Molière,

ou le comédien malgré lui

un film de Laurent Tirard (2007)


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En 1644, Molière, n'a que 22 ans. Accablé de dettes et poursuivi par des huissiers, il est jeté en prison et disparaît mystérieusement pendant plusieurs mois avant de réapparaître pour démarrer une tournée triomphale avec sa troupe. Mais que s'est-il passé durant ce laps de temps ?
Et si pendant toutes ces semaines, il avait rencontré ses futurs personnages, et si cette parenthèse l'avait inspiré ? C'est justement ce vide dans la vie de Molière dont les historiens ignorent tout que Laurent Tirard ré-écrit. Un Bourgeois, dénommé M. Jourdain, fait libérer Molière. En échange, ce dernier doit lui apprendre la comédie afin de séduire une gente dame.
Romain Duris incarne un Jean-Baptiste Poquelin impétueux, fougueux et parfois lâche, qui se frotte à deux phénomènes du cinéma : Fabrice Lucchini, dans la peau de Monsieur Jourdain et Edouard Baer en noble ruiné.

- la bande-annonce du film

- 5 vidéos de présentation du film (avec, malheureusement, de la publicité...)


Molière, a pour réalisateur le cinéaste français Laurent Tirard, et dans les rôles principaux, Romain Duris, Edouard Baer, Laura Morante, Fabrice Lucini et Ludivine Sagnier.

Laurent Tirard évite le piège de la pièce de théâtre filmée. Il puise évidemment dans l'œuvre de Jean Baptiste Poquelin, et les personnages servent à l'envie les répliques du théâtre de Molière. Mais l'idée géniale du scénario a été d'imaginer ce que l'auteur français a fait dans sa 22ème année. Tous ses biographes s'interrogent sur une absence inexpliquée qui a duré plusieurs mois. Et jamais personne n'a jusqu'ici percé le mystère. Et si Molière avait tout simplement fait la connaissance des personnages qui ont par la suite jalonné son œuvre ? Voilà l'hypothèse du film de Laurent Tirard.

Et pour servir son propos, qui mieux que Romain Duris pouvait incarner les traits de Molière jeune ? Le réalisateur raconte « Dans le film, Molière est un jeune homme extrêmement enthousiaste qui d'une certaine manière rompt avec son milieu pour se retrouver plongé dans une situation qui va le forcer à se découvrir tel qu'il est vraiment ». Au côté du Molière de Tirard, il y a Célimène, (Ludivine Sagnier), Elmire (Laura Morante), Dorante (Edouard Bear) et enfin l'incontournable M. Jourdain (Fabrice Luchini).


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critique


C'est Molière qu'on ressuscite

 

Le Figaro, 26 janvier 2007
par Clara Géliot

Bien qu'il n'ait lui-même jamais joué au théâtre, Romain Duris incarne à la perfection le personnage de Molière.


portrait_0Jean-Baptiste Poquelin disparut plusieurs mois en 1645. Et s'il avait rencontré alors les futurs personnages de ses pièces ? Laurent Tirard en développe l'idée dans une formidable comédie. Explications.

Le temps ne fait rien à l'affaire : en 2007, Molière est toujours au sommet de sa popularité. Pas une semaine sans qu'une de ses pièces ne soit jouée, à Paris ou en province ; pas un jour sans qu'une de ses répliques ne soit citée - quitte à être écorchée.

L'auteur protégé par Louis XIV aurait eu 385 ans le 12 janvier dernier, mais il n'a jamais été aussi moderne. Son humour traverse les siècles avec une incroyable légèreté et continue à séduire toutes les générations. La preuve avec le film de Laurent Tirard. Fort du succès de Mensonges et trahisons, son premier long-métrage, le jeune metteur en scène cherchait un sujet de comédie qui l'éloignerait de celui des trentenaires, déjà surexploité. «Or, c'est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens.»

C'est en se rappelant Le Misanthrope, présenté au bac de français, qu'il s'est souvenu de l'efficacité de son auteur : «J'aimais l'idée de réaliser une comédie contemporaine de façon déguisée - au sens propre comme au sens figuré. Car les problématiques posées par Molière mettent en perspective les questions actuelles.»

Il n'en fallait pas plus pour enthousiasmer cet ancien journaliste de Studio Magazine, qui a trouvé en outre dans sa propre vie des traits communs avec celle de Jean-Baptiste Poquelin. N'aime-t-il pas lui aussi exacerber les petits défauts humains et chatouiller ce milieu bourgeois qu'on quitte pour exercer son métier, mais dont on ne peut pas complètement s'échapper ? Il se replonge alors dans les pièces de Molière, mais aussi dans les nombreuses biographies qui lui sont consacrées. Toutes font état de l'absence d'information sur une période de la vie de Molière : en 1645, alors que le fondateur de L'Illustre-Théâtre n'a que 23 ans, il est emprisonné pour dettes, puis s'évanouit. «Et si, pendant ces mois-là, il avait rencontré ses futurs personnages ? Et si, lors de cette aventure, il avait vécu les sentiments extrêmes qui enflamment ses pièces ? Et si, dans le secret de cette parenthèse, il avait rencontré celle qui allait l'inspirer à jamais ?» Des hypothèses que Laurent Tirard a décidé d'exploiter avec son coscénariste, Grégoire Vigneron.

