’l’explosion!
Ah, ça ira, ça ira, ça ira,
Tous les bourgeois goût’ront d’la bombe,
Ah, ça ira, ça ira, ça ira,
Tous les bourgeois on les saut’ra…
On les saut’ra!

Il y a les magistrats vendus,
Il y a les financiers ventrus,
Il y a les argousins.
Mais pour tous ces coquins
Il y a d’la dynamite,
Vive le son, vive le son,
Il y a d’la dynamite,
Vive le son
D’l’explosion!

Il y a les sénateurs gâteux,
Il y a les députés véreux,
Il y a les généreux,
Assassins et bourreaux,
Bouchers en uniforme,
Vive le son, vive le son,
Bouchers en uniforme,
Vive le son
D’l’explosion!

Il y a les hôtels des richards,
Tandis que les pauvres dèchards,
A demi-morts de froid
Et soufflant dans leurs doigts,
Refilent la comète,
Vive le son, vive le son,
Refilent la comète,
Vive le son
D’l’explosion!

Ah, nom de dieu, faut en finir!
Assez longtemps geindre et souffrir!
Pas de guerre à moitié!
Plus de lâche pitié!
Mort à la bourgeoisie,
Vive le son, vive le son,
Mort à la bourgeoisie,
Vive le son
D’l’explosion!»

[in Jean Maitron, Ravachol et les Anarchistes: Paris, Julliard, 1964]

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bibliographie

 

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lundi 3 décembre 2007

l'Affiche rouge

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l'Affiche rouge

et l'exécution du groupe Manouchian le 21 février 1944

au fort du Mont-Valérien


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L'affiche rouge est célèbre. Pourquoi ? La propagande allemande avait cherché à susciter la répulsion par un montage photographique associant les visages des résistants ("terroristes") arrêtés et les instruments (armes) et résultat de leurs actions (sabotage...). Or, finalement, il s'est produit l'inverse. Le groupe Manouchian a été héroïsé dans la mémoire de la résistance. Le poème d'Aragon, écrit en 1955, mis en chanson par Léo Ferré (lien audio ou autre lien audio) a contribué à ce destin.





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le groupe Manouchian après l'arrestation de ses membres




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L'affiche rouge

Louis Aragon

Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

Louis Aragon (1955), Le Roman inachevé, 1956
Chanson interprétée par Léo Ferré.
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dimanche 2 décembre 2007

familles israélites déclarées à St-Chamond, liste du 31 juillet 1941

Saint_Chamond_1944
Saint-Chamond, carte écrite le 27 décembre 1944

 

familles israélites déclarées à St-Chamond

liste du 31 juillet 1941


ARCHIVES DEPARTEMENTALES de la LOIRE, série 2 W 776


1) une prescription d'enquête de la préfecture au commissariat de police de St-Chamond avec rappel de la loi du 2 juin 1941

BOYER Marcel 9 rue ventefol

MESTRE DE LAROQUE

St__tienne_oblit_r_e_1942
carte postale oblitérée en septembre 1942


2) à St-Chamond, après enquête en date du 19 juin 1941

juifs étrangers non commerçants

2 célibataires

1 chef de famille avec grand-mère+ fe+3 enfants

juifs français non commerçants

1 chef de famille avec femme catholique non juive+ fille

juifs français commerçants

1 chef de famille avec fe

1 chef de famille avec femme + 3 enfants

1 célibataire


3) Familles déclarées israélites de St-Chamond

Liste établie le 31 juillet 1941 : état des habitants «juifs»

NOMS prénoms age profession adresse observation

COUNIO Sabetay 30 ingénieur/employé de bureau 13 rue Marc Seguin

GLAUBERG Siegfried 41 ingénieur 8 rue Victor Hugo

Mme 42 née GOLDSCHMITT sp

Helmut 18 sp

Simone 14

Régina 11

Mme 63 née ROSENTHAL

LEVY Eugène 85 négociant en tissus 3 rue Alsace-Lorraine

Julie 73 née MEYER sp

Georges 50 commerçant

LEVY Simon 53 directeur d'usine 3 avenue de la Gare carte de combattant

SALOMON Markus 38 manoeuvre/ ajusteur 28 rue de la République

63 rue Alsace-Lorraine

SPIRO Joanny 34 monteur-électricien 2 rue Ventefol engagé volontaire 39-40

WEYL Albert 58 ex négociant 3 rue Alsace-Lorraine capitaine de réserve

Miria 52 née LEVY sp

Colette 29 sténo-dactylo

Jacques 25 employé de commerce

Liliane 22 sp

PERLMUTTER Emile manoeuvre 12 rue de la Boucherie

 

4) à Izieux liste établie le 18 août 1941

BOVDNIEYSKI Sacha né le 16 août 1899 à Wilna 2 rue de la Garenne

CARVAILLO Judith née le 23 novembre 1903 à Bayonne

BOVDNIEYSKI Dina née le 30 avril 1930

BOVDNIEYSKI Pierre né le 20 avril 1931

BOVDNIEYSKI Simone née le 30 octobre 1935

LOW Leib né le 2 juillet 1910 à Frustak 1 rue des Poilus


5) à St-Julien, le maire NEYRAND déclare «un seul juif réfugié venant d'Allemagne» : DREYFUS


6) ailleurs dans les communes environnantes, les maires (ou les gendarmes) répondent : «pas de juifs»


7) une déclaration tardive : Raymond GROSS,F, assistant dentiste, hôtel Hilaire, place de la Gare

 

Saint__tienne_en_1944
Saint-Étienne en 1944

 

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