pacte_germano_sovi_tique













signature du pacte germano-soviétique



Un peu de rigueur SVP !


par Xavier Vigna, Jean Vigreux, Serge Wolikow, historiens à l'Université de Bourgogne, UMR CNRS 5605 – L'Humanité, 26 juin 2007


À lire l’article de Jean-Marc Berlière et Sylvain Boulouque, aucun communiste n’a été résistant avant juin 1941. Cette vieille querelle, à la fois historiographique et politique, a donc la vie longue. Pensons au débat Vercors-De Gaulle en 1956, où le premier venant de lire les Mémoires de l’homme du 18 juin, s’interroge et même s’étonne dans une lettre envoyée au second, le 11 février 1956, de retrouver «sous votre plume les calomnies ordinaires que l’on porte contre les communistes ? On a suffisamment de choses à leur reprocher pour ne pas y ajouter des accusations historiquement fausses (...)»

S’il est utile de repenser et revisiter la part des mythes historiques, il ne faudrait pas qu’au nom de ce révisionnisme l’historien oublie le contexte précis et les actes de l’époque.

Les tracts diffusés par le jeune Môquet ne sont plus ceux de 1939 de défense du pacte germano-soviétique et d’une dénonciation de la «guerre impérialiste». Si dénoncer Vichy et les conditions de vie de l’été et l’automne 1940 n’est pas une forme de Résistance, que reste-t-il pour apprécier la Résistance de 1940 ? La Résistance se limite-t-elle à la dénonciation de l’occupant, en gardant un caractère patriotique ? Il semble que cette vision est réductrice. On peut considérer à rebours que la dénonciation du régime de Vichy, régime de l’exclusion (qui a promulgué le 13 août la «dissolution des sociétés secrètes» et le 3 octobre «le statut des Juifs») et qui prépare l’entrevue de Montoire (24 octobre), est un moment de la Résistance. C’est dans ce contexte que le jeune Môquet est arrêté le dimanche 13 octobre 1940 à la gare de l’Est... Dire qu’il est dans la logique du pacte germano-soviétique et de la ligne de rapprochement avec les forces d’occupation à la fin de l’été 1940 revient à oublier les inflexions qu’impose Thorez depuis Moscou. Pourquoi Môquet a-t-il été arrêté ? Par erreur ? Par zèle ? Ce jeu de bascule est dangereux quant à l’interprétation historique. D’autant que le jeune Môquet, une fois interné, participe à diffuser des messages résistants.

De même que certains résistants à cette date - et pas des moindres - sont à la fois pétainistes et hostiles à l’occupation, on peut sans doute considérer que l’hostilité à Vichy est une étape dans la bascule des communistes vers la Résistance.

Est-ce que la police qui arrête le jeune Môquet dépend d’un régime républicain ? N’y a-t-il pas rupture fondamentale entre Vichy et la IIIe République ? Ce raccourci historique conduit à trahir la réalité et aboutit à un amalgame contestable.

Dans ce même article, les auteurs n’ont pas de mots assez durs contre les jeunes communistes qui font des attentats contre les officiers allemands au moment où Guy Môquet est exécuté comme otage, à l’automne 1941. Où est le sens profond de la dénonciation ? C’est celui d’actes isolés, qui conduisent aux représailles. Lire ces actes de lutte armée, donc de Résistance, à l’aune d’attentats organisés - mais dissimulés par le PCF -, c’est aussi reprendre la terminologie de Vichy et de l’occupant sur des «terroristes», c’est nier les contextes variés et emboîtés de l’époque, c’est escamoter la réalité de l’occupation militaire allemande. Les jeunes engagés dans la lutte armée sont-ils seulement «manipulés», n’ont-ils pas conscience de se battre contre l’occupant ? Si l’on dénie aux otages le droit d’être résistant, pourquoi dire alors que les attentats se font dans «la plus totale improvisation» ? Il s’agit aussi de dénier aux auteurs des attentats le qualificatif de résistant. Toute la résistance qui se fait dans la clandestinité et qui est loin d’être unifiée (ce qui arrivera seulement en 1943) serait alors impensable, inimaginable, voire impossible.

Les deux moments, les deux stigmatisations de la jeunesse - pour ne pas dire du jeunisme - permettent aux auteurs de tout réduire au mythe et à la mystification communistes. N’y a-t-il pas là une déformation induite par la lecture des archives des brigades spéciales, donnant lieu à une sorte d’«histoire spéciale» dont la principale caractéristique serait d’être un tract anticommuniste ?

De fait, nos collègues, au lieu d’élucider les usages politiques du passé que Sarkozy déploie, semblent sombrer dans un anticommunisme suranné. Un tel choix leur appartient, mais aboutit à gommer les complexités du phénomène résistant, à l’intérieur duquel il faut compter des militants communistes, entre le printemps 1940 et l’automne 1941.

L'Humanité, 26 juin 2007


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Jacques Duclos




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