Sur le ton de la comédie populaire, Molière est truffé de références à l'oeuvre du maître - autant de clins d'oeil réjouissants qui raviront grand public et spécialistes. Les protagonistes s'appellent Jourdain, Elmire, Dorante ou Célimène, et ressemblent - de loin ou de près - aux personnages du Bourgeois Gentilhomme, du Tartuffe, des Fâcheux et du Misanthrope. Les répliques célèbres (de la mort du petit chat aux beaux yeux de la marquise) se glissent harmonieusement dans les dialogues. Du travail d'orfèvre au service d'un scénario habilement construit autour de la figure de Poquelin. S'entêtant à monter des tragédies dans lesquelles il se révèle exécrable, il apparaît comme un homme impétueux et lâche, capable à la fois de «ramper» devant le pouvoir royal et de se montrer particulièrement effronté dans ses pièces. « Pour qu'il y ait empathie, il ne faut pas hisser trop haut les héros, explique Laurent Tirard. Or, bien souvent, leurs défauts sont plus à notre portée que leurs qualités.»

Bien jugé. En bousculant la statue, Laurent Tirard dépoussière élégamment le mythe et rend le génie attachant. Le charisme de Romain Duris n'y est pas pour rien. De l'acteur, on avait découvert l'insolence dans Le Péril jeune, le côté sarcastique dans Arsène Lupin, le caractère déterminé dans De battre mon coeur s'est arrêté, et une efficace charge comique dans Les Poupées russes. Ici, il est tout cela à la fois. Passant d'un ton à un autre avec la souplesse d'un acrobate, il dévoile les nombreuses facettes du subtil Molière. Fougueux, romantique, pathétique, Duris montre un savoir-faire et une présence, et ce aussi bien dans les scènes écrites que dans celles improvisées. Celle où il «joue» les différents types de chevaux est à inscrire dans les annales et à montrer dans toutes les écoles de cinéma et de théâtre.

Un projet qui relevait de l'inconscience

Dans le film, Molière est imaginé en Cyrano d'un riche protecteur qui l'engage pour apprendre à séduire sa bien-aimée. Si le puriste Luchini a mis du temps à accepter ce rôle, il lui apporte sans réserve une innocence réjouissante. Laura Morante campe l'épouse de ce dernier, Ludivine Sagnier l'objet de ses désirs, et le fidèle Edouard Baer l'ami qui le trahit. Un casting flatteur pour ce film osé qui jongle entre fiction et réalité. Le réalisateur lui-même avoue que monter un tel projet relevait un peu de l'inconscience : «Je sais déjà que certains spécialistes vont grincer des dents, mais s'ils représentent 10% des cinéphiles, le film s'adresse aux autres. Je voulais leur montrer que Molière n'est pas rasoir mais jubilatoire. Et si cette comédie donne envie de se replonger dans ses pièces, alors nous aurons tout réussi.»

Romancer la vie d'un de nos plus grands auteurs... Ce pari audacieux, Francis Perrin le fait aussi avec Molière, chef de troupe, un récit enlevé et surprenant où le comédien donne à voir un homme d'affaires inspiré au besoin de création insatiable. «On a trop utilisé Molière comme un pensum, explique-t-il. Or c'était avant tout un homme inventif. Et je crois que le film de Tirard comme mon livre sont en harmonie avec ce qu'il était réellement.» Avant d'ajouter : «Mais ce livre était aussi un moyen de faire passer ma propre passion du théâtre, mon expérience en tant que comédien et chef de troupe.»
 
Au fond, la vie de Molière se lit et se regarde avec l'enthousiasme que l'on éprouverait pour une saga. On se passionne pour ses projets, on frémit de ses amours, on se révolte contre les accusations dont il fait l'objet. Et c'est presque de façon inconsciente qu'on se familiarise avec les textes de Molière, comme celui de L'Avare qu'interprète merveilleusement Michel Bouquet sur la scène du Théâtre de la Porte-Saint-Martin, à Paris. Ce spectacle n'est pourtant que la partie émergée d'un riche programme : une vingtaine de pièces de Molière se donnent actuellement à Paris. «Jusqu'au chien du logis, il s'efforce de plaire», disait l'Henriette des Femmes savantes. Et la servante, Martine, d'ajouter : «Quand on se fait entendre, on parle toujours bien.»

