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Guy Môquet et son jeune frère
Serge, en juillet 1939


Guy Môquet a-t-il été "résistant" ?


L'article de Jean-Marc Berlière et Sylvain Boulouque dans Le Monde du 23 juin 2007 semble de saine critique. Il requalifie – cela est largement connu - la nature des activités politiques du PCF autour de la césure du 22 juin 1941 (attaque allemande de l'Union soviétique). Avant cette date, le pacte germano-soviétique lie le PCF et le cantonne à une ligne pacifiste, "anti-impérialiste", qui épargne l'Allemagne hitlérienne et pousse même à des contacts avec l'autorité d'occupation à Paris, l'été 1940. Après cette date, l'antifascisme est de retour puisque le soutien à l'Union soviétique implique l'hostilité à l'Allemagne et la "résistance" anti-hitlérienne. Les deux auteurs concluent donc : "Faire de Guy Môquet et de ses vingt-six camarades des "résistants de la première heure" relève de la téléologie, puisque la plupart d’entre eux ont été arrêtés en un temps où le PCF, pris dans la logique du pacte germano-soviétique, était tout sauf résistant".
La réponse de l'Humanité sous la plume de Lucien Degoy, en date du 26 juin, est pitoyable et négatrice d'une réalité : la direction du PCF en suivant l'Union soviétique a bel et bien ménagé les occupants allemands jusqu'en juin 1941.
La réplique de trois historiens dans le quotidien communiste (Xavier Vigra, Jean Vigreux et Serge Wolikow, 26 juin) est plus construite mais n'emporte guère la conviction dans sa tentative d'atténuer les effets de l'approbation du pacte germano-soviétique sur la ligne du PCF.

Alors, Guy Môquet a-t-il été un "résistant" ?

Le défaut des articles ci-dessus, est la généralisation de l'analyse. Les uns et les autres disent "le" PCF (1). Or, à partir de l'automne 1939 (dissolution du PCF le 26 septembre) et, a fortiori, à l'été 1940, l'appareil du PCF est désarticulé, les militants sont dispersés, idéologiquement désorientés.

L'élément de direction – principalement Jacques Duclos, revenu de Belgique en juin 40 - a poussé à fond la logique du pacte germano-soviétique : demande de reparution légale de l'Humanité auprès des autorités nazies dès le 18 juin 1940, processus de légalisation du parti, appels à fraterniser avec les soldats allemands, absence de dénonciation du nazisme…

Mais - et c'est cela qui importe pour interpréter l'attitude du Guy Moquet, - d'autres communistes, y compris des responsables, ont agi, immédiatement après la défaite, sur une ligne à la fois anti-vichyste et anti-nazie.

Charles Tillon, responsable régional à Bordeaux, appelle dès le 17 juin 1940 à la lutte contre Vichy et "contre le fascisme hitlérien" (manifeste du 17 juin conservé au Centre Jean Moulin à Bordeaux). Auguste Havez en Bretagne, Georges Guingoin en Haute-Vienne également, ont été de ceux-là. Tous ces communistes furent écartés des responsabilités après la guerre. C'est bien que l'appareil dirigé par Thorez et Duclos ne leur pardonnait pas – et craignait - cette liberté.

Guy Môquet distribue, certes, des tracts qui "dénoncent mollement l'occupation étrangère" (voir le livre de Pierre-Louis Basse, Guy Moquet, une enfance fusillée, Stock, rééd. 2007, p. 43), mais, avec deux camarades, il échappe aussi à une patrouille de soldats allemands durant l'été 1940 après avoir écrit sur le mur de leur caserne, boulevard Bessières : "Hitler… c'est la guerre" (cf. Pierre-Louis Basse, p. 89).

On ne peut inférer de la ligne officielle du PCF, énoncée par une direction dogmatique et coupée des militants, l'état d'esprit de ces derniers qui combinait le désarroi créé par le pacte germano-soviétique, la lutte contre la répression gouvernementale (celle de Daladier puis celle de Vichy) et la fidélité à l'antifascisme des années 1930. Guy Môquet a bien été résistant.

Michel RENARD
professeur d'histoire au lycée
Claude Lebois à Saint-Chamond

(1) Je reprends l'argumentaire d'un article publié dans Le Monde du… 28 juin 1980, co-écrit avec le journaliste et écrivain Guy Konopnicki : "Deux lignes au sein du PCF".

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Guy Môquet, son frère et sa mère dans la baraque,
lors d'une visite à Chateaubriand en juillet 1941


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