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interview d'acteurs

Métro, 30 janvier 2007



 

Duris : "Aimer Molière n'est pas

une question d'âge"

Romain Duris interprète le jeune Molière dans le film

de Laurent Tirard.

Romain Duris dans Molière.
Romain Duris dans Molière
Photo: Jean-Marie Leroy

Molière vous a-t-il fait souffrir au collège ?
Oh non, moi, je m’étais éclaté. Ce sont les metteurs en scène qui font la différence. Je ne pense pas qu’aimer Molière soit une question d’âge. À 8 ans, quand on voit un beau spectacle, on peut très bien être à l’écoute. Mais il y a une façon de mettre en scène Molière, une tendance à monter des textes classiques avec une exigence de réalisme, de crédibilité, qui peut parfois fausser le ton de Molière, qui est un ton assez populaire… Alors que c’était son but, de faire passer des choses qui plaisent à tous, en utilisant un langage pas trop compliqué, s’amuser, critiquer la bourgeoisie, les nobles… En mettant en avant un côté malin plutôt qu’avec des dialogues trop pointus. Ce n’est pas normal que Molière ne nous ait pas parlé plus que ça, quand on était plus jeunes.

"Votre" Molière est beaucoup moins intimidant…
Le film nous sauve un peu de ça, dans un sens : l’approche de Laurent Tirard est assez humble, puisqu’il se met lui-même dans la peau d’un spectateur. Il a envie de savoir comment fonctionne ce personnage, ce qui va l’animer à l’intérieur, ce qui va l’intéresser pour faire de l’art avec la réalité qu’il a sous les yeux. Laurent Tirard n’est pas parti avec l’ambition de faire un Molière mythique, avec une pression de réalité historique pointue, pas du tout. C’est une comédie populaire, assez contemporaine, parce qu’il faut que ça nous touche, que ça nous parle. Les puristes pourront lui reprocher d’être trop léger, mais bon…

Etait-il si mauvais comédien ?
Je me suis beaucoup plus concentré sur le Molière auteur que sur le Molière comédien. Ce qui pouvait se passer en lui, comment il observait, sans être passif… On ne doit pas oublier qu’il était auteur avant d’être comédien.

Vous vous êtes beaucoup documenté sur lui…
Oui, de différentes manières. J’ai lu des biographies, dont celle de Mikhail Boulgakov qui est géniale, très romancée, et qui a moins le souci d’être précis que d’offrir de vraies scènes. Après, j’ai besoin de voir des images. Je suis allé voir des tableaux d’époque ; plus que des films, j’avais besoin de voir des réalités, les observations de peintres de l’époque, sur le physique des gens, leurs vêtements, leur façon de se tenir, d’être assis… Je partais de pas grand-chose, je me nourris d’un maximum de choses. J’ai appris les révérences, la calligraphie parce que j’avais des lettres à écrire… Ca me fait un peu sortir de moi, du Romain d’aujourd’hui ! Puis l’inconscient mélange le tout avec notre histoire, notre vie… Ce sont des préparations que je fais à chaque fois maintenant. Il fallait que ce soit vivant avant tout, avec un langage un peu plus précis que le langage quotidien, mais dynamique. J’ai appris le texte en avance – chose que je ne fais pas tout le temps, pour justement me libérer d’une façon de parler, que ça devienne assez naturel. Le rythme vif du film le rend assez contemporain. Dans les pièces aussi, c’est assez speed : bam ! On se répond du tac-au-tac.

Ce sont vos vrais cheveux, dans Molière ?
Non, c’est une perruque… Elle a été très dure à réaliser, mais on avait fait appel au meilleur perruquier !

Et le théâtre sur les planches, ça vous tente ?
Oui, j’ai une vraie envie de jouer au théâtre depuis un certain temps. Ce que je reçois ne correspond pas à ce que j’ai envie de faire, et je ne vois pas encore exactement avec qui ça pourrait coller… Je veux un truc de la vie de tous les jours, qui nous touche tous, un drame. J’ai envie de vivre quelque chose tous les soirs où rien n’est jamais gagné. Se mettre en jeu chaque fois, et vivre tellement le truc pour pouvoir créer des accidents. Ça pourrait être du Tchekhov… Si c’était du cinéma, ce serait du Cassavettes, transposé au théâtre. La comédie, non.

Vous serez souvent à l’affiche cette année…
Oui, bientôt avec L’âge d’homme, de Raphaël Fejtö - une comédie, d’ailleurs. Là, je suis en plein tournage de Paris, le prochain Klapisch. À la rentrée, j’enchaîne sur un film de Gilles Bourdos, qui se déroule à New York. Ca m’attire parce que son scénario est brillant, c’est en anglais et j’avais envie de bouger un peu. Tout en sachant que j’ai encore beaucoup de travail ici. C’est un métier qui a tendance à s’ouvrir, et j’aime bien qu’il y ait un peu de tout.

 

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